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JOURNAL ASIATIQUE
NEUVIÈME SÉRIE
TOME X
JOURNAL ASIATIQUE
NEUVIÈME SÉRIE
TOME X
JOURNAL ASIATIQUE
RECUEIL DE MÉMOIRES
D'EXTRAITS ET DE NOTICES
RELATIFS À L'HISTOIRE, À LA PHILOSOPHIE, AUX LANGUES
ET À LA LITTÉRATURE DES PEUPLES ORIENTAUX
ET PUBLIE PAR LA SOCIETE ASUTEQUE
NEUVIÈME SÉRIE
TOME X
PARIS
IMPRIMERIE NATIONALE
ERNEST LEROUX, ÉDITEUR
HUE BOIIAP*nTB. l8
M DCCC XCVII
o^
JOURNAL ASIATIQUE
JUILLET-AOÛT 1897.
PROCÈS-VERBAL
DE LA SÉANCE GÉNÉRALE DU 22 JUIN 1897.
La séance est ouverte à 3 heures et demie sous
la présidence de M. Emile Sénart, vice-président,
en Tabsence de M. Barbier de Meynard empêché.
Sont présents : MM. de Charencey, Devéria,
Karppe, M. Schwab, Houdas, Barth, Meillet,
M. Courant, J. Halévy, J. Vinson, R. Duvai, J.-B.
Chabot, Perruchon, F. Nau, Carra de Vaux, Finot,
Cabaton, H. Cordier, Blochet, Specht, Guimet, Ay-
monnier, membres; E. Drouin, secrétaire adjoint.
Le procès-verbal de la séance du i8 juin 1896
est lu; la rédaction en est adoptée.
Au début de la séance, M. le Président se fait Tin-
terprète des regrets qu'inspire certainement à tous
Tabsence de M. Barbier de Meynard ; il n est heureu-
sement retenu loin de nous que par une indisposition
légère. Il est un autre vide bien sensible que laisse dans
le bureau Téloignement de notre secrétaire , M. Cha-
yannes. Nous espérons bien que cette séparation
sera courte, et nous envoyons à un confrère, qui est
entouré ici dune si haute et si affectueuse estime,
nos vœux les plus ardents de prompte guérison.
6 JUILLET-AOÛT 1897.
M. le Président rend un dernier hommage à la
mémoire de M. Antoine d'Abbadie^ décédé à Paris
au mois de mars dernier, le doyen de la Société asia-
tique dont il était membre depuis 1 838. Né en 1 8 1 o ,
M. d^Abbadie est parti jeune pour TAbyssinie où il
a vécu jusqu'en i85o', se livrant à des travaux de
linguistique, de géographie et d'astronomie. La plu-
part de ses études sur les langues éthiopiennes ont
paru dans notre Journal de 1 889 à 1 878. Il a publié
séparément : en 1869, le Catalogue des manuscrits
éthiopiens de sa collection , qui était le premier cata-
logue français de ce genre; en 1868, un Mémoire
sur la numismatique éthiopienne et, en 1881, un
Dictionnaire de la langue Amarigna.
Membre de T Académie des sciences, M* d*Ab-
badie avait reçu, en janvier 1896, la médaille dor
fondée par Arago. M. d'Abbadie est le fondateur des
études éthiopiennes en France et, quoique très oc-
cupé par ses travaux purement scientifiques , il était
toujours resté en relation avec les éthiopisants plus
jeunes, les encourageant de ses conseils et de son
expérience.
n est ensuite procédé à l'élection de divers mem-
bres de la Société asiatique. Sont reçus :
MM. Georges Lecomte, élève de l'Ecole des langues
orientales , demeurant à Paris , rue de Lan-
cry, 1 y ; présenté par MM. Devéria et Cha-
vannes.
Paul Pelliot, élève de l'Ecole des langues orien-
tales, demeurant à Paris, Grande rue de
SÉANCE GÉNÉRALE. 7
Saint-Mandé, 69; présenté par MM. Cha-
vannes et Devéria.
Le R. P. Boyer (Auguste), de la Compagnie d
Jésus, demeurant à Paris , rue de Sèvres , 35 ;
présenté par MM. Sylvain Lévi et Sénart.
Cabaton (Antoine), de la Bibliothèque natio-
nale , demeurant à Paris , rue d'Amsterdam ,
49 ; présenté par MM. Finot et Sylvain Lévi.
Serruys (Washington), attaché au Consulat gé-
néral de Belgique, à Beyrouth (Syrie); pré-
senté par le P. Cheikho et le D' J. Rouvier.
M'** Delphine Menant, demeurant à Paris, rue de
Madame 68, présentée par MM. H. Cordier
et Barbier de Meynard.
M. R. Duval lit le rapport de la Commission des
censeurs sur les comptes de 1896; M. le Président
remercie, au nom de la Société, les membres de
cette Commission et de la Commission des fonds.
M. R. Duval donne ensuite lecture d'un Mémoire
sur la poésie syriaque et M. Courant fait une com-
munication sur la Ballade mimée et le théâtre en Corée,
n est procédé au dépouillement du scrutin pour
la nomination du Bureau et du Conseil. Les mem-
bres sortants sont réélus à Tunanimité.
Avant de clore la séance, M. le Président rap-
pelle que le Congrès des orientalistes tiendra sa pre-
mière assemblée le 5 septembre prochain et il espère
retrouver la plupart des membres de la Société, si
ce n'est tous, à cette réunion.
La séance est levée à 5 heures et demie.
8 JUILLET-AOÛT 1897;
RAPPORT
DE LA COMMISSION DES CENSEURS
SUR LES COMPTES DE L^E]LERGIGE 1896,
LU DANS LA SEANCE GENERALE DU 22 JUIN 1897.
Messieurs,
Les finances de notre Société présentent un état satisfai-
sant et le fonds de réserve continue de s*accroître. Le compte
courant arrêté au 3i décembre 1896 se soldait par une
somme de 25,5 1 7 francs au crédit de la Société ; cette somme
a pu , sans inconvénient , être employée presque entièrement
en valeurs mobilières et, au 3i décembre dernier, nous
avions encore une somme de io,434 francs en fonds dispo-
nibles.
Les dépenses et les recettes diffèrent peu de celles des
années précédentes. Les recettes accusent un excédent de
près de 2,006 francs sur les recettes du dernier exercice; cet
excédent provient en partie de la rentrée des cotisations ar
riérées , en partie du revenu de notre fonds de réserve. Ce
revenu aurait même été plus élevé s*il n'avait subi une dimi-
nution par suite de la conversion de la rente française et de
la vente des obligations 5 0/0 des chemins de fer de l'Est.
Les cotisations de 1896 montent exactement au même
chiffre que ceUes de 1895. S'il n*y a pas augmentation dans
le nombre des membres qui payent la cotisation annuelle,
il n'y a pas non plus de diminution. Les abonnements au
Journal sont un peu plus élevés, 128 au lieu de 112. La
vente de nos publications se maintient aux environs de
5oo francs.
RAPPORT DES CENSEURS. 9
Il a été recouvré quarante-trois cotisations arriérées. Cette
année nous ne trouverons plus aux recettes la subvention
de 3,000 francs prélevée sur le fonds des impressions gra-
tuite qui a été supprimé. Nous, recommandons vivement à
nos collègues d'être exacts dans le payement de leurs cotisa-
tions , afin de rendre plus légère la perte que la suppression
de cette souscription fait éprouver à notre Société.
Somme toute , nous avons lieu , Messieurs , d*étre satisfaits
de notre situation financière. Nous nous plaisons à recon-
naître que nous la devons à la vigilance de notre Commission
des fonds.
R. DUVAL, 0. HOUDAS.
10 JUILLET-AOÛT 1897.
RAPPORT DE M. SPECHT,
AU NOM DE LA COMMISSION DES FONDS,
ET COMPTES DE L'ANNÉE 1896.
Messieurs ,
Votre commission des fonds a cru devoir placer la plus
grande partie du compte courant se montant au 3 1 décembre
1895 à 35,517^.76. Nous avons acheté ko obligations
Lyon fusion 3 p. 0/0, 10 obligations de la Compagnie des
wagons-lits et une obligation de la Compagnie des Messa-
geries maritimes, pour la somme de 2^,367 fr. 10. Cet ac-
croissement du fonds de réserve vient en compensation des
pertes que nos revenus ont subies par la conversion des
rentes françaises et la vente de nos obligations du chemin de
fer de l'Est ( 5 p. 0/0).
Il ne faudrait pas croire que les finances de notre Société
progressent; si nous nous reportons à trente ans en arrière,
en 1867, les cotisations se montaient à 8,^82 fr. 5o, frais
de recouvrement déduits. En 1896, eUes ne sont que de
4,680 francs. Les abonnements au Journal asiatique, il est
vrai, ont augmenté dans une certaine mesure; de 1,760 fr.
ils arrivent à 2,5 60 fr. ; mais cette augmentation ne compense
pas la perte sur les cotisations , ce qui fait que nos recettes ,
en trente ans , ont diminué de 3,002 fr. 5o par an.
Le nombre des membres en 1867 était de 287 dont 6 à
vie, et cette année il est réduit à 237 membres parmi les-
quels 61 ont payé leur cotisation à vie. On peut expliquer
ce mouvement par la raison que beaucoup d'orientalistes ne
se font pas recevoir parmi nous , trouvant nos publications
RAPPORT DE LA COMMISSION DES FONDS. 11
à leur disposition dans les bibliothèques publiques et dans
celles des sociétés savantes.
Quant au compte de cette année, il offre peu de diffé-
rence sur celui de l'année dernière. Les dépenses se sont
montées à 12,888 fr. 70; vous remarquerez une légère aug-
mentation sur les honoraires du sous-bibliothécaire et sur le
service; cette augmentation n'est qu'apparente : le mois de
décembre 1895 a été payé le a janvier 1896, et il figure sur
le compte de cette année , puisque celui de Tannée dernière
ne porte que onze mois. Les recettes se sont élevées à
22,171 fr. 96; la différence avec 1896 vient surtout de ce
que nous avons reçu cette année 5 cotisations à vie et 43 co-
tisations arriérées au lieu de 22.
12 JUILLET-AOÛT 1897.
COMPTES
DEPENSES.
Honoraires de M. E. Leroux, libraire, pour le recouvre-
ment des cotisations 618' oo*'
Frais d'envoi du Journal asiatique 878 00
Ports de lettres et de paquets reçus 79 90 } *
Frais de bureau du libraire (1898 et 1896) 196 00
Dépenses diverses soldées par le libraire 176 3o
Honoraires du sous-bibliotbëcaire i,3oo 00 \
Service et étrennes Soi 00
Chauffage, éclairage , frais de bureau ihS 70
Reliure et achat de livres nouveaux pour compléter .
les coUections 3i6 65 > 2,225 /io
Contribution mobilière 76 o5
Contribution des portes et fenêtres 17 5o
Assurance 67 5o
Frais d'impression du Journal asiatique en 1898 7>iS9 18
Payé à M. Dujardin frais des planches pour le Journal. 178 00
Indemnité au rédacteur du Journal asiatique 600 00 k -
Subvention pour le second volume de Se-md-tsien, . . . 1,200 00 /
Société générale. Droits de garde , timbres , etc 53 85
Total des dépenses de 1896 1 2,888 60
Achat de ho obligations de 5 00 fr. (3 p. 0/0) Lyon-
fusion (10 mars) 1 8,834^ Co*'
Achat de 10 obligations de la C*" des wagons-lits .
(26 décembre) 5,o5o 00 [ ^^»'^^7 10
Achat de i obligation de la C** des messageries mari- 1
times (28 décembre) liSa 5o /
Espèces en compte courant à la Société générale au 3i décembre 189 G. io,43â 01
Ensemble ^7,689 71
RAPPORT DE LA COMMISSION DES FONDS. 13
iNNÉE 1896.
RECETTES.
1 1 3 cotisations de 1896
43 cotisations arriérées
3 cotisations à vie
ia8 abonnements aa Journal atiatique.
Vente des publications de la Société.
3,390' oo"
1,390 00
i,5oo 00
a,56o 00
Soi 60
9,a4i' Ao*
2'
3"
Intérêts des fonds placés :
1* Rente sur TÉtat 3 p. 0/0
— — 3 j/a p. 0/0
Legs Sanguinetti (en rente 3 i/a p. 0/0). . , . . .
20 obligations de TEst ( nouveau ) [3 p. 0/0]. . •
60 obligations d'Orléans ( 3 p. 0/0 )
à" 58 obligations Lyon-fusion ( 3 p. 0/0 )
4o — — — (a'sem.).
5° 60 obligations de TOuest
6° 00 obligations Crédit foncier i883 (3 p. 0/0). .
7° 9 obligations communales 1 880
8** 3o obligations Est-Algérieu (3 p. 0/0)
9° 5o obligations Méchéria ( a* semestre)
Intérêts des fonds disponibles déposés à la Société gé-
1,800 00
35o 00
3 18 00
a88 00
864 00
780 46
a69 o4
864 00
1,106 5o
129 60
43a 00
676 90
7,930 55
nérale.
02
o5
Souscription du Ministère de Tiustruction publique. . . 2,000 oo
Crédit alloué par Tlmprimerie nationale en dégrève-
ment des frais d'impression du Journal asiatique,. . . 3,oou 00
5,000 00
Total des recettes en 1896 22,171 90
Espèces en compte courant à la Société générale au 3 1 décembre de
Tannée précéaente ( 1 895 ) 25,517 7^
Total égal aux dépenses et à rencaisse au 3i décembre 1896.. . 47,689 71
14 JUILLET-AOÛT 1897.
OUVRAGES OFFERTS À LA SOCIÉTÉ.
Par l'india Office ; Journal ofthe Asiatic Society ofBengaL
Vol. LXV, part. I, n*» 3; part. III, n" i. Calcutta, 1896-
1897; in-8^
— Indian Antiquary, N*" ao-ad. London, 1897; in-4°.
Parla Société : The American Journal ofPkilolotfy. Vol. XII,
4. Baltimore, 1897; in-8''.
— The Geographical Journal , May and June 1897; in-8'*.
— Rendiconti délia Reale A ccademia dei Lincei , séria qninta.
Vol. VI, fasc. 2-4. Roma, 1897; in-4°.
— Bulletin de V Académie impériale des sciences de Saint-
Pétersbourg , septembre 1896, décembre 1896; in-4*.
— Société de géographie, Comptes rendus^ n" 9 et 10.
Paris, 1897; in-8°.
— Zeitschrijï der deutschen morgenlàndischen GesellschaJÏ,
I, Heft, 1897. Leipzig; in-S".
— Journal ofthe American Oriental Society^ 19, ûrst haif,
1897. New-Hawen; in-8".
— Académie des Inscriptions et Belles- Lettres , Comptes ren-
dus, mars-avril, 1897; in-8'.
— Société ougro-finnoise , Trachten und Muster der Mord-
vinen, 1897; in-4*'.
— Bulletin' ethnographique [en russe), 1896, n" 4. Mos-
cou; in-8'*.
Par les éditeurs : Revue critique, n" 20-26. Paris, 1897;
in-8^
— Polybiblion, parties technique et littéraire. Mai et juin.
1897; in-8*.
— BoUetino, 278-275. Firenze, 1897; in-8''.
— Ararat, journal arménien. Avril 1897. Elchmiadzin.
— Le Muséon, Juin 1897. Louvain; in-S".
— Revue archéologique. Mars-avril 1897; in-8'*.
OUVRAGES OFFERTS. 15
Par les éditeurs : The sanscrit critical joarnaL May 1897.
Woking; in-8".
— « Arte y vocaholario en lengaa marne, por el Padre F. D.
de Reynosa. Paris, i644; in-8*.
—*« EUBayân. Juin 1897; i'^"^"-
Par les auteurs : E. A. Mëdoff , Livre des dernieis temps da
Monde d'après la tradition musulmane (en russe). Kasan,
1897; in-8^
— N. Th. KatanoiT, Études orientales (en russe). Kasan,
1896; m-8°.
— • Le même, Monnaies de la horde d'or (en russe). Kasan,
l896;in-8^
— Le même. Excursion exécutée en 1896 dans le district
de Minusinsk, Kasan, 1896; in-S**.
— SabiunofT, Recherches sur la condition intérieure du
Kiptchak, Kasan, l895;in-8^
— - W. Grookes , The tribes and castes of the north-western
Provinces and Oudh, 4 volumes. Calcutta, 1896, in-8®.
— D' W. Radloff , Prohen der Volksliteratur der nôrdlichen
tûrkischen Stàmme» 5 volumes. Saint-Pétersbourg, 1866-
i886; in-8*.
— Le même, Versuch eines Wôrterbuchs der Tàrk-Dialecte ,
8* Lieferung, Saint-Pétersbourg, 1896; in-8°.
'— G, dé Hariei, Le I-King traduit d'après les interprètes
chinois avec la version mandjoue. Paris , 1 897 ; in-S*.
— E. Chavannes, Dates chinoises (Âtrait). Leide, 1896;
in-S'.
— Le même, La chronologie chinoise de 233 à 87 av. J.-C,
Leide, 1896; in-8°.
— Le même , Rectification de la chronologie chinoise, Leide ,
l896;in-8^
— Le même , Communication sur l'inscription de Kui yong-
koan, Leide, 1896; in-S".
— Le même. Les inscriptions chinoises de Bodh-Gayâ,
Paris, 1897; in-8^
16 JUILLET-AOÛT 1897.
— Le même , Le Sutra de la paroi occidentale de l'inscrip-
tion de Kai-yong-koan, Paris, 1897; in-S".
— D' L. von Schrenk, Reisen and Forschangen im Amur-
lande. BandlII. Saint-Pétersbom'g, 1891; in-d*.
— Samuelis Wiener, Catalogus libroram hebraeoram in
museo asiatico imperiali Academiae scientiarum àsservatoram ,
fasc. I ( K ). Petropoli , 1 898 ; in-d*.
— E. Blochet, Les inscriptions de Samarkand, Paris, 1897,
in-8^
— Le même, L'Avesta de James Darmesteter et ses criti-
ques, Paris, 1897; in 8°.
— Eb. Nestlé , Zur Umschreibang des Hehràischen (extrait).
1897; in-8^
— Dr. M. Bittner et Dr. W. Tomaschek, Die topogra-
pkischen Kapitel des indischen Seespiegels Mokit, Wien, 1897;
in-folio.
— Landberg, Arabica, n® IV. Leide, 1897; in-8".
— J. Chabot, Histoire de Jésus Sabran, texte syriaque (ex-
trait). 1897; in-S**.
— H. Derenbourg, Les noms des personnes dans l Ancien
Testament et dans les inscriptions himyarites, Paris, 1880 ; 10-8** .
-^ Carra de Vaux , Sur le sens du mot A l-djebr. Paris ,
l897;in-8^
— AristofF, Piemarqucs sur la composition ethnographique
des tribus et des nationalités turques (en russe). Saint-Péters
bourg, 1897; grand in-8'*.
Tableau du conseil d'administration. 17
TABLEAU
DU CONSEIL D'ADMINISTRATION
CONFORMEMENT AUX NOMINATIONS FAITES DANS L'ASSEMBLEE GÉNÉBALE
DU 22 JUIN 1897.
PRESIDENT.
M. Barbier de Meynard.
VICE-PRÉSIDENTS.
MM. E. Senart.
Maspero.
SECRÉTAIRE.
M. Ghavannes.
SECRÉTAIRE ADJOINT ET BIBLIOTHÉCAIRE.
M. E. Drouin.
TRÉSORIER.
M. le marquis Melchior de Vogué.
COMMISSION DES FONDS.
MM. Drouin.
Specht.
Glermont-Ganneau.
CENSEURS.
MM. Rubens Du val.
HOUDAS.
x.
18
JUILLET-AOUT 1897.
MEMBRES DU CONSEIL.
MM. Oppert.
J. Hal^tx.
Michel Bréal.
Berger.
HOODAS.
GoRDIER.
DlEULAFOY.
Perruchon.
V. Henry.
L. FlNOT.
Gh. Sghefer.
L. Feer.
J. ViNSON.
GuiMET.
J.-B. Ghabot.
Rubens Duval.
Charencey(C**de).
Aymonnier.
A» Barth.
H. Derenbourg.
Sylvain LÉvi.
Clément Huart.
Carra de Vaux.
Devéria.
\
\ Élus en 1897.
Élus en 1896.
Élus en 1895.
LISTE DES MEMBRES. 19
SOCIÉTÉ ASIATIQUE.
I
LISTE DES MEMBRES SOUSCRIPTEURS,
PAR ORDRE ALPHABETIQUE.
Nota, Les noms marqués d*un * sont ceux des Membres à vie.
L'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.
MM. Allaoua BEN Yahya, à Marnia (département
d'Oran.)
Allotte de la Fuye , lieutenant-colonel , direc-
teur du génie , à Nantes.
Alric, consul de France, secrétaire-interprète
du Gouvernement pour les langues orien-
tales, rue Saint-Jacques, i6o, à Paris.
Assier de Pompignan, lieutenant de vaisseau,
rue de Rennes, 91, à Paris.
* Aymonier (E.), directeur de l'Ecole coloniale,
rue du Général-Foy, 46 , à Paris.
BifiLjOTHÈQUE Ambrosienne , à Milan.
Bibliothèque de l'Université , à Utrecht.
20 JUILLET-AOÛT 1897.
Bibliothèque universitaire, à Alger.
Bibliothèque Khédiviale, au Caire.
MM. Barbier de Meynard, membre de ilnstitut , pro-
fesseur au Collège de France et à TEcole
des langues orientales vivantes, boulevard de
Magenta, 18, à Paris.
Barré de Lancy, ministre plénipotentiaire , rue
Caumartin , 3 2 , à Paris.
Barth (Auguste), membre de l'Institut, rue du
Vieux-Colombier, 6 , à Paris.
Barthélémy, vice-consid de France à Mai^asch,
par Alexandrette (Syrie).
Basset (René), directeur de TEcole des lettres,
rue Micbelet, 77, à TAgha (Alger).
Beauregard (Ollivier), rue Jacob, 3, à Paris.
Beck (Tabbé Franz-Seignac), rue Thiac, 5, à
Bordeaux.
Belkassem BEN Sedira , professcur à TEcole des
lettres , à Alger.
Bénédite (Georges), conservateur adjoint au
Musée du Louvre , rue du Val-de-Grâce , 9 ,
à Paris.
*Berchem (Max van), privat-docent à TUniver-
sité de Genève, promenade du Pin, 1, à
Genève.
Berger (Philippe), membre de l'Institut, pro-
fesseur au Collège de France, quai Voltaire,
3 , à Paris.
Il '
M Berthet (Marie), professeur à l'Ecole normale
d'Alençon, rue des Promenades, 9, àAlençon.
LISTE DES MEMBRES. 21
MM. Blochet, attaché au Département des manu-
scrits de la Bibliothèque nationale, rue de
TArbalète, 35, à Paris.
Blon AY (Godefroy de ) , rue Cassette , 2 3 , à Paris.
*Bœll (Paul), publiciste, rue Gay-Lussac, 26,
à Paris.
^BoissiER (Alfred), cours des Bastions, 4, à
Genève.
Bonaparte (le prince Roland), avenue dléna,
1 o , à Paris.
BossouTROT, interprète militaire, détaché à
l'Administration centrale de larmée tuni-
sienne , à Tunis.
BouRDAis (labbé), professeur à la Faculté libre
d'Angers, rue Belle-Poignée, 4, à Angers.
*BouRQUiN (le Rév. A.), à Lausanne..
BoYER (le P. Auguste), de la Compagnie de
Jésus, rue de Sèvres, 35, à Paris.
Bréal (Michel), membre de l'Institut, profes-
seur au Collège de France, rue d'Assas, 70,
à Paris.
BuDGE (E. A. Wallis), litt. D. F. S. A., au Bri-
tish Muséum , à Londres.
BiJHLER (George), professeur à l'Institut orien-
tal , à l'Université de Vienne.
* Bureau (Léon), rue Gresset, i5, à Nantes.
*BuRGESs (James), Seton place, 22, à Edim-
bourg.
M™*' A. BuTENSCHŒN, 35, Engeltrehtegatun , à Stoc-
kholm.
22 JUILLET-AOÛT 1897.
MM. Cabaton (Antoine), de la Bibliothèque natio-
nale, rue d'Amsterdam, 4 9, à Paris.
Cahun (Léon), conservateur adjoint à la Bi-
bliothèque Mazarine, rue de Seine, 1, à
Paris.
Calassanti-Motylinski (DE),à ia Direction des
affaires indigènes, à Constantine.
Casanova (Paul), sous-bibliothécaire à la Bi-
bliothèque nationale (cabinet des médailles) ,
rue Lobineau , 5 , à Paris.
C A8TRIES (le comte Henry de ) , rue Vaneau ,20,
à Paris.
Caudel (Maurice), bibhothécaire de TEcole
des sciences politiques, rue Le Verrier, 5,
à Paris.
* Chabot (M^' Aljdionse), curé de Pithiviers.
Chabot (labbé J.»B. ) , rue Claude-Bernard , 4 7 ,
à Paris.
Charencey (le comte de), rue Barbey-de-Jouy,
25, à Paris.
*Chavannes (Emmanuel-Edouard), professeur
au Collège de France, rue Vital, 3 , à Paris.
Cheikho (L.), professeur à f Université Saint-
Joseph, à Beyrouth (Syrie).
Chwolson , professeur à TUniversité de Saint-
Pétersbourg.
C1LL1ÈRE (Alph.), consul de France, à Trébi-
zonde.
Clermont-Ganneau , membre de Tlnstitut, pre-
mier secrétaire-interprète du Gouvernement ,
LISTE DES MEMBRES. 23
professeur au Collège de France, avenue de
TAlma , i , à Paris.
MM. Cohen Solal, professeur d arabe au Lycée, à
Oran.
Colin (Gabriel), professeur d'arabe au Lycée
d'Alger,
CoLiNET (Philippe), professeur à fUniversité,
à Louvain, A7, rue des Orphelins.
*CoRDiER (Henri), professeur à TEcole des
langues orientales vivantes , place Vintimille .
3 , à Paris.
CouLBER, commandant en retraite, rue de
TAcadémie , à Bruges.
Courant (Maurice), interprète-chancelier de lé-
gation , rue Dôsbordes-Valmore , 38 , à Paris.
*Croizier (le marquis de), boulevard de la
Saussaye , 1 o , à NeuiUy.
*
Danon (Abraham), à Andrinople.
Darricarrère (Théodore-Henri), numismate,
à Beyrouth (Syrie).
Decourdemanche (Jean-Adolphe), rue Taille-
pied, 4, à Sarcelles (Seine-et-Oise).
Delattre (fabbé), rue des Récollets, 11, à
Louvain.
Delphin (G.), directeur de la Médersa, à
Alger.
Derenbourg (Hartwig), professeur à TRcole
des langues orientales vivantes, rue de la
Victoire, 56, à Paris,
24 JOILLET-AOÛT 1897.
MM.*Des Michels (Abel), boulevard Riondet, i[\,
à Hyères.
Deveria (Gabriel), consul général, secrétaire-
interprète du Gouvernement, boulevard
Pereire , 1 5 , à Paris.
DiEULAFOY (Marcel), membre de llnstitut, rue
Chardin , i 2 , à Paris.
DiHiGO (D' Juan M.), professeur de langue
grecque à TUniversité de la Havane (Cuba).
Donner , professeur de sanscrit et de philologie
comparée à TUniversité de Helsingfors.
Drouin, avocat, rue de Verneuil, i i, à Paris.
DuKAs (Jules), rue des Petits -Hôtels, 9, à
Paris.
Dumon (Raoul), élève diplômé de TEcole du
Louvre, rue de la Chaise, 10, à Paris.
*DuRiGHELLO (Joscph-Auge) , antiquaire, à Bey-
routh (Syrie).
DuTT (Romesh Chunder), attaché au Service
civil du Bengale, 3o, Beadon street, à Cal-
cutta.
DuvAL (Rubens), professeur au Collège de
France , rue de Sontay, 1 1 , à Paris.
*Fargues (F.), route de Saint-Leu, 28, à En-
ghien-les-Bains.
* Favre (Léopold) ^ rue des Granges , 6 , à Genève.
Feer (Léon), attaché au département des ma-
nuscrits de la Bibliothèque nationale, rue
Félicien-David , 6 , à Auteuil-Paris.
LISTE DES MEMBRES. 25
MM. Fell (Winand), professeur à T Académie de
Munster.
Ferrand (Gabriel) , agent résidentiel de France ,
à Mananjary (Madagascar).
Fertiè (Henri), chancelier de la légation de
France à Téhéran.
*FiNOT (Louis), archiviste paléographe, attaché
à la Bibhothèque nationale , rue Claude-Ber-
nard, 69, à Paris.
Flotte de Roquevaire (René de), rue Sainte-
. Anne, 9, à Paris.
FoucHER (A.), agrégé des lettres, rue de Vau-
girard, 407, à Paris.
*Fryer (le major George), Madras StafiF Corps,
Deputy Commissioner, British Burmah.
*Gantin, ingénieiu*, répétiteur libre à i'Ecole
des langues orientales vivantes, rue de la
Pépinière, 1, à Paris.
Gaddkfroy-Demombynes, directeur de la Mé-
dersa, à Tlemcen.
* Gautier (Lucien), professeur de théologie,
route de Chêne, 88, à Genève.
Graffin (l'abbé) , professeur de syriaque à TUni-
versité catholique, rue d'Assas, 4 7, à Paris.
Greenup (Rev. A. W.), Culford Heath, Bury
S* Edmund's (Angleterre).
Grenard, boulevard des Invalides, 20, à
Paris.
*Gropf (William N.), à Ghizeh (Egypte).
26 JUILLET-AOÛT 1897.
MM. Grosset, licencié es lettres, rue Cuvier, 4, à
Lyon.
*GuiEYSSE (Paul), député, ancien ministre des
colonies , ingénieur hydrographe de la ma-
rine, rue des Ecoles, 62, à Paris.
* GuiMET ( Emi) e ) , au Musée Guimet , place dléna ,
à Paris.
"^Halévy (J.), professeur à l'Ecole des hautes
études, rue Aumaire, 26, à Paris.
*Hamy (le D'), membre de Tlnstitut, conserva-
teur du Musée d'ethnographie , rue Geoffroy-
Saint-Hilaire , 36, à Paris.
*Harkavy (Albert), bibliothécaire de la Biblio-
thèque impériale publique, à Saint-Péters-
bourg.'
Harlez (M*' g. de ) , professeiu* à TUniversité, à
Louvain.
Hebbelynck (Adolphe), professeur à l'Univer-
sité, à Louvain.
Henry (Victor), professeur à la Faculté des
lettres de Paris, rue Notre -Dame -des -
Ghamps, 10 5, à Paris.
*HiÈRiOT-BuNOUST (l'abbé Louis), rue d'Assas,
à Paris.
H^ROLD (Ferdinand), hcencié es lettres, an-
cien élève de l'Ecole des chartes , rue Greuze ,
a G, à Paris.
HoLAS Efendi (V.), rue Asmali-Mesdjid , 1 1, à
Gonstantinople.
LISTE DES MRMRRES. 27
MM. HouDAs , professeur à TEcole des langues orien-
tales vivantes, avenue de Wagram, 29, à
Paris.
HuART (Clément), consul de France, drogman
de l'ambassade de la République française ,
à Constantinople.
ÏMBAULTrHcART (Camille), consul de France
à Canton (Chine).
Jeannier (A.) , drogman-chancelier du Consulat
de France, à Zanzibar.
Jéquier (Gustave), à Neuchâtel.
Karacson (Eméric), directeur de TEcole nor-
male royale catholique, à Gyôr (Raab),
Hongrie.
Karppe (S.), élève de rÉcole des hautes études,
avenue de Messine, 10, à Paris.
*M™*Kerr (Alexandre), à Londres.
MM. Kéraval (le D'), directeur de lasile d'Armen-
tières (Nord).
Kesseler (Charles), viticulteur, à Henchir el-
Maïou (Tunis).
KoDLiKOvsRi, professeur de sanscrit à ITIniver-
sité de Kharkov.
La Martinière (H. P. de), directeur au Gou-
vernement général de TAlgérie , rue de Saint-
Pétersbourg, 28, à Paris.
28 JUILLET-AOÛT 1897.
MM. Lambert (Mayer), rue Viollet-le-Duc, ii, à
Paris.
* Landberg (Carlo , comte de) , docteur es lettres ,
au château de Tùtzing (Haute-Bavière).
*Lanman (Charles), professeur de sanscrit à
Harvard Collège, à Cambridge (Massachu-
setts).
Lavallée -Poussin (Gaston de), professeur à
rUniversité, à Gand.
Leclère (Adhémar), résident de France à
Kratié (Cambodge).
Lecomte (Georges), rue de Lancry, 17, à
Paris.
Ledoulx (Alphonse), vice-consul de France à
Siwas (Turquie JAsie).
IjEduc (Henri), interprète du Gouvernement
à Pékin.
Lefèvre (André), licencié es lettres, rue Haute-
feuille, 2 1, à Paris.
Lefèvre-Pontalis , villa Victoria , au Caire.
Leriche (Louis), à Mogador (Maroc).
Leroux (Ernest), éditeur, rue Bonaparte, 28,
à Paris.
* Lestrange (Guy), via San Francesco Pove-
rino , 3 , à Florence.
Levé (Ferdinand), rue Cassette, 17, à Paris.
LÉvi (Sylvain ) , professeur au Collège de France ,
rue Guy-de-la-Brosse , 9, à Paris.
FjIÉtard (le D*^), médecin inspecteur des eaux,
à Plombières.
LISTE DES MEMBRES. 29
MM. LoiSY (l'abbé), aumônier, rue du Château, 29,
à Neuilly (Seine).
LoRGEOU (Edouard), consul de France à Ran-
goon (Birmanie).
* Machanoff, professeur au Séminaire religieux,
à Kazan.
Macpherson, avenue Hoche, 5o, à Paris.
Mallet (Dominique) , villa Poirier, 9 , à Paris
Vaugirard.
*Margoliouth (David-Samuel), professeur d'a-
rabe à rUniversité, New-CoUege, à Oxford.
Marrache , rue LalFon , 1 o , à Marseille.
*Maspero, membre de Tlnstitut, professeur au
Collège de France , ancien directeur général
des Musées d'Egypte, avenue de TObserva-
toire , a 4 , à Paris.
Méchineau (labbé) , rue de Sèvres, 35 , à Paris.
Mehren (le D'), professeur de langues orien-
tales, à Copenhague.
Meillet (Antoine) , agrégé de grammaire, élève
de rÉcole des hautes études, boulevard
Saint-Michel, 2 A, à Paris.
M^* Menant (Delphine), rue de Madame, 68, à
Paris.
MM. Mercier (E.), interprète-traducteur assermenté,
membre associé de TEcole des lettres d'Alger,
rue Desmoyen , 1 9 , à Constantine.
Mercier (Gustave), interprète militaire, à
Constantine.
30 JUILLET-AOÛT 1897.
MM. Meux (A.), professeur de langues orientales, à
Heidelberg.
Michel (Charles), professeur à fUniversité,
avenue d'Avroye , 1 1 o , à Liège.
Michelet, colonel du génie en retraite, inie de
rOrangerie, 38, à Versailles.
* Mission archéologique française, au Caire.
MM.*Mqcatta (Frédéric-D.), Connaught place, à
Londres.
Mohammed ben Braham, interprète judiciaire,
à Oued-Athcoénia (Algérie).
Montet (Edouard), professeur de langues
orientales à TUniversité de Genève , villa des
Grottes.
Morgan (J. de), ancien directeur des Musées
d*Égypte , au palais de Ghizeh.
MocLiÉRAS, professeur à la chaire d arabe, à
Oran (Algérie).
Mdir (Sir William), Dean Park House, à
Edimbourg.
*MuLLER (Max), professeur à Oxford.
*Nac (labbé), licencié es sciences mathéma-
tiques et es sciences physiques, professeur
d'analyse à l'Institut catholique, rue Gas-
sendi, 7, à Paris,
Nedjib Açem Efendi, rédacteur du journal
Ikdam , rue Sublime-Porte , à Constantinople.
NicoLLE (Henri), lieutenant au j" régiment
étranger, bataillon du Siam, par Saigon.
LISTE DES MEMBRES. 31
MM. NouET (l'abbé René), chanoine, rue Saintr Vin-
cent, 2 5, au Mans.
Oppert (Jules), membre de Tlnstitut, profes-
seur au Collège de France, rue de Sfax, i ,
à Paris.
"^OsTROROG (le comte Léon), docteur en droit,
directeur du contentieux à la Dette publique
ottomane , à Constantinople.
Ottavi (Paul) , vice-consul de France à Mascate.
*Patorni, interprète principal à la division, à
Oran.
Pelliot (Paul), Grande-Rue, 69, à Saint-
Mandé.
Pereira (Estèves), capitaine du génie, Rua das
Damas, Ix, à Lisbonne.
*Perruchon (Jules), élève diplômé de TEcole
des hautes études , rue de Vaugirard , 3 3 , à
Paris.
Pertsch (W.), bibliothécaire, à Gotha.
Pfungst (D' Arthur), Gaertnerweg, 2, à
Francfort-sur-le-Mein.
*Philastre (P.), lieutenant de vaisseau, inspec-
teur des affaires indigènes en Cochinchine,
à Cannes.
Piehl (le EK Karl), professeur d'égyptologie à
l'Université, à Upsal.
*PuNAPPEL, docteur et professeur de langues
orientales , à Middelbourg^
32 JUILLET-AOÛT 1897.
MM.*PiNART (Alphonse), à Paris.
PiNCHES (Th.-C), Assyrian department, au
British Muséum, à Londres.
*Platt (William), Callis Court, Saint-Peters,
île de Thanet (Kent).
Pognon, consul de France, à Alep.
* Pommier, juge au tribunal civil, au Blanc
(Indre).
*PoussiÉ (le D'), rae de Valois, a, à Paris.
PRiETORius (Frantz), Franckestrasse, q, à
Halle.
Provenzali, professeur d arabe au Lycée, à
Oran.
*Prym (le professeur E.), à Bonn.
Quentin (l'abbé), au Plessis-Chenet (Seine et-
Oise).
Raboisson (Tabbé) , rue de Viiliers, 80 , à Levai-
lois.
Rat (G.), secrétaire de la Chambre de com-
merce, à Toulon.
Ravaisse (P.), chargé de cours à TEcole des
langues orientales vivantes , rue des Quatre-
Cheminées, 7, à Billancourt.
Regnaud (Paul), professeur de sanscrit, à la
Faculté des lettres, à Lyon.
* Régnier (Adolphe), sous-bibliothécaire de lln-
stitut, rue de Grenelle, 35, à Paris.
Reuter (le D' J. N.), docent de sanscrit et de
LISTE DES MEMBKES. 33
philologie comparée, à TUniversilé de Hel-
singfors.
MM.*Revillout (E.), rue du Bac, 28, à Paris.
* Rimbaud, rue de Versailles, 5 9, au Chesnay,
près Versailles.
Robert (A.), administrateur de la commune
mixte de Sedrata, par Aïn-Beïda (déparle-
ment de Constantine).
* Rolland (E. ) , rue des Fossés-Saint-Bernard , 6 ,
à Paris.
Roque - Ferrier , à la Plaine, par Claret (Hé-
rault).
RosNY (Léon de), professeur à l'École des
langues orientales vivantes, rue Mazarine,
28, à Paris.
*RousE (W. D. H.), Christ's Collège, à Cam-
bridge.
RouviER (Jules), docteur en médecine, à Bey-
routh.
Rylands (W. F. S. A.), secrétaire de Ja Société
d'archéologie biblique , Great Russell street ,
37, Bloomsbury, à Londres.
Sabbathier, agrégé de l'Université, rue du
Cardinal-Lemoine , 1 5 , à Paris.
Sainson (Camile), gérant du vice-consulat de
France à Hokkeou (Chine), par Lao Kay
(Tonkin).
Saussure (L. de), lieutenîinl de vaisseau, rue
Poulie. I 4 , à Brest.
M
iurntMiiBir r4ti txMit,
34 JUILLET-AOÛT 1897.
MM. ScHEPER (Charles), membre de l'Institut, pro-
fesseur de persan et administrateur de TEcoie
des langues -orientales vivantes, rue de Lille,
. 2, à Paris. . .
ScHEiL (le P.), rue du BaCi^4, â Paris.
ScHMiDT (Valdemar), professeur, à Copen-
hague.
Schwab (M.), bibliothécaire à la Bibliothèque
. nationale, citéTrévise, i4,à Paris. »
Senart (Emile), membre de l'Institut, rue
François I*^, i &, à Paris.
Serruys (Washington), attaché au Consulat de
Belgique, à Beyrouth.
*SiM0NSEN, grand rabbin, à Copenhague.
SiouFFi, consul honoraire de France, à Damas.
Si saïd boulifa, professeur à TÉcole normale
primaire , à La Bouzaréa , près Alger.
. 'SociN, professeur à ^'Université, Schreber-
strasse , 5 , à Leipzig.
SoNNECK ( de ) , interprète principal à rÉtatmajor
de Tarmée, au Ministère de, la guerre, à
Paris.
Specht (Edouard), rue du Faubourg-Saint-
Honoré, 19 5, à Paris.
Spiro (Jean), professeur à l'Université^ de Lau-
zanne, à Vufilens-la-Ville (Suisse).
■i Stein (P'.M. Aurel), principal du Collège
oriental, à Lahore.
Steinnordh (J. h. W.), docteur en théologie
et en philosophie, à Linkôping.
LISTE DES MEMBRES. ^5
MM. Stic&ney (Trumbuli), étudiant, avenue Mar-
ceau, 55, à Paris.
Strehly, professeur au lycée Louis-le-Grand ,
rue de Vaugirard , 1 6 , à Paris.
Strong (Arthur) , lecteur d'assyrien à TUniver-
sité , à Cambridge.
Syad McHAlfBiAD Latif, district jùdge, Jallan-
dhar City (Penjab).
Taillefer (Amédée), conseiller à la Cour
d appel, rue Cassette, a 7, à Paris.
Talod , employé à Tadministration de la Dette
ottomane , à Gonstantinople.
Textor de Ratisi (le baron), rue de Turin,
38, à Paris.
Thibaut (E.), surveillant général au Lycée, à
Alger.
Thureau-Danqin , élève de TEcole des hautes
études, rue Garancière, 1 1, à Pans.
TouHAMi BEN Larbi, interprète judiciaire asser-
menté à Ksar et-Tir, Se tif (Algérie). '
Tronqdois (Emmanuel), rue Denfert, 18 bis,
à Paris.
*Tdrrettini (François), rue de THôtei-de-Ville ,
8 , à Genève.
Turrini (Giuseppe), professeur de sanscrit k
l'Université de Bologne.
Vasconcellos-Abreu (de), professeur desanscrit,
rua Castilho, 34, à Lisbonne.
3.
36 JUILLET-AOÈT 1897.
MM. Vaux (Baron Carra de), rue de TUniversité, 8 ,
à Paris.
Vernes (Maurice), directeur adjoint à FEcoie
des hautes études, rue Notre -Dame- des-
Champs, 97***, à Paris.
ViLBERT (Marcel) , attaché à la Direction géné-
rale des phares, à Constantinople.
ViNSON (Julien), professeur à TEcole des
langues orientales vivantes, rue de TUniver-
site, 58, à Paris.
VissiÈRE (Arnold), premier interprète de la
légation de France, à Pékin.
Vogué (le marquis Melchîor de), membre de
rinstitut, ancien ambassadeur de France à
Vienne, rue Fabert, 2, à Paris.
*Wade (Sir Thomas), à Londres.
WiLHELM (Eug.), professeur, à léna.
*WiTTON Davies (T.), principal de Midland
Baptist Collège, à Nottingham.
*Wyse (L.-N. Bonaparte), villa Isthmia, au Cap-
Brun, par Toulon.
Yazigi (Ibrahim el), au Caire.
*ZoGRAPHos (S. Exe. Christaki Efendi), avenue
Hoche , 2 2 , à Paris.
LISTE DES SOCIÉTÉS SAVANTES ET DES REVUES. 37
II
MEMBRES ASSOCIÉS ÉTRANGERS
SUIVANT L'ORDRE DES NOMINATIONS.
MM. Weber, professeur à TUniversité de Berlin.
Salisbury (E.), membre de la Société orien-
taïe américaine, 287, Church street, àNew-
' Haven (Etats-Unis).
III
LISTE DES SOCIÉTÉS SAVANTES ET DES REVUES
AVEC LESQUELLES
LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE ÉCHANGE SES PUBLICATIONS.
Académie de Lisbonne.
Académie de Saint-Pétersbourg.
Royal Asiatic Society of London.
Royal Asiatic Society of Bengal , à Calcutta.
Deutsche morgenlandische Gesellschaft, à Ualle.
American Oriental Society, à New-Haven (Etats-
Unis).
Royal Asiatic Society of Japan , à Tokio.
Bombay branch of the Royal Asiatic Society, à
Bombay.
China branch of the Royal Asiatic Society, t^
Shanghaï.
The Pering Oriental Societv, à Pékin.
S0CIETA AsiATicA Italiana , à Fiorencc.
58 JUILLET-AOÛT 1897.
Reale Accademia DEi LiNCEi, à Rome.
John Hopkins University, à Baltimore (Etats-Unis).
Société finno-ougrienne, à Helsingfors.
Société de géographie de Paris.
Société de géographie de Genève.
Royal Geographical Society, à Londres.
Société des sciences de Batavia.
Société historique algérienne.
Deutsche Gesellschaft fur Natur- und Voelker
KUNDE Ostasiens, à Tokio.
Société de philologie, à Paris.
Provincial Muséum, à Lukhnow.
Indian Antiquary, à Bombay.
PoLYBiBLiON , à Paris.
Revue de l'Histoire des religions.
American Journal of ARCHiEOLOGY, à Princeton.
The Japan Society, ao,Hannover square, à Londres.
MïNISTÈRE DE L^INSTRUCTION PUBLIQUE.
Ecole des laî^gues orientales vivantes , rue de Lille,
2 , à Paris.
SÉMINAIRE DES MISSIONS ÉTRANGÈRES , me du BaC ,128,
à Paris.
SÉMINAIRE DE Saint-Sulpice , à Paris.
Bibliothèque du Ministère de la guerre.
Bibliothèque du Chapitre métropolitain, à Téglise
Notre-Dame, à Paris.
Bibliothèque de l'Arsenal, rue de Sully, 1 , à Paris.
LISTE DES SOCIÉTÉS SAVANTES ET DES REVUES. 39
Bibliothèque Sainte-Geneviève, place du Panthéon,
à Paris.
Bibliothèque Mazarine, quai Contî, a3, à Paris.
Bibliothèque de l'Université , à la Sorbonne.
Bibliothèque du Muséum d'histoire naturelle, rue
de Buffon , 2 , à Paris.
Bibliothèque du Collège de France.
École normale supérieure, rue d*Ulm; 45, à'Paris.
Bibliothèque nationale.
Séminaire Israélite , rue Vauquelin , 9 , à Paris.
Faculté de droit, place du Panthéon, à Paris.
Parlement de Québec (Canada).
Les bibliothèques d'Aix (en Provence), — de Mou-
lins, — DE Rennes, — d'Annecy, — de Laon,
DE PÉRIGUEUX , de SaINT-MaLO , DES BÉ-
NÉDICTINS de Solesmes, — DE Toulouse, — de
Beauvais, — de Chambéry, — de Nice, — de
Reims, — de Rouen, — de lile de la Réunion,
— DE Strasbourg, — de Bourges, — de Tours,
— DE Metz, — de Nancy, — de Nantes, — r de
Narbonne, — d'Orléans, — de Pau, -^ d'Ar-
RAS , universitaire DE LyON , — DE MaRSEILLE ,
— DE Montpellier (Facilité. de médecine et Bi-
bliothèque publique), — de Montauban, — de
VaLENCIENNES, DE VERSAILLES, — 7 DE GlER-
MONT-FeBRAND, DE CoNSTANTINR, DE DiJON ,
— DE Grenoble, — du Havre, — de Lille, —
DE Douai, — d'Aurillac, — de Besançon, -^— de
Bordeaux (Bibliothèque publique et Université),
— de Poitiers, — de Gaen, — de Garcas-
/lO JUILLRT-AOÙT 1897.
SONNE, DE CaRPENTRAS, D*AjACCIO .
D* Amiens, — d'Angers, — de Troyes,
D* Avignon, — de Chartres, — d'Alger,
d'Avranches.
IV
• LISTE DES OUVRAGES
PUBLIES PAR LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE.
En vente chez M. Ernest Leroux , éditeur, rue Bonaparte, 28 ,
h Paris.
Journal asiatique, publiô depuis 1822. La collection est en
partie épuisée.
Chaqije année. 26 fr.
Choix de fables arméniennes du docteur Vartan, en armé-
nien et en français, par J. Saint- Martin et Zohrab. 1825,
in.8" Slh
Eléments de la grammaire japonaise, par le P. Rodriguez,
traduits du portugais par M. C. Landresse, etc. Paris»
1 826 , in-8*'. — Suppléaient à la grammaire japonaise , etc.
Paris, 1826, in-8". (Épuisé.) » 7 fr. 5o
Essai sur lk Pâli, ou langue sacrée de la presqu'île au delà
du Gange, par MM. E. Burnouf et Lassen. Paris, 1826,
in-8-. (Épuisé.) ; i5 fr.
Meng-tseu vel Mencium, lalina interpretatione ad interpro-
tationem tartaricam utram(|nc recensita insiruxit, et per-
|)otuo commimtario e Si n lois deprompto illustra vit Stanis-
las Julien. Latcliœ Parsiorani , 1824, 1 vol. in-8°. . . 9 fr.
Yadjnadattabadha, ou LA Mort d'Yadjnadatta, épisode
OUVRAGES PUBLIÉS PAR LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE. 41
extrait du Râmâyana, poème épique sanscrit, donné avec
le texte gravé , une analyse grammaticale très détaillée,
une traduction française et des notes, par A.-L. Chézy, et
suivi dune traduction latine littérale, par J.-L. Burnouf.
Paris, 1826, in-4°, avec quinze planches 7 fr. 5o
Vocabulaire de la langue géorgienne, par J. Klaproth.
Paris, 1827, in-8' 7 fr. 5o
Élégie sur la Prise d Édesse par les Musulmans, parNer-
sès Klaietsi , patriarche d'Arménie , publiée pour la pre-
mière fois en arménien, revue par le docteur Zohrah.
Paris, i8a8, in-8" 4 fr. 5o
La Reconnaissance de Sagountalâ, drame sanscrit et prâ-
crit de Càlidâsa , publié pour la première fois sur un ma-
nuscrit unique de la Bibliothèque du Roi, accompagné
d'une traduction française, de notes philologiques, cri-
tiques et littéraires, et suivi d'un appendice, par A.-L.
Chézy. Paris, i83o, in-4", avec une planche 10 fr.
Chronique géorgienne, traduite par M. Brosset. Paris, Im-
primerie royale, i83o, grand in-8'' 9 fr.
Ghrestomathie chinoise (publiée par Klaproth). Paris,
i833, in-8'' 7 fr. 5o
Eléments de la Langue géorgienne, par M. Brosset. Paris,
Imprimerie royale, 1837, in-8* 9 fr.
Géographie d'Aboulféda, texte arabe publié par Reinaud
et le baron de Slane. Paris, Imprimerie royale, i84o,
in-4" . . 24 fr.
Ràdjataranginî, ou Histoire des rois du Kachmîr, publié
en sanscrit et traduit en français, par M. Troyer. Paris,
Imprimerie nationale, 3 forts vol. in-8*' ao fr.
Précis de législation musulmane, suivant le rite malékite,
par Sidi Khalil, publié sous les auspices du Ministre de la
guerre , 5* édition. Paris, Imp. nat. , 1 883 , in-8°. ... 6 fr.
42 JUILLET-AOÛT 1897.
COLLECTION D^AUTEURS ORIENTAUX.
Les Voyages d'Ibn Batoutah , texte arabe et traduction par
MM. C. Defrémery et Sanguinetti. Paris , Imprimerie na-
tionale , 4 Yoi. in-8°. Chaque volume 7 fr. 5o
Table alphabétique des Voyages d*Ibn Batoutah. Paris,
1869, in-8' a fr.
Les Prairies d*or de Maçoudi, texte arabe et traduction
par M. Barbier de Meynard (les trois premiers volumes
en collaboration avec M. Pavet de Courteille). 9 vol. ih-8*.
(Le tome IX comprenant Tlndex. ) Chaque voL . . 7 fr. 5o
Maçoudi. Le livre de V Avertissement [Kitah et-tenhîh)^ traduit
et annoté par le baron Carra de Vaux. 1 fort vol. in-8*.
Prix 7 fr. 5o,
Le Mahâvastu , texle sanscrit, publié pour ia première fois,
avec des Introductions et un Commentaire, par M. £m.
Senart. Volumes I et II. 2 forts volumes in-S". Chaque
volume 2 5 fr.
Chants populaires des Afghans, recueillis, publiés et tra-
duits par James Darmesteter. Précédés d'une Introduction
sur la langue, Thistoire et la littérature des Afghans,
i fort voL in-8** 20 fr.
Journal d'un voyage en Arabie (i883-i884), par Chaiies
Huber. Un fort volume in-S**, illustré de clichés daiis le
texte et accompagné de planches et croquis 3o fr.
Publication encouragée par la Société asiatique :
Les mémoires historiques de Se-ma Tsien , traduits du chi-
nois et annotés par Edouard Chavannes, professeur au
OUVRAGES PUBLIÉS PAR LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE. 43
Collège de France.. Tome I", in-S" 1 6 fr.
Tome II, in-8° 20 fr.
Tome III (sous presse)
Nota, Les membres de la Société qui s'adresseront directement
au libraire de ia Société, M. Ernest Leroux, rue Bonaparte, 28, à
Paris, auront droit à une remise de 33 p. 0/0 sar les prix de tons
les ouvrages ci-dessus , à Texception du Journal asiatique.
4i JUILLET-AOÛT 1897.
STATUTS
r r
DE LA SOCIETE ASIATIQUE.
er
BUT DE LA SOCIÉTÉ,
ARTICLE PREMIER.
La Société est instituée pour encourager l^étude
des langues de TAsie.
Celles de ces langues dont elle se propose plus
spécialement, mais non exclusivement, d'encourager
Tétude, sont :
1® Les diverses branches (tant en Asie qu'en
Afrique) des langues sémitiques;
2** L'arménien et le géorgien ;
3° Le grec moderne;
4° Le persan et les anciens idiomes morts de la
Perse ;
5° Le sanscrit et les dialectes vivants dérivés de
cette langue;
6° Le malais et les langues de la presqu'île ulté-
rieure et citérieure de l'Archipel oriental ;
7° Les langues tartares et le tibétain ;
8" Le chinois.
STATUTS DE LA SOCIÉTÉ' ASIATIQUE. 45
ART. 1À.
Elle se procure les manuscrits asiatiques ; elle les
répand par la voie de Timpression ; elle en fait faire
des extraits ou des traductions. Elle encourage, en
outre, la publication des grammaires, des diction-
naires ou autres ouvrages utiles à la connaissance de
ces diverses langues.
ART. 3.
Elle entretient des relations et une correspon-
dance avec les Sociétés qui s'occupent des mêmes
objets, et avec les savants asiatiques ou européens
qui se livrent à l'étude des langues asiatiques et qui
en cultivent la littérature. Elle nomme, à cet effet,
des associés correspondants.
S II
ORGANISATION DE LA SOCIÉTÉ.
ARTICLE PREMIER.
Le nombre des membres de là Société est indé-
terminé. On en fait partie après avoir été présenté
par deux membres et avoir été reçu à la pluralité
des voix, soit par le Conseil, soit par l'assemblée
générale.
ART. a.
Indépendamment des dons qui pourront être
40 JUILLET-AOÛT 1897.
offerts à la Société, chaque membre paye une sou-
scription annuelle de trente francs.
ART. 3.
Les membres de la Société nomment xm Conseil ,
et sont convoqués, au moins une fois Tan, pour
entendre un rapport sur les travaux, sur lemplôî
des fonds, et pour nommer les membres du Conseil.
nu
ORGANISATION DU CONSEIL.
ARTICLE PREMIER.
Le Conseil se compose de :
Un ou plusieurs présidents honoraires ,
Un président.
Deux vice-présidents ,
Un secrétaire,
Un secrétaire adjoint et bibliothécaire
Un trésorier,
Trois commissaires pour les fonds.
Vingt-quatre membres ordinaires.
ART. 2.
Les présidents honoraires sont nommés à vie par
l'assemblée générale, et ont voix délibérative dans
le Conseil. Le secrétaire est nommé pour cinq ans
STATUTS DE LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE. 47
par la même assemblée. Le président, les vice-pré-
sidents, le secrétaire adjoint, le trésorier et les com-
missaires des fonds sont nommés chaque année, et
tous ces membres sont rééligibles. Les vingt-quatre
autres membres sortent par tiers, et à tour de rôle,
chaque année; ils peuvent être réélus. Le sort dési-
gnera , les deux premières années , ceux qui devront
sortir,
ART. 3.
L'élection des membres du Conseil aura lieu à la
majorité relative des suffrages.
ART. k'
L assemblée générale nomme, chaque année,
parmi les membres restants du Conseil, deux cen-
seurs chargés d'examiner les comptes de Tannée
précédente, et de lui en faire un rapport à la plus
prochaine assemblée générale.
ART. 5.
Le Conseil est chargé de diriger les travaux litté-
raires qui entrent dans le plan de la Société, ainsi
que du recouvrement et de lemploi des fonds; il
ordonne l'impression des ouvrages qu'il reconnaît
utiles ; il en fait faire des traductions ou des extraits ;
il examine les ouvrages relatifs au but de la Société ;
il donne des encouragements; il nomme les asso-
ciés correspondants; il fait l'acquisition des manu-
48 JUILLET-AOÛT 1807.
scrits et des ouvrages asiatiques, iorsquil le croit
convenable.
ART. 6.
Le secrétaire de la Société fait un rapport annuel
des travaux du Conseil et de l'emploi des fonds. Ce
rapport sera imprimé avec la liste des souscripteurs ,
le montant des dons pécuniaires ou des offrandes
en livres, manuscrits, objets d*arts, etc., faits à la
Société, avec les noms des donateurs.
ART. -y.
Le Conseil se réunit en séance ordinaire au moins
une fois par mois. Tous les membres souscripteurs
de la Société sont admis à ses séances et peuvent
y faire les communications qui leur paraissent utiles.
ART. 8.
Le Conseil s'occupera, le plus tôt possible, des
moyens de rédiger, sous le titre de Journal asiatique y
un recueil littéraire qui paraîtra à des époques plus
ou moins rapprochées, et qui sera donné gratis aux
souscripteurs de la SociiHé.
ART. g.
Les membres de la Société pourront acquérir
chacun un exemplaire des ouvrages qu elle publiera ,
au prix coûtant.
STATUTS DE LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE. 49
S IV
COMPTABILITÉ.
ARTICLE PREMIER.
La Commission des fonds présente au Conseil
d'administration, dans le prenaier mois de Tannée,
laperçu des recettes et des dépenses pour 1 année
qui commence.
Le Conseil d'administration détermine en consé-
quence, pour Tannée entière, les dépenses ordi-
naires et fixes, et assigne, pour Tannée aussi, un
maximum pour les dépenses de bureau, les autres
menus firais journaliers et variables.
ART. 2.
Les dépenses extraordinaires, proposées pendant
le cours de Tannée, sont arrêtées par le Conseil
d'administration , après qu'il aura pris préalablement
l'avis de la Commission des fonds.
ART. 3.
Les délibérations du Conseil d'administration por-
tant autorisation d'une dépense sont immédiatement
transmises à la Commission des fonds par un extrait
signé du président et du secrétaire de la Société,
50 JUILLET-AOÛT 1897.
ART. 4.
La Commission des fonds tient un registre dans
lequel sont énoncées, au fur et à mesure, les dé-
penses ainsi autorisées, avec indication de l'époque
à laquelle leur payement est présumé devoir s effec-
tuer.
ART. 5.
Dans le cas où une dépense serait arrêtée par la
Société seulement en principe et sur une évalua-
tion approximative, cette dépense sera portée pour
son maximimi au registre prescrit par Tarticle pré-
cédent.
Dès que le projet de dépense donne lieu à un
engagement de la Société, on assigne les fonds né-
cessaires pour l'acquitter à l'échéance, de manière
que le payement ne puisse , en aucun cas , éprouver
ni incertitude, ni retard.
ART. 6.
Toute somme allouée pour une dépense extraor-
dinaire ordonnée par le Conseil reste affectée d une
manière spéciale pour l'objet désigné : elle ne peut
être détournée de sa destination et appliquée à un
autre service que sur une nouvelle décision du Con-
seil, prise selon la forme indiquée dans l'article a.
ART. y.
B pourra cependant admettre en principe la pro-
STATUTS DE LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE. 51
position de faire imprimer de nouveaux ouvrages au
fur et à mesure que les facultés pécuniaires de la
Société le permettront, mais sans que cela lie la So-
ciété et Tempêche de donner la préférence à tous
autres ouvrages qui lui seraient présentés posté-
rieurement, et dont elle jugerait la publication plus
opportune ou plus utile.
ART. 8.
La Commission des fonds tient un registre dans
lequel sont contenus tous ses arrêtés portant man-
dat de payement.
Lesdits arrêtés doivent être signés au moins de la
majorité des membres de la Commission.
ART. 9.
Les dépenses sont acquittées par le trésorier, sur
un mandat de la Commission des fonds, accompagné
des pièces de dépense visées par elle; ces mandats
rappellent les délibérations du Conseil d'administra-
tion par lesquelles les dépenses ont été autorisées.
Le .trésorier n acquitte aucune dépense si elle na
été préalablement autorisée par le Conseil d'adminis-
tration et ordonnancée par la Commission des fonds.
ART. 10.
Le trésorier et les membres de la Commission des
fonds se réunissent en séance particulière une fois
4.
52 JUILLET-AOÛT 1897.
chaque mois; dans cette séance sont traitées toutes
les affaires sur lesquelles la Commission est appelée
à délibérer. On y dresse Tétat mensuel de situation
dés fonds, pour le présenter au Conseil d*adminis-
tration.
Cet état est transcrit sur le registre de la Commis-
sion, ainsi que le procès-verbal de chaque séance
particulière.
ART. 1 1 .
Tous les six mois , en septembre ou en mars , la
Commission des fonds fait d'office connaître la si-
tuation réelle de la caisse , en indiquant les sommes
qui s y trouvent et celles dont elle est grevée, soit
pour les dépenses fixes et variables, soit pour les
dépenses extraordinaires, de façon que le Conseil
d'administration puisse toujours savoir quelle est la
quotité exacte des valeurs disponibles.
ART. 12.
A lia fin de Tannée, le trésorier présente son
compte à la Commission des fonds, qui, après Tavoir
vérifié, le soumet à rassemblée générale, pour être
arrêté et approuvé par elle. La délibération de l'as-
semblée générale sert de décharge au trésorier.
Note, Le Conseil a décidé que les Membres ordinaires
pouvaient devenir Membres à vie , en remplaçant leur coti-
sation annuelle par une somme de 3oo francs une fois payée *
STATUTS DE LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE. 53
ARTICLES RÉGLEMENTAIRES.
ARTICLES RELATIFS X LA REDACTION
DU JOURNAL ASIATIQUE.
Adoptés par le Conseil, dans sa sëance du 3 décembre i83a.
ARTICLE PREMIER.
La Commission du Journal asiatique est composée
de cinq membres nommés par le Conseil et choisis
dans son sein. Le président du Conseil assiste et
prend part aux délibérations de la Commission,
toutes les fois qu'il le juge convenable.
ART. 2.
La Commission du Journal nomme un de ses
membres éditeur du Journal asiatique, et le charge
de tous les détails relatifs à la rédaction et à l'im-
pression.
ART. 3.
La Commission se rassemble une fois par mois;
elle entend le rapport de l'éditeur, qui lui soumet
les articles dont Imsertion a été demandée, et lui
communique les réclamations, de quelque nature
quelles soient, auxquelles la rédaction a pu donner
Heu.
5/i JUILLET-AOÛT 1897.
ART. 4.
La Commission entend la lecture des articles
adressés à l'éditeur, ou en renvoie Texamen à lun
de ses membres, qui lui en fait son rapport.
ART. 5.
Nul mémoire, article ou fragment, quel qu'il soit,
ne peut être inséré dans le Journal sans que l'édi-
teur ait été autorisé à l'admettre par une délibéra-
tion spéciale de la Commission.
ART. 6..
La Commission du Journal sera autorisée à faire
faire des traductions et des extraits des mémoires
insérés dans les recueils étrangers et à allouer une
indemnité aux traducteurs.
ART. -y.
Les auteurs ne pourront pas faire de changements
considérables à la rédaction des mémoires ou articles
dont ils auront obtenu l'insertion dans le Journal,
et dont 1 éditeur aura cru devoir leur adresser une
première épreuve. Dans le cas où les changements
faits par les auteurs seraient trop nombreux, les frais
de remaniement et de composition resteront à leur
charge.
STATUTS DE LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE. 55
ART. 8.
Les auteurs auront le droit de faire tirer à part
cinquante exemplaires au plus de leui's mémoires ou
articles. Les frais du tirage à part pourront, avec
lautorisation de la Commission, être laissés à la
charge de la Société.
ART. 9.
La Commission est autorisée à allouer une indem-
nité à l'éditeur du Journal.
ART. 10.
La Commission du Journal est renouvelée chaque
année, dans la séance qui suit rassemblée générale
de la Société ; les membres de la Commission peuvent
être réélus indéfiniment.
Note. 1* Le Conseil a décidé postérieurement, en addi-
tion à Tarticle 1 , que le secrétaire du Conseil sera membre
ex officio de la Commission du Journal.
2" La Commission du Journal a établi, relativement à
farticle 8 , la règle de ne pas accorder de tirage à part aax
frais de la Société pour des articles compris dans la catégorie
des Mélanges et Nouvelles insérés à la lin des cahiers, mais
elle ne s'oppose pas à ce que les auteurs les fassent tirer à
leurs frais.
bô JUILLET-AOCT 1897.
N" 1 1064. — Ordonnance dv Hoi portant approbation
du Règlement de la Société asiatique.
Au château des Tuileries, le i5 avril 1829.
CHARLES, par la grâce de Dieu, Roi de France
ET DE Navarre, à tous ceux qui ces présentes ver-
ront, SALUT.
Sur le rapport de notre Ministre secrétaire d*Etat au Dé-
partement de Tintérieur;
Vu Tavis.du comité de Tintérieur de notre Conseil d*État,
Nous AVONS ORDONNÉ et ORDONNONS ce qui suit :
Art. 1". Le règlement de la Société asiatique,
joint à la présente ordonnance, est approuvé; et la-
dite Société est déclarée apte à posséder, acquérir,
recevoir des donations et legs, enfin à agir dans son
intérêt comme un des établissements publics auut-
quéls s'applique l'article 910 du Code civil, sans
néanmoins que ses membres doivent, par suite de
cette approbation, être inscrits à ce titre sur la
seconde partie de la liste du jury.
2. Notre Ministre secrétaire d'Etat de l'intérieur
est chargé de l'exécution de la présente ordonnance.
Doihné en notre château des Tuileries, le i5 avril de Tan de
grâce 1829 , et de notre règne le cinquième.
Si^M^ CHARLES.
Par le Roi :
Le Ministre secrétaire d'Etat an Département de V intérieur.
Signé de Martignac.
NOTES SUR LA POÉSIE SYRIAQUE. 57
NOTES
SUR
LA POÉSIE SYRIAQUE,
PAR
M. RDBENS DUVAL.
Nous ne chercherons pas, Messieurs, dans la
poésie syriaque le lyrisme de Tode ni le charme naïf
de Tépopée. Purement ecclésiastique, cette poésie
est née et s'est développée dans le clergé aux yeux ,
duquel elle était le meilleur moyen de répandre dans
le peuple Tinstruction religieuse et de donner aux
services du culte la solennité qu'ils comportent.
Ramenée à son objet même et envisagée dans son
ensemble, la poésie syriaque apparaît comme une
des branches les plus importantes de la littérature ,
et son histoire vaut la peine d'être écrite. C'est un
court aperçu de cette histoire. Messieurs, que je me
propose de vous présenter.
A quelle source la poésie syriaque prit-elle ses
origines? La question des origines, quand il s'agit
de la culture de l'esprit humain, est toujours embar-
rassante et l'on doit souvent se contenter d'hypo-
thèses. Nous sommes assurément autorisés à ratta-
cher la prosodie syriaque à la prosodie hébraïque ,
58 JUILLET-AOÛT 1897.
avec laquelle elle a plusieurs traits communs. La
correspondance ou parallélisme des versets hébreux
groupés deux par deux a son analogie en syriaque
où deux vers forment une phrase métrique, un édi-
fice ()Ko), comme disent les Syriens. Je ne parie
pas de l'ordonnance strophique qm appartient au
genre lyrique, mais je dois signaler les strophes
acrostiches qui suivaient Tordre alphabétique et que
les Syriens ont appris à connaître par les Psaumes
et les Lamentations de Jérémie.
Cependant le principe fondamental de la métrique
syriaque , le nombre déterminé des syllabes du vers ,
n'existe pas en hébreu. Y aurait-il là une influence
de la métrique grecque et latine? Assurément non,
car les Syriens ne distinguaient pas dans les vers les
voyelles longues des brèves, et rien ne trahit che»
eux la connaissance de la poésie occidentale à l'au-
rore de leur époque littéraire. La langue syriaque,
émcfusséepar l'usure, ne conserve que très rarement
la voyelle brève dans une syllabe ouverte; par suite,
les mots se composent de syllabes bien tranchées
qui ont la même valeur prosodique. Il était donc
naturel qu'une phrase rythmée comprît un nombre
déterminé de syllabes. C'est le phénomène qui s'est
produit aussi dans le vers français qui ne tient pas
compte de la durée d'émission des voyelles. Au
contraire , l'hébreu et l'arabe qui possèdent ime pho-
nétique différente suivirent une autre voie.
Si aucun lien ne rattache la poésie syriaque à
l'ancienne poésie de l'Occident, ne doit-on pas ad-
NOTES SUR LA POÉSIE SYRIAQUE. 59
mettre une certaine parenté entre l'hymnologie sy-
riaque et ITiymnologie byzantine et latine? La
question a déjà été posée et débattue. M. Wiiheim
Mayer\ en i885, a voulu établir ces rapports de
parenté en cherchant l'origine des hymnes occiden-
tales dans la poésie syriaque. Mais sa thèse a ren-
contré plus d adversaires que de partisans; la proso-
die syriaque était alors trop mal connue pour servir
de base à un travail de cette nature. M. Hubert
Grimme^, en iSgS, a repris Tétude de cette proso-
die et notamment des règles qui régissent Taccent
tonique et les strophes. Nous ne pouvons entrer ici
dans lexamen de la question. II nous suffira d'avoir
rappelé cette question pour vous montrer, Messieurs,
que l'intérêt qui s'attache à la poésie syriaque dépasse
le cercle des orientalistes.
C'est au célèbre gnostique d'Edesse, Bardesane,
qui vivait dans la seconde moitié du deuxième siècle
de notre ère^ que revient l'honneur de l'invention
de la poésic'sacrée des Syriens, si nous en croyons
saint Ephrem. Dans ime de ses hymnes contre les
hérétiques^, l'illustre Père de l'Eglise syriaque dit de
Bardesane :
Il créa des hymnes et y associa des airs musicaux.
Il composa des cantiques et y introduisit les mètres.
^ Anfang uud Vrsprting der lateinischen nnd griechischen rythmis-
chen Dichlnng , Munich , i885.
* Z. D, M. G.t XL VIII, p. 276, et Der Strophenban in den Ge-
dichten Ephrœms, Fribourg en Suisse, 189 3.
^ S. Epkrœmi syri opéra syriace et latine, éd. Steph. Evod. Assé-
uiani, II, 55d.
00 JUILLET-AOÛT 1897.
En mesuras et en poids il divisa les mots ^
Il offrit aux gens sains Tamertume dissimidée par la dou-
ceur.
Les malades n'eurent point le choix d un remède salu-
taire.
Il voulut imiter David et se parer de sa beauté.
Ambitionnant les mêmes éloges, il composa comme lui
Cent cinquante cantiques.
Selon saint Ephrem , Bardesane avait créé ces
hymnes pour graver dans l'esprit du peuple les dogmes
qu'il professait. Son invention eut, paraît-il, un
grand succès, et son fils Harmonius, rapportent les
historiens ecclésiastiques , excella tellement dans cet
art qu'il surpassa même son père. Malheureusement
il ne nous est rien resté de ces poésies , si l'on excepte
quelques vers de Bardesane cités par saint Ephrem.
Les écrits des gnostiques ont définitivement sombré
avec les théories qu'ils exposaient.
Mais, si l'œuvre disparut, le moule qui l'avait
façonnée subsista. Un siècle et demi plus tard , saint
Ephrem empruntait à Bardesane son armure poétique
pour combattre les doctrines hérétiques, et c'est
sous la forme d'hymnes et d'homélies métriques que
ce Père réfuta les erreurs et proclama les dogmes
orthodoxes.
La fécondité de saint Ephrem fut vraiment pro-
digieuse. Ses nombreuses œuvres poétiques ont été
conservées religieusement et sont aujourd'hui pu-
bliées. Il est vrai que l'auteur, si l'on pouvait évoquer
^ G'est-à-dire , il divisa les vers en mesures rythmées et accen-
tuées.
NOTES SUR LA POÉSIE SYRIAQUE. 61
son témoignage, en renierait un certain nombre. On
a mis sous 1 autorité de son nom des compositions
de son école, notamment d'Isaac d'Antioche, et
même de Nestoriens, tels que Narsès.
Ephrem fut dans cet art le grand maître que les
écrivains de l'époque classique imitèrent et rarement
dépassèrent. On lui a reproché son manque de cha-
leur et sa prolixité. Le genre didactique et paraené-
tique se prête peu au lyrisme. 11 ne faut pas non
plus perdre de vue le caractère spécial de Thymne
sacrée, qui était chantée par deux chœurs pendant
les offices; or, dans ce genre de poésies, la phrase
est subordonnée au chant qui lui donne son relief;
ce n'est pas dans les livrets d'opéras que nous cher-
chons la plus haute expression du lyrisme.
Quant à la prolixité de saint Ephrem que nous
trouvons parfois fastidieuse , on ne peut la condam-
ner sans tenir compte du goût des Syriens qui
aiment les répétitions et les développements de la
même idée,, et voient des qualités là où nous trou-
vons des défauts. Ces défauts, nous les rencontrons
les mêmes non seulement chez les poètes les plus
estimés, Isaac d'Antioche, Narsès, Jacques de Sa-
roug, mais aussi chez les prosateurs de la meilleure
époque , Aphraate et Philoxène de Mabboug.
La poésie syriaque comprend deux genres princi-
paux : les homélies métriques et les hymnes.
^Les homélies ou discours poétiques [h ^1 ^
) J(^MjLa:kbf ) appartiennent au genre narratif et épique ;
62 JUILLET-AOÛT 1897.
elles suivent une marche régulière et se composent
de vers du même mètre. Saint Ephrem fit usage
dans ses homélies du vers de sept syllabes qui, le
plus souvent, se laisse diviser en deux mesures
rythmiques de trois ou quatre syllabes. Après lui on
se servit aussi pour ce genre d'autres mètres. Mâr
Balai composa des poésies en vers de cinq syllabes,
comprenant deux mesures de deux ou trois syllabes.
Narsès, dit-on, préférait le mètre de six syllabes;
mais cette assertion ne s est pas vérifiée, ses poésies
sont en vers de sept syllabes ou en vers de douze
syllabes. Cest également le vers de douze syllabes,
divisé en trois mesures de quatre syllabes chacune,
qu'employa Jacques de Saroug dans ses nombreuses
homélies. Jacques, nous apprend Barhébrœus^,
composa sept cent-soixante homélies que soixante-"
dix scribes étaient occupés à copier.
Les homélies étaient le plus souvent écrites en
vue des fêtes de TEglise et des commémoraisons des
saints et des martyrs , pendant les offices desquelles
elles étaient récitées. Parfois aussi elles furent écrites
pour Tédification des fidèles et pour servir de lec-
tures pieuses. Dans ce cas, elles pouvaient avoir
rétendue d'un long poème. Nous possédons d'Isaac
d'Antioche une homélie sur la pénitence de 1 9 2 4 vers
et une homélie de 2 i33 vers sur un perroquet qui
chantait à Antioche le trisagion. Jacques de Saroug
est l'auteur d'une homélie de i4oo vers sur le char
* Chronique ecclésiastique, I, 191.
NOTES SUR LA POÉSIE SYRUQUE. 63
qui apparut en vision à Ézéchiei, d'une autre de
ySo vers sur ia légende d'Alexandre le Grand, etc.
Si le poème était trop long pour être lu d'une seule
haleine, on le divisait en plusieurs homélies. Ainsi
le poème sur le patriarche Joseph, qui est attribué à
saint Ëphrem et qui est probablement de cet auteur
est divisé en douze homélies ou chants.
Je dois maintenant, Messieurs, vous parler du
second genre de la poésie syriaque , des hymnes. Je
retiens le mot hymne qui est consacré par l'usage.
Mais les Syriens ne connaissaient pas ce terme; ils
appelaient les compositions de ce genre des instrac-
lions (JLiLfjJo). C'était en efifet, nous l'avons rappelé,
par des hymnes que Bardesane répandait dans le
peuple ses instructions religieuses, et saint Ephrem
suivit son exemple consacré par le succès. Si Barde-
sane composa cent cinquante hymnes, les œuvres
de saint Ephrem comprennent plus du double de
ces poésies. Les unes sont dirigées contre les héré-
tiques et les sceptiques; d'autres ont un caractère
parsenétique; d'autres encore étaient destinées aux
diflFérentes fêtes de l'Eglise et des saints et étaient
chantées après la récitation des homélies.
t Lorsque saint Ephrem , rapporte son biographe ,
vit le goût des habitants d'Edesse pour les chants ,
il institua la contre-partie des jeux et des danses des
jeunes gens. Il établit des chœurs de religieuses aux-
quelles il fit apprendre des hymnes divisées en
strophes avec des refrains. Il mit dans ces hymnes
04 JUILLET-AOÛT r897.
des pensées délicates et des instructions spirituelles
sur la nativité, le baptême, le jeûne et les actes du
Christ , sur la Passion , la Résurrection et rAscension ,
ainsi que sur les Confesseurs, la pénitence et les
défunts. Les vierges se réunissaient le dimanche, aux
grandes fêtes et aux commémoraisons des martyrs;
et lui, comme un père, se tenait au milieu délies,
les accompagnant de la harpe. Il les divisa en
chœurs pour les chants alternants et leur enseigna
les différents airs musicaux , de sorte que toute la
ville se réunit autour de lui et que les adversaires
furent couverts de honte et disparurent. »
Cependant une autre tradition recueillie par This-
torien Socrate, vi, 8, et suivie par Salomon de Bas-
sora, i3o (trad. ii5), et par Barhébraeus, Chron.
eccL, I, 4i, attribue Tinstitution des deux chœurs à
saint Ignace d'Antioche, qui en aurait reçu Imspi-
ration dans une vision. Les anges lui étaient apparus
célébrant les louanges de la Trinité dans les hymnes
quils chantaient alternativement.
A la différence des homélies, les hymnes repré-
sentent le genre lyrique et renferment toutes les va-
riétés dont ce genre est susceptible, depuis le vers
de quatre syllabes jusqu'à celui de dix syllabes. La
principale strophe était chantée par le premier
chœur, la seconde strophe, beaucoup plus courte,
formait le refrain et la partie du second chœur.
Le refrain comprenait une doxologie ou une
prière; il revenait sans changement après chaque
strophe principale , ou il variait dans ses expressions.
NOTES SUR LA POÉSIE SYRIAQUE. 66
Uétait.chantésurie même; air que les autres stropheis
de l'hymne. »
Les airs musicaux étaient ^indiqués par des ru-
briques en tête des hymnes. Ces rubriques donnaient
les premiers mots de Thymne dont le chant connu
servait de modèle; par exemple, la rubrique sur Uair
de ce jour indiquait le chant de Thymne sur la Nati-
vité, qui commençait par les mots Ce jour. Dans nos
recueils de cantiques ou de chansons populaires les
airs sont notés de la même manière.
Les airs variaient suivant les diverses espèces
d'hymnes, dont les strophes étaient formées de
mètres pareils, ou de mètres d'inégale longueur.
M. Lamy, qui a consacré une étude aux poésies de
saint Ëphrem, a reconnu 66 variétés d'hymnes chez
cet auteur ^.
Ephrem nous a laissé un certain nombre d'hymnes
acrostiches dans lesquelles les strophes sont dispo-
sées suivant l'ordre alphabétique, à l'instar de plu-
sieurs poésies hébraïques. Avant cet auteur, Aphraate
avait déjà fait usage de ce procédé de notation; cha-
ciuie de ses homélies en prose commence parime
lettre de l'alphabet qui en fixe le rang. Des acros-
tiches de mots sont plus rares. Saint Ephrem a signé
quelques-unes de ses compositions au moyen de
l'acrostiche formé des lettres de son nom.
Une variété de l'hymne était le cantique, sougithâ
(|J(w^£o), qui renferme une prière ou les louanges
^ On, syriaç prosody, dans les Actes du Congrès des Orientidistes
de Londres de 1891.
X. 5
■ ■raiMSUB ■AXIOIAU.
66 JUILLET-AOOT 1897.
de la Divinité ou d'un saint. On trouve des cantiques
écrits en strophes acrostiches et rattachés à des ho-
mélies, après lesquelles ils étaient chantés par les
chœurs pendant les fêtes rdigîeuses. De ce genre
sont les neuf cantiques du célèbre docteur nestorien
Narsès , qui nous sont parvenus dans des manuscrits ,
dont deux copies exisient ^ Europe, Tune à la Bi-
bliothèque royale de Berlin , lautre au Musée Borgia.
Nous en devons la connaissance à MM. Sadbau et
Feldmann qui les ont publiés Tannée dernière^. Ces
cantiques- se rapportent à ht Nativité de Notre Sei-
gneur, à rAnnonciation, à rÉpiphanie, à la fête de
saint Jean-Baptiste, à la fête des Docteurs nesto-
riens Dîodore, Théodore et Nestorius, à la Passion,
aux Rameaux, à la fête de' Pâques et à la fête des
Confesseurs (célébrée le vendredi de la semaiine de
Pâques).
Le caractk^ disiinctif de ces neuf cantiques est
la forme dialoguée qu'ils présentent. Après une
courte introduction dont Tétendue varie de cinq à
dix strophes de quatre vers de sept syllabes, com-
mence le dialogue entre deux personnages ou groupes
de personnes; ainsi, dans le cantique de la Nativité,
le dialogue a lieu entre la Sainte Vierge et les rois
Mages; dans le -cantique de TAnnonciation, entre
Tarchange Gabriel et la Vierge Marie; etc. x\ chaque
personnage est attribuée , à tour de rôle , une strophe ;
> f
' Sachau, Veber die Poexie in der Volksprache der Nestorianer
dans les Rapports de rAcadémie tle Berlin, t. XI, 1896, p. 196.
Feldmann, Sjrische JVecksellieder von Narses, Leipcig, 1896.
NOTES SUR LA POÉSIE SYRIAQUE. 67
ks strophes sont disposées psq* ordre, alphabétique;
chaque lettre de l'alphabet a deux strophes, ce qui
forme pour la partie dialoguée quarante-quatre
strophes, les lettres de l'alphabet syriaque étant au
nombre de vingt^deux. . ,. . i
• Ces cantiques sont deSipetifs drames d'une vive
allure et empreints d'une certaine grâce ;«fls rappel-
lent ces drames religieux du moyeu âge dans les-
quels les principaux actes de Notre Seigneur et de la
Merge étaient mis-.en scène. Les Syriens semblent
avoiy fort goûté ce genre. Les cantiques^ sur la Nati-
vité, sur l'Annonciation et sur l'Épiphai^e, bien
qu écrits par un nestorien, opt été' admis idkns le
bréviaire maronite pour l'office d^ ces^ fêtes, mais
débaptisés et placés sous l'autorité de saint Ephrem.
Telle est, esquissée à grands traits^ la poésie sy-
riaque 4^ i'époquç pu florissait la littérature, du
IV® au vra* siècle de notre ère.
La décadence comnaenceun siècle après la con-
quête arsfbe. La langue syriaque, supplantée par
l'arabe, cesse peu à peu d'être pariée, mais elle de-
meure la langue littéi'aire. H ne semble pas , autant
que nous pouvoirs en juger dans l'état actud de nos
connaissances, que la poésie arabe ait exercé son in-
fluence sur la poésie syriaque avant le x* siècle^.
^ Le Liber tkesaxai de arte poetka du P. Gardahi renferme des
poésies rimées attribuées à des auteurs antérieurs , mais ces attri-
butions sont erronées. La poésie de la page ia3, dont Tacrosticbe
est formé par la rime,* commune à tous les vers de la strophe,
nW certainement pas de Jésuyabh d'Adiabène. Les dates indiquées
dans cet ouvrage, à la fin de chaque morceau, pour la mort des
5.
68 JUILLET-AOÛT 1897.
C est à cette époque que nous constatons Tusage de
la rime introduite dans la poésie syriaque par imi-
tation de la poésie arabe ^ et cet usage ne tarda pas
à se généraliser ^. Les anciens Syriens ne connais-
saient pas lart de séparer les vers par la rime., On à
relevé, il est vrai, quelques traces de rimes dans
les poésies de saint Ephrem, mais ces cas isolés
étaient lefiFet du hasard et n avaient rien d'intention-
nel; on en trouve également des exemples dans
d autres poètes de la bonne époque.
Gomme dans la Qasida arabe, la rime est quelque-
fois la même pour tous les vers dune poésie*. Mais,
dans la grande majorité des cas, les vers de la
strophe seulement riment entre eux. Les Syriens,
d'ailleurs , ne se sont pas astreints aux règles étroites
de la prosodie arabe ; ils ont créé un nouvel art qui
auteurs , sont fausses en grande partie. Il n*est pas possible d^accep-
1er la date de 5oo pour Jean Ibn Khddoun , p« 78 ; de 600 pour
Bâ*outh, p. 76; de 793 pour Israël d'Alqosch, p. 96; de 790 pour
Adam d*Agra, p. 102, comp. G. Hoffmann, Auszûge, p. 180.
' Voir dans le Lihei* thesauri les poésies : de Slibha Al-Mansouri ;
dont le P. Gardahi place la mort en 900, p« 67; d*£lias d'Anbar,
p. 72, comp. Wright, Syriac literature, p.' 849; d*Abdischo £s-
schakhar(?], p. i36, comp. Wright, ibid,, p. 849.
* Les poésies non rimées sont rares à partir de cette époque;
on en trouve une de Timothée de Karkar (mort en 1169), qui ne
di£Eere pas des anciennes homélies , Liber thesauri, p. i45.
' Déjà au X* siècle, chez Elias d*Anbar, Liber thesavui, p. 72, et
au siède suivant, chez Elias bar Schinâyâ, ibid,, p. 83; comp.
encore dans ce livre pour les siècles postérieurs : Ai Madjidi ,
p. 160; Ibrahim de Séieucie de Syrie, p. io4; Abdischo, le pa-
triarche chaldéen, p. 80; Gabriel le Ghaldéen, p. 120; Asko Ai-
Schabdani, p. 168. Voir aussi le Paradis de l'Eden d^Ébedjésu pu-
blié par le P. Gardahi ; Rabban Hormizd publié par M. Budge.
NOTES SUR LA POÉSIE SYRIAQUE. 69
comporte plusieurs variétés. Le mètre de douze syl-
labes, par exemple, qui, comme nous lavons dit,
comprend trois mesures de quatre syllabes , peut re-
cevoir la rime à la fin de chaque mesure; parfois les
deux premières mesures auront une rime propre ou
rimeront chacune avec la mesure correspondante
dans les autres vers de la strophe. On trouve une
variété dans laquelle chaque strophe a sa rime
propre, excepté le dernier vers qui reprend, comme
un refrain, la rime de la première strophe^. Quand
les strophes sont acrostiches, et le cas est fréquent,
il arrive que la rime de la strophe est formée par
la lettre correspondante de lalphabet^. L'art suprême
consiste dans un double acrostiche, la lettre alpha-
bétique commençant et terminant le vers ^.
On voit que les Syriens de la décadence accumu-
lèrent les difficultés de versification et firent de la
poésie un jeu de Tésprit où Tart eut une part bien
minime. C'est des Syriens de cette époque qu'on
peut surtout dire qu'ils eurent des versificateurs et
non des poètes.
Les mètres ordinaires des anciennes homélies, le
mètre de sept syllabes et celui de douze syllabes de-
meurèrent en faveur et peu de nouvelles lignes mé-
triques furent introduites. L'homélie et l'hymne que
' Voir la Mn* homélie du Paradis de l'Eden d*Ébedjésu.
* Voir dans le Liber thesaari^ Jésuyabh de Hazza, p. 134 ;
George d'Alqosch , p. 1 3o , etc.
' Voir, outre le Paradis de l'Eden d*Ébedjésu, la poésie d*israêl
d*Aiqo8ch, Liber thesaari, p. 96, et cdle dlbn Al-Masihi, ibid,,
p. io5.
70 JUILLET-AOÛT 1807. >
la poésie primitive distinguait, fareût confondues.
On transporta aux homélies les propriétés des
hymnes ; la coupe régulière des strophes et Tacros-
tiche. Rarement cependant on fit usage dans les
strophes de mètres différents : on ralcontre des
strophes de vers de sept et huit syllabes et des
strophes d*un vers 'de quatre syllabes et de trois vers
de sept syllabes ^
Frappés de la richesse de la langue arabe, les
Syriens de basse époque voulurent prouver que le
syriaque ne le cédait en rirà à Tidiome de leurs ri-
vaux. Ils recherchèrent les expressions rares ou ar-
tificielles qu*ils affectaient de considérer comme des
archaïsmes propres à donner du relief aux hnages
poétiques. Le lexique dans lequel Bar Bahloul avait
réuni et commenté les mots de cette nature, 'dont
beaucoup ne doivent leur forme nouvelle qu*à des
fautes de copiste, le lexique de Bar Bahloul, dis-je,
fiit une mine précieuse potu* ies compositions mé-
triques des derniers siècles.
Le modèle du genre est le Paradis de ÏÉden
qu'Ebedjésu ou, suivant la prononciation orientale,
Audischo , métropolitain de Nisibe, composa en 1 290.
Ëbedjésu prit comme modèle le célèbre auteur arabe
Hariri qui, dans cinquante mxufâmât ou séances, se
livra aux exercices des jeux de lesprit les plus sur-
prenants. Agrémentée du sel de l'ironie orientale,
reproduisant avec un art rare les finesses de la
^ Voir Liber thesami, p. 76, 126 es 128. Le Paradis de VEden.
renferme d'autres variétés.
NOTES SUR LA POÉSIE SYRIAQUE. 71
langue vulgaire, lœuvite.de Hariri fut fort appréciée
non-seulement des Arabes, mais aussi des Juifs et
des Syriens, Un poète juif de la fin du xn* siècle,
Juda Harizi, de Tolède, fut si charmé par la lecture
des nuujjâmât, que non-seulement il les traduisit ^ en
hébreu', mais qu'il écrivit, pour les imiter, le Sépher
tahkembni, ouvrage qui, sii reste bien au-dessous de
Toriginal, ne manque pas dune certaine saveur lit-
téraire.
Le livre du Paradis de VÉden ne se recommande
que par lliabileté que son auteur d^oya dans ces
tours de force de Tesprit; Ebedjésu travaillait avec
une langue morte et, en pareil cas, le talent nest
plus que de l'artifice. En outte les cihquarite homé-
lies qu'il écrivit, à l'instar des dnqaaLiAe maqâmât,
traitent de sujets religieux qiii se prêtent peu aux
jeux de l'imagination. Le plaisir de la difficulté vaish
eue peut rémunérer l'auteur de ses peines; il ne ra-
chète pas la fatigue que le lecteur éprouve à suivre
l'idée du' récit. Quelques exemples nous donneront
une idée de ce pastiche. La troisième homélie se
compose de lignes métriques de seize, syllabes se
lisant à volonté de droite à gauche ou de gauche à
droite et formant un double acrostiche. Dans la qua-
trième homélie tous les mots se terminent par la
lettre olaf; les strophes doublement acrostiches com-
prennent quatre vers de sept syllabes. En sens inverse
H n'y a pas un seul olaf dans la quinzième homélie,
composée également de strophes doublement acros-
tiches de quatre vers de sept syllabes; de plus, il y
72 J'UILLET^AOÛT 1897.
a une rime unique en an ^ La sixième homélie est
écrite en vers de sept syllabes qui deviennent des
vers de six syllabes, si Ton retranche dans chacun
d eux un mot écrit en rouge et qu*on peut supprimer
sans. que le sens soit modifié ; cest une poésie acros-
tiche avec la même rime pour.tous les vers. Dans ia
vingt et unième homélie. tous les vers contiennent
les 2.2 iettres de lalphabet, ni plus ni moins; : ce
sont des vers acrostiches de douze syllabes. > AïK •
nombreuses variétés prosodiques que ses devanciers
lui avaient léguées, Ebedjésu ajouta encore de nou-
velles subtilités qu'il créa à limitation de Hariri ^.
Nous terminons cette notice sur la poésie de ia
décadence par. la mention d'une autre œuvre aussi
bizarre, mais à un titre différent. C'est un poème
sur Rabban Hormizd, le fondateur du couvent nés-,
torien d'Alqosch. L'auteur du. poème, un moine de
ce couvent, .du nom de Sergis, n'a pas indiqué
l'époque à laquelle il vivait, mais ce n'est pas lui
faire . injure que de descendre son œuvré au
xvif siècle^. Ce poème en vers de douze syllabes est
^ Gomp. une poésie d'Elias bar Schinâyâ, également sans olaj
et avec la rime unique an /dans ie Liher thesauri, p. 83.
* Nous ne connaissons le Paradis de lÉden que par Tédition du
P. Cardahi, Beirouth, 1889, qui ne renferme que les vingt-cinq
premières homélies.
' George d'Alqosch qui, selon le P. Gardahi, mourut en 1*7 00 -, ,
est l'auteur d'une poésie publiée dans le Liber thesauri, p. i3i, et
dont la facture rappelle beaucoup le genre de Sergis d'Alqosch. Le
poème de Sergis a été publié par M. Budge, The life of Rahhan
//ormûcf, Berlin, i8q4.'
NOTES SUR LA POÉSIE SYRIAQUE. 73
un long acrostiche divisé en 22 chants suivant les
22 lettres de Taiphabet, non compris le prologue et
l'épilogue. La rime, qui est la même pour tous les
vers d'un chant, est formée par la lettre alphabé-
tique à laquelle le chant correspond. Mais c'est
moins la forme poétique du livre que la langue
dans laquelle il est écrit qui lui donne sa physiono-
mie étrange. Dans notre compte rendu de ce livre,
dans le Journal a^io^i^a^, janvier-février iSgS,
p. 1 83 , nous disions : « Ce qui fait le caractère par-
ticulier de l'œuvre de Sergis, c'est une recherche
exagérée de mots inusités, de néologismes d'une sin-
gulière audace, de locutions détournées de leur sens
usuel. . • . . L'auteur en arrive à composer de véri-
tables rébus, dont on n'aurait la clef qu'en feuille-
tant les lexiques de Bar Ali et de Bar Bahloul, siun
commentaire marginal n'épargnait au lecteur ce tra-
vail en reproduisant les gloses . explicatives de ces
lexiques. » Ainsi, Ëbedjésu avait dû, pour faciliter
la lecture de son Paradis , y ajouter un commentaire.
Le pâle éclat que les lettres syriaques jetèrent
pendant leur décadence, brilla surtout dans la Mé-
sopotamie orientale où les Syriens les moins éloignés
du siège du Gouvernement menîàent une existence
supportable, d'est aux nestoriens que nous devons
la majeure partie des compositions qui nous ont
permis de jeter un coup d'œil sur la poésie syriaque
de la basse époque.
74 JUILLET-AOÛT 1897,
I
LA COMPLAINTE MIMÉE
ET LE BALLET EN CORÉE,
PAR
, I
M. MAURICE GOURANT.
Le théâtre se présente en Corée sous deux formes :
lune est la complainte mimée, Tautre une sorte dô
ballet. Comme on le sait, la langue coréenne "est
presque uniquement iJne langue parlée et le petit
nombre de romans et de chansons qui sont écrits
en coréen, sont destinés au peuple et aux femmes;
la poésie coréenne^ la complainte {tjap ka IHfK)
comme les autres genres, est donc restée jusqu'ici
à Tétat rudimentaire ; il est très difficile d'en dis-
cerner les rè^es, tout instinctives et jamais formu-
lées; jai tâché, avec raide d'im lettré coréen, qui
se livrait pour la première fois à une semblable
étude, d'en préciser les principes et je suis arrivé
seulement aux résultats suivants : on ne tient compte
ni de la quantité, ni du ton, ni de la rime; les vers
ont environ de douze à vingt syllabes ; chaque vers
forme une phrase complète, tandis que la phrase en
prose s'étend parfois sur plusieurs pages; enfin on
recherche les expressions imagées et gracieuses très
souvent inspirées des tournures poétiques chinoises.
LA COMPLAINTE MIMÉE ET LE BALLET EN CORÉE. 75
Les compiaintes ont habituellement pour «sujet une
action lég^idaîre ou anecdotique : elles sont accom-
pagnées par le tambour «t la flûte, récitées sur un
ton de psalmodie et mimées par un ou deux acteurs ,
baladin» qui mènent une existence nomade et ap-
partiennent aux derniers rangs de la poptdation, à
tel point que lentrée de Séoul leur est interdite.
Les ballets [moa t|) ne sont pas rares au Palais,
mais ils sont supprimés en temps de deuil et la plus
grande? partie de mon séjour à Sebul a 'coïncidé
avec une de ces périodes; ils sont dansés par des
femmes qui forment une corporation spéciale presque
héréditaire; ils rappellent des légendes nationales ou
chinoises; un assez grand nombre ont été introduits
de Chine à Tépoque des Thang ou à Tépoque des
Song; quelques-uns, remontant jusqu*à la période
du Sin ra, sont accompagnés de chants en langue
indigène, mais, pour la plupart; laccompagnement
est Une poésie en langue chinoise^. Les ballets popu-
laires ne sont autorisés à Séoul que le jour de la
fête du Bouddha; quelques gens riches, à cette oc-
casion, louent des baladins, leur dûnnent des vête-
ments €Jt des masques. J'ai assisté à une représeritation
de ce* genre : elle avait potir scène un endroit sec du
principal égout de la ville; le ruisseau coulant droit
jusqu^aux murailles, les montagnes qui ferment à
IVst la plaine de Séoul; servaient de décor; les spec-
tateurâ étaient jgroupés sur les beiges du ruisseau et
sur les toits des maisons; l'orchestre, placé en avaht
de la scène, se composait d'un instrument à cordes.
76 JUrLLET-AOOT 1897.
d*une flûte et d*un tambourin : ce dernier marquait
une mesure à quatre temps, deux coups sonores,
suivis dun coup sec, puis d'un silence. L*un des
acteurs, avec un manteau bieu clair, un capuchon
gris, un masque de nègre, représentait un bonze;
deux autres, avec le costume ordinaire, avaient des
masques grotesques de vieillard ; deux femmes por-
taient les vêtements coréens, deux autres étaient
habillées à la chinoise. L action, de texture très
lâche , était celle d'une farce grossière : un vieiUard
a une jeune femme; il veut la défendre contre les
entreprises d'un jeune homme; il est souffleté par
sa femme et cherche à tuer l'amant qui s'empare du
poignard. Pas un mot n'était prononcé, tout était
exprimé par la pantomime; celle-ci même était très
brève et coupée de danses de différents rhythmes
ayant un léger rapport avec la situation des perscm-
nages. Le public ne paraissait que médiocrement
satisfait des acteurs et la représentation se termina
par un échange de coups de pierres.
Voilà tout ce que j'ai trouvé de théâtre en Corée:
peut-être y a-t-il là le germe du drame ou de la
comédie; à coup sûr, ce germe manque de dévelop-
pement. Cette note semblera, sans doute, un peu
brève : mais je n'ai prétendu donner aujourd'hui
qu'un résumé de la question, réservant pour des
travaux ultérieurs les détails que je possède sur
quelques points de ce sujet et que de nouvelles re-
cherches me donneront peut-être l'occasion de com-
pléter.
MÉLANGES ASSYRIOLOGIQUES ET BIBLIQUES. 77
MÉLANGES
ASSYRIOLOGIQUES ET BIBLIQUES,
PAR
M. KARPPE.
(suite.)
Ex. I, 4-5. apy» Ti"» '»xs\ absolument équivalent à
lassyrien [apla ristam) tarbit birkia (« fils aîné ») « pro-
duit de mes reins » , voir Sancherib-Prisme , col. lll,
1. 63 et 64. Cette expression abonde dans les exordes
des Fastes. On trouve aussi sit Ubbi «produit du
cœur, sorti du sein de . . . ».
V. 1 4. o^^ih « briques ». L'Egypte ne faisait cepen-
dant pas un tel usage de la brique. Nous avons pro-
bablement ici un souvenir de la vieille Ghaldée, où
la brique d argile battue était la grande et presque
unique matière de construction. Le mot naaS est
plutôt assyrien qu'hébreu; la racine labana « aplatir »
(doù libinla,libittu* brique ») n'existe qu'en assyrien.
Les Hébreux firent de la sorte, du mode de con-
struction de leurs origines, un type immuable.
II , 1-10, rapporte les traditions sur l'enfance de
78 JUILLET-AOÛT 18Q7.
Moïse. Voici une tradition semblable dans ses grandes
lignes, qui est rapportée sur Sargou I(iii R., 4, 7) :
Sarrakin sarrii dauna scar Aga-m anaku ammi enitam
abi al idi aha abia irami sadd mkhazi Azapirani sa
ina ahi Paratta sakna irama ammns enituiri ina p^zri
ulidanhi iskandnni ina kappi êa suri itik idda bâbi'ipid
idanni ana nari sa la elia issanni naras ana eti Akki
nak me abi lanni Akki aak na ina hiip ... {i (?) la {?)
asilaani Akki nak me ana marati arabanni Akki nak
na ana zikar-kira-ti lu (?) iskunanni ana [ina) zikarki'-
rutia Istar lu iramanni . , . sanati . . . sarruta lu epas . ...
«Sargou, roi puissant, roi d'Agane moi. — Ma mère
était de naissance princière, mon père inccHmu,
tandis que le frère de mon père habitait la mon-
tagne. Ma ville est Azupiranu , sise au bord de l'Eu*
phrate. Ma mère, de race princière, me mit au jour
en secret. .Elle me posa dans une boîte de.(?), en
ferma et afifermit louverture au moyen de poix.
Elle me jeta dans le fleuve qui n'était pas très abon-
dant (?). Le fleuve m'entraîna et m'apporta à Akki,
le puiseur d'eau. Akki, le puiseur d'eau, me lira au
bord(?); Akki^ le puiseur d'eau, m'éleva jusqu'à- la
jeunesse; Akki, le puiseur d'eau, fit de moi un jar^
dinier; pendant que j'exerçais ma fonction, Istar me
fut favorable. .... d'années j'ai exercé la souverai-
neté ». . . '
^ La elia signifie peut-être que le fleuve ne poundt prendre. le
dessus (élu) y ne pouvait submerger la bojte.
* Hi-ip [hipu) «côté, bordi est clair; le contexte est assez ob-
scur. . i
MÉLANGES ASSYRIOLOÔIQUES ET BIBLIQUES. 79
Malgré les di£Pérences et les lacunes, la parenté
de cette légende avec celle de Moïse est évidente; t
III , I , « montagne d'Élohim » , c est-à-dire sur la-
quelle réside Elohim , voir Ex. , 18, i5, 1 R., 19,8;
c est une espèce d'Olympe sémitique , c est là que le
Décalogue est promu%ué. • '
Ex.j^ch. 19 et ao. «^Cest sur son sommet que
Moïse va chercher les tables de la loi », puis 33', 3 ;
« Jahvé vient du imont Paran ». Pour la raôe s^émi-^
tique, originaire de la plaine babylonienne, la mon-
tagne est un phénomène frappant et le sommet ne
peut.éire habité que par les dieux. Les Hébreux
^nportèrent de Ghaldée la notion d*une montagne
détemiinée aslsignée* au< séjour des dieux, et,' arrivés
en Palestine; ils étendirent cette^notion à beaucoup
de montagnes/ - . '• . .
Nous verrons comment les ideux mythes, nés enf
Babylonie dan^ leur ciâdre Véritable, trbiïvèi'èht à se
loger en Canaan; Dous< verrons i'imaginiation popu-
laire se contenter desà-peu-près les plus fantastiques
pour pouvoir localiser ses traditions. Mais liWitici-
pons pas. - ' :
.i\
V. 1 5 . "nt iih '»'nDT HT ; traduire le mot "ot par son
sens habituel ; « âouvènir » ne donnerait pas^beaucoup
de sens. Il faut prendre le mot dans 'son acception
première, telle qu'elle existe en assyrien dans le
mot zikran « mention, appellation », tout à fait syno-
nyme de jama «nom». C'est ahiA que le mot se
80 JUILLET-AOÛT 18g7.
trouve dans notre vers, en parallélisme avec op . De
même, Ps. , 3o , 5 , il faut traduire : « Rendez grâce
au nom de sa sainteté»; voir aussi Elx., 20, 2^;
Is. , 63 , 7. L'idéogramme assyrien ma se lit à la fois
samu et zikrun. IV. 24, v.
V. 3. 2in2 1K 1212 uy^s.'* }6c De crainte que Jahvé
ne le frappe de la peste ou du glaive »• La peste et
le glaive sont des armes aux mains de Jahvé. Ail-
leurs, dans Jérémie, 21, 7; 2a, 10; 27, .17, nous
trouvons lexpression plus complète de « g^ve, peste
et famine». Voir aussi Ézéch.., 5, 12; 7, i5;.28:,
23 ; 33 , 12, où 3")n est remplacé par D*i « sang ». Jl
ne faut pas considérer ces expressions comme signi-
fiant simplement que Jahvé suscite la guerre, les
maladies et la stérilité, pour frapper des ennemis..
Ce nest pas, en tout cas, le sens primitif. Dans la
théophanie de Habacuc, chap. 3, nous lisons au
V. 4 vbyib f\vi xn 121 ^S'» v^vh « Devant lui marche
la peste et ^Dn éclate sous ses pieds »; v\}0"), qui si-
gnifie proprement « chaleur ardente », est ici en pa-
rallélisme avec ")3l et signifie « la chaleur ardente.,
fiévreuse, et féconde en peste». Ce sens est incon-
testable dans Deut., 32, 2^, ^e^i ^Dn^ «ceux qui
sont dévorés par la peste » (voir le contexte). Jahvé
apparaît donc dans cette manifestation comme un
Nergai biblique. Nergal, parmi d autres fonctions
multiples, préside aux fortes chaleurs du soleil, au
méridien et au soleil caniculaire , partant à la peste:
m R., 60^ 1 13, Nergai ikkal mutane ina mat nakri
MÉLANGES ASSYRIOLOGIQUES ET BIBLIQUES. 81
ibasa « Nergal dévorera , des pestes séviront au pays
des ennemis» (comp. Ezéch., yi, i5). De même,
ni R. , 61, 5 7-58 , kalbe imatu Nergal nisi ikkal « les
chiens mourront (rage), Nergal mangera les hom-
mes ». Voici un texte tout à fait similaire de notre
texte biblique, dans lequel sont réunis, avec le feu,
Tépée , la peste et la famine :
Ina pairi Ninib hanta [mikit isati?) hnsalihi lipit
lira akatta napsatsan « par le glaive brûlant de Ninib
(par le feu), par la famine, par Tattouchement de
Ura, je mettrai fin à leur vie». (Ura est probable-
ment un nom de Nergal , en tant que dieu spécial de
la peste. ) — Enfin voici un dernier exemple tiré de
la Bible : n Sam., 2^, i4-i6, David ayant choisi la
peste entre les différents châtiments que Jahvé lui a
proposés, fange de Jahvé vient fapporter et sévir
parmi le peuple. Quelques assyriologues lisent même
dans le récit du déluge, col. II, 45, le nom propre
Dibbaraf et nous aurions ainsi une divinité même
appelée ")3i .
De même pour fépée de Jahvé , le sens postérieur
a été : « Jahvé suscite la guerre , le glaive des enne-
mis», dont il fait en quelque sorte son propre
glaive; mais tel n'a pas été le sens primitif. Dans
Deut., 32 , ^l et 42 , '»3")n pi3 ^m:t2; dk « si j'aiguise
réclair de mon épée » et ")t?3 b^i^:) '»3")n « mon épée
dévore la chair » , il s'agit bien du glaive aux mains
de Jahvé, appellation ou de la foudre, ou de Téclair
synonyme de "^sn « flèches » que nous trouvons en
parallélisme dans le même verset 4 2 , et que nous
X. 6
82 JUILLET-AOÛT 1897.
avons expliqué ailleurs par éclairs ». Quand Jérémie,
47,6, s'adresse à Tépée de Jahvé et lui dit : n^tc ly
"•DT! '•yain Tiyn Sk ^ddkh '•opern k^ « jusquà quand
ne t'arréteras-tu pas? rentre dans ton fourreau, re-
pose-toi, fais silence » , il entend bien parier de la
guerre, comme animée, excitée par Tépée de Jahvé;
Ezéchiel, 21, 1 3-25 , 1 epée de Jahvé a été donnée
à aiguiser, afm quelle fasse un grand carnage, afin
quelle frappe à gauche, à droite, sons relâche; c'est
encore Tépée de Jahvé qui s avance en tête de toutes
les épées du roi de Babel; Is., 34, 5, est clair : ^a
T)n onK Sy n^n ^ain o^Dcra nnn « Car mon épée , au
ciel, se gorge, et voici, elle descend sur Edom », et
V. 6, répée de Jahvé est remplie de sang. Ezéchiel,
3o, 25 («Ils sauront que je suis Jahvé») «lorsque
je remettrai mon épée aux mains du roi de Babel »;
enfin Nombres, 22-23, fange qui se présente à
Balaam , 5 , 1 3 , 1 4 , fange qui se présente à Josué
ont tous deux fépée de Jahvé. — Jahvé, armé de
f épée , a encore absorbé en lui plusieurs divinités
babyloniennes armées ou du glaive ou de la lance «
et en particulier Nergal, qui est également dieu de
la guerre et, en cela, armé d'une épée sukuda; con-
sidéré comme dieu de la guerre, Nergal est rendu
par l'idéogramme ► ► J — ^»^ Jj , qui signifie « dieu
à épée », voir m R., 67, 70, c'est-à-dire Ninib aussi
est armé de la lance et de l'épée et préside à la cha-
leur de certaines heures de la journée. A la base de
toutes ces conceptions , il faut chercher des phéno-
mènes atmosphériques , soit la chaleur, soit f édair.
MÉLANGES ASSYRIOLOGIQUES ET BffiLIQUES. 83
soit la tempête. Peut-être cette origine se laisse-
t-elle encore surprendre dans Tassociation des mots
3*în pna «éclair de l'épée», ann Vinb «chaleur brû
lante de Tépée», voir Gen., 3,2/1; Deut., Sa, 4i;
Ezéch., 2 1, i5; Nahun, 3,3; Job, 89, 23. Nous
aurons une meilleur occasion pour revenir plus
longuement sur les divinités guerrières de la Baby-
lonie en comparaison avec Jahvé.
V, IX, 7. a^ 133^ « Il appesantit le cœur de » (voir
aussi Zach., 7, 1 1; Is. , 6, 10; cest lassyrien ikbuad
Ubbasanu ana . . . , avec la nasie belti tibsa ikbuad « il
endurcit, appesantit son cœur pour ne pas payer
tribut ».
V. 9-28. m^tp, le tonnerre est appelé les « voix de
Elohim », voir Ex. , 1 9 ; 1 6 , 20 , 1 8 ; i Sam. ,12, 17,
i8; Job, 28, 20; 35, 2 5 ; voir tout le Psaume 29.
V. xm, i5. ^^i^y {'•a niDûio^i in^ h:f nw^ « signe
sur sa main et bandeaux entre tes yeux ». De même
Deutér. , 6 , 8 , « Tu attacheras ces paroles comme
un signe sur ta main et comme des bandeaux entre tes
yeux »; la racine tatapu, inusitée en hébreu, existe en
assyrien, avec le sens de «entourer, bander» (voir
II R., 23, 2, 3 c). La métaphore signifiant, dans la
suite, «avoir des paroles», ou «préceptes toujours
présents dans sa main, sous ses yeux», doit être
prise originellement à la lettre; elle vient de l'habi-
tude qu avaient les Babyloniens d'écrire certaines
6.
84 JUILLET-AOÛT 18Q7.
paroles magiques, formules dlmprécation ou de
guérison sur deux bandes, une en étoffe blanche,
l'autre en étoffe noire. .Ces bandes tenaient lieu de
talismans que Ton appliquait sur les mains ou sur ié
front. Elles étaient surtout en usa'ge contre ce qu^on
appelait le démon du mal de tête ou de la fièvre ,
Voir nR., pi. l8^ 18* formule.
XIV, 60. «Jahvé combattra pour nous» est à
prendre à la lettre. « Jahvé descendra et frappera
dans les rangs ennemis», voir même chap., v. 26,
cbap. i5, 3. Jahvé est appelé riDn^D C^^K «homme
de guerre » , et cette poésie est une des plus vieilles
de la Bible. Voir aussi Jos., 10, iti; 10, 42; Né-
hémie, 4, i4; Ps. nlx, 6, Jahvé est appelé l^'22
non^D « im béros de guerre ». Le terme mn^ niDn^D
de Nomb., 21, lA; i Sam., 18, 17; 28, 28, doit
être interprété, à mon sens, non par «guerre entre-
prise pour Jahvé, mais par Jahvé ». Chez les Babylo-
niens, Nergal, le dieu de la guerre, est de même
appelé kanadUf équivalent exact de ina «héros»
(iv R., 26, 2 a), et le nom a même passé à la pla-
nète Mars qui le représente » (n R. , 48 , 53 a-6 ; V R. ,
3i, 3 , i3-i4).
V. 27. 'î:n'»ic^ «La mer retourne à son jn^K » :
d'après de que nous avons dit sur le mot lir»», le
sens est bien ici : « la mer retourne à son ht antique,
retourne à son cours normal». Voir sur Gen., 4 9,
24.
MÉLANGES ASS Y BIOLOGIQUES ET BIBLIQUES. 85
XV, 5. Le mot mDinn avec Je sens de « flots » est
tout à fait abusif f Torigine étant Dinn «abîme cos-
mique » ; de là , le sens a passé à celui de « mer ter-
restre », puis « flots »; dans la vieille langue, le mot
n est jamais employé au pluriel. Or, comme le mor-
ceau poétique qui va de 1 5 , i à 1 7, est d un caractère
plutôt archaïque, il faudrait peut-être lire Tihamat
et non Tehomotf et nous aurions là un souvenir du
Ti'amat babylonien. Le pluriel du verbe au v. 8 ne
prouve rien; avant la fixation massorétique, rien ne
distingue le singulier du pluriel; KDp peut être lu
XDp aussi bien que iKDp^.
V. 1 1 . Rappelle absolument ce que nous trouvons
dans un bymne à Marduk, iv R. , 9 : ina ilâni ahika
inahiri ul tisi « Parmi les dieux tes frères , tu n as pas
de semblable», et mieux encore iv R., 26, A, 1. 7,
belam ata zirat manu Ûananaka « Ô Seigneur, tu es
grand, qui est égal à toi ? Ce qui rend cet hymne à
Marduk particulièrement intéressant, c'est quon y
démêle plusieurs traits encore qui rappellent le chant
de la mer Rouge. Ainsi, 1. 3, ana tamtim asarma
tamtiin sa (jaltai « Je regarde du côté de la mer, mais
la mer se contracte (ou se retire)», et 1. 5-6, ana
agi barati asarma, ainat Mardak asuraka idalah «je
me tourne vers la crue de TEuphrate, mais la pa-
role de Marduk a troublé son lit ». Ne dirait-on pas
que cet hymne célèbre des événements semblables à
ceux que chante le chant de la mer Rouge .^ Ces
événements seraient devenus comme un thème de
86 JUILLET-AOÛT 1897.
poésie immuable, comme un cadre tout prêt pour
des événements ultérieurs. Le Psaume 1 1 4 > ^i
chante le Passage de la mer Rouge et celui du
Jourdain, donne bien l'impression, surtout la
deuxième partie, d'une oantilène chantée depuis des
siècles :
La mer vit et fnit, le Jourdain recula
Qu*as-tu , 6 mer pour fiiir, et toi Jourdain , pour reculer ?
V. 1 o. « Tu* as soufflé avec ton souffle ». La tem-
pête « le vent sont le souffle, Thaleine de Jahvé.
Nomb. , 11, 3 1 , « le vent qui apporte les cailles vient
de chez Jahvé», voir Gen., 1-2; Is., ào, 7 et i3,
Ps. , 1 o4 , 3 « le vent sert de support à Jahvé >* Jahvé
s avance sur les aUes du vent, ce qui semble une
notion différente de la précédente. Ps., i35, 7, le
veot a sa demeure fixe , le magasin dans lemiel Jahvé
renferme, et dont il le fait sortir» comme Ëoie. Voir
aussi Jérémie, 10, 1 3 ; Âmos, 4 , 1 3 , Jahvé crée le
vent. Ainsi le vent est tantôt considéré comme le
souffle de Jahvé, tantôt comme un phénomène en
dehors de lui et créé par lui, dont il fait son instru-
ment, son messager^
La seconde conception est plus vieille que la pre-
mière. Jahvé étant le seul dieu, le vent ne peut être
sous la puissance dun autre et doit être Tinstrument
docile de sa volonté; même dans certaines concep-
tions, le vent est son souffle ou le soutien de ses
pas, comme le tonnerre est sa voix, comme la nuée
est le pan de son manteau.
MÉLANGES ASSYRIOLOGIQUES ET BIBLIQUES. 87
V. 1 1 . Les eaux majestueuses, avec cette nuance
que TiiK signifie «majesté auguste, terrible», Ps. ,
8, 2 et 10; Is., 10, 34; Mikha, 2,8; Zachar., 1 1,
i3; surtout Ps., gS, Ix. Ce sens rentre bien dans
ridée que les Hébreux, comme les Babyloniens et
tous les Sémites, à Texception des Phéniciens, se
faisaient de la mer, et il y survit peut-être quelque-
chose de la vieille terreur inspirée par Tiamat.
XVI. 1 |''D, Sin. La région du Sinaï inspira de
tout temps un culte aux nomades qui campaient
dans les parages. M. Renan et d'autres voyageurs en
ont exprimé Taspect saisissant. Nous savons qu'un
des plus anciens cultes de la Babylonie fut le culte *
de Sin en vogue surtout à Ur, pendant l'hégémonie
de cette ville. Dans la suite ^ le culte de Sin, sans
avoir la même importance, resta toujours le dieu
local de Ur. Il fut aussi l'objet d'une adoration inin-
terrompue à Harran. Si l'on considère que Ur est
précisément la dernière station connue des Bene
Israël en Babylonie, si l'on considère d'autre part que
Harran fut aussi un de leurs séjours favoris, on peut
supposer sans trop de témérité que le culte de Sin
fut un de ceux qui leur tint le plus à cœur. Cette
supposition est d'autant plus légitime que beaucoup
de conceptions affectées dans la suite au culte de
Jahvé ne s'expliquent que par la mythique de Sin et
du Sin babylonien comme nous le verrons. Il est
donc possible que les Hébreux, dans leurs migra-
88 JUILLET-AOÛT 1897.
tions nomades , aient localisé ce culte dans la région
appelée depuis Sin.
Ch. XVII ,11. Moïse , levant la main , enti^aine par
ce mouvement le triomphe dlsraël sur Amalek. Voir
aussi Nomb., i5, 3o; Dent., 32, 27; Ps., 118,
16 et 17, surtout ce dernier exemple : «La droite
de Jahvé est levée, la droite de Jahvé fait la victoire ».
Voir aussi lexpression si fréquente de n'^^}ûi :?nî
«bras tendu», Ex. ,6, 6; Deut. , 4, 34; Deut. , 9,
29; I R. , 8, 42; Ps. , i36, 12; Is., 5, 25; etc.. .
Dans notre passage Jahvé se fait représenter dans
cette attitude par Moïse. Nous trouvons quelque
chose de semblable dans m R. , i5, col. I, 22-28,
iilstar belitkabli tahazi raimat sangatedida tazizma
kasatsunu tasbir, tahazasuna raksa taptarma* Istar
«^souveraine des batailles, qui aime mon sacerdoce,
éleva les mains, brisa leur arc, rompit leur rang».
Ch. XIX , 18. Vi<2 Jahvé se manifeste daiïs le feu.
Nous considérons ici le feu en lui-même et non
comme un synonyme de Téclair. « Le feu réside au-
près de Jahvé » , Lévit. , 9 , 2 4 et 1 o , 2 . « Le feu
sortit de chez Jahvé » , voir aussi Nomb. , 11, 1 ;
Deut., 33, 2. «A sa droite est le feu», i R., 18,
38; 19, 12. Dans la vision d'Elie, parmi les mani-
festations précédant Jahvé, figure le feu, Ps., 5o,
3 et 97, 3. «Le feu marche devant lui», Is. , 66,
i5, «voici, Jahvé vient dans le feu »; dans la théô-
phanie d'Ezéchiel, ch. 1, 27, Jahvé est enveloppé
MÉLANGES ASSYRIOLOGIQUES ET BIBLIQUES. 89
de. feu. « Le ciel, séjour de Jahvé, est le séjour du
feu» II R., 1, 1 G et 12. Le feu dont les prêtres
doivent faire un si grand usage (Lévit. , passim) re-
présente ce feu céleste. Lévit. , 6 , 7 « Un foyer doit
être entretenu sans cesse sur lautel de Jahvé»,
Il Sam. , 22,9 nous ramènent encore plus près de
la vieille conception.
liDD nyn n^bn} ^dkd t»dd :î;k « Un feu de sia bouche
dévore, des charbons ardents jaillissent de lui», et
surtout Deut., k, 2/1, îcn nV^ix e;K ^^^^K mn"»
«Jahvé, ton dieu est un feu dévorant», c'est-à-dire
Jahvé et le Soleil ne font qu'un, ou Jahvé et l'éclair
ne font quun, le Soleil c'est Jahvé se manifestant
sous la forme ignée, voilà la conception antérieure
elle-même, déjà une modification du polythéisme
qui fait de lî^K un dieu particulier, puissance rivale
ou au moins égale de Jahvé. Le feu brûlant en un
foyer constant sur l'autel, c'est Jahvé lui-même dé-
vorant les victimes qu'on lui offre. D'autre part, le
feu ne se confond pas avec Jahvé, mais est son
représentant. 11 règne évidemment une certaine con-
fusion dans ces conceptions , due aux deux phéno-
mènes absolument différents : les rayons du soleil
et la flamme de l'éclair. Il est permis de penser que
chaque fois que Jahvé est identifié avec le feu, la
base de cette conception est le Soleil , constant dans
son apparition, manifestation ininterrompue de
Jahvé , et chaque fois que le feu est considéré comme
un messager accidentel, occasionnel, la base de la
conception est l'éclair, phénomène iîjconUaiit.
90 JUILLET-AOÛT 1807.
Ch. XX, 4. Nous renvoyons au développement
général sur la cosmologie. Disoiis seulement que,
par cette triple spécification , le ciel en haut , la terre
en bas, les eaux sous la terre, le narrateur entend
évidemment l'univers entier, puisque aucune idole,
où qu'elle soit, ne doit subsister à côté de Jahvé.
Cette décision cosmique paraît, delà «orte, ime for-
mule stéréotypée, datant d'une haute antiquité,
contemporaine des premières conceptions.
Ch. XXIV. 1 6. Le nsD de Jahvé résida sur le mont
Sinaï. Il ne faut pas donner au mot 1133 ie sens
vague de « splendeur, majesté de Jahvé », mais d*une
manifestation précise telle qu'il résuite de Ex., i6,
•y, lo; Lévit., 9, 6; Nomb., i4, ^i\ Is., 35, a;
4o , 5 ; Ezéch. , 10, 4 , 1 8 ; 43,2; Ps. , 26,8. Rien
nest plus frappant que Ex., 33 , 18-23 : Moïse dit
à Jahvé : « De grâce, montre-moi ta n3D. . . ». Jahvé
répond : «Tu ne peux pas voir ma face, aucon
homme ne peut la voir sans mourir . . . Mais place-
toi sur le rocher et, tandis que mon nl3D passera, je
te couvrirai de mes mains . . . Puis je les enlèverai
et lu verras mon dos . . . mais ma face ne doit pas
être vue. » Le iidd semble donc ne faire qu'un avec
la face de Jahvé. Seulement, par une extension lo-
gique, le ll^D se détacha de Jahvé et devint comme
une espèce de double résidant partout où existe son
culte, dans chaque sanctuaire, sur chaque autel
comme chez les Babyloniens avec chaque statuette,
chaque figurine, chaque tahsman.
MÉLANGES ASSYRIOLOGIQUES ET BIBLIQUES. 91
Ch. XXV. 18-2 a. D^aiD Kerubim. Ici les Keroiibim
nous apparaissent des deux côtés du couvercle de
larche, debout, se faisant face, les ailes dressées de
manière à en couvrir le couvercle. C'est là, entre
eux, que Jahvé se manifestera. Les Keroubim ont
donc ici un double rôle : ils gardent Tarche sacrée
renfermant les tables de la loi, et ils sont le lieu de
résidence de Jahvé. Jahvé apparaîtra en haut du
couvercle, entre les deux Keroubim. Les Keroubim
jouent leur rôle de gardiens, en quelque sorte dieux
pénates, dans Gen., 3, ili, où ils sont armés d'une
épée flamboyante et gardent le chemin qui conduit
à larbre de vie. De même dans Ëzéch., 28, i3-i4,
les Keroubim semblent figurer par comparaison avec
le rôle quils jouent dans TEden comme gardiens
des pierres précieuses. C'est parce que Jahvé se ma-
nifeste auprès de Keroubim qu'il est souvent appelé
dans la Bible D'»D*î3n 2V\ Voir n R. , 19,55 ; iChron.,
1 3 , t) ; Is. , 87, 1 6 ; Ps. , 80 , îi ; voir surtout i Sam. ,
/i , /i ; Il Sam. ,6,2. Nous trouvons les Keroubim chez
les Égyptiens et chez les Babyloniens ; seulement le
groupe biblique qui nous occupe est assyrien et non
égyptien. Les Égyptiens rapprochent les figures en
les présentant dos à dos , tandis que les Assyriens
les présentent de front. De plus , les ailes des groupes
égyptiens , du scarabée , du sphinx , sont ou étendues
ou repliées et rabattues par l'extrémité vers le sol;
ce n'est qu'en Assyrie que nous trouvons des ailes
dressées et se rapprochant, par leur courbe supé-
rieure, de la tête de l'animal. Mais il n'y a pas que
92 JUILLET-AOOT 1897.
la forme qui fait penser aux Babyloniens- Assyriens.
Nous trouvons chez eux le même rôle de gardien
dévolu à des tauraux ailés, à figure humaine, ap-
pelés sida damka, lamassa habuy ulpu, remu, et postés
aux grandes portes d'entrée des palais et des temples.
M. Lenormant croit même avoir trouvé sur un mo-
nument talisman unique de la collection De Clercq
le terme kirab « écrit » phonétiquement ki-ra-bu, et cela
à la place du mot sed^ qui se trouve sur les autres
exemplaires du même talisman. De plus, le second
rôle des Keroubim, comme siège ou porteurs de
divinité, apparaît également dans iv R. , 2 c (voir
aussi IV R. , 1 , 9 , 1 o , où les sept génies sont identi-
fiés à des tauraux et surnommés gazala sa ilani
«porte -trône des dieux». M. Lenormant {Orig. de
l'hist, p. 1 19) attire fattention sur un cylindre qui
porte la figure suivante : Un bateau sur lequel se
trouvent deux tauraux ailés, à figure humaine; ces
tauraux portent un trône sur lequel siège la divi-
nité ... ; derrière le trône s'avance un homme re-
vêtu d un costume de prêtre , et qui semble attentif
à la parole divine. Or, dans Ezéchiel , nous trouvons
précisément une identification semblable des Kerou-
bim et des taureaux. Dans la théophanie du chap. i,
1 o , les êtres servant de support à Jahvé ont chacun
quatre faces : une face d'homme , de lion , de tau-
reau et d aigle. Au chap. 1 o , v. 1 4 , dans la même
description, f homme, le lion, faigle reparaissent;
le taureau est remplacé par le Keroub ; il y a donc
une espèce d'équation à établir entre 3113 et IW.
MÉLANGES ASSYRIOLOGIQUES ET BIBLIQUES. 93
Si nous ajoutons encore que l'entrée du Scheol ba-
bylonien est gardée par des taureaux , semblant cor-
respondre aux Keroubim de la Genèse gardant
TEden et aux Keroubim d'Ezéchiel gardant les pierres
de feu du jardin d'Eden, nous aurons un ensemble
de faits qui justifieront dans une certaine mesure
nos rapprochements. Si nous n avions dans la Bible
que les Keroubim de TExode à propos de la con-
struction du tabernacle et ceux de la théophanie des
chap. I et X d'Ézéchiel, nous pourrions y voir une
influence post-exilique de la symbolique babylo-
nienne sur les conceptions bibliques. Mais Gen. , 3 ,
26; Ezéchiel, 28, i3 et i/i, nous permettent de
conclure que le double caractère des Keroubim bi-
bliques est un vestige de la vieille mythique sémi-
tique née en Babylonie avant la bifurcation des tribus ;
mais Ps. , 18, 1 1 , ne rentre pas , à première vue ,
dane notre interprétation, ^jy»! 3nD ^y 3DT»i « Jahvé
monté sur un keroub (ou le keroub) volait». Le
passage est incontestablement une description my-
thique de la tempête , et le keroub ne peut être ici
que la nuée sur laquelle Jahvé parcourt Tespace.
Nous avons la même conception dans Is. , 19, 1 ;
^p 3y ^y DD'i mn'» mn « Voici, Jahvé est à cheval sur
une nuée légère»; Ps. , 68, 5, Jahvé est appelé 3D"i
m3")yD « celui qui est à cheval sur les nuages » ; v. 34 ,
« celui qui est à cheval sur les cieux des cieux » ; voir
aussi Ps. , 18, 11. Nous verrons ailleurs la base de
cette conception; bornons-nous ici à dire que 3nD
est synonyme de 29 et rimy « nuée » ; la nuée, avons-
94 JUJLLET-AOÛT 1897.
nous vu, est considérée comme le serpent, le grand
serpent ou le grand monstre. Il se peut donc que ie
mot keroabim appliqué d ordinaire à des monstres
fantastiques, gardiens des demeures, épouvantai!
des ennemis, soit étendu dans ces acceptions nou-
velles, au monstre de la nuée, et ces acceptions ren-
treraient dans notre définition.
Ch. XXVI , V. 3 1 , 33, riDiD est une espèce de ri-
deau destiné à protéger le saint des saints avec
larche sacrée contre tout regard profane. Nous
n'avons plus en hébreu de verbe paraka, mais en as-
syrien avec le sens de « retenir, empêcher, obstruer,
séparer». Nous avons également le correspondant
de nsiD dans le mot parakka « sanctuaire » ; peut-
être même le sens hébreu n est-il qu'un euphémisme
du sens assyrien. Au lieu de désigner par HDl» ie
sanctuaire même, ce qui est une sorte de profana-*
tion , on en désigne le rideau. Il faut savoir que ie
peuple n'entrait jamais dans le saint des saints, et,
pour ses yeux, par conséquent, ie saint des saints ae
confondait avec le rideau qui ie cachait, de sorte
que nD")D a pu originellement désigner l'intérieur,
puis s'est réduit au rideau extérieur.
Ch. XXIX. v. i5. 'j'iKn Viii ^y DiTT •••• 1DDD1 «lis
appuieront la main sur la tête du bélier ». Attitude,
qui accompagne certains sacrifices (voir Ibid. , v. 19;
Lévit., /i , i5; 2/1, ik; Nomb., 8, 10). L'oxempie
de Nomb., 27, i8-a3, est significatif. Moïse, pour
MÉLANGES ASSYRIOLOGIQUES ET BIBLIQUES. . 95
consacrer son disciple et successeur Josué aux yeux
du peuple, appuie sa main sur lui et lui commu-
nique par là de son nn, c'est-à-dire de sa majesté,
de sou caractère auguste. Donc on appuyait la main
sur la victime pour la consacrer. Nous avons en as-
syrien des équivalents intéressants dans les locutions
si fréquentes de zabata kattu «saisir la victime de
sa main avant de Timmoler ou avant de la prome-
ner en procession solennelle » Tiglalpeieser I et Asur-
banipal, deux rois assyriens , grands chasseurs, tirent
gloire d'avoir apposé leur main sur de nombreux
fauves pris ou tués à la chasse.
V, 33. DT» kVdV répond à l'assyrien mala kattu
(voir Lévit., 8, 33; i6, 3îi; ii Chron., i3, 9) et
est une espèce de consécration au sacerdoce. Mah
kattu signifie littéralement « remplir la main » , ou
(( remplir de sa main », L'expression est très usitée
à l'occasion de l'avènement des rois. Signifîe-t^elle
que le dieu remplit la main du roi de force et la con-
sacre à régner, ou la main du nouveau roi se rem-
plissait-elle d'un objet sacré réservé à cette circon-
stance, ou les prêtres versaient-ils de l'huile sainte
sur les mains royales? Nous n'en savons rien. En tout
cas, nous avons là, et dans la Bible et dans les docu-
ments assyriens, une expression due à un antique
usage commun , et qui dans l'Assyrie s'appliquait à
la consécration des rois, dans la Bible, à la consé-
cration des prêtres.
Gh. xxxv-xL. Nous ne connaissons pas assez les dis«
00 . JUILLET-AOOT 1897.
positions de détail des temples babyloniens pour faire
des rapprochements avec le tabernacle qui figure à
la fin de TExode. Ce qui est aujourd'hui incon-
testable, cest que cette construction na jamais été
réalisée : c'est un type idéal, une inspiration post-
exilique née sous Tinfluence de ce que la Babylonie
présentait aux yeux des exilés. Nous ne pouvons donc
rien en tirer pour notre thèse.
Ce que nous disons de la fin de TExode, nous
pouvons le dire du Lévitique et des Nombres. La cri-
tique biblique a placé la fixation de ce que Ton est
convenu d appeler « le code sacerdotal » à une époque
très tardive, et lavis est à peu près imanîme pour
n y voir qu une œuvre théorique cousue après TexU ,
en vue de donner au royaume bientôt restauré une
direction toute cléricale. Néanmoins im certain
nombre de coutumes pouvaient et devaient exister
en pratique, car les codes, les législations morales
ou rituelles sont en partie la constatation, l'idéalisa-
tion de ce qui est. En ce sens très restreint, le Lé-
vitique pourra nous fournir quelques données inté-
ressantes.
Ch. xvni, V. 2 5. « La terre devient impure » (voir
Ibid., V. 27 et 28, et ch. 26, 34 et 35; Ézéch., 22,
2 II). La terre semble être considérée comme une
personnalité morale pouvant contracter une impureté
et responsable de cette impureté : Jahvé la châtie;
et elle rejette sa faute en rejetant ses habitants.
L'exil est produit par le dégoût de la terre, avide de
MÉLANGES ASSYRIOLOGIQUES ET BIBLIQUES. 97
se laver de sa faute, en se débarrassant des crimi-
nels. C'est ainsi que la malédiction suivant la faute
d'Adam pèse sur la terre (Gen., 3, 17). Elle est
encore châtiée par la fauté de Gain, parce qu'elle
s'est ouverte pour recevoir le sang d'Abel (Gen., 4,
1 1). De là aussi la préoccupation de son repos, l'an-
née sabbatique et le crime qui s'attache à la trans-
gression de ce repos (Lévit. , 25, 1-8, et 26, 34
et 35).
Cette personnification de la terre n' est-elle pas le
débris de l'antique polythéisme et ne nous fait-elle
pas penser à la déesse echtonique des Babyloniens
appelée Belit ou Anat ? Quand Senacherib , en exer-
çant sa tengeance contre les Babyloniens , ne se con-
tente pas de les châtier, eux, mais bouleverse le sol
même qui porte la ville; quand Assarhadou relève
la ville , parce que les onze années de châtiment
fixées par Marduk sont révolues ; quand Cyrus légi-
time son entrée à Babylone en disant que la ville est
lasse de ses anciens maîtres, négligents et impies
envers les dieux, n avons -nous pas là des concep-
tions similaires aux conceptions bibliques?
Ch. XIX, V. 3i. m3lK etD''Ji?T» sont des hommes
qui usent de procédés thaumaturgiques pour con-
naître l'avenir en interrogeant les morts (voir Lévit. ,
20, 27; Deut., 18, 11; I Sam., 25, 5; 28, 34; '^
Is. , 8, 19, etc.). Mais, primitivement, D^N désigne
non pas le thaumaturge qui interroge, mais l'esprit,
l'ombre même du mort évoquée et revenant parmi
«
X. 7
UirMlMItaiK JiATtUA«L*.
98 JUILLET-AOÛT 1897.
les vivants sous forme d'esprit. On pourrait songer
à rapprocher dik de 3;^ «ennemi, esprit ennemi,
mauvais, qui apprend aux hommes ce quiis ne
doivent pas savoir » ; car pourquoi une telle sévérité
de la Bible contre ces pratiques, si elles n'étaient pas
une espèce d'empiétement sur la puissance de Jahvé ,
si elles n'étaient pas fondées sur la crQyance à des
esprits capables d'agir contre Jahvé ou malgré lui.
D'après Is. , 29, 4 , le 31K thaumaturge nous ap-
paraît comme un ventriloque dont la voix semblait
venir d'en bas, de dessous la terre, du ScheoL La
Bible conserve donc la conception primitive d'esprits
mauvais , esprits qui jouent un si grand rôle , presque
le rôle principal , dans les croyances babyl(Aiiennes.
Seulement, pour les Babyloniens, ces esprits sont
coexistants avec les dieux et même en partie anté*
rieurs aux dieux, et contemporains du chaos gou-
verné par Tiamat; tandis que la Bible, ne pouvant
admettre ces croyances incompatibles avec le mono*
théisme, considère les esprits comme des ombres
des morts sortant du Scheol sous l'influence de cer-
tains procédés, de certaines formules.
1 Sam., 28, 3-1 4, ne laisse aucun doute sur la
forme de ces croyances : Samuel venait de mou-
rir. . . Saûl, d'autre part, avait supprimé les maiK
et les D'':yT» du pays Saùl , engagé dans une
guerre à l'issue douteuse , interroge vainement Jahvé ,
qui ne lui répond ni par des songes, ni par des
oracles, ni par des prophètes. Alors Saûl dit à ses
officiers : « Cherchez-moi une femme 3iK n^ya ■ (c'est-
MÉLANGES ASSYRIOLOGIQUES ET BIBJJQUES. 99
à-dire possédant un sidc , disposant d'un siK , sachant
évoquer un 3idC. . . ). On trouve une femme à En-
Dor. La femme dit à Saùl : « Qui ferai-je monter à
toi ?» Il dit : « Fais-moi monter Samuel » La
femme vit Samuel , poussa un grand cri Elle
dit à Saùl : «J'ai vu y^Kn p D'»^y □'•n^K Élohim mon-
ter du sein de la terre. » Il lui dit : « Quel est son
aspect? » Elle dit : « C est un vieillard vêtu dun man-
teau. » Saûl reconnut Samuel . . • Ainsi donc le rap-
port établi entre cette scène et les nuK et Q'»iyi^ ,
d autre part , la décision de Saûl qui ne consulte les
morts que lorsque Jahvé lui refuse toute autre com-
munication, la forme mûre de cette consultation
confirment bien notre e^iplication.
Dans le mot D^^n^ , nous retrouvons la racine :r-i^
«savoir, science, science mystérieuse» réservée à
Jahvé seul, et entreprendre de pénétrer cette science
est une hostilité contre Jahvé, évoquant la même
idée que DlK , 3;k .
Les Babyloniens , à côté d'esprits mauvais , rivaux
des dieux et égaux en puissance, admettaient aussi
que les morts, dans certaines conditions, revinssent
visiter les vivants ; là seulement la Bible pouvait les
conserver sans trop de d'ombrage pour Jahvé*
Nombres, ch. i, v. 17. n^'ovi lapi. Désignés par
les noms dans ime tablette de la création babylo-
nienne, nous trouvons : sa ina siptisa elUtum issul^u
nakab Umnati (Marduk), qui, par son aspersion
pure, éloigne la malédiction des méchants. Nous
100 JUILLET-AOÛT 1897.
avons, en apparence, deux sens contraires pour la
racine nakab. Ces sens se concilient. Dans le texte
assyrien, le sens primitif du mot nakab est égale-
ment « désigner, nommer » , mais nommer pour atta-
cher un mauvais sort au nom et par conséquent à.
l'être qui le porte , mettre en relief un nom pour le
mal ou le bien. Nous trouvons ainsi une confirma-
tion de ce que nous disons sur la conception du nom
chez les Sémites (voir sur Gen., 48, iG; voir De-
litzsch Chald. Gènes., p. 79). Est-ce aussi au nom
des mêmes conceptions que les recensements . par
noms et par têtes étaient en horreiir aux Hébreux,
comme il résulte de 11 Sam., 26 , et surtout d'Ëx.,
3o , 1 1 - 1 7 ? Compter les têtes en les nommant, c'est
y attacher un sort, c'est appeler l'attention des mau-
vais esprits sur elles. Maintenant il faut peut-être
voir simplement dans ces conceptions un écho de
l'horreur de l'homme libre qui vit sous la tente pour
tout recensement et tout impôt capital.
Ch. xm, V. 22. pjyn n;^^ '•D^nvçpç; p-^nK. Parmi
les prodiges que les explorateurs ont vus en Palestine
figurent Ahiman, Sesaï, Talmaï, enfants de l'Anak
(voir aussi Deut., 1, 28; Jos. , 11, 22; i5, i3 et
ïlx\ 21, 11; Juges, 1, 20.) Mêmechap. , v. 33:
« Nous Y avons vu les D"«V"«Di fils d'Anok ... et nous
fûmes à nos yeux comme des sauterelles , et à leurs
yeux aussi. »
D'après les différents passages où figure le mot
u^b^2 , il résulte cju'ils sont considérés tantôt comme
MÉLANGES ASSYRIOLOGIQUES ET BIBLIQUES. 101
quelques géants fils d'Anak , tantôt comme un peuple
entier, d'une race plus forte. Jos. , i i , 2 1 et 2 2 :
«Josué vint alors et extermina les Ânakim de la
montagne , de Hébron . . . , de toute la montagne de
Juda et d'Israël, eux et leiu*s villes. .... Il ne resta
pas d'Aneddm dans le pays des fils d'Israël , si ce n est
à Aza, Gat, Asdod. . . » Nous avons évidemment
dans ces passages le souvenir d'un peuple que les
tribus d'Israël rencontrèrent sur le sol de Canaan
dont la vue agit beaucoup sur l'imagination.
Deut., 2 , 11, met sur la même ligne les D'^KDI. et
les D'»pi:?. Or les Refaïm , comme nous verrons , sont
en général les ombres, les mânes. Comment conci-
lier tout cela? Les cunéiformes nous donnent le mot
de l'énigme. Les Anakim me semblent être les
Anunaki babyloniens. Les Anunaki babyloniens
sont des divinités echtoniques (iv R. , 45, 3i, sa
Ce qui ajoute à ce rapprpchement, c'est que Be-
zold établit par K 2 1 00 , Rev. , iv, 8 [Proceed. of ihe
Soc. of Bihl, arch.y March 1889) que Anunaki était
originellement prononcé Anakki de Anunki. La Bible
ne peut maintenir cette croyance à des divinités in-
fernales ou echtoniques, et elle en fait des géants,
vestiges de tout un peuple vivant sur terre , ou des
mânes de ces géants continuant à vivre dans le Scheol.
Les divinités infernales sont devenues des ombres
infernales, en passant des textes cunéiformes aux
textes bibliques. C'est toujours la même griffe du
monothéisme, remaniant, transformant , retranchant,
102 JUILLET-AOÛT 1897.
ajoutant, démarquant enfin toutes les conceptions
antiques.
Gh. XXII, V. 5. y")Nn l'ij^. Ici pîr «œil» est syno^
nyme de û^afl « face, surface ». Â rapprocha de Vbs-
syrien où le même idéogramme {\^ si désigne les
mots enà « œil n et panu « face ». Il faut remarquer
que la forme primitive de ce signe est celle de TcsU
humain.
Gh. xxiit, y. 22. Israël est comparé à Dxn, qui est
le rimu assyrien , espèce de buffle ou antilope (voir
Hommel, Les mammifires des Sémites du Sud, 1879,
p. 227). Dans Job, Sg, 9 et 10, nous trouvons d^'î ,
ce qui marque encore mieux le rapport avec rimu.
Le QHi est, dans les textes bibliques et assyriens, un
emblème de la force; voir Deut., 33, 17, et Ps.,
22, 22; 92, 11. Dans les textes historiques des As-
syrims , nous trouvons presque à chaque page matsa
kima rima adis « j*ai écrasé son pays comme un rim » ;
on trouve l'adverbe rimants pour indiquer la violence ,
lardeur. Le rimu joue im rôle important dans la
symbolique et la poétique babyloniennes. La grande
montagne cosmique, * la Terre », est figurée comme
un rim énorme qui repose sur l'océan cosmique et
dont les cornes touchent le ciel; Bel, quelquefois
symbolisant la Terre, est appelé <• le graiid rimu, lé
gigantesque rimu ».
Gh. xxiv, V. 3. Dîj:, mot usité pour designer la
MÉLANGES ASSYRIOLOGIQUES ET BffiLÏQUES. 103
parole prophétique, divine, et aussi dansi les pas-,
sages les plus archaïques (voir Ibid. , 1 6 ; i Sam., 2 ,
3o; II Sam., 28, 1; 11 Rois, 22, I9;ls.,3,i5;
16, 22; 17, 3; 19, 4; t22, 25; etc.). Je suis sûr
que jai rencontré un équivalent verbal de DKi, et
dans im passage non historique; je ne puis pas re-
mettre la main dessus.
V. 4. D^i^v ^1^31 Sd3 « qui tombe et a les yeux ou-
vert3 ». Nous avons ici un écho de certaines attitudes
extatiques dont les voyants accompagnaient leurs
visions (voir Ibid. y v. 16). Dans les annales de Asur-
banipal (v R., i-io, col. III, 1. 1 18 et suiv.), nous
lisons ( Asurbanipal est engagé dans une guerre contre
son frère révolté) : Ina amesuma istea amela sabra,
ina Sad musi utalma inattal satta umma ma eli kikalli
ia Sin satirma ma sa itti Asurbanapla sar Assin ikpada
limutta ippasa silata mata limna asarahsanati ina patri
parzilU haati mihit isati haSahhi liqit Gira akata nap-
satsan. « Alors un songeur (voyant) se coucha vers la
fin (?) de la nuit et vit en songe ; sur Tautel (ou
loracle) de Sin était écrit : Gdui qui machine du
mal et entreprend une révolte (?) contre Asurbanipal,
roi d'Assyrie, je lui enverrai une mauvaise mort; par
le fer rapide comme l'éclair, par le feu, la famine et
le contact de Gira (la -peste), je couperai leur vie^ »
De même Cyl. Ps., col. V, 1. 69 et suiv., ina sdd
masi iaata sa amharasi istea amiba sabre atalma inat-
tal satta igiltima tabrit masi Istar asabrasa asanna rati
umma litar asibat Arbaila erabamma imna u iamela
104 JLULLET-AOÛT 1897.
tullata ispati tamhat Rasta ina idisa salpat namzaru
zaktv sa épis tahazi maharsa taziz si kima ummi aUdti
itamma ittika. . . «A la fin de cette nuit, pendant
laquelle je me suis adressé à elle (à Istar), un son-
geur se coucha et vit en songe (dialogué?); et iStar
lui fit voir une vision nocturne, et il me la commu-
niqua : Istar, résidant à Arbèles , est entrée portant
suspendus à gauche et à droite des carquois, tenant
un arc à la main^ et tii^ant un glaive tranchant et
guerrier de sa gaine. Elle s'avança devant toi et,
comme la mère qui ta mis au jour, te dit ... »
Dans ces passages , nous avons des procédés s.em-
blables à ceux de notre texte biblique (voir surtout
ch. 2 à, à); nous avons poussé la seconde citation
un peu plus loin , parce que Istar nous y apparaît en
déesse guerrière, revêtue de tous les signes de la
guerre et rappelant ce que nous trouvons ailleurs de
Jahvé.
Deut., ch. I, V. y. ms in: hM:n imn, « le grand
fleuve » , c est-à -dire TEuphrate (voir aussi Gen. , a ,
1 â ; 1 5 , 1 8 ; Deut. , 11,26; Jos. , 1 , A ) ; le fleuve xor*
é^oxnv est TEuphrate. De même, dans les inscriptions
cunéiformes (v R. , 22), nous trouvons que Tidéo-
gramme de Buranam ou Pwranum « Euphrate >? sir
gnifie «le grand fleuve». Comment, pour les Hé-
breux du désert ou de la Palestine, TEuphrate peutr
il être le grand fleuve? On s attendrait à voir dé-
nommer ainsi le Jourdain ou TOronte. Il n y a que
deux réponses possibles. Ou bien les textes où figure
cette appellation sont post-exiliques, et alors cette
MÉLANGES ASSYRIOLOGIQUES ET BIBLIQUES. 105
formule géographique est due à une influence baby-
lonienne post-exilique; ou bien ces textes sont ante-
exiliques , et alors cette formule est une formule sté-
réotypée datant de l'antique séjour ou naissance en
Babylonie. Or la critique biblique, même la plus
avancée, ne permet pas d adopter la première ré-
ponse; donc la seconde est la vraie.
Ch. II, V. 11. Les D^KD") sont considérés eux aussi
comme des D^pav. Ici, Refaïm est mis en parallèle
avec les Anakim , les Emim , et s'applique à une des
populations palestiniennes que les fils d'Israël ren-
contrèrent, et qui figurent dans les légendes comme
des races gigantesques. Il y a évidemment là une
transfiguration épique. Voir Gen. , i /i , 5 ; Deut. ,
i6id., 20, et 3, i3;Jos. , 12, 4; i3, 12; jy, i5;
et surtout Deut., 3, 1 1, où le géant Og est désigné
comme un de ceux qui restent des antiques Refaïm.
Ailleurs Refaïm s applique aux morts : voir Is. ,
1 A , 9 , où le mot semble spécialement appliqué aux
morts illustres; Is., 26, i4, où il est plus simple-
ment mis en parallèle avec D^nD « morts »; Is., 26,
19, où le Scheol est appelé « terre des Refaïm » ;
Prov. , 9 , 1 8 , les Refaïm sont situés dans les pro-
fondeurs du Scheol; cf. Ps., 88, 11; Prov., 2,17;
21, 16; Job, 26, 5, etc.
Voilà donc pour Refaïm deux sens en apparence
très distincts, celui d'« anciens habitants du pays, ou
géants » et celui de « morts ». Ces deux sens se
tiennent. Nous voyons par Is., i/i, 9,. que le mot
MÉLANGES ASSYRIOLOGIQUES ET BIBLIQUES. 107
la fois la personnification du Ciel et qui en est sou-
vent la partie visible? On trouve souvent et presque
à chaque page des inscriptions Anum qui ont pu créer
en hébreu le mot Anan, puis Anan p9. Ce serait un
nouvel exemple de nom de divinité devenu nom
commun sous l'action du monothéisme. Lagarde a
ropproché Anu de la préposition ana « vers, ce qui
est en face, ITiorixon visible». Faut-il également
rapprocher en hébreu la racine nay « répondre » , et
py «nuage»? José à peine formvder cette hypo-
thèse.
Ch. VIII, V. 7. nonn mis en parallèle avec t)^»
signifie « sources, cours d'eau », comme en assyrien
le même idéogramme désigne la mer et les sources ;
Éa est à la fois le dieu apsi (océan) et le bel nàkhi;
voir V R., 33, col. VIII, i5-i6, Ninib est désigné
(i R. , 17, 6) comme bel nakbe u tdmâtif et ici tamâti
répond exactement à notre monn « source ». ni R. ,
62, 12, marque clairement des conceptions iden-
tiques. Les cours d'eau et les sources épars sur la
terre, et la mer ont la même dénomination, parce
qu'ils sortent du même fond commun , l'Océan cos-
mique. A quelque endroit que l'on perce la terre , on
rencontre cet océan. Ainsi [Proceed. of the soc. of
Bibl. archeoL, vol X, pi. iv) : halzi rabitim ina nâri
ina kttpri u agarri usibii iMsu apsa usarimma «j'ai fait
creuser dans le fleuve un grand retranchement avec
du bitume et des briques et j'ai assis son fondement
dans Yapsn. Les exemples abondent.
108 JUILLET-AOCT 1897.
Ch. XI, V. 17. D'»De?n DK 1X^1 «H fermera, bou-
chera le ciel ». 125^ est tout à fait typique comme
vestige de Tantique conception. Il signifie bien
« empêcher, retenir dans locéan céleste, cosmique,
les eaux qui devraient tomber en pluie fécondante » ,
et est mis en parallèle avec 13D «fermer», comme
«verrouiller», Prov. , 3o, 16 (identification de la
locution Dm "ixs^ et Dm "lao). Dans- Job, 12, i5,
isy est mis en opposition avec n^c; « lâcher ia pluie ».
Cil. XXI, V. 5. Il est dit, dans ce verset, du tor-
rent }n''K ou plutôt de la vallée étendue sur ses rives
quelle nest ni labourée, ni ensemencée. Dans tout
ce passage (v. 1-9), cette vallée a une destination
singulière. On y conduit la génisse destinée à être
la victime expiatoire pour un homme tué, quand le
meurtrier demeure ignoré. Il s attache donc à ce lieu
quelque chose de lugubre qui nous semble encore
un écho des vielles traditions touchant în^N , et qiie
nous avons mentionnées plus haut. La vallée jn^K où
d*Etana est une vallée incuite, appelée à rester in-
cvdte, une vallée de mort et de cérémonies funèbres.
Quand în^K évoque le génie Etana qui loge sur la
frontière des morts, il s y attache une idée de mort,
de stérilité, de destruction; quand jn^K évoque le
séjour d'Etana, c'est-à-dire la base des montagnes;
il s y attache une idée d'antiquité, de solidité, dé
force, de durée et même de fertilité; Amos, 5i 24»
« la justice jaillit comme le torrent » in^K , voir aussi
les exemples cités plus haut. Cette bifurcation d'une
MÉLANGES ASSYRIOLOGIQUES ET BIBLIQUES, log
conception mythique en deux directions opposées
est un phénomène fréquent.
Ch. XXVI, V.. i5. yoi\> pVD «demeure de Dieu».
S agit-il du ciel ou du temple qui recèle son ima^:je ,
son double? Dans Jérémie, 25, 20, le mot pvD est
en parallélisme avec onD, qui lui-même, comme
nous avons vu, est synonyme de «ciel»( voir Ps.,
68, 6; 91, 9; II Ghron., 3o, 27; voir dautre part
Ps. , 26, 8; II Chron., 36, i5). Ces exemples sem-
blent prouver que pvD marque aussi bien la de-
meure de Jahvé au ciel et sa demeure terrestre dans
son temple. Les dieux chaldéens ont également une
double demeure. Ils habitent généralement ina kirib
same « dans l'intérieur de la voûte céleste » ; c'est là
que Marduk les a établis. — 4*" tabl., l. 1 45-1 46,
iskalla Esara sa ibna samanu Anim Bel u Ea malva-
zisu usramma » (Il édifia) « le grand bâtiment Esara
comme une voûte céleste et établit Anu, Bel et Ea
dans les demeures ». — Mais les dieux habitent
aussi dans les temples, et Esara désigne i\ la fois
leur demeure cosmique et terrestre (voir iv R.,- 22 ,
1 , 4 a; v R., 5, 2 ; 47 et suiv. ; iv R. , 27, 26-27 a.
Cela est si vrai, qu'il règne souvent une grande
confusion : ainsi, iv R., 32 a. Bel Ekar et Belit
Ekar, est-ce le temple ou le ciel? Dans la mythique
chaldéenne, à chaque demeure céleste des dieux
correspond une demeure terrestre. Mais cette der-
nière ne reçoit jamais le dieu lui-même , mais seule-
ment son image, son double; de même que le pyD
110 JUILLET-AOÛT 1897.
biblique n^abrite pas Jahvé lui-même, mais son
"1133 sa gloire, son double.
Gh. xxYiii, V. 13. « Il ouvrira son trésor ». Il faut
prendre ces mots à la lettre : il ouvrira les ÎAsues
qui livrent passage à la pluie. La voûte câeste ren-
ferme comme un magasin de pluie. Rapprocher le
verset a 3 , dont la première partie « Le ciel sera d*ai-
rain » a un sens , quand on la rapporte aux coocep*
tions antiques, et où la seconde partie « la terre sera
de fer » n'est qu une métaphore.
Ch. XXXII, V. i3. }fiH ^n03 h:f irD'»3T « fl (Jahvé) a
fait chevaucher le peuple sur les niD3 (hauteurs?)
du pays ». Rapprochons de ce passage ii Sam., aa,
34 : *>jnDy*> *>niD3 b^ « il m'établit sur mes hauteurs »,
voir Is., 58, lA; Habac, 3, i8. — Is., i4t !&•
jpSy^ noiK ny ^non Sy nbyn « Le roi de Babel dit :
« Je monterai sur les niDs de la nuée , je serai égal
« au Très-Haut » ; et voici cet exemple curieux de
Job, 9 , 8 : Q^ '»nD3 Vy Tim « Il foule les m03 de la
mer ». Que signifient ces niDS des pays, de la terre,
de la nuée , de la mer ? L'expression est manifeste-
ment un terme militaire. Occuper les hauteurs d'un
pays , c'est être le maître de ce pays. Dieu foule les
hauteurs de la terre, c'est-à-dire qu'il est maître de
la terre. Mais Dieu foulant les hauteurs des nuées et
de la mer ne peut s'expliquer qu'en rappelant la
lutte cosmique de Marduk contre Tiamat et la nuée
(le manteau) qui l'enveloppe. Dans le li* tableau de
MÉLANGES ASSYRIOLOGIQUES ET BIBLIQUES. 1 1 1
la lutte de Marduk , nous lisons (1. loli) que Marduk ,
après avoir triomphé de Tiamat , salamia idda elisa
izaza « jeta son cadavre par terre et se plaça dessus ».
Marduk est donc debout, vainqueur de Tiamat, et
Jahvé est debout sur la mer, vainqueur de la mer.
Jahvé debout sur les hauteurs des nuées rappelle
Texpression D^nn^n ^w « assis sur le Keroubim », les
serpents, les monstres que nous avons expliqués ail-
leurs comme une appellation mythique des nuées.
V. 1 7. onitr « Ds sacrifient à des on» qui ne sont
pas des dieux » , à rapprocher du sida assyrien , qui
est à la fois le nom des taureaux gardiens des portes
et des génies bons ou mauvais qui enveloppent
rhumanité.
V. a a, onn noiD; voir aussi Is., ai, 18, noiD
yiK; Jérémie, 3i, 87; Ps., 18, 8, et 8a, 5. Il ré-
sulte de ces exemples que onn '»1D1D est identique à
yiK noiD ; voir Mich. , 6 , 2 , et ce que nous disons
ailleurs sur D^arr^K. L'exemple de Prov. , 8, 29, est
intéressant : Dnn '•noiD ipina « lorsqu'il (Jahvé) a
tracé les fondements des montagnes». Ps., io4, 5,
associe mo^ à jiDD «base, piédestsd », et Job, 38, 6,
emploie le mot ]1H «pied». — Ps., 2 4, 2, nous
lisons: naair nnna b:f^ mo"» d*»©"» Sy H^n ^d« Il (Jahvé)
Ta fondée (la terre) sur les mers et il Ta fixée
sur les cours d'eau ». C'est toujours la conception
antique, antérieure à la bifurcation. Nous ne sau-
rions trop le dire, nous croyons que la mythique
112 JUILLET-AOÛT 1897.
cKaldéenne, et en particvdier celle qui gravité au-
tour de Marduk, est en quelque sorte l'obsession de
lesprit et de la langue biblique. Ce qui fait Téton-
nement du monde chaldéen , c est la possibilité de
quelque chose de solide arraché aux flots et où il
voit une marque de la lutte des dieux et du triomphe
du grand champion des dieux, Marduk, dieu solaire,
igné, créateur, organisateur, la Bible voit une marque
de la puissance incontestée de Jahvé. Les nnnj de
Ps., 2liy 2, ne sont pas des fleuves ou cours deau
ordinaires, mais les sources de l'Océan cosmique,
les nakhé des textes cunéiformes. Ce qui montre
mieux que tout Tantiquité de ces notions dans la
Bible, c'est la confusion qui règne pour les auteurs
bibliques dans toute cette configuration cosmogOr
nique, ils ne savent pas nettement où est le Scheol,
s'il est dans la terre ou sur l'océan, si la terre est
assise sur la surface de l'Océan cosmique, ou si elle
plonge jusqu'au fond.
V. 2 3. '•sn « les flèches de Jahvé », primitivement
l'éclair, comme il est encore visible dans Zacharie,
9 , 1 4 , et Habac. , 3 , 1 1 . Le mythe n'est pas partout
aussi transparent. Dans beaucoup de passages, la
notion d'« éclair » s'est eflacée et il ne reste plus que
Jahvé armé d'un arc , d'un carquois et de flèches.
Voir Deut. , ibid. , v. 4 2 ; n Sam. , 2 2 , 1 5 ; Ps. , 1 44 »
6 ; Job ,6,4; Habac. ,3,9; Lament. , 2 , 4 ; 3 ,
1 2.
V. 39. « Je fais mourir et revivre » (non pas vivre).
MÉLANGES ASSYRIOLOGIQUES ET BIBLIQUES. 1 1 3
témoin le parallélisme : « Je blesse et je guéris », et
II Sam., 2, 6, où la même expression est mise en
parallèle avec : « Jahvé fait descendre au Scheol et
en fait remonter ». Dans la Ix^ tablette de la création
chaldéenne, 1. 1 2 , Marduk est de même appelé mu-
ballit miti « qui fait revivre les morts », et 1. 1 6 , re-
mena sa ballutu basa ittisu « le miséricordieux à qui
il sied de rendre la vie »; v R. , 35 , 19 : bila sa ina
takulti sa uballita mitatan, . . « le Seigneur qui^ par
la puissance dont il fait vivre les morts ... ».
Ch. xxxïii , V. 26. D''DC? 331 « n (Jahvé) chevauche
sur le ciel » , c est-à-dire sur les nuées , comme le
prouve la fin du verset (D'»pnc; « nuées fines »), d'au-
tant que l'expression complète estD^pnc; ^nv, 11 Sam.,
22, 12 (voir aussi Job, 36, 18; Ps., 78, 23, et
Prov. , 3, 20); Is., 19, 1 : Jahvé est à cheval sur
une nuée légère. Nous avons dans ces formules des
débris du polythéisme antique. Les nuées sont des
monstres ennemis du Soleil, mais Marduk-Jahvé
triomphe de ces monstres. Comme Marduk a vaincu
en Tiamat tous les monstres malfaisants et. qu'il est
resté debout sur son corps en signe de triomphe,
ainsi Jahvé chevauche en vainqueur sur la nuée. Le
phénomène de l'éclair déchirant la nue a également
contribué à cette conception, Notre verset prend de
la sorte un grand relief : les mots liîya « dans ta
force » et imîc: « ta gloire » doivent être pris à la
lettre, comme signifiant l'orgueil triomphant de
Jahvé vainqueur. Les versets 26 et 27 me paraissent
X. 8
iMMtiiir.air. s*tiii%*l>.
114 JUILLET-AOÛT 1807.
une formule très ancienne, employée à Torigine au
sens my tique et appliquée ici aux ennemis d'Israël ;
le V. 27 me semble tout à fait typique. Je lis le pre-
mier mot non pas comme la Massorah njiyç, mais
nayp (voir Eccl. , 5 , 1 g)» et je traduis : « Il (Jahvé)
abaisse, humilie les dieux antiques et il écrase les
bras, les forces, les monstres d autrefois; il a chassé
de devant toi TEnnemi (le grand Ennemi, la nuée
ou Tiamat) et il a dit : « A morti »
Nous laissons pour le moment les fragments bi-
bliques qui comprennent les livres de Josuë^ des
Juges , de Samuel et des Rois , et nous passons à Isaie.
11 y a , dans les livres que nous laissons présentement,
un certain nombre d^énigmes dont nous ne croyons
pas encore tenir la solution.
Is. , ch. VI , V. 1 . HV2^ m kd3 rappdie la locution
assyrienne si fréquente dans les textes historiques :
ina kussi nimedi aiibma. KD3 et ^73^ se trouvent, en
assyrien , bous la forme kussa (if gaza) et ekallap avec
cette différence que Tassyrien ekcUla signifie plutôt
« palais , grande demeure . , sans acception religieuse
exclusive, tandis que S^M ne s applique plus qu'à
un sanctuaire. Si Ton considère qu il s attachait aux
palais des rois assyriens et surtout à la demeure des
anciens patesi, une acception religieuse (témoin la
forme, Taccentuation de ses édifices, les solennités
dont ils étaient lobjet, etc.), on n a pas de peine à
comprendre comment cette acception seule a passé
MÉLANGES ASSYRIOLOGIQUES ET BIBLIQUES. 1 15
d une langue dans Tautre; en d autres ternies, le sens
du mot biblique est plus conforme an sens primitif.
Nous aurons l'occasion de remarquer que le fond de
la langue biblique est plus archaïque que la langue
assyrienne à nous connue, et nous en déduirons une
loi importante intéressant la philologie sémitique.
V« 6* Q'^Dits;. Les monuments assyriens ne nous
présentent pas jusqu à présent d'êtres munis de trois
paires dailes. On traduit généralement i^v par
« ange ». Nomb. ,31,6,9, ^^^^ présentent ce mot
comme synonyme de Zfm « serpent » ; cf. Nomb., 2 1 ,
6 , et Deut. , 8 , 1 5. Ce serpent est ailé. Is. , 1 4 , ^9 ,
nous montre encore le »)di5^d »1")C^ (ailé) comme issu
du serpent, et Is., 3o, 6, le place à côté de n^^DK
« vipère ». D autre part, la racine ^iv nous ramène
à ridée de «feu, brûler». Vers, à semble donner
suite à cette idée: « Le temple se remplit de fumée ».
Donc les serpents sont enflammés. Le v. 6 mêle en-
core le feu à la vision ; le mythe cède la place à un
procédé naturel. Le f\i^ prend avec une pincette du
feu sur Tautel et en piuifie les lèvres du prophète.
En combinant les deux éléments, serpent ailé et feu,
nous ramenons la théophanie dlsaîe h ce que nous
avons déjà si souvent rencontré au phénomène phy-
sico-mythique de l'éclair. Nous avons déjà vu que
l'idéogramme de « serpent » et celui d'« éclair » sont
exprimés en assyrien par le même signe. L'éclair est
donc conçu par un côté de la mythique sémitique
comme un serpent ailé et enflammé. Dans la pre-
8.
lie JUILLET-AOÛT 1897.
mière mythique, ce serpent est hostile à rhoinme
jusqu'au jour où Marduk-Bel-Jahvé Ta réduit sous sa
domination. Encore, dans ia mythique chaidéenne,
n'est-ii pas irrémédiablement vaincu, et à côté du
serpent-nuage il joue un rôle dans la mythique de
Téclipse et dans lapparition et disparition de Sin (la
Lune); mais dans la Bible, et surtout dans la Bible
des prophètes, il ne pouvait garder ce caractère à
côté de Jahvé, et il devient un ange, un émissaire,
un instrument de Jahvé. La fumée du v. 4 est my-
thique. Au V. 6 , le prophète a délayé le mythe pour.
Tadapter à son sujet et il a substitué au feu céleste
le feu de lautel. Nous surprenons ici sur le vif une
des lois d'adaptation de la langue mythique aux be-
soins du moment. Il est possible que les mots ^^ du
V. 2 ne se rapportent pas à ^anx, mais à ^3M, c'est-
à-dire les D^Die; se tiendraient près du Vd^t divin, et
nous aurions l'équivalent des serpents gardiens des
demeures babyloniennes. Nous aurons en même
temps ici la raison de cette conception. Nous verrons
que le Vdm n'est autre chose ici que le Ciel, et les
pans de robe qui remplissent le ^DM sont, à l'origine,
les Nuées. Dans les tablettes rapportant la lutte cos-
mique de Marduk, nous retrouvons aussi ce vête-
ment et ces pans, et, comme nous savons, ils y
jouent un rôle capital. Donc les serpents gardiens
du ^DTi représenteraient l'éclair gardien des Nuées.
Je rappellerai ici le texte de Desc. d'Istar : labsama
kima issuri sabot kappi « (les génies inférieurs) sont
vêtus, comme les oiseaux, d'un vêtement d'ailes».
MÉLANGES ASSYRIOLOGIQUES ET BIBLIQUES. 117
V. 3.m3D Y'^^'"' ^2 ^^^ répond à ce que nous trou-
vons dans une inscription d'Hammurabi : milamnm
sama ursita milaL La triple répétition du mot ^Mp
rappelle les triples assar, assur, assar, par lesquels
débutent les prières assyriennes pour le pays , la ca-
pitale et le roi , et le triple likraba « qu'ils soient fa-
vorables» qui termine ces prières ou chants (voir
III Rois, 66).
V. 1-8 et suiv. Je remarque, à propos de cette
théophanie , que la théophanie dlsaïe et celle d'Ezé-
chiel (Ézéchiel, ch, i et x) empruntent leurs éléments
au vieux fond babylonien. On peut supposer pour
Ezéchiel qu'il emprunte ses images à ce qu'il a sous
les yeux en pays babylonien; mais on ne peut faire
cette supposition pour Isaïe. De plus, il est difficile
de penser qu Ezéchiel , qui reproche si souvent au
peuple israélite les concessions faites à l'étranger, les
emprunts faits aux Babyloniens, ait lui-même mis
toute sa prédication sous les auspices d'une vision
empruntée au culte babylonien. La page d'Isaïe et
celle d'Ezéchiel me semblent être des transcriptions
presque littérales, et je ne suis pas loin de supposer
que les Hébreux avaient gardé aussi bien que les
Babyloniens des documents où les vieilles traditions
étaient fixées.
Ch. viii, V. 6-8. Ces métaphores me semblent
empruntées au système de canalisation et d'endigue-
meîit en usage en Chaldée. Je ne sache pas qu'aucun
118 JUILLET-AOÛT 1897.
fleuve palestinien ait été sujet à des crues et débor-
dements. Il s'agit précisément ici du roi d'Aiur.
Ch. XIII, V. Ix. nonVtD K3:r npsD « (Jahvé) passe en
revue l'armée de guerre » rappelle l'expression assy-
rienne pakidat kisat same appliquée à Nabu. Nabu,
à l'origine double de Marduk , puis son scribe , celui.
qui le précède, l'annonce, est aussi chargé de veîfler
au salut des demeures célestes.
■
V. 1 o. Dn^SoDi D-'iDcrn >33i3 « Les étoiles du ciel
eÉ leurs ^'03». Voir Job, g, g; 35, 3i; Amos, 5,
8, avec cette différence que, dans Isale, le mot est
au pluriel. L'homonymie de ce mot avec ^ob t foie »
semble bien se rattacher à une conception mythique»
à celle de géants comme les Anuni ou Anunaki;
mais je ne vois rien dans la mythologie assyrienne
qui puisse être philologiquement rapproché du mot
b>DO . Job , nnsn b^OD m^iî^io « Est-ce toi qui délie
les liens du Sp3 ? » combiné avec le pluriel de notre
passage nous marque peut-être qu'il ne faut pas,
comme on Ta fait jusqu'ici, entendre par V'»D3 un
astre déterminé, mais tout astre attaché à un autre,
par conséquent tout satellite.
Ch. XIV , v. g. D'^KDn . Nous en avons parié ailleurs*
J'ajouterai ici que la racine de ce mot e^t nsn * être
faible», ce qui est d ailleurs confirmé par le verset
suivant. Les Ombres disent au roi de Babylone : « Toi
aussi, tu es affaibli comme nous ». Nous avons donc
MÉLANGES ASSYRIOLOGIQUES ET BIBLIQUES. 119
bien dans la Bible la conception des morts comme
d'Ombres sans force [eïScjXa xafiSvTCJv); voir Ps. ,
88, ii; Prov., a, 18; 9, 18; 21, 16. Descente
dlstar (en particulier le vers. 8) tout le commence-
ment.
V. 1 1. ine; p ^V^^. Je considère S^^^ non comme
un adjectif verbal se rapportant à p , mais comme
un substantif sur le type de byn, HTn; la racine est
SSn « briller », et je traduis : « Le Lumineux, fils de
TAurore , lastre brillant par excellence encore visible
à l'aurore I», qui ne peut désigner que Vénus dans
sa phase matinale. Le déterminatif idéographique
qui précède les astres se lit, en assyrien, mal, qui a
également pour racine alal «briller», hh^n pourrait
n'être qu'un équivalent de mal, et l'expression SS^n,
suivie du nom propre, pourrait être absolument
équivalente à mal suivi du nom propre.
120 JUILLET-AOÛT' 18«7.
nahapAna et L'ère çaka,
PAR
M. A.-M. BOYER.
On regarde généralement 1 avènement de Kaniska
comme le point de départ de Tère Çaka. La légiti-
mité d une opinion qui rejette après Tan 7 8 de notre
ère le règne de ce prince se trouve contredite par
un récent mémoire de M. Sylvain Lévi^ Il semble
aussi, d autre part, que ce Ksatrapa Nahapâna qui,
par les monuments qu il nous a laissés , inscriptions
et médailles , surgit tout à coup d'une race jusqu'à
lui sans histoire et nous apparaît maître du Su-
râstra, de TAvanti^, dune partie de la côte occi-
dentale du Dekhan, ait des titres sérieux à revendi-
quer pour lui-même Thonneur jusqu'ici accordé à
Kaniska. Je me propose de les établir par les consi-
dérations qui vont suivre.
* Journal asiatique , j&n\.-îé\r. 1897.
' Que Nahapâna ait possédé l'Avanti semble assuré par la men-
tion d'Ujjain dans n" 7 Nâsik {A. S. fV. L, IV) où il est naturel-
lement question de villes au pouvoir de ce prince.
nahapAna et L'Ère caka. 121
I
A Nahapâna, dont Sâtakani (iotamîputa détruit
la race et conquiert Fempire, succède de fait dans
la possession de plusieurs des provinces où il avait
régné, une série de princes qui s'ouvre par Castana.
Ces princes portent, comme Nahapâna, le titre de
RâjaKsatrapa oxxMahâksatrapa; leur royaume s'étend
du Surâstra au Mâlava ; leurs dates connues courent
de Tan 7 2 à Tan 3 1 o de Tère qu'ils emploient. L'an
•72 appartient au règne de Rudradâman, petit- fils
de Castana ; l'an 3 1 o , au règne du dernier Ksa-
trapa. La lecture de cette dernière date est celle de
Cunningham et de M. Bùhler, d'autant plus admis-
sible que les dates sur monnaie de l'avant -dernier
Ksatrapa se succèdent, d'après Bhagvâhlâl Indrajî,
de 270 à 298 au moins ^ Quelle est, en ère chré-
tienne , la date initiale de cette ère Ksatrapa ?
Les monnaies des Ksatrapas disparaissent après 3 1 o ,
c'est donc vers cette époque qu'ils sont soumis par
les Guptas , et c'est la détermination de cette époque
qui nous donne la réponse.
Les deux monnaies d'argent, l'une du dernier
Ksatrapa, l'autre de Candragupta II, trouvées en-
semble à Sultanganj dans le trésor d'un même stûpa ^,
sont un premier indice qui rapproche les règnes des
* The Western Kshatrapas , by Pandit Bhagvânlâl Indrajî; edited
by K. J. Rapson; dans J. R, A, S., 1890.
' Arch, Surv. Ind,, X, p. 127.
IM JDILLET-AOÛT 1S07.
deux princes. Le père de Candragupta II, Samudra-
gupta, avait déjà, d'après Tinscription d'Âliahabad,
rendu tributaires les Mâlavas et les Âbhiras ^ c'est-
à-dire les peuples de toute la contrée, peut-être,
soumise aux Ksatrapas, car le pays des Âbbiras
comprenait entre ses limites quelque peu flottantes
cette région qui fait suite aux bouches de Tlndiu et
qui contient le Surâstra. L'inscription de Samudra*
gupta à Ëran prouve du reste qu'il avait de fidt
réuni à son empire la limite orientale du'Màlava.
Les deux inscriptions de Candragupta II à Uda*
yagiri, celle du même prince à Sàfici, accentuent
encore vers rQUest la domination des Guptas, L*une
des deux inscriptions d'Udayagiri^ date de 4oi
(3 19 + 8a) ap. J.-C; elle nous montre feudataire
de Candragupta et datant dans Tère de son suzerain
un maharaja Sanakânika, c est-à-dire d'un peuple
que Tinscription d'AUahabad mentionne, avec les
Mâlavas et les Âbhtras, dans une même liste, parmi
les tributaires de Samudragupta [loo. cit.).
Avec le fils et successeur de Candragupta II les
monnaies guptas apparaissent dans le Kathiawar,
à l'extrémité occidentale du territoire ksatrapa. C'est
vers 4 1 4 ap. J.-C. que KumAragupta succède à «on
père.
Autant que nous l'apprennent les monuments , le
^ CL, III, n** 1, 1. 22-23 : Mâlavârjunâyanayaudheyamâdrakâ-»
bhîraprârjunasanakântkakâkakharapapikftdibhiçca sarvvakaradânft-
jnâkarauapranâmâgamanaparitoflitappacandaçâsanasya.
« C. ï, Ill\ n" 3.
nahapAna et L'ère çaka. 123
règne de Samudragupta marque donc le premier
coup porté aux Ksatrapas; le règne de Kumâra-
gupta témoigne de leur disparition. C'est dans Tin-
tervalle, sous Gandragupta II, que paraît s opérer
leur chute, par le développement toujours croissant
de la puissance des Guptas. Il est donc juste de pla-
cer vers la fin du iv* siècle la destruction de leur
empire, soit 4 00 ans ap. J;-C,
La différence 4oo-3io donne donc, avec une
sérieuse approximation, la date en ère chrétienne
de lorigine de Tère Ksatrapa. Nous obtenons ainsi
90 ap. J."C.
Ce chiffre nous porte si près de 78 ap. J.-C,,
première année d^ Tère Çaka, qu'il est bien difficile
de ne pas ramener à ce point de départ Tère Ksa-
trapa. J'admets ce point de départ; et nous le ver-
rons s'affirmer de plus en plus à mesure que nous
avancerons dans notre étude. Qiiel est, maintenant,
le fait qui donne naissance à cette èreP Je pense
qu'il se trouve dans Tavènement du premier Ksa-
trapa, Nahapâna.
Il
En l'absence d'un document explicite, il importe
de vérifier avant tout si une telle manière de voir
s'accorde avec les faits certains connus. Je crois
qu'il en est ainsi, et ce sera en même temps un véri-
table témoignage de son exactitude, je l'espère, que
la façon naturelle dont elle les met en place ou les
explique.
124 JUILLET-AOÛT 1897.
Les premiers qui se présentent à notre examen
sont ceux qui ressortent des inscriptions • des Ksa-
trapas et des Andhras^ Je dois les rappeler briève-
ment, sans rejeter quelques redites, nécessaires à la
clarté.
Les dates connues de Nahapâna vont de 4 1 à 46 *.
Ces dates, naturellement, ne certifient pas à elles
seules im long règne , leur point d'origine pouvant
être différent de Tavènement du prince. Mais l'effigie
de ce Ksatrapa, frappée sur les monnaies, dont le
type passe, d'après Bhagvânlâl Indrajî [op. cit), par
tous les degrés, de la jeunesse à un âge avancé,
affirme qu'il occupa le trône de longues années du-
rant. Il est donc légitime d'admettre que l'ère dont
use Nahapâna commence avec son règne.
Son vainqueur est Sâtakani Gotamîputa. L'in-
scription n° 1 8 Nâsik ^ déclare seulement que le roi
Andhra a détruit là race des Khakliarâtas, c'est-à-
dire de Nahapâna, mais aucun prince ne se place
enlre Nahapâna et Sâtakani dans les inscriptions de
Nâsik, et, d'autre part, nous y voyons (n" i3 Nâsik)
^ Il est à peine nécessaire de rappeler les travaux dont profite
ici la présente étude , le mémoire de M. Bûhler, par exemple , dani
Ind. Antiq. XII, p. 272 et suiv.; le chapitre sur la chronologie des
inscriptions, de M. Senart, dans Les Inscriptions de Pijadasi (t. Il,
p. 447 et suiv.).
* A. S. W. L, IV, n° 9 Nâsik, p. 102; n" 11 Junnar, p. io3.
A moins d'indication contraire, les numéros d'inscriptions «pii
suivent renvoient au même volume, p. 98 et suiv.
^ Pour cette inscription , et celle de Rudradàman à Gimar, je me
sers du texte édité par M. Bûhler dans Die indischen Insckrijïen and
da% Aller der indischen Kunstpoesie,
NAHAPANA et LÈRE ÇAKA. 125
une donation faite par Sâtakani d'un territoire jus-
qu alors ^ en la possession d*Usabhadata, qui semble
bien clairement TUsavadâta de Nâsik (n* 5, 7, 9,
1 o) identique à l!Usabhadâta de Kârle (n** 6), c est-à-
dire le gendre même de Nahapâna : nous sommes
donc naturellement amenés à penser que ce fut
avant tout dans la personne de Nahapâna que Sâta-
kani détruisit la race ennemie. En tout cas, Tinter-
valle entre la mort de Nahapâna et la victoire des
Ândhras fut, s'il exista, très peu considérable, et
c'est le point à noter.
Cette victoire de Sâtakani a lieu avant la 1 8® an-
née de son règne ^ (n" 1 3 Nâsik). Il règne au moins
24 ans (n° ili Nâsik).
Son fils et successeur, Siri Puiumâyi Vâsithîputa ,
règne au moins 2 4 ans (n° 2 1 Kârle).
Sirisena Mâdhariputa , successeur très probable-
ment immédiat de Puiumâyi, règne au moins 8 ans^
(n"* ili Kanheri).
Caturapana Sâtakani Vâsithîputa, successeur très
probablement iujmédiat de Sirisena, règne au moins
i3 ans (inscr. de Nânâghât).
Siriyana Sâtakani Gotamîputa , son fils , règne au
moins 27 ans (£. /., I, p. 96).
Pour ce qui concerne les Ksatrapas Senas, nous
* A, S. W, /.,IV, p. io4 : Khetam ajakâlakiyam Usabhadatena
bhûtam.
* M. Bûhler avertit, p. 58 du mémoire déjà nommé Die indisclien
Insckriften, etc, de corriger i4 en 18 dans la transcription donnée
par A. S. W. /., IV, p. io5.
^ i.5. fr. /., V.
126 JUILLET-AOÛT 1897.
ne savons rien de la durée du règne de Gastana; son
fils et successeur Jayadâman parait avoir régné peu
de temps, vu la rareté de ses monnaies ^ Sous le
prince suivant, Rudradâman , Tinsoription de Gimar
nous apprend qu'en *ji (de Tère Ksatrapa) eut lieu
la rupture de la digue d*un étang, réparée ensuite,
quoique avec peine , du vivant du mâme prince. L'an
du règne personnel nest pas indiqué, mais dans
Tinscription rien n'affirme un début de règne, tout
fait supposer plutôt le contraire; la di£Biculté,
d'abord, de mener à bonne fin Tœuvre dont il vient
d'être question, difficulté qui avait découragé les
ministres du prince (1* 17) et qui ne fut naturelle-
ment surmontée qu'au bout d'un certain temps; les
expéditions mentionnées, ensuite. Ce n'est pas sans
doute d'un seul coup d'épée que , du côté du nord ,
Rudradâman avait anéanti les fiers et intraitables
Yaudheyas^, et, du côté du midi, jusqu'à deux fois
mis en pleine déroute^ le roi du Dekhan Sàtakarni,
exploit auquel il ajouta la gloire de faire grâce au
vaincu. A Rudradâman succède, d'après les mon-
naies, son fils Dâmajada; à Dâmajada, son fils Jîva-
dâman.
Ces deux princes, d'après la rareté de leurs mon-
naies, semblent régner peu de temps. Puis vient un
second fils de Rudradâman , Rudrasimha , que l 'in-
* Pour cette série dynastique , cf. The Western Kshatrap€u,
' L. 11-12 : sarvvaksatrâviskrtavîraçabdajâtotsekâvidheyàiiâiii
yaudheyânâni
' L. 1 2 : dvir api nirvyâjam avajityâvajitya.
iNAHAPANA et L ère ÇAKA. 127
scription de Gûnda nous montre régnant en 102 ^
Ses premières monnaies (leur première date est 1 o3 )
portent en effigie, dit Bhagvânlâl Indrajî, une tête
jeune et sans moustache, les spécimens de date plus
tardive montrent la moustache, conformément au
type des princes de cette dynastie. C'est là une preuve
de plus de la brièveté du règne de ses deux prédé-
cesseurs.
Lan loa qui marque le début du règne de Ru-
drasimha correspond, d'après ce que nous avons
dit, à 180 (78+ioii) de notre ère. Si Nahapâna
monte sur le trône en «78 ap. J.-C, les événements
précédents doivent se placer naturellement dans
Tintervalle de 78 à 180 ap. J.-G. En est-il ainsi?
Pour répondre à cette question, je dresse la liste
chronologique suivante :
78 ap. J.-C. Avènement de Nahapâna.
à^ Dernière date connue de Nahapâna.
a Intervalle hypothétique entre 46 et la victoire
de Sâtakani Gotamiputa.
b Intervalle hypothétique entre la victoire de
Sâtakani Gotamiputa et Tan 18 de son
règne.
6 Intervalle de Tan 18 à Tan 3 4 de Sâtakaçi
Gotamiputa.
c Reste hypothétique du règne de Sâtakani Go-
tamiputa.
2^ Dernière date connue de Siri Pulumâyi.
d Reste hypothétique du règne de Siri Pulumâyi.
^ Indian Antiqwuy, X : A new Kfotrapa inscription, by D' BÛh-
1er.
128 JUILLET-AOÛT 1897.
c?' Intervalle hypothétique entre Siri Pu}iimàyi
et Sirisena.
8 Dernière date connue du règne de Sirisena.
e Reste hypothétique du règne de Sirisena.
e' Intervalle hypothétique entre Sirisena et Catu-
rapana Sâtakani.
/ * Intervalle entre l'avènement de Caturapana
Sâtakani et la fin de la guerre de Rudra-
dàman avec ce prince, que je regarde, en
l'absence de toute indication contraire,
comme étant le Sâtakani de rinscription de
Girnar.
y Intervalle entre la fin de cette guerre et l'in-
scription de Girnar qui la relate.
k Intervalle entre l'inscription de Girnar et la
mort de Rudradâman.
I Intervalle entre la mort de Rudradâman et
i8o ap. J.-G.
La somme de toutes ces quantités peut-elle éga-
ler i8o?
Négligeons, conformément à l'exposition qui a
précédé, les intervalles d', e\ il vient :
162 -{-a-\' b ■}- c-{-d-{-e -|-/-|- g + ^ + *
OÙ les neuf dernières quantités doivent se renfermer
dans un espace de 1 8 ans.
Evidemment, rien que de possible.
a, è, c, se présentent comme peu considérables :
a, vu la longueur du règne de Nahapâna; 6, à cause
de l'expression « ajakâlakiyam Usabhadatena bhû-
tam » dans l'acte de donation de Sâtakani en fan 1 8 ,
ci-dessus rappelé; c, pour la raison qui suit. L'in-
nahapAna et L'ère çaka. 129
scription n° 1 8 Nâsik est datée de l'an 1 9 du règne
de Siri Pulumâyi. Or il y est question d une dona-
tion actuellement faite par l'aïeule de ce prince,
Gotamî Balasiri, mère de Sâtakani^ Nous ignorons
à quel âge ce dernier prince monta sur le trône;
mais la survivance de sa mère 19 ans après sa
mort n est pas un préjugé en faveur de l'addition
d'un grand nombre d'années aux ilx ans connus de
son règne.
D'autre part, d eX e n'exigent aucune étendue.
Nous pouvons donc , égalant à quelques années l'en-
semble des cinq quantités dont il vient d'être ques-
tion, regarder l'avènement de Gaturapana comme
ayant lieu vers 170. La guerre avec Rudradâman
ne demande par elle-même aucun long délai, . l'in-
scription de Girnar n'a sans doute pas tardé, puisque
l'accident qui en fut l'occasion s'était produit depuis
plus de 20 ans déjà, en i5o (78 + 72) ap. J.-C.
La mort de Rudradâman qui régnait en i5o a pu
suivre de près : à placer cette mort vers 1^7 5 il reste
l'intervalle que réclament les règnes courts de ses
deux premiers successeurs suivis, en 180, de son
jeune fds Rudrasimha.
Il faut, pour clore ce qui touche ces inscriptions,
mentionner le mariage , d'ailleurs incertain , de Sâta-
kani Vâsithîputa avec une fille de Rudradâman 2.
^ L. 10 : eta ca lena mahâdevî mahârâjamâtâ mahârâjapatâma-
hî dadâti.
^ Le document interprété dans ce sens est n° ii Kanheri.dans
A. S, W, L, V. On le rapproche de la déclaration que fait l'inscrip-
X. Q
mratXBkii iatiuxal*.
130 JUILLET-AOÛT 1897.
Il ne saurait faire difficulté, puisque Rudradâman,
d'après ce que nous venons de dire , règne dès 1 5o au
moins, et que Gaturapana Sâtakani Vâsithîputa
monte sur le trône vers 170. L'inscription du reste
ne dit pas que le mariage ait eu lieu après Tavène-
ment de Vâsithîputa.
Restent les faits connus par le témoignage de
Ptolémée. La théorie précédente est manifestement
celle qui les explique le mieux et peu de mots sont
ici nécessaires. Ptolémée, écrivant vers i5o ap.
J.-C, mentionne, comme roi d'Ujjain, Tiastanés,
Gastana; comme roi de Paithan, Siri Polemaios,
Siri Pulumâyi. Nahapâna régnant au moins jusqu'en
ia4 (78-I-A6) ap. J.-C. fait Gastana, s'il vient,
comme on l'admet, peu de temps après lui, contem-
porain de Ptolémée. De plus, Nahapâna régnant
jusque vers 124, Sâtakani, d'après ce qui est dit
plus haut, règne jusque vers 1 3o , son fils Siri Pulu-
mâyi est donc également contemporain de Ptolémée.
Nous voyons en même temps que la connaissance
que Ptolémée avait de Siri Pulumâyi justifie encore
le peu de durée que nous avons donné aux inter-
valles a, b, c.
Tout ce qui précède favorise donc l'assertion :
l'ère Ksatrapa, datant de 78, commence avec Naha-
pâna. Avant Ptolémée, un autre auteur de langue
grecque me semble fournir une indication pré-
cieuse à l'appui de cette thèse. Je crois, en effet,
don (le Girnar de liens qui unissaient les adversaires et qni sau-
vèrent le vaincu. ( Voir plus liaut. )
nahapAna et L'ère çaka. 131
que nous trouvons dans le Périple de la mer Erythrée
la mention de Nahapâna, et cela, précisément à
Tépoque où nous venons de le placer. Cet ouvrage
de la fin du premier siècle va nous donner en même
temps sur la nationdité de ce prince, dont nous
aurons à nous occuper bientôt, un renseignement
qu'il importe de recueillir.
III
Je dis de la fin du premier siàde.
La thèse de G. Midler, plaçant la rédaction du
Périple entre 80 et 89 ap. J.-C,, paraît avoir con-
quis droit de cité aujourd'hui. On ne peut la placer,
de fait , avant l'époque de Pline , et ,^algrë la savante
contradiction de Reinaud^ il est bien difiBciie de lui
* Mémoire sur le commencement et la fin du royaume de la Mésène
et de la Kharachie, et sur fépoqvue de la rédaetion du Périple de la
mer Erythrée, etc, dam «/• À,, i86t4 -* AuBsi Mémoires de VAda-
demie des inscriptions et belles-lettres , U XXIY. — > Reinaud abaisse
l'âge du Périple à 2 46 ap. J.-€. L'un des arguments de l'éminent
auteur, qu'il regarde comme décisif, est que la partie Sud-Est de
la péninsule arabique y est dite ithi rrjs VLepMoç. D'après Reinaud ,
cela signifie que les Persans possédaient la r^on « depuis peu ».
«N*est-ii pas singulier, ajoute-t-il, qu'aucun traducteur jusqu^id
n'ait fait attention à un fait aussi important?» (P. 74 du tirage à
part ) Je demeure , je l'avoue , parmi la masse des traducteurs. Hapà-
xeêTot x^pA ^dp^ot oUx ht tife esMle fiaatXtiatf âXX* Hêri tfff IIcp-
alioe (S 33) me paraît vouloir dire : t (Puis) se présente nne région
barbare qui ne fait plus encore partie du même royaume, mais fait
déjà partie de la Perse. » Ce qui n'implique nullement qu'^e en
fasse partie depuis peu de temps , mais seulement que le voyageur
qui part du premier royaume se trouve depuis peu de temps sur
un territoire persan , quand il arrive dans cette r^;ion. La côte occi-
132 JUILLET-AOÛT 1897.
attribuer une date de beaucoup postérieure. L'auteur
anonyme, un habitant de TÉgypte, d'après son
propre témoignage , parle comme d'un contemporain
de Malichas, roi de Nabatène ($19). Les historiens^
nous apprennent que ce royaume fiit réuni à l'em-
pire sous Trajan, en 106 ap. J.-C, et, pour con-
firmer leur récit, la série des monuments épigra-
phiques des rois nabatéens, ouverte au milieu du
II* siècle avant notre ère, se termine brusquement
en 95 ap. J.-C.^. Or l'avant-demier roi (le dernier
est ^^f^'^, Rab'il) est justement un idVd, Msdiku El,
de 89 à 70 ap. J.-C.
C'est là un argument dont la valeur, sembie-^t-U,
ne saurait être contestée. Faut-il accorder la même
confiance à un autre rapprochement, que proposait
C. MuHer? L'auteur du Périple donne comme roi
actuel d'Ethiopie Zôskalês (S 5). Les listes des rois
éthiopiens publiées par Dillmann ^ placent entre 80
et 98 ap. J.-C. le règne de A^Ai, Heklê. C. Mul-
1er adoptait Za-Hekade. D'après une note (p. 343 )
de Dillmann, la liste, en effet, porte rédlement
dentale du golfe Persique, sdon que l'admet Reinaud, fut dàs le
principe sous la dépendance des princes de la Mésène (p. 33, 34
du tirage à part). Or cen général (p. 35), les rois de la Mésène
se reconnaissaient vassaux des rois Ârsacides, et ils firent partie
de ce que les écrivains arabes et persans ont appdé pKis tard du
nom de Molonk al Theouayf*, Cela suffisait bien à ftEÛre donner à
la contrée le nom de Perse dans le langage popidaire des marins
étrangers.
^ Dion Cassins, 68, i4. Cf. Am, Marcel., i4, 8.
* C. /. .S'., ps. II, t. I, p. 181-182.
Z, D. M. G., t. Vil, p. 339 et suiv.
i
NAHAPANA et L^ÈRE ÇAKA. 133
Uàk^h», Zahellê, mais Za se trouve \k comme par-
ticule de génitif : (années) de Hekiê. Il est vrai que
les voyageurs de langue grecque qui ne savaient pas
l'éthiopien, ignorant le rôle grammaticd de cette
particule, la pouvaient entendre comme première
syllabe du nom du prince, quand les phrases
échangées l'amenaient au génitif; et la confusion
était d'autant plus facile que cette particule Za est
une de celles qui entrent fréquemment comme pre-
mière syllabe dans la formation des noms de per-
sonne éthiopiens ^ Mais le passage de Zaheklê (qui
égale à peu près ZahMê) à Zôskalês se peut-il rigou-
reusement justifier? Ayant à prendre un point d ap-
pui dans lage du Périple, je n'oserais revendiquer
cette identité.
D'autres indices viennent confirmer Tépoque in-
diquée par le nom contemporain de Malichas. L'au-
teur nous dit que de son temps on se servait encore
à Barygaza des monnaies d'ApoUodote et de Ménandre
($ 47). Il n'est pas vraisemblable que l'usage de ces
monnaies se soit prolongé deux ou trois siècles après
notre ère. Du temps de l'auteur, Ujjain n'était plus
capitale ($ 48). Elle le fut à coup sûr dès la première
partie du 11* siècle, puisque Ptolémée vers i5o en
fait la capitale de Tiastanês, et nous n'avons aucune
raison de croire qu'elle eût cessé de l'être sous le
^orieux Rudradâman, ni sous les princes qui sui-
virent.
C'est donc à bon droit que l'on fixe la rédaction
^ Cf. Dilimann« Gram» der œthiopiichen Sprache, p. 368, note.
134 JUILLET-AOÛT 1897.
du Périple à la seconde moitié du premier siècle, et
comme elle parait sûrement postérieure à l'œuvre
de Pline, terminée en 77 ap. J.-G., il est juste de
lui donner pour date Tan 90 environ.
Voici maintenant les renseignements du Périple
sur la partie de llnde d'alors qui nous occupe.
A partir du golfe de Barakés, c est-à-dire de la
pointe septentrionale du Kathiawar, s ouvrait le golfe
de Barygaza, formé par la côte de cette presqu'île
et la côte Nord-Ouest du Dekhan (S 4i).
Il bordait TÂriakô : cette contrée commençait le
royaume de Mambanos^ La partie continentale
[fiscrôyeia) de TÂriakê, confinant à la Scythie placée
dans la région de Tlndus (S 38), s'appelait Abêria
(Abhîra), la partie côtière (tsrapaôaXflfavia), Suras-
téné (Surâstra). La capitale du pays était Minnagara :
de cette ville on transportait à Barygaza quantité
d'étoffes^. De détails pareils à celui-d l'auteur a
rempli son livre : marin lui-même (S ao) il écrivait
pour les marins et trafiquants , et s'il ignore les grâces
du style, du moins, et c'est l'important, la précision
des renseignements qu'il donne laisse fort peu à
désirer.
^ Ainsi que rectifie G. MuUer d'après le manuscrit. Prolegamena,
jp. cxLiy (dans Geographi Grœci minores, t. I, éd. Didot).
* AÇ>' ^s Haï la^etalov oOévtov eîs Bapt^aja xajdyerat (S 4iJ.
cDans ce pays, ajoute l'auteur, on trouve encore les trtoda de
l'expédition d'Alexandre : vieux temples, fondations d'enceintâa
fortifiées, vastes citernes.» Naturellement, dans ces régions peu
éloignées de Tlndus, aux yeux des Grecs, tout vieux monument
venait d'Alexandre : nous avons , nous , les camps do Gésar.
nahapAna et L'ère çaka. 135
La Mînnagara de Mambanos se trouve ainsi bien
désignée : elle n'a rien de commun avec cette autre
Minnagar que Tauteur nomme dans une région dif-
férente (S 38) et dont il dit, immédiatement après
avoir parlé des bouches de ilndus : « En arrière se
trouve à i 'intérieur des terres la capitale de la Scy-
thie même, Minnagar : elle est sous la puissance
des Parthes, perpétuellement aux prises pour s'ex-
pulser les uns les autres. > Impossible de confondre
Minnagar de Scythie et des Parlhes, et Minnagara
d'Ariakê et de Mambanos.
Ptolémée du reste distingue également les deux
villes (1. VII) et son témoignage précise encore leur
situation. Il nomme près de Tlndus Binagara 1 18"*-
2 5** 20', la Minnagar du Périple; et, peu après, à
l'Est de la Narmadâ, Ozênô 1 1 7*- 20^ la capitde de
Tiastanês , puis immédiatement Minnagara 1 1 5"* 1 5'-
i9°3o'.
Il est donc à propos d'admettre que vers l'époque
oèi fut composé le Périple, Mambanos régnait avec
une ville nommée Minnagara comme capitale, ville
située vers la région de la Narmadâ, et distincte de
celle de l'Indus, sur un empire dont la première
province, en descendant avec le Périple la côte,
était TAbhîra-Surâstra, et qui se prolongeait jusqu'à
demi -longueur du littoral dekhanais sans doute,
puisque le premier royaume que lauteur nomme
ensuite est celui de Kêprobotos , souverain de la Li-
murikê^ (S 53-54).
^ Knirpo^dTcv est la leçon du manuscrit. — Quant au passage
l.iO JDILLET-AOOT 1897.
Or Nahapâna régnant, d'après nous, à partir de
•78 de notre ère, règne à Tépoque de Mambanos; le
territoire soumis à Nahapâna est précisément le ter-
ritoire soumis à Mambanos : Mambanos ne couvre-
t-il pas Nahapâna ?
Je ferai d'abord deux remarques. En premier lieu,
le marin auteur du Périple , qu'il tînt ses renseigne-
ments d'autres marins ou de lui-même, ne les avait
reçus sans doute que du langage populaire; en se-
cond lieu , le passage du texte qui contient le nom
de Mambanos est quelque peu corrompu : voici ré
tablie, d'après les indications de MuUer, la leçon de
l'unique manuscrit :
Merà le tôv BapéixYjv sù6^s è<v b Bspvyà^Anr nè'k'KOç
Kaï ^ 'US pas kpa€tXYjs x^pa? t^ Mafi^àvov ^tuTtktlas dpx'à
xai rfjs ÔXyjs MtHifs^ ohaa, Ta^Ttfç rà nèv [lea&yeia t9^ Sxv-
dlas (jnjvopiiovra tëirjpia naXetrat rà "SfapaOaXéurata iè Svv-
pcu/Iijvij.
Le sens général se rétablit facilement. Quant aux
noms propres, grâce aux $$ ik et 54, Arabikê re-
devient Ariakê ; Ibêria est manifestement l'Abiria de
Ptoiémée VII, i ; Sunrastênê est la Surastrénê du
S II II, Le passage le plus maltraité Ka) 1) ^pbs Apa-.
corrompu du S 53 : Toictxà Se èfiifépta xarc^ rà é&is xeifuva kxaSé-
povs aii-nitapa KakXieva 'oàhs, quelle que soit la lecture que l'on
adopte (Muller : kxaSdpov Sot^inrapa], il est clair que dans ce
texte kxaSdpov ne peut nomnier qu*un lieu , non un homme. C'est
ainsi du .reste que le comprend la traduction latine jointe à l'édi-
tion de Muller : c Minora autem quorumdam locorum emporia
post Darygaza si ta hoc se cxcipiunt ordine : (Acabaru) Suppara,
Callicna urhs. >
nahapAna et L'ère çaka. 137
Stxifç, etc. est légitimement reconstitué comme il
suit dans Tédition de MuHer ^ : xoà ii vnetpos rifs
Aptaxiis yjûpaSj t?$ Mafxâwot; ^aatXeias àpxv ^^^ "^vs
&Xtis ivSixiis oSara, et c est de cette leçon que je me
suis tout à Theure servi.
Ceci posé, parmi les phénomènes constatés
qu'offre la transcription grecque d'un nom de llnde ,
on note les suivants :
La chute de h , seul ou accompagné de la voyelle
qui le suivait : MrfîV ($ 42) — • Mahî; MotvdSa — Ma-
hânada ;
La transcriplion de p par j8 ; âka^ivaêdSins—Dak-
sinâpatha; UaXiëodpa — Pâtaliputra;
L'insertion de fi devant ce dernier équivalant :
HaXifiSoOpa à côté de HaXiSoOpa; KafiëtarOSXot — Ka-
pisthala^.
Appliquons ceci à Nahapâna : il vient Nambanos.
Voilà une forme qui se rapproche singulièrement
de Mambanos. Le passage de Nambanos à Mam-
banos a pu se produire, dans le texte altéré qui
contient ce nom, par la négligence des copistes : je
crois cette supposition très valable pour la transfor-
mation de N en M, car ces deux lettres sont graphi-
quement bien proches; peut-être, toutefois, y au-
rait-il eu dans leur échange un accident plutôt
phonétique que graphique , et dont il faut laisser la
responsabilité à l'auteur.
^ En y rétablissant la leçon du manuscrit Ma/xêofvov.
' Cf. Ind. Antui», II : Hindn pronunciation of greek, and greek
pronunciation of hindu words, traduit de Weber.
138 JUILLET-AOÛT 1897.
De ces deux explications quelle que soit ia plus
naturelle, après ce qui précède elles suffisent à per-
mettre, me semble-t-il, l'identification proposée.
JTadmets donc Téquation : Nahapâna » Mam-
banos.
Avant d'aller plus loin, j'ajouterai luie remarque.
Un roi Saraganês est mentionné au S 5 si : ^} Tonr
^apaydvov toS "cfpza&nipov yfiàvùw « du temps de
Saraganês l'ancien ». Sàtakani devient Sâtakani par
lingualisation prâcrite de la dentale, Sâtakani passe
à Sâdagani, la transcription Saraganês est dès lors
légitime ^ l'identification semble plus que probable,
et elle a été dès longtemps proposée. Ce Sâtakai^d
« l'Ancien » reporte le souvenir vers le Sàtakani de
l'inscription de Sânci^ et celui, peut-être identique,
de l'inscription de Nânâghât^, inscriptions dont
l'époque , suivant M. Bùhler, est antérieure à notre
ère ^. Quoi qu'il soit , du reste , de ce rapprochement ,
un Sâtakani nommé par notre auteur «rAncien»
suppose connu de lui, un Sâtakani plus réoent.
Celui qui renversa Nahapâna avant la 1 8^ année de
son règne n'étant pas monté sur le trône, selon nous,
avant io6, ne saurait guère être ici désigné. Je ne
puis voir là, toutefois, matière à difficulté, vu la
fréquence du nom de Sâtakani chez les Andhras :
^ Cf. Indabara [PtoL, 1. Vil), réprésentant Indapattht (Indrtt-
prastha).
' Gunning., Bhilsa topes, n" 190.
» A, S. W, /., V, c.xii,n'' 1.
* E. /., n, p. 88.
NAHAPANA et L*ÈRE ÇAKA. 139
il apparaissait trois fois tout à Theure dans une série
de cinq rois , et nous le retrouvons encore dans les
inscriptions oi-dessus rappelées.
IV
Or, qu'était Nahapâna?
Le constant usage de la Kharos^hî sur ses mon-
naies, son titre de Kçatrapa le font regarder comme
appartenant au Nord-Ouest.
L'inscription n"" 1 8 Nâsik conduit à une conclusion
semblable. Elle contient un long panégyrique de
Sâtakani Gotamiputa, daté, comme nous Tavons
dit, de Tan 19 de son successeur. Or, si nous exa-
minons les pays dont ce prince y est déclaré le sou-
verain, nous voyons (1. 2) quil posséda, dans la
région septentrionale de ses domaines, les contrées
qu occupa Nahapâna, le Suratha (Siœâstra), TAvati
(Avanti); si nous considérons les peuples dont on le
dit destructeur, nous voyons nommés (1. 5) les Sa-
kas, les Yavanas, les Pahlavas, et eux seuls (qu'on
se souvienne en même temps de la présence du nom
des Çakas dans les inscriptions de Junnar et de
Nâsik; des Yavanas à Junnar, Nâsik, Kârle; des
Pahlavas peut-être à Kârle) ; enfin si nous examinons
les rois qu'il a combattus, il n'est question que
d'une race royale, mais celle-là détruite, la race des
Khakharâtas (1. 6). La conclusion vient d elle-même :
ce sont les Çakas, Yavanas et Pahlavas que combat-
J40 JUILLET-AOÛT 1897.
tait Sâtakani quand il conquit sur Nahapâna le Su-
râstra, TAvanti : Nahapâna était leur prince; on
peut préciser davantage Télément qui dominait
parmi ces étrangers.
La restitution du commencement de la ligne a
de n° 7 Nâsik [A. S. IV. L, iV) porte : Dî-
nîkaputrasa] Çakasa ; la note adjointe regarde comme
« almost certain » que Çakasa forme un mot complet,
et de fait, à considérer le contexte et le fac-similé
(H. LUI), il est bien difficile de ne pas être de cet
avis. L'inscription donne alors : Çakasa Usavadâtasa.
Admettre ainsi, comme le font plusieurs savants,
qu'Usavadâta, le puissant gendre de Nahapâna, -fut
Çaka, cest déjà peut-être attribuer un rôle impor-
tant à cette race dans le royaume, voici un argu-
ment plus pressant.
Nous avons vu que la capitale de Nahapâna se
nommait Minnagara, lune des deux Minnagara du
Périple et de Ptolémée. C'est là un nom étranger
(Min-nagara), c'est un nom qui nous oriente direc-
tement vers la race des Çakas que l'on regarde gé^
néralement, je pense, comme ayant fondé la Min-
nagara de l'Indus, et qui, à la même époque^,
possédaient une ville de Min dans la région qui
portait leur nom , la Sacastène , le pays des Çakas.
Tous ces indices qui convergent vers une même
conclusion, du caractère des monnaies au nom de
^ Isid. de Charax, Mans, Parth., S 18 : ÉyrevOev 2ctxa(j7at»4 S«-
xSv "Zxvdœv . . . ÈvBa . . . Mh 'oéhs, Wv 'BfàXts est exactement le
sanscrit Minnagara.
nahapAna et L'ère çaka. i4i
la capitale, semblent assurer que Nahapâna fut un
prince des Çakas^.
Groupant les résultats auxquels nous ont conduit
les faits successivement examinés, nous aboutissons
donc à la conclusion suivante : un prince Çaka, qui
paraît surgir tout à coup dans ITiistoire, et dont
nous constatons la puissance, monte sur le trône à
une date qui s accorde au mieux avec 78 de notre
ère. Son avènement commence une ère que conti-
nuent les princes qui recueillent en partie sa suc-
cession , et dont , grâce aux monnaies , nous suivons
le cours durant trois siècles. Est-il donc si témé-
raire de reconnaître là Tère Çaka et son origine?
Notre opinion reçoit une confirmation remar-
quable de lexamen de la région où paraît naître et
se développer Tère Çaka. Cet examen est désormais
rendu facile par le recueil de dates dont M. Kiel-
horn a dressé la liste chronologique au tome XXIV
de Ylndian Antiquary.
Mettons à part celles qui proviennent de docu-
ments discutables ou manifestement controuvés.
^ Castana a usé, lui aussi, de la Kharoslhî. Son nom, le nom
de son père Ysamotika, sonnent comme des noms étrangers. Le
Ksatrapa qui prit la place du Çaka vaincu serait-il lui-même un
Çaka ? Il y aurait là une explication simple de Tadoption de l'ère
de Nahapâna par la dynastie qui vint après lui : en tous cas cette
adoption n'est pas , comme on Ta fait remarquer, plus étrange que
celle par les Valahhîs de Tère des Guptas.
142 JUILLET-AOÛT 1807.
Les premières inscriptions certaines de ilnde' se
référant explicitement à Tère Çaka portent les quatre
dates 5oo, 53u, 534 « 556 : leur site est sur une
ligne tirée de Goa à Htudarabad. (Âihole et Bâdâmi
sont les deux autres emplacements). Durant le siède
Çaka suivant, les dates, je parie toujours des dates
indiscutées, s'écartent de cette ligne sans remonter
vers ie nord plus haut que M ultaï , dans le district
de Betoui ( Provinces centrales) , et Antroli-Chftroli,
à peu près à la même latitude dans le district de
Sourat. Ainsi la région où semble naître, d^aprÀs
ces inscriptions, et d'où se difiîise Tère Çaka, se
place vers Textrémité sud du royaume de Naha-
pâna; et comme pour affirmer le fait historique d'où
naquit cette ère , la célèbre inscription de Bâdâmi ,
celle de 5oo, la plus ancienne de celles ci-dessus
mentionnées , est datée dans Tère qui s'ouvre par la
consécration roysde du souverain Çaka , Çakanrpati-
râjyâbhisekasàmwatsaresu. Dans cette région , n'est-
ce pas Nahapâna qui semble désigné P L'inscription
de 532 porte seulement Çakakâla. Celle de 53&
emploie l'expression Çakanrpatisamvatsara , qui se
présente comme une abréviation de la formule de
Bâdâmi. Celle de 556 date dans l'ère des princes
Çakas, Çakânâm api bhûbhujâm, ce qu'il faut inter-
préter, semble-t-il, vu ce qui précède, dans le sens
d'un avènement.
Du reste, les inscriptions datées avant 5oo dont
l'authenticité a été le plus sérieusement soutenue,
celles d'Umetâ (4oo de l'ère Çaka), de Bagomrft
nahapAna et L'ère çaka. i43
(4i5), d'Dao (4 17), ont potir site la région même
où régna Nahapâna. Par ailleurs, les autres inscrip^
tions contestées, jusquau viii* siècle de Tère Çaka,
se placent géographiquement au sud des monts Vin-
dhya, dans l'ouest et le midi de Tlnde, de même
que les inscriptions certaines de la même époque
dont je parlais plus haut.
Les inscriptions sanscrites du Cambodge appor^
tent ime nouvelle force aux faits cpii viennent d'être
exposés.
Ces inscriptions emploient l'ère Çaka; une pre-
mière série de dates court de l'an 626 à Tan 698;
une autre série s'ouvre avec la date 890 : je ne con-
sidère ici que la première. Or, suivant l'avis exprimé
par M. Barth^ c'est de l'Inde du sud qu'est origi-
naire le plus ancien des alphabets usités dans ces
inscriptions , et qui appartient à celles qui nous don-
nent les dates de la première série. Et le n* V, où
nous trouvons à la fois les deux dates les plus an-
ciennes, 626 et 546, use d'une écriture dont
M. Barth dit : « Il n'est pas aussi facile que pour I
« et II de ia rattacher à un modèle hindou déter-
« miné. Les types dont elle se rapproche peut-être le
a plus sont l'inscription de Mangaliça à Bâdâmi
«(578 A. D.) et celle de Vikramâditya II à Patta-
« dakal (milieu du viif siècle) ». C'est justement la
région des inscriptions les plus anciennes datées en
ère Çaka dans l'Inde, nous venons de le voir; en
^ Notices et extraits, etc., t. XXVTI, Inscriptions sanscrites du
Cambodge, p. 3.
144 JUILLET-AOÛT 1897.
même temps les premières dates du Cambodge se
trouvent de même époque que les premières dates
incontestées de llnde. Cette coïncidence graphique
et chronologique entre les inscriptions du Cam-
bodge et les inscriptions indiennes de la région de
Bâdâmi d'où paraissait, tout à l'heure, se répandre
l'ère Çaka, semble affirmer que c'est bien de ce
côté qu'il faut chercher le point de départ de l'usage
de cette ère, c'est-à-dire vers la région de Naha-
pâna.
Les formules employées par les inscriptions du
Cambodge sont, par ordre, jusqu'à SgS : Çaken-
dravarsa (n" V, ii); Çakâpda (n° VI, B); Çâka
[varsa] (n'' IX , A , 2 ) ; Çakapatisamayâbda (n** X , 8) ;
Çakânâm (Kâlah) (n°XU); Çaka (n« XIII). Elles sont
donc analogues à celles que nous avons vues em-
ployées dans les inscriptions indiennes de la même
époque, et, sous le bénéfice des affinités que nous
venons de rappeler, paraissent devoir s'interpréter
dans le même sens.
Jusqu'ici je n'ai pas eu à parler des inscriptions
du nord de l'Inde, je veux dire de la région située
entre l'Himalaya et le Vindhya. On doit s'attendre à
les trouver là en première date et en plus grand
nombre, s'il est vrai que le roi Çaka dont l'inscrip-
tion de Bâdâmi, dans l'Inde du sud, rappelle l'abhi-
seka royal, soit Kaniska. Il n'en est pas ainsi. Les
dates en ère Çaka semblent rares à l'excès dans
l'Inde du nord; et de plus, il nous faut descendre
au delà de toutes les dates précédentes pour rencon-
NAHAPANA ET L'ÈRE ÇAKA. 145
trer enfin 7 [2 6], date de la seconde praçasti de
Baijnâth. La première, de la même époque, porte
également une date en ère Çaka , dont le chifiFre est
efifacé. La date suivante, 784, que je ne rencontre
pas dans la liste de M. Kielhorn, est celle de Im-
scription de Deogarh publiée par Gunningham ^ En
outre, dans la manière même d'employer cette ère,
il y a, entre ces deux inscriptions et celles du sud
(et du Cambodge) dont il a été question, une diffé-
rence qu'il est utile de remarquer.
En général, dans ces dernières, la date en ère
Çaka fait partie du texte même de Tinscription :
accompagnée assez souvent de la date du règne per*
sonnel du roi, elle ne lest ordinairement d'aucune
autre ère; dans l'inscription de 556 l'ère Kaliyuga
employée à côté de l'ère Çaka fait une véritable
exception. Celle-ci se présente donc avec tous les
caractères de l'ère usitée couramment.
Tel n'est pas le cas pour les inscriptions de Baij-
nâth et de Deogarh. Pour la seconde praçasti de
Baijnâth, c'est en Lokakâla que la date est donnée
dans le texte. Dans l'inscription de Deogarh, c'est
l'ère Vikrama dont fait usage le texte. Puis, dans
les trois inscriptions, à la fin et hors texte, après la
déclaration du nom de l'auteur (suivie elle-même de
la formule om namaç çivâya) pour la première
praçasti, après une clausule de même genre pour la
seconde, se présente, con^me surajoutée, la date en
* Arch, Surv, Ind,, t. X, p. 101 et pi. XXXIIl.
X. 10
146 JUILLET-AOÛT 1897.
Çakakâla. Ce n est plus au même degré que tout à
i'heure le caractère d*une ère consacrée par Tusago*
VI
L ensemble de ces faits, qui semble contredire
une ère Çaka datant de Kaniska, trouve son expli-
cation naturelle dans une ère Çaka datant de Naha-
pana. 11 me sera facile de montrer, je pense, qu'il
en est de même à Tégard de la confusion qui se pro-
duisit plus tard sxxr Tévénement d'où naquît cette
ère : je veux dire la chute du roi Çaka mise à la
place de son sacre.
Varâha Mihira, originaire de l'Avanti (vi* siècle
de notre ère) , qui passe pour avoir introduit Tère
Çaka dans le comput astronomique, la nonune Ça-
kendrakàla, Çakabhûpakâla. Ces expressions sont
parfaitement analogues à celles, relevées plus haut,
des plus anciennes inscriptions , qui sont du même
temps; il ny a donc pas lieu de les expliquer dans un
sens différent. Dans le siècle suivant, Brahmagupta
regarde Tère comme datant de la fin des Çakas, Ça-
kanrpânta : cette manière de voir devient ensuite
Tunique, et nous ne pouvons être surpris de la re-
trouver au x® siècle chez Bhattotpala, interprétant
dans ce sens les expressions citées plus haut de Vi-
râha Mihira; plus tard encore, chez Âlbîrûnî et Kal-
hana^ Quelle est Torigine de cette confusion.^
' Cf. D' Hultzsch, dans Ind, inti^.^ XIX, p. 261.
NAHAPÂNA ET L»ÈRE ÇAKA. 147
Au point de vue où je me place, elle est,
d'abord, dans le peu d'intervadle , je veux dire l'in-
tervalle relativement peu considérable à plusieurs
siècles dé distance, qui sépare lavènement de Na-
hapâna de sa chute : quarante-six ans tiennent peu
de place dans la mémoire poptdaire. Mais ce qui
dut aider principalement à la méprise, oest que
l'usage de Tère Çaka se produisit surtout, nous
lavons vu, dans la région des vainqueurs de Naha-
pana : admise notre thèse, il était naturel qu'ils
substituassent à l'avènement de leur adversaire le
jour de leur propre triomphe; n était-il pas, déplus,
naturel qu'au Çakanrpatirftjyâbhiseka primitif de
Bâdâmi en l'an 5oo se substituassent un jour, et
jusque dans ce lieu même, des formules retentis-
santes à la gloire de Çâlivâhana. (Çrijayâbhyudaya-
çâlivàhanaçakavarsa 1 455 neya, dans une inscription
d'Acyutarâya à Bâdâmi. )
La mise en relation du nom de Çâlivâhana avec
l'ère Çaka ne peut être saisie que dans des inscrip-
tions ou des œuvres littéraires de date assez tardive ;
cependant il n'est pas possible de négliger l'indice
qu'elle contient, et voici comment, pour ma part,
j'en conçois la valeur.
Ce fut l'exaltation de la race des Sâtavâhanas que
cette défaite du Çaka Nahapâna. Si, en un sujet
comme celui-ci, il n'importait de mettre de côté
toute traduction des sentiments, je dirais qu*il y a
comme un cri de haine enfin satisfaite et triomphante
dans cette expression du n"" 18 Nâsik Khakharâta-
10.
148 JUILLËT^AOÛT I807«
vamsaniravasesakarasa Sâtavâhanakidayasapatitha-
panakarasa « il n*a rien laissé de la race du Khakha-
rata , il a assuré la gloire de la race de Sâtavâhana ».
On comprend du reste qu'il y eût inimitié entre les
deux races , à considérer les indices qui nous attes-
tent que la domination de Nahapàna s^étendait sur
des territoires jadis soumis aux Andhras. L'inscrip-
tion n"* 1 Nâsik, antérieure à notre ère^, prouve
qu à Tépoque où elle fut gravée le Sâtavâhanakula
régnait en ce lieu. Vers ce même temps ^ cette
famille royale possédait également Nânâghât. Le
Périple nous fournit une indication du même genre.
La ville de Kalliena, y est-il dit (S 82), était marché
légal au temps de Sâtakani (Saraganês) Tancien. Ce
qui semble impliquer que Sâtakani possédait Kal-
liena. Or, toutes ces villes se trouvaient comprises
dans la région où régnait Nahapàna. Les Ândhras
ne pouvaient voir dans sa puissance qu'une menace
et comme une insulte. Ce fut, à tout prendre ^ une
revanche que la victoire du Sâtavahâna, revanche
glorieuse de toute la puissance de l'adversaire, qui
dut, à envisager les faits dans leurs suites naturelles,
populariser le nom du vainqueiu* ; et l'inscription
ne fit sans doute que répéter le jugement exprimé
de tous en déclarant que la maison des Sâtavâhanas
avait assuré son honneur.
Il était donc naturel que le nom du Sâtavâhana
de Pratisthâna — car ce fut là sans doute la capitale
» Cf. i4. S. fV. /., IV, p. 98 : Sâdavâhanakulakanhe râjini.
« A. S. W. /., V, p. 71.
NAHAPÂNA ET L'ÈRE ÇAKA. 149
de Gotamîputa, comme celle de son fds Siri Pulu-
mâyi (Ptol. , 1. VU) — associé à la défaite^ des Ça-
kas, le fût aussi à l'ère qui portait leur nom. Aucun
monument daté ne nous indique cette association
durant les onze premiers siècles de notre ère ^ : elle
demeura donc seulement dans le domaine populaire;
l'imagination du peuple entoura le nom du héros de
merveilleuses légendes; grâce au penchant remar-
quable des récits orientaux k se njêler de noms
célèbres, il fallut faire intervenir celui de Vikramâ-
ditya, un vainqueur des Çakas, lui aussi, croyait-
on, que désignait dès lors une telle similitude
d'exploits à figurer dans le souvenir auprès du vain-
queur réel, à se mêkr, par suite, à son histoire
mise en légendes; il sortit de là un Sâtavahana^
toujours glorieusement vainqueur, non plus des
Çakas seulement, mais aussi de leur vainqueur lui-
même , et Tère qui portait leur nom fut rattaché au
sien jusqu'à parfois recevoir pour point de départ
le jour même de sa naissance : de cette relation, il
est vrai , le premier témoignage daté que nous pos-
^ Les deux inscriptions de Gurugode, qui mentionnent les pre-
mières i*ère de Çâlivâhana (voir la liste de M» Kieihom, op, cit) ,
sont datées 109 5 et iioS de cette ère.
^ Il ne saurait y avoir de difficulté, je pense, contre Tidentité
Sâtavâhana-Çâlavâhana (ou Çâli°). Sur les lèvres des conteurs
illettrés et de langue prâcrite, Sâtavâhana devient Sâdavâhana
(Sâdi") — cf. p. 1^8, n. 1 — ou Sâdavâhana (Sâdi") puis passe à
Sâlavâbana (Sâli°]. C'est la forme, avec le changement de s en ç,
où nous le retrouvons dans les monuments écrits. Sur le ç pour
le s , voir, par exemple , les remarques de M. Bûhler dans A. S, IV. 1, ,
V, p. 70.
150 JUILLET-AOÛT 1897.
sédions ne remonte pas au delà du xn* siècle , mais
si nous ^i trouvons dans le passé des germes réels ,
serait-il juste d*en faire le firuit d^une génération
spontanée ?
L existence de ces légendes est du reste bien
connue, leur antiquité parait incontestable. Si le Vi-
racaritra fait peut-être allusion à deux princes dont
le dernier vivait à la fin du x* siècle de notre ère ^,
cela, comme le remarque M. Jacobi, ne peut nous
empêcher d admettre que nous possédions en lui
un vieux récit popidaîre, mis au compte de per»
sonnages récents. Le Kâlakâcârya-Kathftnaka, corn*
posé au plus tard en \li^8^ nous ofiBre paiement
une légende ancienne. Il était difficile de la passer
ici sous silence. L arrivée des 96 Çakas en Surâstra,
leur prise de possession du pays , puis leur conquête
d*Ujjayini, suivie de la fondation d'un empire Çàka
que détruit plus tard Vikramâditya, à son tour
renversé par im Çaka, fondateur d'ère 1 35 ans après
l'établissement de iere Vikrama, ce qui est dit,
ajoute lauteur, pour faire connaître Tère Çaka,
Saga-kâla-jânan'-attham, tout ce récit ne laisse-t-il
pas entrevoir, parmi les fantaisies et les anachro-
nisme du conte, le Çaka Nahapâna maître du Su-
râstra et de TAvanti et fondateur de l'ère en ques-
tion?
Cf. !nd, Stud,, t. XIV : cÇâiivâhana und Çaktiknmarft. » H. Ja-
cobi.
* Z, D. M. G,, t. XXXIV, p. 2A7 et suiv. , cdas kâlakAcârya —
kathânakam •. Von Ucrmann Jacobi.
nahapAna et L'ère çaka. i5i
Il semble donc que le nom de Çâlivâhana, alorjl
qu'il commence d'apparaître dans les inscriptions
datées en ère Çaka, ne soit que lexpression plus
tardive des souvenirs antiques que conservait la tra-
dition. Plus près des faits, celle-ci est d abord exacte
avec Tinscription de Bâdâmi. Nous la voyons s'al-
térer à partir de Brahmagupta : cependant l'ère Çaka
maintient son nom, en vertu de la tradition pri-
mitive. Mais à mesure que la légende défigure de
plus en plus l'histoire, que le Çaka ne garde qu'im
lôle de vaincu qui s'elFace dans la gloire du victo-
rieux Çâtavâhana, le nom de ce dernier devient
celui de l'ère elle-même : parce qu'il a vaincu Naha-
pâna, Çâtavâhana dénomme l'ère, il la dénomme
tardivement parce qu'il a fallu que la légende prît
le temps d'empiéter assez sur l'histoire pour enlever
au nom de l'ère le caractère que les faits y avaient
marqué.
Il est bien clair que ce dernier point n'a pas la
valeur d'ime preuve absolue; réuni à ceux qui pré-
cèdent il leur ajoute, toutefois, et reçoit d'eux cette
valeur que se prêtent mutuellement des indices de
sortes diverses orientant tous la recherche vers une
même solution.
152 JUILLET-AOÛT 1897.
il , I —
LES INDO-SCYTHES
ET
L^ÉPOQUE DU RÈGNE DE KANIGHKA,
DIAPRÉS LES SOURCES CHINOISES «
PA.R
M. EDOUARD SPECHT.
La Chine est sans contredit une des nations qui
nous offre le plus de documents historiques. Dès ia
plus haute antiquité , des chroniqueurs officiels con-
signèrent jour par jour les événements remarquables
de ce pays; à côté deux, une foule de véritables
historiens se sont succédé d'âge en âge depuis Sse-
ma-ts'ien ^ mettant en œuvre ces informations et
recueillant avec soin , dans ces sources qui ne nous
sont malheureusement pas accessibles, tous les ren-
seignements relatifs aux rapports de la Chine avec les
peuples voisins.
Ils ont également utilisé , sur ce point particulier,
les renseignements fournis soit par des voyageurs
étrangers venus en Chine , soit par des Chinois qui
* Sse-ma-t'sien est né vers l'an i/i5 avant J.-C. M. Chavftnnes a
entrepris la traduction de cet auteur ; les deux premiers volumes ont
paru.
LES INDO-SCYTHES. 153
avaient parcouru l'Asie. Les historiens chinois se
font remarquer surtout par leur précision ; ils enre-
gistrent rigoureusement ce qu'ils ont vu et appris.
Les découvertes archéologiques faites dans Tlnde
viennent tous les jours confirmer fexactitude de là
relation du fameux voyageur chinois Hiouen-thsang ;
les monnaies anciennes trouvées dans l'Asie centrade
ne font que vérifier les assertions des historiens chi-
nois. Le petit nombre de faits relatifs à l'histoire de
l'Asie occidentale que nous pouvons. relever dans les
historiens de cet empire sont précieux pour nous,
parce qu'ils nous font connaître les événements qui
se sont produits à l'ouest ou au nord de la Chine.
Les vastes contrées bornées à l'Occident par l'em-
pire des Arsacides et des Sassanides , et à l'Est par
la Chine propre ou la Tartarie, ne sont entrées
dans le domaine de l'histoire que grâce aux histo-
riens chinois. Les renseignements fournis par ces
derniers corroborent et complètent ceux des auteurs
grecs et des historiens arabes.
L'histoire de l'Inde est loin de nous ofi&ir les
mêmes ressources; aussi M. de Gobineau a-t-il pu
juger sévèrement le manque de précision et de don-
nées chronologiques qui distinguent ce que l'on est
convenu d'appeler les chroniques indoaes , bien qu'elles
ne méritent guère ce nom ^ Après le remarquable
cours fait à la Sorbonne par Bergaigne sur l'His-
toire de l'Inde, on avait eu l'espérance que, grâce
* Essai sur l' inégalité des races humaines, t. II, p. 354.
154 JUILLET.AOÛT 1897.
aux découvertes des archéologues, les inscriptions
et les autres documents recueillis soit dans Tlnde
même, soit dans les autres pays limitrophes, pour^
raient fournir un jom* aux savants européens les
documents nécessaires pour écrire enfin Thistoire de
cette grande presqu'île. C est, en effet, sur cette base
solide qu'il convient de se maintenir si ion veut ob^
tenir des résrdtats positifs , et il peut être dangereux
de s'en écarter pour s'appuyer sur des données pré-
caires de légendes dépourvues d'autorité historique.
GVst la leçon qui me semble se dégager d'un essai
récent ^ tendant à boideverser les idées auxquelles
on s'était sagement arrêté sur l'époque du règne du
fameux roi indo-scythe Kanichka.
Le règne de Kanichka, qui constitue une des pé-
riodes les plus importantes de l'histoire de l'Inde, a
été souvent étudié. Par suite de la pénurie de ren-
seignements relatifs à ce prince et de l'incertitude
de la chronologie indienne, les auteurs européens
n'ont pas été d'accord sur la date de son avènement,
Lassen le plaçait entre les années i o et 4o de notre
ère 2. M. Fergusson , dans un savant mémoire *, avait
proposé de fixer en y 8 de notre ère la date du cou-
ronnement de Kanichka ; c'est cette date qui avait été
généralement adoptée par tous les indianistes comme
la plus probable.
Aujourd'hui M. Lévi, se basant principalement
* Voir rarticle de M. Lévi, Jonm, asi'at. , janvier-février 1897.
^ Lassen, Indiscke Altkerthumskande , 2' édit., t. II, p. 806.
' J. R, A. S,, 1880, p. 25g.
LES INDO-SCYTHES. 155
sur les Actes de saint Thomas, croit pouvoir refaire
toute cette chronologie, sans avoir préalablement
examiner la valeur historique de cet ouvrage, qui
a été placé par le Concile de Rome de &g& parmi
les livres apocryphes.
Ces Actes rapportent que saint Thomas, après
avoir séjourné chez le roi Gondopharès, alla dans
le royaume du roi Misdeos où il fut tué.
M. Lévi identifie Misdeos avec le second succes-
seur de Kanichka, Vâsudeva, roi des Kouchans qui
sont les Yué-tchi des Chinois , autrement dit les Indo-
Scythes. Ce prince serait donc contemporain de saint
Thomas, martyrisé, selon la plupart des auteurs ca-
tholiques, à une date incertaine^ et, selon M. Lévi,
le a 1 décembre 68 après Jésus-Christ, date à laqudle
les chrétiens de saint Thomas placent le martyre de.
] apôtre. Les inscriptions de Vâsudeva portant les
dates de 63, 87 et 98 de Tare de Kanichka, il en
résulte que Kanichka aurait régné 5o ans environ
avant notre ère , puisqu'il y a un intervalle d'au moins
98 ans entre lavènement de ce souverain et VâsU'
deva.
C est en s appuyant sur cette donnée si fragile de
Tidentification de Misdeos avec Vâsudeva que M. Lévi
croit pouvoir renverser tous les travaux de ses de-
vanciers. M. Lévi est muet sur les recherches des
^ TiUemont, Hist. eccles,, t. I, p. 357. «On ne sait point en
quelle année saint Thomas a fini sa vie , sinon que saint Nil ( moine
grec du iv' siècle) dit assez nettement qu'il n'a souffert le martyre
qu'après saint Pierre et saint Paul, martyrisés en l'an 66.»
156 JUILLET-AOÛT 1897.
niimismatistes et sur les découvertes des archéolo-
gues.
Cependant, si Kanichka a vécu 5o ans avant et
Vâsudeva 5o ans après Jésus-Christ, comment peut-
on expliquer que M. Simpson a pu trouver dans un
stûpa à Ahin Posh, près de Jalalabad, des monnaies
de Kanichka, de son prédécesseur Kadphises et de
son successeur Hooeski, autrement dit Huvichka,
prédécesseur de Vâsudeva , associées à des pièces de
Domitien , de Trajan et de Sabine ?
Cette trouvaille numismatique est un des argu-
ments invoqués par M. Fergusson dans son intéres-
sant mémoire ^ Mais , sans s'arrêter à cette difficulté,
M. Lévi préfère s'attaquer aux historiens chinois;
il donne à leurs récits une interprétation que je crois
erronée, allant jusqu'à supposer que Kanichka au-
rait été maître d'une partie de la Chine, sans tenir
compte des faits qui contredisent sa thèse. Aussi nous
croyons devoir soumettre à un nouvel et rigoureux
examen les divers renseignements que nous ont
laissés les anciens auteurs Chinois sur les Yué-tchi
ou Kouchans, afin de bien établir la vadeur de ces
documents, qui ont servi et serviront à fixer défini-
tivement l'histoire de l'Asie centrale pour cette pé-
riode.
^ Voir Fergusson, loc. cit., p. 366; Gardner, The coins of thê
Greek and Scythic kings of Bactria and India in the British Musewn ,
p. 5i de rintrod.
LES INDOSCYTHES. 157
i
Le chapitre xxiii du Sse-ki ^ (mémoire historique)
dit expressément que les Yué-tchi (Indo-Scythes ou
Kouchans) étaient au nord du fleuve Oxus et que les
Ta-hia qui habitaient la Bactriane étaient au sud du
même fleuve.
Voici la traduction de ces passages (folio k) :
«Les grands Yué-tchi sont à Touest des Ta-ouan, à
2 ou 3 mille li; ils demeurent au nord du fleuve
Oueï (Oxus); au sud sont les Ta-hia (Bactriane), à
Touest les An-si (les Arsacides) , au nord le K ang-kiu
(Sogdiane). »
Au folio 7, après avoir parlé des An-si (les Arsa-
cides) et des Tiao-tchi (Tadjiks), le document men-
tionne ainsi les Ta-hia : « Les Ta-hia sont au nord-
ouest des Ta-ouan, à 2,000 li environ au midi du
fleuve Oueï (Oxus). »
Si les mémoires historiques (Sse-ki) rapportent
que les Ta-hia, nation commerciale et non guer-
rière, ne purent résister aux attaques des Yué-tchi
lorsque ceux-ci passèrent à Touest, il ne s'ensuit pas
que les Ta-hia furent soumis entièrement dès l'ar-
rivée des Yué-tchi.
La biographie de Tchang-kian dans Thistoire des
premiers Han^ ne laisse aucun doute à ce sujet,
puisqu'elle dit positivement :
' Sse-ki, édition de la 4* année de K'ien-ioung.
' Tsien-Han-chou, liv. lxi. Voyer la traduction de cette hiogia-
158 JUILLET-AOÛT 1897,
Tchang-kian de chez les Yué-tcliî alla chez les Ta-hia.
Donc, lorsque Tchang-kian, envoyé par Tempe-
reur de Chine, arriva chez les Yué-tchi en i ^6 avant
notre ère, les Yué-tchi et les Ta-hia formaient
deux nations distinctes; Time située au nord de
rOxus , lautre au sud de ce fleuve. Lorsque M. Lévi
affirme « qu'en vain on tenterait de distinguer deux
phases successives de loccupation, la isoùmission
d abord, puis la conquête totale» (pftge 8), il va
certainement à lencontre des textes chinois que
nous possédons.
Avant d'examiner si le nom Lan-chi peut être la
traduction de la ville de Puchkàrâvati « la ville au lo-
tus bleu » , comme M. Lévi le suppose , voyons d'abord
si cette capitale des Ta-hia pouvait être située au con-
fluent du Garrœas et du Kophès. La ville de Peuco*
laitis de Pline, le Puchkàrâvati des auteurs indiens,
était à peu de distance de Tlndus, car Pline (liv. VI,
2 1) compte 6o mille pas de la ville indienne Peuco-
laitis jusqu'au fleuve Indus et jusqu'à la viUe de
Taxila. Ces données ne concordent pas avec celles
fournies par les auteurs chinois pour la capitale de»
Ta-hia. Ces auteurs disent, en effiet, cotnmô nous
l'avons vu, que la capitale des Ta-hia est au sud de
rOxus, et ils ajoutent que le royaume de Sin-thou
phie par Wylie , p. 66 du vol. X , de The Journal of the anthropth-
logical Institute of Great Britain and Ireland (1880).
LES INDO-SCYTHES. 159
(Sindhu) est au sud^est des Ta-hia. Tchang-kian,
rapportant les renseignements qu'il obtint chez les
Ta-hia , fait observer qu un habitant de ce royaume
lui dit : « Nos concitoyens font le commerce à Sin-thou
qui est au sud-est de Ta-hia; il peut y avoir (d'ici)
plusieurs mille li ^ » Les Ta-hia n'étaient donc pas
limitrophes de la vallée de l'Indus.
Si nous prenons la ville de Taxila comme la capi-
tale du Sindhu, plusieurs mille li nous transportent
du côté nord de l'Hindou-kôh , puisque Pline compte
227 mille pas depuis Alexandria ad Canccuam jus-
qu'à la ville indienne Peucolaitis, et 60 mille pas de
cette ville à Taxila, soit 287 mille pas ce qui repré-
sente environ 1,292 li chinois. 11 faut donc cher-
cher la ville de Lan^chi au sud de l'Oxus et au nord
de l'Hindou-kôh , dans la Bactriane des anciens.
Nous avons trois lectures différentes pour le nom
de cette ville. Le Sse-ki l'appelle H rfî Lan-chi, nom
qui signifie : la ville du marché de l'indigo; l'histoire
des premiers Han la nomme ^ J5 Kien-chif « la viUe
de la famille du gouverneur ». Enfm l'histoire des
seconds Han l'appelle '^J^lanchi^fula ville de lin-
digo ou la ville bleue ». Si Lan-chi était réellement la
traduction du nom d'une ville indienne, les diffé-
rents auteurs chinois devraient être d'accord pour
prêter toujours à ce nom le même sens. Mais au
contraire si, comme je le crois, il faut considérer ces
trois formes chinoises du nom de la ville comme des
' Biographie de Tchang-kian , dans làT$ien-Has^-chou, iiv. LXI;
comp. Wylie, loc, cit», p. 67.
160 JUILLET-AOÛT 18Q7.
•
transcriptioiu variées dun nom étranger, la syllabe
finale demeure toujours la même, ffî chi « marché »
et ^ c/ii« famille » ayant la même valeur phonétique;
reste seulement alors à rendre compte de la diver-
gence portant sur la première syllabe, syllabe écrite
tantôt Lan, tantôt Kien. Cette divergence s'explique,
à mon avis , par la forme plus complète de Lou-Kien-
chi Sl^ Ri qui apparaît dans Thistoire des Weï^
comme le nom de la capitale des Yué-tchi.
D'autre part, les historiens arméniens ainsi que
les auteurs syriaques sont unanimes à placer les
Kouchans dans la Bactriane et à leur donner comme
capitale Bactres^. Il faut donc chercher Loa-Kienr
chi près de cette ancienne ville, sinon à Bactres
même. Peut-être que ce nom, abrégé ou corrompu,
peut représenter une ville mentionnée par les auteurs
anciens. Prenant en considération la forme chinoise
la plus complè.te, Lou-Kien-chi, et aussi la variante
Ching-Kien-chi BS S .R » je ne serais pas éloigné de
croire que nous avons là des transcriptions plus ou
moins heureuses du nom grec AXe^Speia, ville de
Bactriane mentionnée par Etienne de Byzance. La
transcription a pu se faire par Imtermédiaire du
bactrien ou du pehlvi, intermédiaire ayant déjà fait
subir une première altération au nom grec original;
(le nom d'Alexandre étant rendu en pehlvi par
^ Weî-chou, chap, en, foi. i5; comp. la variante de l'Histoire du
Nord [Pe-sse) y qui nomme cette ville ^S ^ ^ » Ching-kien-ehi,
' Voir Nôldeke, Gesckichte der Perser nnd Araher zar zeit der
Sasaniden ans der Arabischen Chronik des Tabari, p. 17, n. 5.
LES INDO-SCYTHES. 161
Alasdndar, Sikandar, [ArcLsangarlY * Yâqoût dit expres-
sément, en parlant de Balkh (Bactres) : «D autres
veulent qu elle ait été fondée par Alexandre et qu elle
ait eu anciennement le nom d'Alexandrie ^. »
L'identification proposée par M. Lévi de Lan-chi
avec Puchkarâvati « la ville du lotus bleu » ne peut
donc être acceptée.
Après le départ de Tchang-kian (comme je lai
fait remarquer dans les études sur TAsie centrale,
p. Sa), la ville de Lan-chi tomba au pouvoir des
grands Yué-tchi lorsqu'ils s'établirent définitivement
dans la Bactriane; c'est à cette époque, très pro-
bablement antérieure à notre ère, que se rapporte
le chapitre xcvide l'histoire des premiers Han par
Pan-Kou :
« Le royaume des grands Yué-tchi a pour capitale
la ville de Kien-chi à i i ,600 li de Tchang-ngan; il
ne dépend pas du gouverneur général; on y compte
100,000 familles, 4 00, 000 habitants, une armée
de 1 00,000 hommes; à Test, jusqu'à la résidence du
gouverneur général, ilya4,70oli;à l'ouest, jus-
qu'aux 4n-5i ^ ,|, (les Arsacides) , quarante-neuf jours
de marche, et il est limitrophe au sud avec le Ki-
|)in jU % (Cophène) Il y à cinq principautés,
Hieou-mi, Chouang-mo, Kouei-Chouang (Kou-
chans), Hi-thun, Kao-fou (Kaboul), qui dépendent
des grands Yué-tchi. »
Les auteurs chinois ne nous disent pas à quelle
* West, PMavi texts, part ï, p. i5i, 228; part III, p. 35. .
* M. Barbier de Meynard , DicU géogr, et hist. de la Perse ^ p. 1 1 3.
X. 11
I H PU m Ram «otiiN-Li..
162 JUILLET-AOÛT 1897.
époque se rapporte cet état de choses , mais ils nous
font connaître que pendant une période de cent ans
les Yué-tchi demeurèrent ainsi divisés en c»nq
principautés; d après le texte de ia biographie de
Tchang-kian et la notice sur le Ki-pin de Thistoire
des premiers Han, on peut conjecturer qu'ils restèrent
ainsi depuis Tannée 126 av. J.-C. jusqu'à Tannée
2 5 au moins avant notre ère, et plus probablement
jusqu'à Tan 2 A de notre ère, fin de la dynastie des
premiers Han. Ce n'est que sous ia dynastie des
seconds Han qu'im prince des Kouchans, qui avait
subjugué les quatre autres principautés des grands
Yué-tchi, s'empara du Ki-pin.
Nous allons maintenant rapporter les passages de
l'histoire des premiers Han qui constatent que le
Ki-pin a été indépendant sous cette dynastie.
Le Pien-i-tien place sous Siouen^ti, qui régna de
73 à 49 av. J.^C, le fait suivant : Le roi du Ki*piD
voulut tuer l'officier chinois Wen-tcHoung , qui re-
conduisait les ambassadeurs du Ki-pin. «Wen*-
tchoung eut connaissance de ce fait, se concerta
avec In-mo-fou, fils du roi Young-kiu; tous deux
attaquèrent le Ki-pin , tuèrent le roi. [La Chine] établit
In-mo-fou roi de Ki-pin , et lui donna le sceau avec
le ruban [comme investiture]. »
Sous Youen-ti , de 4 8 à 3 3 avant notre ère , « Tchao-
te , marquis militaire , fut envoyé au Ki-pin : In-mo-fu
et lui se haïssaient. In-mo-fou fit enchaîner Tchao-te
et fit mettre à mort 70 hommes de sa suite, il en-
voya [en Chine] des ambassadeurs avec une lettre
LES INDO-SCYTHES. 103
d excuses. L empereur Youen-ti n'enregistra pas [la
demande] de cette contrée éloignée. On reconduisit
les .ambassadeurs jusqu'au défilé M Si Hien-tou (à
lest de Badakchân), et toutes relations cessèrent
entre ces deux pays* Au temps de Tch'ing-ti (3îi à
7 av. J.-C), de nouveaux ambassadeurs arrivèrent
en Chine avec des présents, et, reconnaissant leur
faute, en demandèrent pardon. Les Han voulurent
envoyer des ambassadeurs portant une réponse, et
désirèrent reconduire les messagers du Ki-pin dans
leur pays ^. »
On voit que, sous le règne de Tch'ing-ti, le Ki-pin
était encore indépendant, puisqu'il envoie une am-
bassade en Chine. Les ministres chinois étaient di-
visés sur les relations qu'il fallait avoir avec ce pays.
Wang-foung désirait envoyer des ambassadeurs chi^
nois au Ki-pin. Tou-kin était d'im avis contraire, et
son opinion prévalut. Cet événement se passa en
l'an 2 5 avant J.-C, d'après le li'tai'ki'Sse'nian'pao
( liv. XXVn , fol. 7}. Rien donc dans le texte n'indique ,
comme le suppose M. Lévi (p. 22), que le roi du
Ki<^pin , sous la menace d'un péril pressant , chargea
des ambassadeurs d'avouer sa faute et d'ofirir une
réparation. L'histoire des Han dit expressément que
cette ambassade eut lieu uniquement dans un but
commercial. Wang-foung répondit à Tou-kin. « [Ce
serait] véritablement utile [au Ki-pin si nous leur]
\ Voir Pien-i-lien. liv. LUI; Ts'ien Han^hou» liv. XCVI; VVylie.
lieu cité, p. 33 et suiv.
1 1 .
164 JUILLET-AOÛT 1897.
faisions la faveur de les gratifier d'un marché com-
mercial [en Chine] ^ »
A la fin du même chapitre relatif aux contrées
occidentales , après le récit des guerres de Tosurpa-
teur chinois Wang-mang I ^ avec les Hioung-nou,
peuple de race turque, et les peuples voisins, nous
trouvons encore le nom du Ki-pin dans le passage
suivant : « Après la mort de Wangmang l'autorité du
gouverneur général Li-tchoung était perdue, aussi
son pouvoir était-il grandement diminué dans les
contrées occidentales. En résumé, depuis les chefs
interprètes, les magistrats des villes, les nobles, les
gouverneurs, les magistrats, les ta-lou, les chefs des
cent, les chefs des mille, les tou-weï, les tang-hou,
les tsie-k'iu , les généraux et les ministres jusqu'aux
marquis et rois, tous ceux qui, dans les cinquante
royaumes, portaient le sceau de l'investiture de la
Chine, étaient au nombre de 3 7 6. Le Kang-kia (Sog-
diane) Jil ^ , les grands Yué-tchi, les An-si (Arsa-
cides), le Ki-pin, le Ou-i ,|^ -^ (Arachosie) étaient
unis 2 à la Chine. A cause de leur grand éloignement,
ils n'étaient pas compris dans ce nombre. Aussi,
lorsqu'ils venaient avec des tributs , on leur donnait
^ Lieu cité. Wylie traduit cette phrase ainsi : « To this Wang Fiing
rcpiicd : a According to your words , it is certainly profitable to Ke-
« pin if we grant them a market for thcir commerce; whiie they only
«send an envoy once in several years» (p. 38).
* Le texte a J^ chou; traduit habituellement par t sujet su-
bordonné , tributaire » ; il a le sens aussi de « parent , allié » et de
«s^attacher à, uni, en communication». Voir Dict. chijiois'français
du P. Couvreur.
LES INDOSCYTHES. 165
par réciprocité des cadeaux; mais ils n'étaient pas
inscrits sous le contrôle du gouverneur générale »
Pan-kou termine son chapitre sur les contrées
occidentales en faisant remarquer que plusieurs petits
Etats, comme Chen-chen, Kin-sse (pays du Nord),
étaient sous la domination des Hioung-nou : « Mais
les grands Etats comme So-Kin (Yarkand) Yu-
thien (Khotan) étaient sous la domination des Chi-
nois; ils envoyaient souvent des ambassadeurs dans
ce pays ; ils se constituèrent comme otages des Han
et ils demandèrent à être sous la dépendance du
gouverneur général^. »
On voit par là que les communications de la Chine
avec le Ki-pin et les pays voisins n étaient pas inter-
rompues à la fin de la dynastie des Han, puisque
ceux-ci exerçaient leur domination sous le Khotan
et sur Yarkand.
Dans le passage que nous avons traduit plus haut,
le Ki-pin est mentionné entre les An-si(Arsacides),
et les Ou-i (Arachosie); la place qui est donnée à ce
pays naontre bien qu'il n était pas encore conquis
par les grands Yué-tchi. Si le Ki-pin avait été sous la
dépendance de ces derniers, l'histoire des premiers
Han n'aurait pas manqué de nous l'indiquer, comme
le fait le Compendiam des fVeï à une époque posté-
' Ts'ien-Han-chou, liv, XGVI, part. II p. i5r'. Wyiie, Heu
cité, t. XI, p. 1 13.
^ Ts'ien-Han-chou , liv. XCVI, part. Il p. 16 r". Wylie, lieu
cité, t. XI, p. 1 15.
106 JUILLET-AOÛT 1897.
rieure, celle des Trois royaumes [121 à 264 de Jésus-
Christ).
Cet ouvrage , en parlant des An-si ( Arsaoides) et des
Ou-i, nous dit: « Ces royaumes, depuis leur origine,
n avaient ni augmenté, ni diminué»; tandis qu'il
s'exprime ainsi sur le compte du Ki-pin : « Ils sont
sous la domination des grands Yué-tchi^ » Par con-
séquent, si Kanichka avait gouverné le Ki^pin avant
notre ère , comme Tavance M. Lévi , sans aucun doute
rhistoire des premiers Han n aurait pas manqué de
relater ce fait essentiel , puisqu'elle mentionne à trois
ou quatre reprises les rapports qui ont existé entre
la Chine et le Ki-pin pendant l'espace de cinquante
ans environ. Les relations entre ces deux pays étaient
donc assez constantes pour permettre atu historiens
chinois de connaître les grands événements qui ont
pu survenir sous la dynastie des premiers Han.
II
Dans la Nnmismatic Chronicle (1889, 3* part.)
M. Cunningham, s'appuyant sur un texte du Pien-
i'tien , traduit par M. Pauthier, avançait que l'Inde
avait été conquise par les Yuë-tchi avant notre ère^.
Dans le numéro de mars-avril 1 890 du Journal asia-
tique y je faisais remarquer que le texte du Pien-i-tien
était fautif et qu'il fallait lire i$, cheou «donner»,
^ Le Compendium des Weï dans le San-koue'tchi , 1. 3o, fol. 3o
et suiv.
* Numismatic Chronicle, 1889, 3' part. , p. 270.
LES INDO-SCYTHES. 167
au lieu de 5, cheou « recevoir ». Ce mot change
du tout au tout le sens général : Tenvoyé des grands
Yué-tchi, au lieu de rémettre un livre bouddhique à
un Chinois , le reçoit d'im Indien. J'en concluais que ,
puisqu'il avait reçu un ouvrage bouddhique, cest
qu'il avait été dans Tlnde, non dans la Chine. Ce
point acquis, si d autre part les monnaies et les in-
scriptions indo-Scythes concordent avec ce renseigne^
ment, 1 époque de la conquête de llnde par les Yué-
tchi pourrait être fixée après notre ère.
Naturellement, M.Lévi, pour appuyer sa thèse
d'après laquelle Kanichka a dû régner dans la seconde
partie du 1*^ siècle av. J.-C. , fait tous ses efforts pour
infirmer une traduction qui le gêne.
Nous allons le suivre pas à pas, et nous montre-
rons que ce passage ne peut avoir une autre inter-
prétation que celle que nous avqns dpnnée.
Le texte en question nous vient de deux sources :
1° Du Compendium des fVeî, composé par In-
houan; un long passage de cet ouvrage concernant
les pays étrangers a été reproduit dans le San-koue-
tchi (liv. XXX, fol. 29);
2*^ Du Toang-tien (liv. CLXXXXIH, fol. 8) de
T'ou-yeou, auteur du commencement du ix* siècle.
D après les nombreuses variantes qui existent entre
ces deux ouvrages, Tou-yeou n'a pas dû copier le
Compendiam des Weï; de plus , il ne le cite pas parmi
les livres qu'il a consultés pour ses notices des peuples
occidentaux.
Cette double relation concernant l'Inde mentionne
168 JUILLET-AOÛT 1897.
la naissance du Bouddha , donne le nom de son père
et de sa mère; puis elle constate dans Tlnde Texis-
tence d'un saint homme appelé Cha-liu-si^ (Çaripu-
tra), parle de l'ambassade du roi des grands Yué-tchi
reçue par King-lou. Viennent ensuite les noms des
disciples du Bouddha, à commencer par TJpâsaka,
Çramana, etc. La notice fait remarquer en ter-
minant que Lao-tseu est venu enseigner dans Tlnde.
La phrase en discussion est : Han aî-tiyoaan tcheoa
youan nian; Po-sse ti-tsea king-loa cheou ta yaé-tchi
Wang sse l-ts*an-keou cheoa fou-thoa king; youefou li
tche khi jin ye. Nous lavons traduite ainsi : « La
première des années Youan-tcheou de Aï-ti des Han
(deux ans avant notre ère), King-lou, disciple de ce
docteur (Çariputra), reçut du roi des grands Yué-
tchi un envoyé nommé I-t'sun-keou , et lui donna un
livre bouddhique qui disait : «(Dans ce royaume),
(( celui qui sera élevé de nouveau (sur le trône) , c'est
« cet homme ^.»
^ Ce nom est transcrit Jlp ^ ^ cha-liu-si, il est rendu ie plus
souvent par '^ ^j ^ che-li-fo, Fo abrégé de fo-to-lo transcription
de putra. Le caractère si veut dire autrefois, et sert de phonétique
dans un grand nombre de noms propres, (voir Bretschneider,
Notices of the Med, geog, and Hist, of, central and Western Asia
p. 78, 93, 1O6, etc.), à moins qu'il faille lire ^ pou (putra) :
la ressemblance entre ces deux caractères peut avoir induit en
erreur le copiste. On trouve une fois dans le Lotus de la bonne loi
(p. 38] Çârisula pour Çariputra, Si au lieu de cha-liu-si nous
avions cha-liu, cette expression signiGerait en sanscrit parîra^ re-
liifue ou Çâri , ie nom de la mère de Çariputra.
* Voir le texte de ce passage et les variantes du T*oung-lien dans
nos Etudes sur l'Asie centrale, p. 39.
LES INDOSCYTHES. 169
M. Lévi prétend qu il faut traduire : « La pre-
mière des années Youan-tcheou de Aï-ti des Han
(deux ans avant notre ère), King-lou, élève titulaire
du collège impérial, reçut un envoyé du roi des
grands Yué-tchi; il conserva, les ayant reçus orale-
ment, des textes bouddhiques. Quand on parle du
second fondateur, c'est cet homme. »
Examinons d abord la dernière phrase. M. Lévi
donne au mot fou la valeur de « second » qu'il n a
pas; cette expression signifie «revenir, retourner à,
renouveler, réitérer, de nouveau ». M. Lévi aurait-il
confondu le caractère ^ fou avec ^ heou qui lui
ressemble beaucoup et qui signifie « après , ensuite ,
postérieur, successeur», de là « second «? Quant au
mot jî; li, qui a le sens dVêtre debout, demeurer
debout, établir, fonder », il s'emploie le plus souvent
avec lacception d'« élever un roi au trône » , ni les
King, d'après les index de M. Legge, ni le Saint Édit
ne donnent à ce mot le sens de fondateur^.
La phrase traduite de cette manière : « Quand on
parle du second fondateur c'est cet homme » n'a
aucun sens ; aussi M. Lévi est-il forcé de proposer
trois interprétations différentes. La première, c'est
que « cet homme » désigne King-lou, « Cette indica-
tion, ajoute M. Lévi (p. 16), justifie l'insertion de
l'épisode dans la notice du Compendium des fVeî sur
le Bouddha. Le Bouddha est le premier fondateur
de la religion ; King-lou qui l'a introduite en Chine
est le second ».
* Dans tous les passages li est un verbe.
170 JUILLET-AOÛT 1897.
Si King-loa avait été regardé comme le second
fondateur du bouddhisme comme ayant introduit
en Chine cette religion, tous les auteurs ne seraient
pas unanimes à dire que 1 empereur Ming-ti a été le
premier à établir le bouddhisme dans le Céleste
Empire en 67 de potre ère. Ce souverain fit venir
des moines indiens, lesquels portèrent des livi'es
bouddhiques, etc. Du reste, le nom de King-iou ne
nous est parvenu quaveo de fortes variantes. On
nous donne ce prétendu fonctionnaire chinois comme
le second fondateur du bouddhisme, et ses conci-
toyens l'ont oublié au point de n être pas d'accord
sur la prononciation de son nom \
Dailleurs le bouddhisme étant florissant dans
rinde sou§ Açoka , vers îî58 av. J,-C, , rien d'étonnant
que cette religion ait été connue en Chine avant notre
ère. Aussi certains écrivains chinois bouddhistes font-
ils remonter la première tentative de prédication
sous Chi-Houang-ti {2% 1 av. J.-C), « Les cha-men
(çramanas) Chi-li-fang (# ^ Kf) et autres, dix-
huit sages, furent envoyés pour aller convertir [la
Chine], Lempereur Chi-^Houang ne les approuva
pafi et fit mettre en prison Chi-li-fang et ses compa-
gnons. Pendant la nuit, six Vadjrapâ9is( génies avec
une massue de diamant) vinrent briser les portes et
firent sortir les prisonniers. L'empereur fut effi-ayé,
* Le Compendium des Wéi et le Taî-ping l'appellent JJ^ ^ King-
lon; le Toung-tien ^ -^ |]^ Thsin-king-kouan; le Toung-cki ^
King-ni,
LES INDO-SCYTHES. 171
il se prosterna et se repentit ^ » La chronologie boud-
dhique du Fo-tsou-tong-ki rapporte que la deuxième
année de la période Hong-kia (19 ans av. J.-C),
« Lieou-^hiang du titre de Kouang-lo-ta-fou, étant oc-
cupé à revoir des textes dans le cabinet impérial
Tbien-lo-ko, y vit plusieurs fois des livres de Fo,
(livres bouddhiques)^. » La chronique du Li-tai-san-
pao-ki mentionne que le même Lieou-hiang dit
dans sea mémoires : « Soixante et quatorze personnes
virent les livres deFo^. »
Ces relations prouvent bien que les Chinois n ont
pu donner à notre King-lou la qualité de second fon-
dateur du bouddhisme. Le simple fait d'avoir reçu
un livre bouddhique ne serait pas suffisant pour jus-
tifier un pareil titre. Il faut donc abandonner lopinion
de M. Lévi comme contraire à la vérité historique.
La deuxième interprétation de M. Lévi est que le
second fondateur serait Çàriputra. L'auteur chinois
parle de ce saint homme dans la phrase précédente;
s'il avait voulu lui attribuer cet honneur, il n'aurait
|)as scindé en deux sa pensée , il aurait certainement
écrit : « Il y avait un saint homme nommé Çàripu-
tra; quand on parie du second fondateur, c'est cet
homme, v
Cet homme ne peut donc se rapporter qu au der-
nier personnage cité , et non pas à Çâriputia.
* Li-tai'ian'pao-ki , préface du livre I, imprim(^. dans le Tc-tsang-
King, boîte 35, faac, 6, fol. 10 r°,
' Traductiop manuscrite de Stanislas Julien , n" 2 1 des papiers
de Stanislas Julien.
» Lieu cité, fol. 16 r".
172 JUILLET-AOÛT 1897.
La troisième interprétation est suggérée à M. Lévi
par un passage trouvé par M. Chavannes dans le Pai-
hai; je copie textuellement la note de M. Lévi (p. i -y).
«L'ouvrage mentionne le voyage de Laotseu dans
rinde où il devint le Bouddha. Il y a des livres de la
discipline [Idai, vinaya) en neuf myriades de sections;
c'est là précisément les sûtras de seconde institution
des grands Yué-tchi que les Han [Chinois) ont reçus,
La légende si répandue et rappelée dans ce passage ,
qui fait reparaître Lao-tseu dans l'Inde sous le nom
de Bouddha, permettait de classer les sûtras boud-
dhiques comme la seconde institution du philosophe
chinois qui avait donné comme sa première insti-
tution le Tao-te-king. LHterum institutor et Yaltera
institutio se rapporteraient au Bouddha lui-même con-
sidéré comme la métamorphose de Lao-tseu. »
La notice que nous examinons mentionne aussi
ie voyage de Lao-tseu dans VInde. Si lauteur chinois
avait voulu, dans la phrase en question, désigner
p?ur Texpression cet homme Lao-tseu< incarné en
Bouddha, il aurait, sans aucun doute, placé cette
phrase à côté du passage concernant Lao-tseu oii elle
viendrait naturellement. Gomment admettre que cet
homme désigne Lao-tseu dont il est parlé plus loin.
Nous devons nous en tenir à notre traduction; le
mot homme ne peut se rapporter qu'à l'ambassadeur
du roi des Yué-tchi , comme nous l'avons fait obser-
ver; il ne saurait désigner soit un prétendu employé
chinois, — ce serait contraire aux faits historiques;
soit Lao-tseu , soit Çâriputra , — ce serait contraire au
LES INDO. SCYTHES. 173
sens même du passage en question. Le mot jjr /idoit
avoir ici la signification habituelle « élever au trône ».
La traduction de M. Lévi est donc inacceptable,
ainsi que ses trois interprétations, d'ailleurs contra-
dictoires entre elles.
La seconde observation de M. Lévi porte sur le
mot l'ts'an-keou; il m'accuse d'avoir pris ces trois
syllabes pour un nom propre. Il propose de regarder
le mot ^ i comme un pronom démonstratif; ^ ts'an
signifierait « conserver », et P keoa devrait se réimir
avec cheoa S ; il donne à ces mots le sens de « rece-
voir oralement». Il traduit: « King-Iou reçut un en-
voyé du roi des grands Yué-tchi; il conserva les ayant
reçus oralement, les textes bouddhiques. »
L'expression keoa- cheoa P S «recevoir orale-
ment» ne se trouve ni dans le Pei-wen-yun-fou, ni
dansfOu-tch e-yun-chouei, deux des principaux dic-
tionnaires contenant les expressions composées de la
langue chinoise. Mais, par contre, on rencontre l'ex-
pression ts'un-keoa ^5F P . Le Pei-wen-yun-fou ^ donne
l'exemple suivant : «Ses oreilles entendirent et il
garda le silence, mais ce que les yeux virent, il le
grava dans son cœur. » Comme on le voit, le mot
P keoa « bouche » peut se rapporter en même temps
au mot précédent tsan pour signifier « garder le
silence» et au mot suivant cheou «recevoir» pour
exprimer « recevoir oralement ». Aussi, si l'auleur chi-
nois avait visé le sens que M. Lévi prête à ces mots ,
il aurait mis au lieu do ts'an ou bien de cheoa, un
» Liv. LV, fol. 68 r\
174 JUILLET-AOÛT 1897.
caractère synonyme pour qu'il n y eût pas de confu-
sion^ ; il faut donc considérer keou « bouche » comme
la dernière syllabe du nom de l'envoyé des Yué-tchi.
M. Lévi, ayant consulté M. Devéria, propose une
seconde interprétation de I'ts'nn*kêou. Ces deux sa-
vants ont considéré qu'il fallait réunir cheoa « rece-
voir » avec sse qui est séparé dans le texte par « le
roi des grands Yué-tchi » et donner à sse le sens de
mission, M. Devéria voit dans I-ts'un la transcription
de rUdyâna ou d'Ujjayinî (le royaume d'Oudjeïn
actuel), et M. Lévi traduit avec lui : fiXitig-lou fut
envoyé parle roi des grands Yué-tchi , [litt reçut du
roi des grands Yué^tohi mission) à l-ts*un » (p. 19).
M. Lévi ajoute : « Le fait rapporté nous ramène
encore vraisemblablement au temps de Kanichka.
Maître d'un domaine qui couvrait une partie de
rinde et de la Chine, il était loisible à ce prince,
et à ce prince seul, d'employer un fonctionnaire
chinois à une mission en pays indien. » 06 M. Lévi
a-t-il vu que Kanichka ait régné en Chine? A la dy-
nastie des premiers Han succéda celle des Han
orientaux. Ils étaient assez forts pour prendre le
pouvoir et n'auraient pas laissé un prince étranger
gouverner leur pays. De plus, dans la seconde
moitié du i** siècle avant notre ère , les Chinois pou-
^ M. Lévi n'adopte pas la variante fj^ cheou t donner»; on
trouve dans les dictionnaires chinois- P ^ keou cheon, au sens
de donner oralement. Gomme Keou est toujours précédé de ts'un
cgàhier», il faut réunir keou aux deux caractères précédents pour
les mêmes raisons que nous avons exposées plus haut.
LES INDO SCYTHES. 175
vaient imposer au Ki-pin un prince de leur choix
comme nous Tavons vu plus haut. M. Lévi a donc
oublié les contes qu'il a traduits dans la première
partie de son travail , où il est dit que trois des quatre
régions du monde étaient en paix; seule la région
orientale n était pas venue se soumettre à Kanichka^.
En effet, ce pays, où Ton ne peut pénétrer qu en
traversant les monts Tsong-ling, ne peut être que la
Chine ; la Chine n'était donc pas soumise à Kanichka ,
et ce roi ne pouvait alors avoir comme sujet im
Chinois.
Si on considère I-ts'un comme la transcription
d'un nom de ce payB^ la phrase : keou-cheou fou-
thon - king , « recevx)ir oralement les livres boud-
dhiques», subsiste toujours; seulement M. Lévi et
M. Devéria oublient de nous dire de qui King-ldu
aurait reçu les livrés bouddhiques.
I-ts'un né pçut donc être pris comme un nom de
pays. Quant à nous, nous préférons nous rapporter
à Rémusat^ et regarder J-f y tt/i-fe^oa comme la tran-
scription du nom de ^ambassadeur du roi des
grands Yué-tchi.
M. Lévi conteste que les syllabes 1-ts'an-keoa
puissent représenter le nom indien Uchka , nom porté
par le premier des deux rois Tourouchka (ou Kou-
chans) qui auraient précédé Kanichka selon la Râd-
jataranginî (histoire des rois du Kachmir) : « Les
règles ordinaires de transcription , dit-il (page 1 5 ) , et
^ Journal asiatique, novembre-décembre 1896, p, 473.
* Fo-koue-ki, p. 4i.
176 JUILLET-AOÛT 1897.
Tusage de la langue s'opposent radicalement à cette
interprétation. M. Specht admet que le caractère i
représente ici , par exception , le son ou , mais en fait
ce caractère est afifecté à la transcription de ïi san-
scrit. » Si M. Lévi avait examiné de plus près les
textes quil discute, il aurait vu que tout de suite
après la phrase : C'est cet ïiomme , le mot Upâsaka
est rendu par I-po-se, ^ ^^^- Comment M. Lévi
peut-il admettre que le même auteur, à seize carac-
tères d'intervalle puisse donner au même homophone
la valeur de i pour le premier mot, et de ou pour
le second mot?
Quant à lobservation de M. Lévi que le second
caractère ^5F, ts'an, ne peut représenter la spirante
gutturale très forte exprimée dans les légendes
grecques des monnaies par le signe spécial !> et en
sanscrit par la sifflante cérébrale, nous trouvons
dans la transcription du nom de Kanichka deux ca-
ractères différents pour rendre ce même son: ê se
dans le voyage de Hiouen-thsang: Pê, te/i'a, dans
les contes traduits par M. Lévi. Ces deux sons n appar-
tiennent pas à la même classe; d après les tableaux
phonétiques du Dictionnaire de K'ang-hi.ïe premier
est une sifflante cérébrale , le second est une palatale
sourde^. Mais ces transcriptions chinoises ont dû être
influencées par des graphies sanscrites. Lorsque les
Chinois entendirent prononcer directement le nom
d'Uchktt, et qu'ils voulurent rendre ce son spécial
' T'oung-tien, liv. CXCIU, foL 8 v^ 1. 6.
« Chapitre ^ h| : i" a* part., foL 6; a" i" part., fol. 7 \\
LES INDO-iBCYTHES. J77
dune langue tartare, ils se sont tout naturellement
servi du caractère ^, ts'an, sifflante dure aspirée
selon les tableaux du Dictionnaire de K'ang-hiK
Le caractère P , /reott, représente ka de Uchka,
M. Lévi Tavoue, mais il ajoute (page 1 5) : « Si keoa
représente ka , c'est , par une exception caractéristique ,
dans le nom seul de Kanaka-mani.ii II ne s'ensuit
pas que, si ce signe n'a pas été ordinairement em-
ployé en Chine par les moines bouddhiques dans
leurs traductions du sanscrit, il n'était pas usité par
les voyageurs chinois pour rendre un son d'une
langue étrangère. M. Watters*^ le mentionne comme
servant à représenter la première syllabe de P P§
Ka-tags « écharpe de félicité» des Tibétains. Rien
donc n'empêche de rendre l'isan-keoa par Uchka.
La troisième observation de M. Lévi porte sur la
nationalité de Kîng-lou : «C'est, dit-il (p. 18), un
Chinois; sou nom le décèle, son titre le garantit. 11
est qualifié de po-sse ti-tsea; Pauthier traduit littéra-
lement : disciple d'un savant lettré. Mais c/tj titre
n'est point vague , comme la traduction semble l'im-
pliquer. Les pO'Sse ti-tsea sont les élèves titulaires du
collège impérial fondé sous Ou-ti des premiers Ha n,
en 12 4 avant l'ère chrétienne. »
11 est vrai qu'il y a des fonctionnaires chinois
chargés d'interpréter les textes des King nommés
po-sse, mais cette institution remonte bien plus haut
que M. Lévi ne l'indique. On rapporte que le fameux
* Ibid., 1" part., fol. i6 r°, comp., 2* pai't., fol. ao.
* Essays on the Chinese laiiguage, p. 377.
X. 12
iMr>t4«i.U>h kAit^. I.ik.
178 JUaiiET-AOÛT 1897.
empereur duTsin, Chirhouang-ti, celui qui fit brûiei*
les livres canoniques, après avoir visité plusieui*s
provinces de $on vaste empire en a 1 3 avant Jésus-
Christ, donna un festin où il invita les grands de sa
cour et 70 po-sse* Un des ministres ayant fait un éloge
pompeux de Tempereur, un des po-sse répondit en
jetant un certain blâme sur la conduite politique
du souverain , citant comme modèle les anciens mo-
narques. L empereur, sur le comeil de Lisse, rendit
alors le fameux édit qui ordonnsût de brûler tous les
livres canoniques ^ G est encore un po-sse, ce fa-
meux vieillard Foa-cheng qui nous 9^ oonservé le
Choa-King^. Les Chinois non seulement emploient
le nom de passe qui signifie « docteur, professeur
d un collège » littéralement • maître m va9tQ soevair ^ ,
pour désigner une certaine ciaase de leun fonction-
naires , mais ils rappliquent de même k toute par*
sonne d une grande science même en debor» dki la
Chine. Voici , par exemple , un pa«s«ge dQ b traduo-
tion, par I^sing dujVinaya des MvdaiaryàstiYftd&«',
où le titre de po-sse est donné préoiiément à un
Indien, à un brahmane maître de &00 élèvet«
<(Le vénérable Ânanda avait d aventure Qoopé
fraîchement ses cheveui^; revêtu de son manteau et
^ Voir Sse-ki, 1. VI, fol. 21, traduction de M. Chavaimes, t. II,
p. 169. Pauthier, Hist. et civilisation chinoises, Journal asiatùpu ,
6* série, t. X, p. 202.
^ Leggc, Tke Ckinese classics,i. 111^ Proiég,, p. )G. Biot, /iiflniç-
tion publujue en Chine, p. 90.
^ Kin-pen-choue-i-tsie-yeou-pou-pi-naî-ye-tsa-sse, dans le Tm^sa/iff-'
lnn(j, lyoïle 17, IW. 1, fol. 04 v\ (Nanjia u" «i2t«)
LES INDO-SCYTHES. 179
tenant un vase pour recevoir les aumônes, de grand
matin il entra dans la ville afin de ' mendier, et
marcha juscpi'à une rue où habitait un brahmane.
Celui-ci était un maître de grande science ( ;^ ^ :t
Ta-hio-sse); il demeurait dans une salle haute,
spacieuse et bien éclairée; il donnait renseignement
à cinq cents fils de brahmanes; ii leur apprenait
les traités des quatre sciences. Ce docteur ( t| -j;
pchsse) était orgueilleux, hautain, et n observait au-
cune convenance; il avait un sentiment de haine
et de mépris pour les hommes. En voyant le véné-
rable Ânanda , il demanda à un de ses disciples ( ^
_ A
■^ ti-t^a) : « Etes- vous capable de passer la main
sur la tête de ce clia-men {çramana) ? » Celui-ci lui ré-
pondit : « J'en suis capable. »
Nous pouvons donc conclure de là que la déno-
mination de pa-sse U-tsm donnée à King-lou n'im-
plique pas nécessairement qu'il soit un fonctionnaire
chinois; et King-lou, Indien, disciple de Çariputra,
peut à ce titre recevoir la dénomination de po-sse ti-
tsea t disciple du docteur » , ainsi que le sens géné-
ral de la phrase l'indique.
M. Lévi fait mention du voyage , chez les Yué-tchi ,
d'im certain King-hien , qui rapporta des livres boud-
dhiques. Ce fait se trouve consigné dans trois ou-
vrages ^ ; le voyageur chinois y est toujours nommé
^ i' Chi'kia^fang - tchi ( Nanjio n" 1^70, composé en 65o ) , dans
le Ta-tsang-ki, boîte 35, fasc. i; 2" Farjouen-tckon-lin (Nanjio
n" 1482, composé en 668), dans le ra-fiari^-/îi, boîte 36, fasc. 5;
3° Li-tai-tan-pao^i (Nanjio n** i5o4, composé en 697), Ta-Uang-hi ,
boîte 35, fasc 6, fol. 16 r^
12
180 JUILLET-AOÛT 1897.
de même ^ Aucun auteur ne lui donne le titre de
po-sse ti-tsea. Deux des chroniques disent : « Etant
allé dans le royaume des Yué-tchi » ; la troisième :
« fut envoyé au royaume des grands Yué-tchi ». On
peut donc considérer comme deux faits distincts qu il
ne faut pas confondre : i** le voyage de King-hien
allant dans le royaume des grands Yué-tchi et en rap-
portant en Chine des ouvrages bouddhiques; 2° la
réception faite dans Tlnde, par un disciple de Çari-
putra, de lambassadeur des grands Yué-tchi, auquel
il souhaita la bienvenue en lui disant : « Le Bouddha
a annoncé que vous serez souverain de ce pays. » Ce
fait n est-il pas confirmé par Thistoire de Tlnde ?
M. Lévi nous apprend lui-même (page 17) que
« Çâriputra avait une grande réputation comme type
idéal des Adhidharmistes. Le concile de Kanichka
semble avoir marqué le triomphe de cette école ».
Aussi n y-a-il rien d'étonnant si les Adhidharmistes se
vantaient d'être les premiers qui avaient reconnu , dans
rinde, la grandeur des nouveaux maîtres; cette tra-
dition s'était conservée parmi eux et arriva jusqu'en
Chine. On voit par ces quelques considérations que
la traduction de M. Lévi ne saurait être acceptée.
En résumé :
King-ha doit être un Indien , parce que son nom
nous est arrivé avec beaucoup de variantes ; si c'était
un Chinois , ses concitoyens auraient conservé intacte
la prononciation de son nom;
^ Tandis que pour King-lou sur quatre ouvrages, nous avons
trois lectures différentes; voir jjIus haut, p. 170, note.
LES INDO-SCYTIIKS. 181
Po-sse ti-tseu ne doit pas être interprété par « élève
titulaire du Collège impérial»; cette expression si-
gnifie ici « élève du docteur », comme le certifie la
traduction du Vinaya;
1-ts'an-keoa ne peut signifier « conserva (les ou-
vrages), les ayant reçus oralement». Cette interpré-
tation serait contraire au lexique chinois. D'autre part
considérer I-ts'un comme le nom d un pays rendrait
inexplicable le reste de la phrase. Par suite, I-tsun-
keou ne peut être que la transcription du nom de
l'ambassadeur du roi des grands Yué-tchi; et je per-
siste à croire que la fi)rme originale de ce nom de-
vait être Uchka.
La dernière phrasé ne peut se rapporter qu'à
l'ambassadeur I-tsan-keou; « cet homme » ne peut
désigner que lui seul, et les trois interprétations di-
vergentes successivement proposées par M. Lévi ne
peuvent, comme nous l'avons vu, se soutenir.
Nous pouvons donc conclure que la traduction,
telle que nous l'avons publiée dans notre précédent
mémoire, est littéralement exacte.
III
Il nous reste à examiner la relation concernant les
grands Yué-tchi, contenue dans l'Histoire des seconds
Han. Miiis, au préalable, la question suivante se pose
devant nous : les faits rapportés par l'Histoire des
seconds Han au sujet des Yué-tchi ont-ils été connus
182 JUILLET-AOÛT J897.
de Pan-kou, historien des premiers Han? Dans ce cas
on pourra induire de son silence que, s*il na pas
mentionné ces faits, c est qu'ils ne se sont pas passés
sous la dynastie dont il écrivait Thistoire.
Pan-kou, mort en exil en Tan 92 de J.-C, n'avait
achevé qu'en partie sa fameuse Histoire des premiers
Han; sa sœur, femme d'un grand talent littéraire,
continua l'ouvrage de son frère et rédigea les tables
chronologiques et la partie concernant l'astronomie.
Mais le chapitre sur les contrées occidentales a été
entièrement écrit de la main de Pan-kou. L'historien
l'avait terminé et il avait relaté les événements jusqu*à
la fin de la dynastie des premiers Han {ili après
J.-C), comme le montrent les dates qui sont citées
dans ce chapitre ^
La position élevée de Pan-kou lui permettait
d'obtenir beaucoup de renseignements. De plus,
Pan-kou visita en personne les contrées occidentales
et accompagna le célèbre général Teou-hien en 89
jusqu'à la montagne Yen-jen (aujourd'hui les monts
Khanggai ). Arrivé à ces contrées lointaines , le général
lui dit de faire graver sur une pierre la relation des
succès qu'il avait rapportés sur les Tarlares, et de
placer ce monument sur la montagne afin qu'il at-
testât la victoire de la Chine 2.
Pan-tchao, frère de Pan-kou, avait été nommé
(en 83 de J.-C.) gouverneur des contrées occiden-
* Voir la traduction de M. Wylie» lien cité,
* Kang-mou, l. X, fol. 2\ r°, IfisL de la Chine, par le P. Mailla ,
t. Ilf, p. 391.
LES INDO-SCYTHES. 183
tades [Si-yny» Ce vaillant gouverneur eut à se défendre
contre les armées des Yué-tchi , et il a dû* très pro-
bablement très bien renseigner son frère sur les
événements de cette période. Nous pouvons donc
considérer que les faits dont il va être maintenant
question, n*étant.pas mentionnés par Pan-kou dans
son histoire, nont pas eu lieu sous la dynastie des
premiers Han.
Voici ces faits :
L*histoire des seconds Han nous parle du règne
de Kieou-tsieou-khio , roi des Yué-tchi, qui vécut
quatre-vingts ans. Ce prince subjugua les quatre au-
tres principautés des Yué-tchi, s'empara du terri-
toire de Kao-fou, détruisit Po-ta et le Ki-pin^.
Les Chinois ne nous disent p^s , il est vrai , exacte-
ment à quelle date se sont passés ces événements.
Nous avons vu que le Ki-pin était encore libre à la
fin de la dynastie des premiers Han (en a 4 de notre
ère). Il faut donc placer la conquête du Ki-pin et le
règne de Kieou-tsieou-khio sous la dynastie des se-
conds Han, qui dura de 25 à 2 20 notre ère.
M, Cunningham a identifié le roi des Yaé*tchi
Kieoii4sieou-khio avec Kajala Kadphises, dont on trouve
le nom sur les monnaies indo-scythes. Il place le
règne de Kujula Kadphizes de i o ans avant notre ère
à 35 ans après. Mais Tidentification du nom chinois
» Hêon-Han-chou, ï. LXXVÎl, fol. 7 r«.
* Voir la traduction de ce passage dans mon précédent Mémoire»
p. 8. (Journal asiatique, 8* série, t. II, p. 5 s 5.)
184 JUILLET-AOÛT 1897.
Kieou-lsieou-khio avec Kiijula Kadphises sbufève de
fortes objections.
Selon les historiens chinois, Yen-kao-tching-tai ,
fils de Kieou-tsieou-khio , succéda à son père et
conquit Tlnde. Cunningham identifie Yen-kao-tching-
tai avec PVema Kadphises, selon lui prédécesseur im-
médiat de Kahichka^; mais là aussi il est difficile
de faire concorder le nom donné par les Chinois
avec les inscriptions des monnaies.
Les historiens chinois ne connaissent pas le nom
(le Kanichka; il n y a que dans les ouvrages traduits
du sanscrit ou écrits par des Chinois bouddhistes
qu'apparaît le nom de Kanichka.
Voici les passages de Thistoire des seconds Han
dans lesquels on peut voir une allusion à ce prince
si célèbre parmi les Bouddhistes :
La première année Youe-ho (84 de J.-C.) Pan-
tchao (le gouverneur chinois, frère de l'historien Pan-
kou, dont j ai parié plus haut) « avec les armées du
royaume de Sou-le (Kâschghar) et du Yu-thien
(Khotan) alla attaquer le So-kîu ( Yarkand). [Le prince
de] So-kiu dépêcha secrètement un ambassadeur à
Tchong ^ \ roi de Sou-le. Ce dernier, séduit par les-
poir de grands avantages, se' mit d'accord avec les
rebellés, et les suivit dans l'Occident pour défendre
^ M. Cunningham place les rois Kouchans dans l'ordre suivant :
1° Kujula Kadphises; 2° Wema Kadphises; 2° Kanichka (iVamûm.
chron., 3' série, vol. IX, p. 275).
M. Percy Gardner donne là chronologie suivante : i" Kad-
phises l*"* ( Kujula Kadphises ) ; 2° Kadaphes ; 3° Kadphises H ( Wema
Kadphises); 4° Kanichka [lieu cité, p. 122, i23, 124 et l'agi.
LES INDO-SCYTHES. 185
•
la ville d'Ou-tsi. Pan-tchan destitua Tchong et éta-
blit le sous-gouverneur [foa tch'ing) Tchlng-ta jj^ ^
comme roi de Sou-le (Kâschghar). Ils partirent
tous avec les soldats restés fidèles pour combattre
Tchong. Ces événements se passaient vers le milieu
de Tannée. Les Kang[-kiu (Sogdiane) expédièrent
une troupe d'élite pour secourir Tchong. Pan-tchao
ne put empêcher [cette jonction]. Comme à cette
époqxie venait d'avoir lieu récemment un mariage
entre les familles souveraines des Yué-tchi et des
Kahg-kiu et que ces pays se trouvaient ainsi alliés ,
Pan-tchao envoya au roi des Yué-tchi des ambassa-
deurs qui lui offrirent des. objets en soie brodée, en
lui donnant à entendre qu'il ferait bien d'informer
[de cette démarche] le roi du Kang-kiu. Ce dernier
cessa aussitôt la guerre, retourna dans son royaume,
emmenant avec lui Tchong. La ville 0u-tsi se soumit
alors à Pari-te/iao^. »
Ce passage semble bien indiquer que ce roi des
Yué-tchi, qu'il ne nomme pas, et qui était allié dés
Kang-kiu était un roi très puissant. La Chine vint
même implorer la protection de ce roi pour termi-
ner une guerre qui pouvait lui être funeste.
Quelques années plus tard : « Lés Yué-tchi ayant
aidé les Han dans l'attaque contre les Kiu-sse Ifi
gif; cette attaque fut couronnée de succès^. Cette
* Heou-Han-chou , 1. LXXVII, f. 7 v°. M. Lévi signale ce pas-
sage, comment peut-il y voir «la soumission des Yué-tchi" à Pan-
tchao » ?
- Cette phrase se rapporte probablement à l'époque où' les Yué-
tchi habitaient au sud do Tbien-chan au 11* siècle avant notre
180 JUÎLLET-AOÛT 1897.
année [les Yué-tchî] voulurent offrir (à l'empereur
de Chine) des objets précieux, un fou-pa [licorne)^
un lion , et demandèrent en mariage une princesse des
Han. Pan-tchao arrêta Tambassadeur et le renvoya.
[Les Yué-tchi] en conçurent un grand ressentiment.
La deuxième année Yornig^youen (90 de J.-G.]« les
Yué-tchi envoyèrent le vice^roi Sie ^ , qui comman^
dait une armée de 70,000 [hommes] pour attaquer
Pan-tchao. [Les soldats] de ce dernier étaient peu
nombreux, aussi étaient-ils très anxieux; Pan-tchao
fit l'observation suivante aux chefs de son corps d'ar-
mée : «Quoique larmée des Yué-tchi soit nom*
breuse, après qu'ils auront fait plusieurs mille (i,
et traversé les monts Tsong-ling, lorsqu'ils arrive-
ront, ils seront épuisés et ne seront pas capables de
se battre. Est-ce digne de s'inquiéter ainsi P Seule-
ment il faut réunir toutes les cérédes et les mettre
en sûreté. La famine les réduira à la dernière extré-
mité. [Ils seront forcés de] se rendre avant qu'il ne
s'écoule plusieurs dizaines de jours. Vous pouvex en
être certains. » — Le vice-roi Sie pénétra dans ces
contrées , s'avança et attaqua. Pan-tchao qu'il ne put
vaincre. [Les Yué-tchî] se livrèrent au pillage « mais
ne trouvèrent rien [en fait de subsistance]* Les
vivres, comme Pan-tchao l'avait prévu, étaient sur
le point d'être épuisés. Le vice^roi SUf dut néoessai'
ère (voir notre précédent Mémoire, p. 6). Les Kiii>«iê étâieni un
peuple très puissant; ils occupaient Ouroumtsi et Tourfan ; il est peu
vraisemblable que les Yué-tchi aient envoyé sous Tempereiir Ho-ti
(8g k 106 de J.*C.) des troupes jusqu'aux portes de la Chine..
LES INDO-SCYTHES. 187
rement demander des secours au Kieoa-tse H ^ (ie
Koutché actuel). Il envoya plusieurs centaines de
soldats aux frontières orientales pour chercher [des
vivres]. Le vice-roi Sie expédia aussi à cet effet des
cavaliers chaînés d offrir au ExeovAse de lor, de l'ar-
gent, des peiies et du jade, afin de les gagner par
ces présents. Pan-tchao mit en embuscade des sol*
dats qui arrêtèrent et attaquèrent les Yué-tchi à leur
passage. Ils les tuèrent tous, mais ils gardèrent le
chef des envoyés afin qu'il allât rapporter la chose
au vice-roi Sie. Celui-ci en fut consterné et aussitôt
il envoya des ambassadeurs demander pardon à
Pan-tchao, lui faisant dire qu'il désirait obtenir des
vivres pour s'en retourner dans son pays. Pan-tchao
les lui envoya et le laissa libre. Les Yué-tchi furent
grandement épouvantés de cet événement et chaque
année ils envoyèrent leurs tributs ^ »
Les Yué-tchi ne sont plus mentionnés qu'au com-
mencement -du règne de l'empereur Ngan-ti dans les
années 1 07 à 1 1 3 de notre ère dans le passage suivant
qui concerne le royaume de Sou-le (Kâschghar)
dont Tchong, l'allié des Kang-kiu (Sogdiane), avait
été souverain vers 84 de notre ère. « Dans les années
Young-tch'ou de Ngan-ti(de 1 07 à 1 1 3 de notre ère) ,
Ngan koue (^ g), roi de Soù-le {$ 1^> envoya son
oncle Tch'in-p'an g H , qui l'avait offensé , chez les
Yué-tchi. Le roi de ces derniers le prit en affection et
le traita avec bonté. Dans la suite Ngan-koue mourut
sans enfant. Sa mère, observant les lois du pays,
» Heon-Han-chon, 1. LXXVII. foi. 8 v^
188 JUFLLET-AOÛT 1897.
[de concert] avec les habitants, éleva au trône Ifoa
j|i:J9[' neveu dé Tch'ing-pan. Tchmg-p'an ayant
appris [cet événement] fit au roi des Yué-tchi cette
prière : « Ngan-koue n'avait pas d'enfant , les membres
«de sa famille étant peu nombreux, on a élevé au
« trône un parent de sa mère. Moi, certainement je
« suis l'oncle de I-fou, il est juste qxie je sois roi. »
Les Yué-tchi envoyèrent des troupes pour accom-
pagner Tch'in-p'an jusqu'à Sou-le. Les habitants
de ce pays étaient sincères, ils aimaient et respec-
taient Tch'in-p'an et, dans la crainte des Yué-tchi,
ils enlevèrent aussitôt de force l'investiture à I-fou
et allèrent aii-devant de Tch'in-p'an qu'ils consti-
tuèrent roi , et I-fou fut marquis de la ville P'an-kao
mm'-»
Ces renseignements présentent un rapport assez
frappant avec ceux que nous donne le célèbre voya-
geur chinois Hîoiien-thsang sur Kanihcka.
« Jadis Kia-ni-se-kia (Kanichka), roi de Kien-t'o-lo
(Gândhâra), faisait sentir sa force redoutable aux
royaumes voisins , et l'influence de ses lois se répandait
dans les pays lointains. H organisa son armée et éten-
dît ses domaines jusqu'à l'est des monts Tsong-ling.
Les princes' dépendants qui habitaient à l'ouest du
fleuve (Jaime), craignant la puissance de ses armes,
lui envoyaient des otages. Après les avoir reçus, Kia-
ni-se-kia (Kanichka) les traitait de la manière la plus
honorable, et ordonnait qu^à l'arrivée du froid on
^ Heott-Han-chou , 1. GXVIII, fol. i6. Ce passage, à ma connais-
sance, n'a encore été ni traduit, ni cité.
LES [NDO-SGYTHES. 189
les transportât dans un pays chaud, pour qu'ils y de-
meurassent pendant l'hiver. Les princes des divers
royaumes de l'Inde reviennent en été à Kia-pi-che
(Kapiça); au printemps et en automne, ils restent
dans le royaume de Kien-t'o-lo (Gândhara). C'est
pourquoi, dans chacun des lieux où les otages de-
meuraient pendant trois saisons , on a bâti un cou-
vent. Celui dont nous parlons avait été construit
pour la résidence d'été. C'est pourquoi, sur tous les
murs, on avait peint les portraits de ces otages, qui
par les traits de leur figure et par leurs vêtements
ressemblaient beaucoup à des hommes de l'Orient
(c'est-à-dire de la Chine). Dans la suite, lorsqu'ils
avaient obtenu la faculté de s'en retourner dans leur
patrie, ils conservaient dans leur cœur le souvenir
de leur ancienne résidence, et, quoiqu'ils en fussent
séparés par des montagnes et des rivières, ils ne ces-
saient point de l'honorera »
Nous ne nous arrêterons pas à l'objection de
M. Lévi au sujet du renvoi de l'ambassade des Yué-
tchi par Pan-tchao dont il a été question plus haut,
et de la malheureuse expédition des Yué-tchi, dans
laquelle ils perdirent une partie de leur année par
suite surtout des difficultés de la route et du manque
de vivres. Selon M. Lévi, « ce n'était pas Kanichka à
l'apogée de son règne, de sa puissance, qui souscri-
vait à une telle humiliation. » Mais, dans les contes
même que M. Lévi a traduits, ne voyons-nous pas
* Mémoires de Hiouen-tlisan(j , trad. de Stanislas Julien, t. I,
p. 42.
190 JUILLET-AOÛT 1897.
une réminiscence de ce fait ? Je lui emprunte sa tra-
duction :
« Dans le monde , trois des qxiatre régions étaient
en paix; seule la région orientale n était pas venue se
soumettre et demander protection. Aussitôt il (Ka-
nichka) équipa ime armée redoutable pour aller le
châtier. En avant il fit marcher les Hou (barbares)
et les éléphants blancs , comme tête de colonne et
conune guides. Le roi suivit et il conduisit derrière
son armée. Il voulut aller jusqu au Tsong-ling (Bo-
lor). Eln traversant les passes, ceux qui montaient
les éléphants et les chevaux ne purent plus avancer.
Le roi, fort surpris, s*adressa aux chevaux en ces
termes : « Bien des fois je vous ai montés pour sou-
« mettre des rebelles. Trois régions obéissent en
« paix. Pourquoi donc aujourd'hui ne voulez- vous
« pas poursuivre votre chemin?^ »
On peut donc admettre avec quelque apparence
de raison que vers lo^ de notre ère, date donnée
par le document chinois que j'ai traduit plus haut,
Kanichka , — si c est bien lui dont il est question ,
comme je le pense , — était souverain de lempire des
Kouchans. On a des inscriptions de Kanichka qui
portent les dates de 9 , 11, 1 8 et 28 ; si ces dates se
rapportent aux années du règne de ce prince, si le
Sakakâla, ère de Kanichka, commence en Tan 78 de
notre ère, les dates des inscriptions correspondent
aux années 87 à 106 de Jésus-Christ. La première
inscription connue d'Huvichka, successeur de Ka-
^ Journal asiati(fue , nov.-déc» 1896, t. VIII, p. 473.
LES INDO-SCYTHES. 191
nichka, porte ia date 33, qui, à ce compte, répon-
drait à l'année 1 1 1 de Jésus-Christ. Mais plusieurs
numismatistes ont conjecturé que ces dates devaient
se rapporter à Tère des Séleucides, avec suppression
du chiffre des centaines : il faudrait lire /rog;
/ni, etc. Ces savants s appuient principalement sur
la mention, dans les inscriptions indo-scythes, de
quatre mois du calendrier macédonien. Les dates
des inscriptions de Kanichka correspondraient alors
aux années 97 à 1 1 7 de notre ère K
Somme toute, les données des chroniques chi-
noises sont parfaitement oonciliables avec les conclu-
sions des arohéolc^es et des numismatistes, dans
les deux systèmes, soit qu on place Tavènementde Ka*
niebka en 70 après Jésus-Christ^ et celui de son suc-
cesseur Huviohka en 1 1 o , soit qu on place ces deux
faits respectivement en 7 S et 1 sic après Jésus-Xjhrist^.
L^époque du règne de Kanichka se déduit logique*
ment de tous les passages que nous avons extraits
des auteurs chinois, et qui se suivent dans un ordre
chronologique. La conclusion à tirer de là, cest
que, de toute façon, il nest pas possible de placer
avant notre ère Kanichka, qui était contemporain
de la dynastie des seconda Han (aS-^ao de J«-C«).
L'identification très hasardée, proposée par M. Lévi,
du nom de Vâsudeva avec celui de Misdeos serait-
^ Voir CttQniiigbiun » Sunttism^ chrou, ^ ^ série, voi« IX» p* 274.
* Date donnée par M. Drouin, Chronologie et numismatique des
rois indo'SCjthes , p. 33.
^ Dates données par M. Cunningham, Item dté, p. 276.
192 JUILLET-AOÛT 1897.
elle prouvée — et elle est loin de Têtre — qu elle
ne suflirait pas pour renverser toute une chrono-
logie qui repose, d'une part, sur les données des do-
cuments historiques des Chinois et les traditions
recueillies par leurs voyageurs dans l'Inde; d'autre
part, sur les monnaies, les inscriptions et les dé-
couvertes archéologiques. Ces données concordantes
se complètent l'une l'autre et forment une réunion
de faits qui, pris dans leur ensemble, nous apportent
l'assurance que le grand souverain dont l'empire
s'étendait sur la Bactriane et l'Inde vécut non pas,
comme le soutient M. Lévi, au f siècle av. J.-C,
mais bien à la fin du premier et au commencement
du n* siècle après J.-C. , époque généralement admise.
Un mot encore en terminant. On a pu remarquer
les réserves que nous avons faites sur l'identification
onomastique de Kieou-tsieou-khio avec Kujula Kad-
phises, et sur celle de Yen-kao-tching-tai avec Wema
Kadphises.
Il y a là une question à débattre que nous nous
proposons de reprendre dans un nouveau mémoire.
Mais, dès aujourd'hui, nous croyons pouvoir en indi-
quer une autre face. N'est-il pas étonnant que le nom
de Kanichka, comme nous l'avons dit, soit demeuré
tout à fait inconnu aux Chinois ? C'est ce qui m'a con-
duit à me demander, comme, du reste, se Test déjà
demandé également M. Wassilief, si dans le nom de
KieoU'tsieou-khio nous n'aurions pas une transcription
plus ou moins exacte du nom même de Kanichka,
dont l'empire s'étendait sur la Bactriane. Ce n'est là
LES INDO-SCYTHES. 193
certes qu'une hypothèse, qui mérite d'être examinée
de près , car elle serait au moins aussi satisfaisante que
celle généralement admise jusqu'ici, et d'après la-
quelle les trois syllabes chinoises Kieoa-tsieoa-khio cor-
respondraient aux syllabes indo-scythes ka, ja, — ,
ka, — , — , de KajaldL £adphises. Ces trois syllabes
ne pourraient-elles pas rendre tout aussi bien , sinon
mieux, les trois syllabes /ra, — , c/i, ta de kanichka?
Resterait à rendre compte de la syllabe omise ni;
mais il s'agirait de savoir si la forme indo-scythe ori-
ginale , dont les formes grecques et indiennes ne sont
en somme que des transcriptions , n'était pas en réa-
lité kànska avec une nasalisation tartare analogue au
sagher noun; donc, dans ce cas, le caractère £c Kieou
représenterait à lui seul la syllabe indo-scythe kàii. Les
trois syllabes chinoises Kieou-tsieou-khio nous don-
neraient Kang-S'ka. Le i des transcriptions grecque
et indienne serait le résultat d'une épen thèse , et nous
aurions alors le nom transcrit au complet.
En tout état de cause , la date du règne de Kanichka
demeurera toujours fixée à la même époque, c'est-
à-dire au premier siècle de notre ère.
^ Le caraclère Kieou , d'après le dictionnaire de K ang-hi , avait an-
ciennement le son de ^ K'iu (anc. son K'op ] ; il se prononce aussi j^
K'ao (anc. son ICoh) , prononciation japonaise de Ko, ce qui indique
bien que ce caractère avait une nasale. M. Giles , dans l'introduction
de son dictionnaire (p. xxx), en parlant de la prononciation japo-
naise des caractères chinois , fait cette remarque : « Word ending
in a nasal bave changed the nasal into a and absorbed tbe a into
the main vowel; thus Ka-{-u becomes Ko, for Kang or Kiang, »
ID4 JUILLET-AOÛT 1897.
NOUVELLES ET MÉLANGES.
'Arib. —r Tahari conÙKaatus quem edidit, indieibns ei glossanis
instruxit M. J, de Gœje, Lugd. Batav. apud Brill, 1897* Un
vol. in-8'; xxvii et Y'^ pages.
•
Ce livre est le complément indispensable de la grande édi-
tion de Tabari entreprise sous la direction de M. de Goeje
par une élite de travailleurs , et dont lachèvement , aujour-
d'hui prochain , est attendu avec impatience par tous les orien-
listes. L'auteur du document arabe dont nous annonçons
la publication n*était pas tout à fait un inconnu. WeU, sans
être absolument certain de son nom et du titre exact de son
livre, avait été le premier à en signaler la valeur et à le
mettre à contribution dans son Histoire du. khaUfat, Cest
à Dozy que revient Thonneur d'avoir établi sans conteste
que cet auteur était un savant katib originaire de Cor-
doue, nommé ^Arih fis de Sad, et qu'il avait intitcdë son
œuvre : Abrégé des Annales de Tahari^. Titre trop modeste en
vérité , car on y trouve beaucoup d'enrichissements au récit
(le Tabari , d'abord en ce qui touche à l'histoire de l'Espagne
et de l'Afrique musulmanes, et en général pour la période
comprise entre 291 et 330 de l'hégire, où l'écrivain qaon a
surnommé l'a Hérodote arabe » a précipité et écourté sa narra-
tion. M. de Goeje en a cité quelques exemples dans la pré-
face qui précède le texte arabe et il se propose d'insister da-
vantage, dans son Introduction de Tabari, sur les parties
vraiment originales du continuateur espagnol.
Le grand mérite de celui-ci est d'avoir puisé bon nombre
NOUVELLES ET MELANGES. 195
de ses renseignements à des chroniques aujourd'hui perdues i
notamment à celle de Souli , qui fut contemporain d'El-Mouk*
tadir, et à un autre abrëviateur de Tabari , un certain *Abd
Allah ben Mohammed El-Fcrghani , qui donna à son travail
le nom très approprié de Modayyel « appendice ». Le texte
d'Arib s'étend deagiàSsode Thégire, comprenant ainsi les
cinq dernières années du règne de Moktafi et tout le règne de
Mouktadir, un des plus longs et des plus troublés de l'histoire
des Abbassides. En dépit de sa sécheresse et de sa concision , qui
va souvent jusqu'à l'obscurité (et ce reproche peut s'adresser
à tous les abréviateurs musulmans), ^Arib captive l'attention
par la sincérité et l'authenticité absolue de ses récits. Je ne
sais rien de plus saisissant que les vingt-cinq années du règne
de Mouktadir où les signes avant-coureurs d'une décadence
irrémédiable se manifestent par des révoltes et des usurpa-
tions incessantes, par des calamités de tout genre dans
l'ordre physique et politique , par une corruption et une dé-
moralisation générales. Dès le commencement du iv' siècle
de l'hégire, la famille d'Abbas est frappée au cœur, et le mal
va se propager avec une rapidité irrésistible pendant près de
trois siècles, pour aboutir à l'effondrement dans l'effroyable
chaos de l'invasion mongole.
Il y a donc beaucoup et d'excellentes choses à prendre
dans le texfe publié pour la première fois parle zèle infatigable
de Téminent professeur de Leyde. Ce texte a sa place mar-
quée dans la série des matériaux de premier ordre qui seront
mis un jour à contribution pour une œuvre d'ensemble,
lorsque le moment sera venu de reprendre et de mettre à la
hauteur des progrès accomplis par l'orientalisme moderne
le travail arriéré , quoique toujours utile , de Weil.
La tâche de M. de Goeje , en apparence facile , si l'on n'en
juge que par l'ordinaire, simplicité du style d'Arîb , ne laissait
pas de présenter de graves difficultés , le document dû au ré-
dacteur cordouan n'existant plus que dans un seul manuscrit
conservé en la Bibliothèque de Gotha. A cette disette de
copies vient s'ajouter l'inexactitude d'une écriture assez soi-
196 JUILLET-AOÛT 1897.
gnée , mais presque entièrement dépourvue de points diacri-
tiques. Or 1 absence de ces éléments indispensables de lec-
ture est surtout regrettable dans un fragment historique hé-
rissé de noms propres déjà défigurés par le copiste et quel-
quefois par lauteur lui-même. Il faUait la sûreté de main de
M. de Goeje comme éditeur et les ressources inépuisables de
son érudition pour affronter des difficultés à chaque ligne
renaissantes. Je n ai pas besoin d ajouter qu'il en a triomphé
presque toujours et que là où sa sagacité s est trouvée en dé-
faut, il en fait laveu avec la meilleure foi du monde. Le
nom d un pareil éditeur est une garantie de succès et les re-
merciements que nous lui adressons auj ourd*hui pour cette
utile contribution à l'histoire musulmane ne sont que le
prélude de ceux qu'il recevra du monde savant lorsqu'il aura
mis la dernière main à l'œuvre immense du Tabari.
B. M.
Le gérant :
KufiENS DUVAL.
JOURNAL ASIATIQUE
SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897.
NOTES
D'ÉPIGRAPHIE ARAMÉENNE,
PAR
M. LE M«8 DE VOGCÉ.
(suite.)
Les notes que nous avons publiées dans les précé-
dents cahiers du Journal asiatique^, sur les inscrip-
tions nabatéennes dePétra, ont fait surgir un certain
nombre de textes nouveaux. Le EK Euting nous a si-
gnalé une série de copies prises par le pasteur Ehni ,
de Nyon en Suisse , au cours d un voyage fait au Sinaï
en 1862 : nous nous sommes adressé à cet ancien
voyageur, qui nous a gracieusement communiqué
son carnet; nous y avons relevé douze inscriptions
inédites trouvées à Pétra : elles sont figurées en
fac-similé sur les planches qui accompagnent cet ar-
ticle sous les n" 354-365^; elles n'ont malheureuse-
ment pas la précision de copies faites par un homme
^ Sept.-oct. et noY.-déc. 1896.
* Ces numéros sont ceux que porteront ces inscriptions dans le
Corpus inscr, Sem,, part. II.
X. là
198 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897.
du métier, de sorte qu'elles ofFrent au déchifiPrement
des difficultés presque insurmontables, au moins
pour nous ; si nous les publions , c est moins pour
en donner une interprétation, dont nous ne sau-
rions nous dissimuler les côtés hypothétiques, que
pour provoquer les recherches et susciter les explo-
rations. Aujourd'hui que le voyage de Pétra est de-
venu très facile, nous espérons que ces lignes nous
vaudront, d'ici quelque temps, de bonnes copies
ou de bons estampages ; elles pousseront tes futurs
explorateurs de Pétra à élargir le cercle des investi-
gations, à pénétrer dans les vallées latérales qui
entourent les ruines de la ville, à attaquer enfin le
sol de Tantique cité et à lui arracher les textes qu'il
tient enfouis; la récente découverte d'une base de
statue , portant une inscription royale, et dont notre
savant confrère M. Glermont-Ganneau a entretenu
l'Académie des inscriptions et belles-lettres , est faite
poiu* encourager les fouilles; elle démontre que si
les Nabatéens, dans leur capitale; ont été sobres des
inscriptions funéraires qu'ils ont prodiguées ailleurs,
ils y ont, comme ailleurs, tracé des textes honori-
fiques ou religieux; or Pétra, comme Palmyre, a,
par son isolement, échappé à la cause de destruc-
tion qui a fait disparaître tant de textes en Syrie
et en Palestine ; l'utilisation des matériaux antiques
par les constructeurs du moyen âge ; les textes sont
restés sur place, recouverts par les décombres et les
sables; ils attendent la main intelligente et hardie
qui les rendra à la lumière.
NOTES FÉPIGRAPHIE ARAMÉENNE. 199
Aux copies du pasteur Ehni nous avons ajouté
quelques grajfiti copiés par Ross et Frazer et restés
inexpliqués jusqu'ici, ainsi quune série de petit»
textes analogues relevés par le R. P. Lagrange à
Pétra et à Chaubak.
VI
INSCRIPTIONS DE PÉTRA.
N** 354. — Grande inscription gravée dans Im-
térieur d'un hypogée, situé dans Une vallée écartée
au sud-est de Pétra. Afin de permettre à d'autres
voyageurs de retrouver ce site intéressant, je tran-
scris le passage de la lettre que M. le pasteur Ehni
ma fait Thonneur de m'écrire*
« Descendus du mont Hor, dont nous avions fait
lascension, au lieu d'entrer dans la ville de Pétra
par le côté occidental , nous résolûmes de prendre
un guide et de faire le tour de Pétra par le dehors,
du côté sud-est, pour rentrer par le Sik du côté est.
Nous eûmes pendant plus de deux heures à nous
frayer un chemin à travers toutes sortes de diffi-
cultés , sur des rochers escarpés , par d'étroits dé-
filés, quelquefois à travers des vallées verdoyantes.
Dans une de ces vallées nous rencontrâmes sur notre
gauche une cinquantaine de marches soigneusement
taillées dans le rocher et qui nous conduisirent à
une excavation carrée, spacieuse, haute d'environ
cinq pieds avec une niche carrée dans la paroi du
fond et, en outre, une autre niche dont le sommet
i4.
200 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897.
était arrondi en forme de carreau : un reste de cor-
niche ornait la partie supérieure de la paroi. Pen-
dant que nous nous y reposions, j aperçus une
longue inscription à ia partie supérieure d une des
parois à la hauteur d'environ quatre pieds. Je mis
quelques blocs de pierre les uns sur Jes autres, pour
approcher convenablement de Imscription et je la
copiai aussi exactement que possible , bien qu'ignorant
l'alphabet nabatéen. Le guide appelait l'endroit « le
tombeau El-Mer.
« En continuant notre chemin nous vîmes encore
un grand nombre d'inscriptions ou de figures tail-
lées dans le roc, mais nous n'eûmes pas le temps
de nous y arrêter. Nous finîmes par déboucher dans
la vallée qui vient, du côté sud-est, se réunir avec
la vallée d'Elqy tout près de l'entrée du Sik. »
Malgré le soin apporté par M. le D" Ehni à sa
copie et l'exactitude relative de sa transcription , trop
de doutes pourtant subsistent pour que nous nous
hasardions à risquer une interprétation complète.
Au lieu de nous livrer à des hypothèses qu'une
meilleure reproduction viendrait détruire , nous nous
bornons à indiquer les points qui nous paraissent
certains.
Le début semble devoir se lire, en suivant d'une
ligne à l'autre :
Ceci est le portrait d'Obodatallaha.
Le même mot D^s parait commencer la sixième
NOTES D'ÉPIGRAPHIE ARAMÉENNE. 201
ligne : il semble donc que Ton soit ici en présence
d'une série de portraits de famille semblable à celle
qui orne le vestibule de la plupart des grands tom-
beaux de Palmyre. A lappui de cette hypothèse il
convient de remarquer la présence de deux niches
qui semblent avoir été destinées à recevoir des bustes.
Ce ne sont pas, en eflFet, des loculi funéraires; inter-
rogé par moi à cet égard, M. le D' Ehni me répond
que « ses souvenirs sont assez distincts pour lui per-
mettre d affirmer que ni l'ime ni l'autre de ces niches
n'avait les dimensions suffisantes pour recevoir un
cadavre; Elles ne pouvaient servir qu'à contenir des
statuettes, des urnes ...» — Les lignes suivantes
renfermait beaucoup de noms propres, ce qui con-
Armerait encore notre conjecture. Nous transcrivons
ceux qui nous paraissent certains :
"13 ix^Vn ••:3 3
-)3 wt^n 4
• •••••••• r>«..». •»
n w^t^n dVx 6
•• • 7
"»n i^n ^y onDy 8
Dm 103J i^D nn 9
noy 10
*
enfants de Halicou, fils de Hatisou, (ils. . . Por-
trait de Hatisou qui avec eux du vivant de Haretat roi
de Nabatène , qui aime son peuple.
La mention du même roi se trouve aux deux der-
nières lignes.
202 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897.
L'expression ^^n b^ « pendant la vie » se justifie
par '»ier Vy « pendant les années » de Tinscription de
Médaba [Corpus I. S,,ll, n° 196).
N** 355. — Le D' Ehni ne peut dire exactement
où se trouve cette inscription; il croit pourtant
lavoir copiée sur les rochers derrière le théâtre.
Nous proposons, avec une certaine hésitation, les
lectures suivantes t
m
\nV3m -13 i^Kii 3M nin ohro i
iVki 3
ahv iD'in 12 iVni iD^er na u^d à
oh^ 5
ab^ Nn^Kriiy 7
Ce sont des proscynèmes tracés par des voyageurs
et en tout semblables à ceux du Sinaï; la formule
303 nbv Pax in bono est la plus répandue; les noms
propres sont aussi ceux que nous rencontrons fré-
quemment au Sinaï : Ifourou, fVahballahi, fVaîloa,
Kalbou, Salmoa, Taïmoa, Garmoa, — ^Autallahi et
Bagloa sont nouveaux: : le premier est formé de la
racine my, arab. ci*^, juvit, aijavit, et correspond
à ITiébreu "«my pour iTniy (Esdr., VIII, lA). H se
trouve en abrégé sous la forme grecque Tauios dans
un grand nombre d'inscriptions du Haouran (Wad-
dington, 2019, 2079, etc.) et sous la forme arabe
NOTES D'ÉPIGRAPHIE ARAMÉENNE. 203
cî*^ (Wûstenfeld, Register, p. 171). Le sexîond si-
gnifie a loquace » en araméen et en arabe.
N** 356. — D après la place que la copie occupe
dans le carnet du D' Ehni, nous supposons que
cette inscription se trouve dans un lieu rapproché
de la précédente, nou^ croyons pouvoir lire :
••nbKam 3
1^33 ^3 à
■•nVnyc; "»3 ic^oa 5
Les noms propres sont les mêmes que dans le
texte précédent, sauf JSi toloa , qui est très fréquent
au Sinaï, et Sadallahi également connu, écrit ici
fautivement avec élision de Tk pour '»nVKiytSf , faute
également fréquente au Sinaï. (Voir Euting, Sinait.
ïnschr.fU^ liio, 4i2, 4i6.) La ligne i ne nous
offre aucun sens : nous avons transcrit la forme la
plus probable des lettres.
N°* 357-358. — Ces inscriptions se trouvent à
côté de la précédente dans le carnet du EK Ehni,
sans indication spéciale.
La première ligne du n** 357 paraît se lire :
La première lettre du dernier nom cependant est
incertaine; peut-être devrait-on songer plutôt. à iDip
204 SLPTEMBRE-OGTOBRE 1807.
OU iD^p , noms qui ne sont pas moins fréquents que
ID^n; mais en comparant cette ligne avec la pre-
mière ligne du n** 356, nous avons cru y recon-
naître les mêmes personnages. Cette hypothèse
semble confirmée par 1 existence d'une seconde ligne
composée dans les deux .cas de quatre signes, indé-
chiffrables pour nous, dont le premier toutefois pa-
raît être un s .
En dehors du mot D^itr, nous n'avons rien pu
tirer des deux lignes qui forment le n** 358.
N** 359. — Inscription copiée par le D' Ehni
dans « une caverne à demi-ouverte , près des réser-
voirs du coté du nord ». Elle est gravée dans un
champ aplani , et entourée d'une sorte de cadre.
La partie droite a complètement -disparu « la lec-
ture matérielle ne paraît guère douteuse; nous
croyons qu'on peut transcrire, en restituant quelques
lettres par conjecture, de la manière suivante :
"^i nn 1
Nfr^p 2
^inj^y 3
iîD3:[lSo nmn] d
D^v [noy Dm] 5
Ces restitutions conjecturales nous sont suggérées
par la coniparaisoti du n** 354 , ligne 8; toutefois le
mot 1133: , à la fin de la quatrième ligne, n'est pas
absolument certain.
%
Jo
um..
357
'{
U3 V) X.^\ u&
H/^
ry
wUU^D
^
i-ïi(hU1 h 558
<yyi5
364
lvF>'/l'OéTl '''
206 SEPTEMBRE^OCTOBRE 1897.
près de la fontaine de Pétra, publié par BlaU dans
la Zeitschrift der Morg. Ges., IX, p. 2 33, et resté
jusqu'à présent sans explication plausible. Nous
croyons pouvoir lire par analogie avec les textes du
omai :
Commemoratas sit Taîmallahi,
N** 369. — Proscynême copié par Marsh en 1 858
près du tombeau dit Ed-Deir, publié dans la Zeitschr.
der Morg. Ges. , XII, p. 709, et resté jusqu'à présent
sans interprétation; en le rapprochant des textes
analogues, nous croyons pouvoir lire :
Taîmallahi est un nom fort connu : il est probable
que 0 est un seul et même personnage qui Ta inscrit
sur deux points différerits de Pétra. Kalbou n e^t pas
moins connu.
N° 370. — Cette inscription et les trois suivantes
ont été copiées par le R. P. Lagrange lors de s^
fructueuse exploration de 1896; nous reproduisons
un fac-similé des copies qu'il nous a adressées.
Celle-ci est dans un tombeau au sud-est de la
ville; elle se lit sans difficulté :
N" 371, 372. — En montant à Ed-Deîr, près du
NOTES D'ÉPIGRAPHIE ARAMÉENNE. 207
sommet et au sommet. Nous ne pouvons lire que la
seconde :
V
Le nom Salmou est bien connu.
N** 3 y 3. — Dans un grand tombeau, à lest d'Ed-
Deîr :
3ona 12 ^bjD D^cf
31D3
SoulM est déjà connu {^Corpus /. S., II, n°' 208,
221, 2/i3), il répond au grec 'SvWaîos, nom dun
personnage nabatéen contemporain d'Obodas (Stra-
bon, XVI, IV, 23).
Quant au second nom , le P. Lagrange proposait
de le lire riMy (Euting, 5m. Inschr., n°' 77 et i58).
Il nous paraît diflBcile de voir un n dans la dernière
lettre, surtout en la comparant avec la dernière
lettre du mot suivant 3û ; nous proposons donc
de lire 31313, comme dans Imscription n° 2 36 du
Corpus. Le sens du nom correspond à celui du nom
moderne Bonaventare.
VU
GRAFFITI NABATÉEN8 DE CHAUBAK.
Le village de Chaubak, construit dans les ruines
dun très beau château des Croisades (Voir Duc de
Luynes, Voy. d* exploration à la mer Morte, II, p. 1 46
et suiv.), nest qu'à six heures de marche de Pétra :
208 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897.
il appartient donc à la même région et il ne faut pas
s'étonner d y rencontrer des graffiti nabatéens de la
même famille que ceux que nous venons d'étudier.
Le R. P. Lagrange en a découvert et copié un cer-
tain nombre aux environs de la ixiine; nous donnons
ie fac-similé de ses copies à la suite des précédents ,
sur la même planche et sous les n" SyA à 3 77,
Dans la même région ie même explorateur a relevé
plusieurs graffiti grecs; nous citerons les deux sui-
vants à cause de leurs noms nabatéens :
ASSas. MvriaOp ZtouSos AXôXaos.
Le premier correspond à nay ; le second se tran-
scrirait littéralement : V^y^K nn lOT .
N" 37/1 :
Waïlan , fils de 'Amamou.
Ces deux noms sont fréquents au Sinaï; le pre-
mier se trouve plus souvent sous la forme ^bH^ .
N** 375. — La première ligne se lit sans trop de
difficulté :
Haliçou, fils de Saba. Paix!
Le premier nom se trouve au Sinai, et plus sor
vent sous la forme nxVn . Quant au second nous i
croyons pas. lavoir encore rencontré. D serait
même que le syriaque JLâbC» « vieillard ».
NOTES D'ÉPIGRAPHIE ARAMÉENNE. 209
Nous n osons rien proposer pour les deux lignes
suivantes, quoique tenté de lire ^tîhk ^nVKD"»n à la
première, et nnp p à la seconde.
«
N' 376 :
Les noms nous paraissent identiques à ceux de
1 ^inscription précédente et provenir de personnages
de la même famille.
N** 377. — Nous n avons rien pu tirer de certain
de ce texte ; le second mot de la première ligne pa-
raît bien être K"îpnD « surnommé » mot fréquent à
Palmyre, où il correspond au grec 6 xai; mais les
noms propres nous échappent; le second est peut-
être n'?K13y, nom bien connu. L'inscription se ter
mine par la formule ordinaire nb^.
VIII
NOUVELLE INSCRIPTION DE BOSRA.
Le R* P. Lagrange m'a récemment envoyé l'es-
tampage pris à Bosra, par le P. Séjourné, d'une
inscription nabatéenne gravée sur une pierre au-
jourd'hui encastrée dans le mur d'une construction
en face de l'édifice dit Deîr-er-Rahab. Ce texte avait
déjà été copié par un missionnaire anglais, le
R^ Ewing, et publié par lui dans le Qaartely state-
ment ofthe Palestine expl. Fond, iSgS, p. Sdg.
210 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897.
Nous donnons ci- dessous un dessin que nous
avons exécuté d après i estampage (fig. A), ainsi que
la copie du R*^ Ewing (fig. B).
Fig. B.
I
Je ne crois pas qu une explication de ce texte ait
été publiée; en tout cas je nen ai pas eu connais-
sance^; la copie seule, à cause de ses imperfec-
tions , permettait d ailleurs difficilement un déchiffire-
ment complet : l'estampage lui-même est loin d'être
parfait; néanmoins en le comparant à la copie, et
' M. Clermont-Ganneau m apprend qu'il a entretenu de cette
inscription ses auditeurs du Collège de France; mais rien ii*a pam
des explications qu'il a données.
NOTES FÉPIGRAPHIE ARAMÉENNE. 211
assisté de la bonne collaboration de M. i'abbé Cha-
bot, nous pensons être arrivé à déterminer tout ce
qui pouvait être lu du texte. Quand il fut copié par
le R*^ Ëwing, la pierre était plus longue du côté
gauche quelle ne lest aujourd'hui; il est probable
que la cassure primitive était oblique; les maçons
qui ont utilisé la pierre pour leur construction lont
équarrie ; ils ont supprimé ainsi environ trois lettres
à la fin de la première ligne et deux à la fin de la
seconde ; ces lettres se retrouvent sur la copie et ne
figurent pas sur lestampage; il est probable que
d autres lettres encore ont disparu quand la pierre
fut cassée pour la première fois , mais leur nombre
ne doit pas être considérable.
En complétant les imes par les autres les données
fournies par le double document mis à notre dispo
sition nous lisons , nous transcrivons et nous tradui-
sons le texte ainsi qu'il suit :
^<^^'?^< n"»--! ^<■)c;n'? 3
1 Ce mur tout entier, ainsi que les
2 et les citernes ont été construits par
Taïmou, fils de Nousaïgou. . . .
3 pour Dousara et . . . it dieux
212 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897.
Ligne i. — Km^ désigne un «mur» une «en-
ceinte ». En hébreu ii^^ et iTjia s'appliquent aussi
bien à lenceinte dune ville, qua celle dune vigne
ou d'un troupeau. Dans le Targum d'Onkelos i^yv,
a les mêmes sens ; ^«X^ signifie également « mur »
en arabe. La signification du mot est donc certaine,
li s agit dun mur, d'un mur consacré aux dieux,
c'est-à-dire d'une enceinte sacrée , d'un haram,
n^D est également certain; malgré ia forme un
peu insolite du V, il n'est pas possible de lire le mot
autrement; pour en saisir le vrai sens il faut se rap-
peler que les enceintes sacrées avaient généralement
la forme d'un quadrilatère dont les quatre côtés
n'étaient pas nécessairement offerts au dieu par ia
même personne; il en était ainsi de l'enceinte sacrée
située au sommet du Djebel Bereket, près d'Alep.
Le mur qui l'entoure a été fondé par plusieurs
donateurs, et des inscriptions grecques, encastrées
aux angles sur chaque face , indiquent avec préci-
sion la part contributive de chacun (Clermont-Gan-
neau, Études d'archéol. or,, II, p. 34 et suiv.). Ici,
le mur tout entier a été fondé ou réparé (car n:ï3 a
été employé dans ce sens) par le seul Taïmou.
n"'DK. Les trois premières lettres de ce mot sont
certaines; la dernière est douteuse. Nous sommes
vraisemblablement en présence d'un dérivé de la
racine ]DK « soutenir, appuyer, construire » , qui a
déjà fourni au nabatéen le mot KJDK « architecte ,
artisan ». [Corpus L S., II, n'* 1 64). — H s'agit d'une
construction, mais laquelle?
NOTES D*ÉPIGRAPHIE ARAMÉËNNE. 213
Ligne 5. — Le premier mol ^<nD , précédé de la
coptdative ^ , termine Ténumération des travaux or-
donnés par Taïmou : c'est un substantif masculin
au pluriel emphatique. B dérive de la racine KiD,
hébr. n^D, arab. tC^, qui a le sens de «creuser la
terre». Il s'agit donc de fosses, de fossés, et très
vraisemblablement de citernes ou de bassins , accom-
pagnement habituel de la plupart des enceintes sa-
crées.
IDTi, gr. SaufJLOs, est un nom bien connu, le nom
du père ne figure que sur l'estampage, mais la
copie nous donne les deux premières lettres : nous
avons restitué le mot ^y^:^ assez fréquent au Sinaï
(Euting, 5m. In$chr,9 i5, ay, 169, etc.), le nom
n''2aer: [Corp. 7. 5., U, n** 2o5; Euting, n°' 5i,
90, etc.) conviendrait aussi bien, mais il parait
trop long pour l'espace disponible.
Ligne 3. — K*it2^n^ « à Dousara » , c'est-à-dire en
l'honneur de Dousara; le b employé avec ce sens
n'est pas rare (C. i. 5., II, n°* lyô, 182, etc.). Le
nom du dieu Dousara est lisible sur l'estampage;
les lettres K")- •*? sont très bien marquées; les lettres
ts^n le sont moins mais se distinguent cependant;
d'ailleurs \e jd est clairement reproduit sur la copie
du Rév, Ewing. Le nom suivant est aussi un nom
de dieu, comme l'indique le i conjonctif et le mot
suivant au pluriel K"'nS^< « les dieux ». Dans ce nom
de quatre lettres il n'y a de bien certain que les deux
dernières : n^. ., les deux premières sont douteuses ;
X. i5
iMrii>Mi;ii:r. BATiuxALr..
214 " SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897.
on serait tenté de lire n^in, si la présence d'une
déesse carthaginoise dans un temple nabatéen était
admissible. Le mot ^f''nV^< était suivi de sept à huit
lettres qui ont disparu ou soijt illisibles sur l'estam-
page , sauf peut-être la première , qui pourrait être
un 3. Cette fin de ligne renfermait peut-être une
quahfication se rapportant aux dieux.
Ce petit texte ne manque pas d'intérêt; il ajoute
quelques mots nouveaux au vocabulaire épigraphique
nabatéen.
IX
LA GRANDE INSCRIPTION NABATÉENNE DE PÉTRA
DERNIERES OBSERVATIONS.
Deux erreurs matérielles se sont glissées dans la
transcription que nous avons donnée dans un pré-
cédent article^ de la grande inscription de Pétra,
et nous tenons à en avertir le lecteur.
A la première ligne xm i a été fautivement inter-
calé devant lavant-dernier mot m"»3y et doit dispa-
raître : la traduction doit, en conséquence, être
légèrement modifiée; l'expression ]^m3 m^ay qui ter-
mine l'énumération des diflFérents parties du monu-
ment, ne désigne pas un détail différent de ^ra
' Journal aiiatûfue, nov.-déc. 1896, IX' sér., t. YIU, p. 485.
NOTES D'ÉPIGRAPHIE ARAMÉENNE. 215
jnapD, elle est le complément de cette désignation;
il faut donc traduire :
la petite salle qui est à Tintérieur, les sépultures
cpii y sont creusées en forme de locali (m. à m. façon de
loculi),
Ghacim des termes de l'énumération correspond
ainsi exactement à lune des parties du plan du tom-
beau : Knap est l'ensemble du monument funéraire;
Knnx désigne les salles creusées dans le rocher; "»n3
piapD désigne les sépultures qui se trouvent dans la
plus petite de ces salles , et |"»ni3 DT'ay indique que
ces sépultures ont la forme spéciale de j'^ni^ , c'est-à-
dire de loculi ménagés dans les parois du rocher.
Dans la transcription hébraïque de la deuxième
ligne le ^ a été omis par mégarde au troisième mot
DîT'Dnp : il convient de le rétablir.
Ainsi que je Tai déjà dit ci-dessus^ un excellent
estampage du texte m'est parvenu au moment de
mettre sous presse le précédent article; un examen
attentif de ce document m'a démontré que les deux
lettres V et :ï , qui souvent se confondent dans les in-
scriptions nabatéennes, sont ici parfaitement dis-
tinctes : les b dépassant toujours la ligne, les :, au
contraire, restant toujours alignés avec le sommet
des lettres analogues , cette constatation entraîne le»
corrections suivantes :
* Loc, cit.. j>.»'iHH
1 ^ .
216 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897.
Lignes U et 5. — Le pronom pluriel que je lisais
^S^< doit se lire i:k : au lieu de le rapprocher de nbn ,
il faut le rapprocher de p5n, |^:k, avec chute très
naturelle du ] .
Ligne à. — Le dernier mot est îdt^n'» et non
K^lS^n^ cest le passif de îdt^ «changer»; le sens
reste le même, mais la lecture est plus correcte.
A la même ligne 4 , le } que j'avais cru lire à la
fin du mot |npD sur la copie du P. Vincent, est un
^ comme sur la copie de Frazer; il faut donc réta-
blir ma première lecture :
naniDi îot^m npcs
Et ordonnent et Dousara et
Quant au dernier mot, j ai reçu de mes savants
correspondants, MM. Nôldeke\ Mûller, Simonsen,
et d'autres confrères en épigraphie sémitique, les
observations les plus concordantes et les plus con-
cluantes ; tous se refusent à y voir le nom d'une di-
vinité : ils se basent sur la présence du suffixe n qui
semble indiquer une qualification s'appliquant à Dour
sara, sur l'absence du ^ devant Kt^nn à la ligne 3,
et sur l'absence du même mot Kt^nn à la ligne 4-
Je m'incline très volontiers devant une autorité ap-
puyée d'aussi solides arguments et i^connais qu'il
faut renoncer au nom Moutebah; comment le rem-
^ M. Nôldeke a depuis publié dans le Zeitschr, f, Assyriologie ,
t. XII, une série d'intéressantes observations sur notre inscription
et proposé ces corrections.
NOTES D'ÉPIGRAPHIE ARAMÉENNE. 217
placer, et quelle signification donner au groupe
KC^nn naniD? Ici lembarras commence et laccord
est loin d'être établi. Pour Kt?nn aucun sens n est
proposé; pour naniD, M. MûUer et M. Laudauer,
chacun de leur côté proposent, par un rapproche-
ment avec larabe (jt*XSslj le sens de «assemblée,
conseil » ; il s'agirait d une cour divine assistant le
dieu Dousara dans le gouvernement des choses hu-
maines. Nous avons peine à admettre cette explica-
tion ; il nous paraît plus conforme aux idées mytho-
logiques orientales de considérer Harisa ou HadiSa
comme une déesse, associée à Dousara : peut-être
une divinité dun caractère lunaire, associée à un
dieu solaire.
218 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1807.
DE LA LECTURE JAPONAISE
DES TEXTES
COPÏTExNANT UNIQUEMENT OU PRINCIPALEMENT
DES CARACTÈRES IDÉOGRAPHIQUES,
PAR
M. MAURICE GOURANT.
Les Japonais, dont la langue est, on le sait, de
type agglutinatif et présente quelques traces de
flexions, se servent d'une écriture empruntée aux
Chinois, qui parlent et écrivent un idiome mono-
syllabique à mots invariables; pour mettre en usage
un instrument aussi peu approprié,, ils ont posé
quelques conventions nouvelles et étrangères au
chinois. Le caractère chinois, sous une forme carrée,
cursive ou abrégée, a parfois une valeur purement
phonétique : il reçoit alors le nom de kana (fi £,
caractères empruntés) et sert de base aux syUabaires
japonais, qui contiennent en tout quelques centaines
de signes, correspondant k l\S sons. Hus souvent,
sous le nom de mana (JK ^, vrais caractères), les
signes chinois conservent une valeur idéographique,
en recevant une prononciation dérivée de la pronon-
LECTURE JAPONAISE DU CHINOIS. 219
dation chinoise (■^, on ou S||£, kowe, son) ou une
lecture japonaise (fl(, knn ou H, yomi, lecture,
instruction) qui n*a de commun avec le caractère
que la signification. Cest ainsi que H, ch. $an,
trois, pourra se lire sait, mi ou mrt«, en conservant
son sens , et se rencontrer aussi comme signe phoné-
tique avec la valeur mi; ift, ch. chi, monde, géné-
ration , se prononce , comme caractère idéographique ,
sei ou yo et a les lectures phonétiques se et yo ^.
Non sexilement les caractères chinois, isolés et
conservant approximativement leur sens et leur son,
se sont fait une place dans la langue japonaise,
mais des expressions chinoises toutes faites , formées
de plusieurs caractères , gardant leur syntaxe propre,
ont dès longtemps acquis droit de cité au Japon;
depuis un quart de siècle, ces expressions sont deve-
nues de plus en plus nombreuses : cest, en eflFet, au
vocabulaire chinois que les Japonais ont pris les
éléments de tous les mots techniques dont ils ont
eu besoin , à mesure qu'ils adoptaient la civilisation
occidentale, comme nous-mêmes demandons si sou-
vent au grec nos mots scientifiques. Des dictionnaires
ont été faits poiu* cette nouvelle langue et ils sont
toujoiu*s insuffisants, en raison de ses transforma-
tions rapides, qui rendent de plus en plus illusoires,
par le nombre croissant des homophones, les espé-
rances conçues par quelques personnes de substituer
^ Cf. le Kanà zi mi sUm, ^ ^ ^ ^ Ht <le Kiliuti Masu-
220 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897.
aux caractères idéographiques soit les kana sylla-
biques, soit Talphabet iatin.
Mais, si j'indique ces différentes questions, rap-
port des kana avec leurs prototypes idéographiques,
lois de dérivation de ia prononciation sino-japonaise
des caractères, emprunts faits par le japonais au
vocabulaire et à la syntaxe du chinois, je nai pas
rintention de les étudier dans ce mémoire et je dé-
sire seulement, en les énumérant, définir plus nette-
ment le sujet que j'aborde ici : comment les Japo-
nais lisent -ils les textes écrits en langue chinoise
par des Chinois ou par des Japonais ? comment
lisent-ils les textes japonais qui contiennent un grand
nombre d'expressions chinoises? Je crois que ce sujet
est capable d'intéresser ceux qui, s'occupant de la
langue chinoise, n'ont pas le loisir d'étudier en outre
le japonais : car le Japon a eu des écoles de sino-
logues [^ ^ ^) qui ont jeté un vif éclat; les prin-
cipaux textes de la littérature chinoise ont été expli-
qués et publiés avec des notes et des indications
détaillées par des commentateurs, dont la science
était soutenue par une longue traditién et éclairée
par la communauté de civilisation; si nous ne
sommes pas tenus d'adopter toutes les explications
japonaises, du moins sera-t-il toujours sage d'en te-
nir compte. De plus, je suis persuadé que beaucoup
de textes , rédigés en japonais , mais largement mêlés
de caractères chinois, pourront, à l'aide de quelques
observations grammaticales, devenir accessibles aux
sinologues.
LECTU1\E JAPONAISE DU CHINOIS. 221
L explication japonaise dune phrase chinoise se
borne , à Toeil , à très peu de chose : quelques petits
caractères jetés à droite et à gauche de la colonne
du texte, et cest tout. Mais, puisque le Japonais qui
sait sa propre langue , connaît par là même le sens
des signes idéographiques, les quelques caractères
notés à droite et à gauche, lui indiquant la con-
struction de la phrase et les particules à ajouter au
texte, constituent pour lui une véritable traduction,
si bien qu il lit en japonais la phrase qui est écrite
en chinois : les observations grammaticales dont je
pariais tout à Theure , seront donc encore nécessaires
au sinologue européen pour comprendre le sens
exact attribué par le commentateur japonais au texte
chinois. Je dois noter que je ne parle que des textes
chinois qui sont lus pour être compris , textes clas-
siques, philosophiques, historiques; très souvent,
pour les textes de la religion bouddhique , la valeur
formelle est tenue pour plus importante que le sens
et le fidèle se borne à énoncer le son sino-japonais
("fî H» OTi doka) des caractères dans Tordre où ils
se trouvent (^# H, bou yomi lecture en bâton). La
lecture* qui s'applique aux autres textes , porte le
nom de kun doka, |l|f H lecture par le sens, wa kan,
ft m sens japonais, ou simplement yomi, 9[ lec-
ture : c'est la seule dont je moccuperai et dont
j'expliquerai quelques exemples.
222 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897.
I
PREMIÈRE PHRASE OE LA GRANDE ETUDE,
^ ^ » cil. Ta hio, jap. Dai gaku.
^
W^
B
v'±;_L
m
O
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W.M
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O
LECTURE CHINOISE.
Ta Hiotchî tao, 'tsai 'ming *ming te; *tsai 'Uhin ^min;
'°tsai •tchi 'yu 'tchi chan. "Tchi "tchi, eul heou '*yeou
'^ling; tîng, evl heou ncng tsîng; tsing, £c;^£ heou neng
'an ; *an , eul heou neng liu ; liu , edl heou neng Iç.
LECTURE JAPONAISE.
Dai GAKU no raiti ha, *mbi toku wo 'akiraka aï suru m
^ari; ^tami wo ''arata yi sura ni 'ari; 'si sen 'ni 'todomar
ru ni ^®ari. ^^Todoman wo ^*siri/e, [sikausite] noti "sada-
maru ^^ari. Sadaniari^e^ [sikausite] noti yoku sidaka ffABi.
SiduKA ni site, [sikausite] noti yoKo yasu5Î. YasuAa site,
[sikausite] noti yoi:i7omonpakartt. Omonpakarifo, [sikausite]
noti yoiri; u.
LECTURE JAPONAISE DU CHINOIS. 223
TRADUCTION.
La voie de la Grande Etude consiste à faire briller les
vertus brillantes, à renouveler les autres hommes et à fixer
pour terme la plus haute perfection. Connaissant le tenue ,
ensuite il y aura une détermination ; s'il y a une détermina-
tion , ensuite on peut avoir le repos ; s*il y a le repos , ensuite
on peut avoir la tranquillité ; s'il y a la tranquillité » ensuite
on peut examiner; si Ton examine, ensuite on peut réaliser.
NOTES.
Comme on peut le remarquer, le texte contient, outre les carac-
tères chinois, trois sortes de signes : i* La ponctuation ('^ ||^^
Au ten)f peu importante en japonais, puisque les terminaisons
verbales marquent les pauses et la fin de la phrase; toutefois
presque toutes' les éditions japonaises la donnent. Le grand cercle
du début, qui marque le commencement du texte, et les tirets in-
diquant les mots composés (entre ^ et j^, entre ^ ®^ "fê)*
sont d'un usage moins général, a** A droite du texte, on lit des
hana représentant les suffixes et particules que le Japonais y ajoute
en lisant , pour Tenfermer dans le moule de sa syntaxe habitudle :
dans la lecture japonaise, j'ai mis en it^diques ordinaires ces par-
ticules et suffixes écrits en hana, tandis que j*ai noté en itidiques
petites majuscules ceux que Ton ajoute sans qu'ils soient écrits; il
n'existe aucune règle prescrivant d'écrire , parmi ces particules , les
unes plutôt que les autres : cda dépend du caprice de l'auteur ou
du scribe; toutefois il est plus correct d'écrire toutes les particules
et tous les suffixes. Ces s^abes placées à droite s'app^ent okwri-
gana, ^ ^ ^ > Aana qui accompagnent. 3° A gauche du texte,
on trouve les kaheri ten, jR 5|[ » ou kun ten, Pf |f|f , qui indiquent
la construction japonaise de la phrase : le crochet, \^, marque l'in-
terversion de deux caractères voisins; les chiffres — > un, "^^
deux, ^ trois, etc., et les caractères J^ haut, rfl milieu, ^
bas, s'emploient pour transférer un mot à une place plus dis-
tante; en l'absence de notation de ce genre, les caractères se lisent
dans l'ordre chinois. Ainsi les quatre premiers caractères et toute
224 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1807.
la fin du texte à partir de ^t, se lisent dans Tordre direct; mais
la partie intermédiaire présente plusieurs inversions : v^ est rejeté
après ^ à cause du crochet; le cbififre ^ mis auprès de R^
renvoie ce mot après le composé ^ ^ , qui est affecté du chiffre
— ; on lira donc comme s'il y avait ^ f^ R^ ^ * en ayant soin
d'insérer après chaque caractère les okurigana qui l'accompagnent
à droite. Les numéros que j'ai mis dans la lecture chinoise devant
quelques mots, indiquent Tordre où le Japonais lit ces mots; j'ai
répété les mêmes numéros devant les mots japonais correspondants
pour faciliter la comparaison.
Le Japonais , guidé par ces diverses sortes de signes , traduit le
texte tout en le lisant et donne aux caractères tantôt une valeur
japonaise ( ^ , kun) qui est une traduction , tantôt une prononcia-
tion sino-japonaise ('^» on) qui n'est qu'une transcription; dans
le texte cité plus haut, j'ai mis en caractères romains petites ma-
juscules les mots qui se lisent en on; seul Tusage apprend si un mot
doit être lu en on ou en kun, et, dans ce dernier cas, qud est
Téquivalent japonais du c&ractère. Mais le sinologue européen , qui
se préoccupe seulement du sens et. qui ne cherche 4ans les signes
japonais qu'un secours pour l'intelligence de la phrase chinoise, n*a
pas à tenir compte de ces distinctions, tant qu'il n'essaie pas de
prononcer la phrase en japonais; au contraire, il est nécessaire
qu'il comprenne les okurigana et qu'il sache le but des kakeri ten,
c'est-à-dire qu'il ait quelques notions de grammaire et de syntaxe
japonaises.
La construction japonaise est fixe et les mots de la phrase se
succèdent dans Tordre suivant :
i" génitif; 2° substantif d'où il dépend;
1" adjectif ou participe qualificatif; a° substantif qualifié;
i* sujet; 2° compléments; 3° verbe;
1* compléments indirects; 2* complément direct;
1* noms de temps; 2° noms de lieu;
1** mot principal; 2° conjonctions ou particules modifiant le mot
principal;
1° proposition subordonnée; 2** proposition coordonnée ou pro-
position principale;
1* proposition coordonnée secondaire; 2° proposition principidfl.
Les mots sont divisés en trois classes : 1° les noms, ^ na:
LECTURE JAPONAISE DU CHINOIS. 225
^'* les verbes, ^ kotoba, qui correspondent à nos verbes et à nos
adjectifs, les uns et les autres revêtant différentes formes qui con-
stituent une conjugaison; 3" les particules, J^ J^ ^^ ^ teniwoha,
qui s'attacbent aux noms ou aux verbes pour former des cas ou
des temps.
Application de ces principes au texte cité :
mei toku wo, comjdément direct, précède ahiraka ni suru, verbe;
akiraka ni snm ni, verbe servant de complément, précède €iri, verbe
final;
todomari wo, complément direct, précède sirite, verbe au gérondif,
qui précède à son tour la proposition principale : sikaasite noti
sadamam an.
On remarquera spécialement les faits suivants :
iao, que nous tenons pour le sujet des trois verbes Uai, est lu en
japonais miii ha; cette particule ha, très fréquente, a pour effet
d'attirer l'attention sur le mot ou la proposition qui précède;
eUe a une videur disjonctive, oppositive, et peut se traduire par
quant à; lorsqu'eUe est répétée, eUe répond bien au grec fiiv...
ié Souvent le mot ainsi disjoint devient sujet en français,
mais il n'en est pas toujours ainsi ; et l'on s'exposerait à de graves
et fréquents contresens, si l'on regardait ha comme marque du
nominatif. En réalité le verbe japonais est impersonnd et se
passe très souvent de sujet : l'action a lieu par rapport à une
personne (Aa^ disjonctif), par le moyen d'une personne (instru-
mental), dans une personne (locatif), comme propriété d'une
personne (génitif). La pbrase chinoise est, en général, assez
amorphe , pour se prêter également à la traduction japonaise et
à la traduction firançaise.
sikausite, correspondant k enl, est superflu dans la phrase japonaise
(c'est pourquoi je Tai mis entre crochets) ; encore au xvii* siècle,
m'a-t-on afiirmé, la phrase se lisait : todomari wo sirite, noti, etc. ,
ce qui a exactement le même sens et est plus japonais. Mais on
a trouvé que eul était insuffisamment rendu par la forme géron-
dive de sirite et l'on a voulu avoir un mot japonais pour répondre
à chaque mot chinois.
neng est traduit en français par le verbe pouvoir; le japonais le
rend par yoku, forme correspondant à un adverbe et signifiant
226 SEPTEMBREOCTOBRE 1897.
bien, capabiement ; en quidité d'adverbe, yoku reste devant le
verbe principal de la phrase : on voit ici une divergence sensible
dans le rôle attribué aux caractères par les traducteurs européens
et japonais.
Il
LIVRE DES ODES ,
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LECTURE CHINOISE.
*Tchi *pi NAN CHAN, yen *tshai *khi kiue. *"*Oei ^kien
•kjun tseu, yeou sin tcho tcho. Yi ki Lien tchi, yi ki
keou TCBi; oo sin tsç yue.
LECTURE JAPONAISE.
^Kano NAN ZAN ni ^nohorl, koko ni *sono warabi wo *tortt.
^Imada *kun simjo 'mi *zu, iu sin têtu têtu tari. Mata sude
ni mi , mata sude ni mira ; wa ga kokoro sunahati yoroko6«.
TRADUCTION.
Je monte sur cette montagne du sud et j y cueille de la
fougère. Je ne vois pas encore mon seigneur et mon cœur
mélancolique est rempli de tristesse. Encore je l'ai vu, et en-
core je Tai vu. Mon cœur alors est joyeux.
LECTURE JAPONAISE DU CHINOIS. 227
NOTES.
Je ne répète pa:s désormais les indications générales données plus
haut et je me borne à insister sur quelques formes.
nobori tor^^mizn tari; mi miru, sont des exemples
de verbes aj^tartenant, les premiers de chaque couple, à une
proposition ei^rdonnée secondaire, les seconds à une proposition
principale : àgt voit que ces formes rendent la ponctuation inu-
tile.
jren, équivaut, d*après les commentateurs chinois, à une particule
de liaison;- les Japonais le traduisent par koko ni, ici; yen est
qudquefois pris dans le sens de ware,je\ peut-être est-ce de là
que Ton a tiré le sens ici, en raison du rapport étroit existant,
dans la langue japonaise, entre les racines démonstratives ho, so,
ka (ou a) et les trois personnes du pronom.
oei, doit être lu deux fois: une fois à sa place avec la prononciation
imada pas encore; une fois après kien, voir, jap. mi, pour en
faire le négatif mizu : la négation est, en effet, toujours exprimée
par un suffixe verbal, ainsi kien = mi, pou kien = mizu, Oei
est peut-être le seul caractère qui corresponde en japonais à deux
mots emfdoyés simultanément.
ki, traduit par snde ni, n'est jamais, en japonais, qu*une marque
du passé; le sens de la phrase expliquée ici se rapproche du con-
ditionnd.
tchi, particule finale, disparaît dans la lecture japonaise.
n est bon de remarquer, en outre, que la rime et le rythme
disparaissent complètement; il en est de même pour toute poésio
chinoise lue en japonais. Ici les rimes kiuê, tchô et joie (marquées
par des croix X] sont, la première au milieu .d'une phrase, les
autres à la fin et se lisent warabi wo, têtu tari, yorokobu.
228
SEPTEMBRE-OCTOBRE 1807.
MEMOIRES HISTORIQUES ,
A IB , ch. Chi hi. jap. 5i fci ( H â * tt <1^ M Ji â )•
-.«f=. -!£
3£^
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19
LECTURE CHINOISE.
*Li *TA JEN tsi 'yu 'lei tse, eul 'cheng * phao pi ^yu
•tchheng Kl Yang, tse "koan *siang "yu "thibn,
fou, TSE "koan **fa **yu **Ti. Phang "koan "nuo GHbou
tchi OEN ^'yu "ti tchi yi; kin "tshiu "tchou chen, yP^i^
'*tshiu **tchou oou.
'sikausite]
[snnabati]
LECTURE JAPONAISE.
*Dai zin 710 ato wo 'rai taku 'nî ^hùmifo^
*hau gi wo •sei Kl 'ni ^uma Ahugeha,
*katati wo *®ten "ni "mi; huseba, [sunahati] ^*nori«po "n
"ni "mira. Amemeka "teu ziu no bun to "ti no Gi "to wo
'®mi; tikaAru **kore wo mi m ''ton, tohoAra "kore 100 mono
ni '*tortt.
TRADUCTION.
(D'après M. Chavannes, vol. I, p. 5 et suiv.)
Elle marcha dans les empreintes de pas d'un géant at^nrës
du marais de Lei , et c'est à la suite de cela qu*dle enfanta
LECTURE JAPONAISE DU CHINOIS. 229
Phao hi à Tchheng ki Levant la tète , il contempla
les figures qui se trouvent dans le ciel ; baissant la tête , il
contempla les formes qui sont sur la terre. Autour de lui,
il contempla les bigarrures des oiseaux et des animaux , ainsi
que ce qui convient au sol. Au près , il prit en considération
toutes les parties de son corps ; au loin , il prit en considéra-
tion tous les êtres.
NOTES.
ahngeba = yang , hnseba=sfon sont mis en japonais au mode que
Ton nomme conditionnd (mode subordonné avec puisque, parce
que). Ce mode suffirait à indiquer la rdation que le chinois
tourne différemment au moyen de tse ; mais ce dernier mot est
traduit iitténdement par sunahati, pour ne laisser aucun caractère
sans traduction.
yu tkien yn ti, entre les caractères de chacun de ces deui
groupes, on trouve le crochet qui indique l'inversion [tkien yu
ti yn) et le chiffre — qui place l'expression avant le
verbe affecté du chiffire "^..
' koan niao ckeou, etc., on lit d'abord les mots qui n'ont pas de nu-
méro (nioo cheon tchi oen)^ puis ceux qui ont le numéro —«
[ti tckiyi), ensuite le caractère qui porte le numéro ^ [yu]
et enfin le verbe qui est affecté du ^ [koan). Le premier to est
écrit en kana; le second correspond à jn^ dont il est la tra-
duction exacte. Wo, marque de l'accusatif, est en kcuia : on no-
tera que le japonais ne craint pas d'accumuler les postpositions.
tchott est rendu par kore, ceci, mis à l'accusatif; chens=mi, oou =
mono sont mis au datif; il y a de nouveau divergence entre le ja-
ponais et le français; mais en réalité, tchou peut souvent être
rangé parmi les particules dites explétives et les seuls complé-
ments qui importent au. sens, sont chen et oou, qu'ils soient
compléments directs ou indirects.
iiiiiii)ii;iiiB «i.TiaKAUi.
230 SEPTEMBREOCTOBRE 1897
MÉMOIRES HISTORIQUES ,
Jfe la. ch. Chi ki. jap. 5i iki (3£ 4j? }i|s; ifc, à la Gn.
daas le paragraphe où Seu ma Tshiea, ^ j|| ^ i prcad la parole).
-If
;l
o
LECTURE CHINOISE.
^Tcili ^TCHANG LAO kiai ko OANG OANG 'tCHHENG 'hOANG
TI YAO CHOEN TCHl *tchhoU.
LECTURE JAPONAISE.
^TiYAU RAU mina wono wono WAU wau 'kuwau tei geu
siYUX wo ^siYAU sara *tokoro ni *itartt.
TRADUCTION.
(D'après M. Ghavannes, vol. I, p. 95.)
Lorsque je m^adressais aux* notables et aux vieiUards,
tous, pris chacun à part, me pariaient communément des
localités où se trouvèrent Hoang ti , Yao et Choçn.
Ici la traduction japonaise est très diflférente et
donne en français le sens suivant :
Je suis allé dans des locsdités dont les notables et les
viefflards, tous, pris chacun à part, me pariaient fréquem-
ment de Hoang ti , Yao et Choen.
m
NOTES.
Le verbe tchheng, rendu par siyau suru, a pour sujet tiyim rau =
tchang lao, pour compléments indirects et direct kiai ko o€Mg
LECTURE JAPONAISE DU CHINOIS. 231
oang = mina wono wono wau wan et hoang ti yao choen = kuwau tei
geu siynn: ce verbe est regardé, en japonais, comme un participe
qualifiant tchkon = tokoro; enfin tcki = itaru est rejeté à la fin delà
phrase et devient verbe de la proposition principale.
Au point de vue chinois, la traduction de M. Chavannes est
parfaitement correcte : kiai joue toujours le rôle d'un pronom sujet ,
la phrase doit donc être séparée en deux propositions, tcki étant
le verbe de la première et tchheng, le verbe de la seconde. C*est
d'ailleurs, l'avis qu'a bien voulu aussi m'exprimerM. Devéria. Pour
le japonais, kiai = mina n'est jamais sujet: du moins, je ne l'ai
jamais vu en cette qualité; je l'ai trouvé quelquefois comme com-
plément, et presque toujours jouant le rôle d'un adverbe qui mo-
difie le verbe suivant; ce serait donc une extension abusive de la
syntaxe japonaise qui aurait amené l'éditeur à ce contresens. La
seule conclusion à tirer de ce conflit, c'est que les traductions japo-
naises offriront souvent aux sinologues un secours efficace et leur
créeront plus d'une fois des embarras.
III
Je vais maintenant donner trois exemples du style
fort mêlé de chinois qui est la langue écrite la plus
usitée au Japon depuis vingt-cinq ans et qui ne sau-
rait présenter de graves diffîcidtés aux sinologues.
EXTRAIT D'UNE DEPECHE
DU MINISTERE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES DU JAPON.
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T
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232 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897.
LECTURE CHINOISE.
(Les tirets remplacent les syllabes en kana.)
TOEI KOEI KOE OAI OOU TA TGHHEN KO HIA
KOEI HIA — TIEN HiUN ^yeou *tcbi heou tchi — yi — ye
KiEN *pei 'tchheng tou tchi yu chen tchhou — tshiu 'soei
*TSEOU *OEN heou tchhou
lecture japonaise.
T\I si. Kl KOKU GUWAI MU DAI ZIN KAKU KA yori Kl
KA he DEN KUN ^ kore ^ari sahurahu mune wo motive, etu
KEN ^nas*aretaki mune go sin siyutu no omomuki *sou
®MON wo 'toge sahurahu tokoro. ...
traduction.
En réponse à , en raison de l*idée qui est celle des
instructions télégraphiques (adressées) à vous par S. E. le
Ministre des Affaires étrangères de votre pays, comme (j*)ai
porté à la connaissance de S. M. le but de votre déclaration
de l'idée que vous désirez être reçu en audience , . . . .
notes.
Los okurigana font ici partie du texte; il ne reste que quelques
kaheriten que Ton supprime souvent, même s*il y a des inversions
à faire : d'ailleurs dles sont peu nombreuses et Tordre suivi est
presque partout conforme à la syntaxe japonaise. On a quelquefois
h. suppléer une particule non écrite , par exemple wo après sou mon.
Les phrases de ce style sont très longues : dans le texte cité, la
phrase complète n*a pas moins de 81 caractères idéographiques,
plus un certain nombre de syllabes en kana ; elle se compose de
7 propositions , une principale qui est la dernière , une coordonnée
secondaire qui se termine par tai si, et cinq subordonnées rattachées
aux autres par des mots jouant le rôle de conjonctions (^ ha,
^ setu, .I^T motite, ^.tokoro, ^ akida); toute la lettre se
LECTURE JAPONAISE DU CHINOIS.
233
compose de cette seule phrase, plus une courte formule pour le
commencement et une pour la fin.
La syntaxe est purement japonaise et très éloignée du chinois.
Quant aux mots, ceux qui expriment les rdations et forment le
squelette de la phrase, c'est-à-dire ceux qui sont en kana et qud-
ques-uns des autres (ici ^, J^y ^, j^ , ]^) s'écartent beau-
coup de leur emploi primitif; parmi les autres, je ne vois guère
que soei=stoge, signifiant effectuer (effectuer le ûiit de faire en-
tendre à S. M . ) qui offre un sens un peu spécial.
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il
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JOURNAL OFFICIEL DU JAPON,
1^ ^f Kuwan kau (n° du 4 janvier 1894 )«
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9
LECTURE JAPONAISE.
Saki ni hatu kau tei si seraretara tanosimi sou dan ha
HON GETU ITI NITI , TIU YAU SIN BUN ha ITU SAKU llUtuka ,
NiTU HON ha SAKU mituka idure mo kai tei seraretari,
TRADUCTION.
Levée de suspension a été faite pour le Tanosimi sou dan
le 1" janvier, pour le Tiu yau sin bun avant-hier 2 , pour le
Nitu hon hier 3 , publications précédemment suspendues.
NOTES.
Dans ce texte, comme dans le précédent et dans la plupart des
écrits modernes, les mots prononcés à la chinoise sont très-nom-
234 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897.
breux eu dehors même des noms propres. La phrase est écrite
exactement dans l'ordre japonais, il ne reste donc jdus même de
crochets d'inversion; il n'y a pas de démarcation bien nette entre
ce style, qui est aussi celui des textes législatifs, et cdui des com-
munications officielles : ce dernier est pourtant plus compliqué,
étant alourdi par de nombreuses formules de politesse.
ittt saku : les expressions employées ici seraient compréhensibles en
chinois, à l'exception de itu saku signifiant avant-hier. Mais on
trouve fréquemment des alliances de caractères qui sont pure-
ment japonaises et qui, en chinois, ou n'ont aucun sens ou ont
un sens très différent, ainsi : ^ ^ an nai, guider, indica-
tions qui guident; ^ -{^ bun ho, dénominateur d*une fraction.
tanosimi plaisir, joie , ce mot est écrit en hiragana H^ ^ ^ , au
: lieu du katakana j£i ^ ^ , que nous avons vu jusqu'ici, afin
de le faire ressortir, puisque c'est ici un nom propre; le hiragana
équivaut dans ce cas à nos italiques ; il est rare dans le Journal
officiel, il est au contraire de règ^e dans la plupart des autres
Journaux , dont le style est moins teinté de chinois. D'une façon
générale, le hiragana moderne, imprimé avec des caractères mo-
biles , est très net et ne présente pas de formes difficiles.
Atti placé après les noms des journaux, correspond bien nettement
à quant à, ou à ftév, . . 3é, . , 3éj et n'indique nullement le
sujet.
idure mo, n'importe lequel, donc tous : mo est une particule con-
jonctive, dont l'eifet est exactement opposé à celui de ha; elle
indique que le mot, la phrase qui précèdent, font partie d'une
série et ne sont pas considérés à part.
seraretaru, seraretari, participe et conclusif du parfait passif do
verbe suru faire.
LECTURE JAPONAISE DU CHINOIS. 235
HISTOIRE DE L'OUVERTURE DU PAYS AUX ETRANGERS,
^ @ jll& ^* ^^^ ^^^'^ '' ^"^^ (édition in-8" de 1887, p. 188).
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LECTURE JAPONAISE.
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Kaku /lo gotoAri ziyun ziyo wo hete, kei si guwai kau no ni
zï ïTi zi ni KETU sitari to ihedomo, kono ni zi ni kuwan
suru no ï Gi ha , kore to tomo m seu metu sezaru nari.
traduction.
Ayant passé par une telle série (de faits), bien que les
deux questions de la succession et des relations étrangères
eussent été réglées à la fois , quant aux divergences d*opinion
relatives à ces deux questions, il y eut le non-s'éteindre en
même temps que cela.
NOTBS*
Ici le hiragana est devenu de règle et le hatakana n*apparaîtrait
que pour jouer le rôle de nos italiques; les expressions chinoises,
encore assez nombreuses, sont prises dans un sens très normal.
L'ouvrage d'où cette phrase est tirée, passait, dans ces dernières
années , pour un modèle de bon st^e japonais contemporain.
hete est au gérondif, forme qui indique une proposition subordon-
née avec le sens de simultanéité ou de conséquence.
236 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897.
to ikedomo indique un verbe au concessif , c est-à-dire un verbe su-
bordonné au moyen de quoique.
sezam, participe négatif de sum faire, jouant le rôle d*un sub-
stantif : Taction de ne pas faire.
narif verbe au conclusif, il y a, il y eut.
IV
J'ajoute ci-dessous des tableaux qui permettront
de trouver les terminaisons, les particules, les mots
auxiliaires les plus fréquents et à Taide desquels ce-
lui qui connaît les caractères chinois, pourra se
rendre compte, dans les parties essentielles, de la
texture de la phrase japonaise. Comme mon but
présent est seulement de mettre à la portée de tous
les sinologues les textes du genre de ceux que j ai
expliqués, je me bornerai à noter les principales
formes et particules employées, sans en rechercher
l'origine ni en examiner la correction.
I. Inflexions verbales ou bases.
II. Terminaisons de dérivation verbale.
III. Suffixes de nature verbale.
IV. Suflîxes invariables.
V. Principales formes de la conjugaison.
VI. Expressions auxiliaires.
LECTURE JAPONAISE DU CHINOIS.
237
Tableau I.
INFLEXIONS VERBALES OU BASES.
l" CLASSE.
Radicid
> • • .
yo #.
asi
^
1° condusif .
yosi
U
asi
1
2* indéfini . .
yoku
^
asiku
\^
3" participe .
yoki
+
asiki
1 +
4° négatif. . .
yoku
l>
asiku
1'/
5° parfait . . .
yokere-
1 ^v
asikere | ^v^
IniDératif -- -
A^w' ^'X^A SAWar
2^ CLASSE, l'*
• ••• «WWW1
CONJUGAISON.
Radical ....
[yuk]
!
os"
wakat
i^conciusif •
yuka fj^ <
)SU ^%
wakatu
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3* indéfini . .
yuki
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wakati
^
y participe .
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1 ^ <
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wakatu
7
4** négatif.. .
yuka
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^
wakata
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5° parfait . . .
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>se
•B
wakate
15^
Impératif. . .
yuke
I > <
>se
•B
wakate
1^
2* CLASSE, l'* CONJUGAISON {fin).
Radical • . • .
[tob]
i^'conclusif .
tobu ^
2*^ indéfini . ,
tobi 1
3*^ participe ,
tobu 1
r négatif..,
toba 1
5° parfait. .
tobe 1
Impératif. .
tobe 1
7'
[yom]
[sar]
yomu Ha
saru
*;«-
yomi 1 B.
sari
1 'I
yomu 1 A
saru
h"-
yoma | -^
sara
|9
yome | ;l
sare
|v
yome | ;l
sare
|v
238
SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897.
3' CLASSE , 3* CONJUGAISON.
Radical . . .
i^'conclusif.
3** indéfini .
3* participe.
4* négatif..
5" parfait. .
Impératif. .
iukura ^^)l
^^ jikuru ^^;t
^< 1:.
iuknre ^^v^ |
iknre ^!r^
"y"' ^ (ikiyo ^+3
uni
e
ure
[makas]
makasu
makase
makasuru
makase
makasnre
makase yo
. (tatara
» ""^ (•tara
|Ute
oti
m*-
I«
, (tatare
• ^^ jotor.
. (taie YO
• (oti yo
2* CLASSE, 3* CONJUGAISON (tUlte),
[sih]
Radical .... [kan]
i-condusif. kanu MyL I*"" ^^^^
-^ (sihu
3** indéfini . . kane
3° participe . kannru
à^ négatif. . . kano
5° parfait . . . kanure | yi %^
Impératif. . . kane yo
he gH
sibi J3|b
Ihnru ^;L
sihuru g|^;L
^ (sihi jgk
jhare gv
(sihure ^y^^
jheyo g^
'''^ jsihi yo g|k3
' tutom 1
.uram J
tutomu
»A
urama
fRA
tutome
m*
nrami
tta
tatomum
»A^
nramom
IRA»-
tutome
m*
uraml
«a
tutomnre
1|A^
uramnre
IRa^
tutome yo
»«
urami yo
IRsa
LECTURE JAPONAISE DU CHINOIS.
239
2* CLASSE, 2* CONJUGAISON {fin).
Radical . • . .
1* condasif .
2*" indéGni . .
3" participe .
r négatif...
5* parfait. . •
Impëi^tif . . .
[oboy 1
mukuy J
oboyu
inukuyu
oboe
mukui
oboyum
mukuyuru
oboe
makui
oboyure
tnukuyure
obœ yo
mukui yo
9t^
ftx;L
ftx3
[osor]
kor j
osoru
koru
osore
kori
osoruru
korurn
•
osore
kori
osorure
korure
osore yo
kori yo
[uw]
Bj^^
B'^3
|uu
«^
Juwe
|2
! unru
I ^;i-
juwe
I2
juure
I ♦v
Juwe yo
I 23
2* CLASSE, 3* CONJUGAISON.
Radical . . . .
. [i]
[ki]
[ni]
1* conclusif
iru ^;t
kiru ^
|;t
niru ^;L
2*" indéfini . .
•
1
(-f)
ki
l(+)
ni
(=)
3° participe .
iru
;l
kiru
;t
niru
}i
4° négatif.. .
1
(-f)
ki
(*)
ni
(=)
5* parfait. . .
ire
••
kire
1-
nire
1-
Impératif. • .
i yo
|3
ki yo
\3
ni yo {
3
a* GLASSI
1, 3* CONJUGAISON
[fin).
Radical • . . .
[hi]
[mi]
[wi]
1*" conclusif .
biru 1
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m iru J
V^
wiru JJ
U
2* indéfini . .
hi
(t)
mi
(a)
wi 1
m
3* participe .
him
;l
miru
;t
wiru 1
!l
4* négatif.. .
hi
(k)
mi
(H)
wi 1
m
5* parfait, b .
hire
\/
mire
••
wire 1
••
Impératif. • •
hi yo {
3
mi yo {
3
wiyo 1
3
240
SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897.
Radical . . .
i^conclusif
2° indéfini .
3" participe
4** négatif..
5° parfait . .
Impératif. .
[ar]
ari ;^»)
ari
aru
ara
are
are
I "
IRREGULIERS.
[in]
inu
inu ^yi
ini I =. ki
inuru | yi)L kuru
ina I -^ ko
inure | 51 v kure
ine I 7 ko yo
3
l(+)
si
I;^
suru
IW
se
1-
sure
M
se yo 1
S emploient substantivement : i° le thème verbal;
dans la i '* classe , il se confond avec le radical , dans
la 2' avec Tindéfini; il a le sens dun nom abstrait,
quelquefois dun nom d'agent; 2° la a* base corres-
pondant à certains emplois de Tinfinitif français;
3** la 3* base correspondant à un nom d'agent ou
à un nom d'action : yomu = le liseur et aussi la
lecture (le fait de lire).
En qualité de verbe : le conclusif est ie verbe de
la proposition principale; il n'est d'aucun temps et
d'aucun mode; par opposition aux formes à su£Bxes,
il correspond souvent au présent; il est toujours à
la fin de la phrase.
L'indéfini n'est d'aucun mode ni d'aucim temps,
mais représente le mode et le temps du premier
verbe qui le suit; il ne peut se trouver que dans
une proposition secondaire.
Le participe se joint aux substantifs comme qua-
lificatif et sert à remplacer nos propositions relatives;
il correspond souvent au temps présent. Il remplace
LECTURE JAPONAISE DU CHINOIS. 241
le conclusif dune proposition principale dans
quelques cas spéciaux.
Le négatif n'est Jamais employé sans suffixes.
Le parfait remplace dans quelques cas le conclu-
sif dune proposition principale; le plus souvent, il
se joint à des sufiixes.
La conjugaison ne tient aucun compte des per-
sonnes , des genres ni des nombres ; elle se fait par
ladj onction de suffixes aux différentes bases : dans
la 2^ classe, l'adjonction se fait directement, avec
élision de la voyelle finale, ou de l'initiale, ou avec
contraction, pour éviter l'hiatus; les verbes de la
1^° classe ne prennent directement que les suffixes
ha, mOt domOy te; tous leurs autres temps se forment
avec l'auxiliaire ara, être.
EXEMPLES DE FORMES A SUFFIXES.
yokare = yoku-are
yokariki = yoku-ari-ki
yokarazaru = yoku-ara-zu-aru
yokaru bekariki = yoku-aru-beku-ari-ki
yokaru bekarazuba = yoku-aru-beku-ara-zu-ba
yokaru bekarazareba = yoku-aru-beku-ara-zu-are-ba
yokaru bekarazaredomo = yoku-aru-beku-ara-zu-are-do-mo
yukeri = yuki-ari
yukinaba = yuki-ina-ba
yukitariki = yuki-te-ari-ki
yukazarisikaba = yuka-zu-ari-sika-ba
yukazarîsikadomo = yuka-zu-ari-sika-do-mo
yuku bekarazaredomo = yuku-beku-ara-zu-are-do-mo
242
SËPTËMBREOCTOBRE 1897.
Tableau IL
TERMINAISONS DE Dl^RIVATION VERBALE.
a. Les sens transitif et intransitif dun radical
sont distingués par une légère variation dans la forme
du mot. Cette variation se fait sans règles précises.
Ebcemples :
Intrans. .
Tatu, ti
*y
être debout.
Trans. . . .
Tatoru, te
■*7;t
dresser.
Intrans.. .
Ugoku, ki
«^
être en mouveoieiit.
Trans. . . .
Ugokasu, si
»^
mettre en mouvement.
Intrans. • •
Yoru, ri
^;t
s'aj^procher, s'assembler.
Trans. . . .
Yosuru, se
^7.?l
rassembler.
Intrans. . .
Kiruru, re
^Jt)V
être discontinu.
Trans. . . .
Kiru, ri
^;l
couper.
Intrans. . .
Tugaru, ri
ffi^'
être continu.
Trans. . . .
Tugu, gi
my
suivre, succéder à.
Intrans. . .
Iduru, de
HJyVt
sortir.
Trans. . . .
Idasu, si
œ^
tirer, sortir quelque chose.
Intrans. . .
Sadamaru, ri
£;t
être fixe.
Trans. . . .
Sadamurn, me
SA;t
fixer.
Intrans. . .
Noburu, bi
' ^ 7Vt
être étendu, s'étendre.
Trans. . . .
Noburu, be
' ^ 7';t
étendre.
b.
ACTIF.
CAUSATIF.
FOTIIITIBrVAttir.
rr#
conjugaison.
^—
Yuku fjjf
Yukasuru . se ^i^ %JV ) a^ ^
Yukasimuru, me ^ifl^UJl^, ^
Yukaram, re
HUM»-' mn
LECTURE JAPONAISE DU CHINOIS. 243
ACTIF. , CAUS4TIV. POTEHTIEL-PASSIF.
T conjugaison.
jg, ( Ukesasuru, se 5^^^-''') A.iit i Ukeraruru, re
Ukuru ^^;t| ukesimaru, me 5>V^A;tj'9^^|S^^;Wt. tSfS
3* conjugaison.
g J Misasuru , se ^ ^^%)l' | a. a i Miraruru , re
^"^ X.^^ I Misesimaru, me l.-eVA;t)'^* ( ^^;Pt, Sfcl,
/rre^tt/icr5.
^ j Arasura, se ^JT-)^ |a.A-J Araruru, re
Aru m^^ j Arasimuru. me ^^U^)l)'^^ \ ^'7?l)l. îfC^
44. ( InasmTi, se ^'^%)^ )>V44.( Inaruru, re
-rfr I Kosasuru, se 2K*^^;t ) >vife i Koraruru, re
Kuru ^;L | j^^^j^^^ ,^^ • ^j^^^^^ j>9^^j jJç^;L;t, fjrjjç
Surn >fiî,L jSesasuru, se j^t^;^;t ) j Seraruru, re
On trouve même des passifs de causatifs ; ex. : ara-
serarara, Sfc '^ W-
Le causatif indique que l'action est faite non par
le sujet directement, mais par Tintermédiaire d'un
agent qui se met au datif.
Le potentiel-passif a deux sens ; ukerarara signifie
soit pouvoir recevoir (potentiel), soit être reçu (pas-
sif); le nom de l'instrument, de l'agent se met au
datif. Le potentiel et le potentiel du causatif ont
souvent un sens honorifique.
244 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897.
c. Les verbes de la i** classe forment des verbes
dérivés appartenant à la 2® classe. Exemples :
Siroki , ku ^ #
Siroma, mi j^A
Siromaru, ri j^'^'I'
Siromuru , me j^ A;t rendre blanc.
être blanc,
devenir blanc.
j Hosiki, ku ;^4f être désireux.
( Hosigaru , ri ^if?^ ^^^ désireux d'une façon habituelle.
LECTURE JAPONAISE DU CHINOIS.
245
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LECTUHE JAPONAISE DU CHINOIS.
247
Tableau IV.
SUFFIXES INVARIABLES.
(N. B, Voir le N, B. du tableau 111.)
a. Se joignant aux verbes et aux suffixes de na-
ture verbale.
ra
\ LA 1 BASE
to h
tomo h ^ , fe , ^
to ihedomo J k B§i.
yainaya ^j^
que, introduit une citation, remplace
les guiflemets.
même si.
quoique, bien que.
interrogatif ou exclama tif.
dès que.
ha (ba) /n, ^
mo t
tomo ht, )e, ^
to h
to ihedomo
mo t
ni ::.
wo ^
À LA 2* BASE.
( après zu, ku) si hypothétique,
(après te) particule disjonctive, quant à.
même si.
nagara -^Hf^ , ^ en même temps que.
A LA 3* BASE.
que, etc.; même sens que plus haut,
quand la syntaxe exige le verbe au
participe.
quoique, bien que.
même si.
marquent un opposition faible : sur
quoi, là-dessus, mais.
«7
248 SëPTËMBHE-OGTOBRË 1807.
kara fj^ après que.
ka ;9r , ^ interrogatif ; si dubitatif.
na ^ forme Timpératif prohibitif.
X LA 4* BASE.
ba /^, ^ particule disjonctive, si hypothétique,
baya /^^ forme Toptatif.
X LA 5* BASK.
( que, etc.; comme pins haut, quand la
^ I syntaxe eiige le verbe au parfait.
domofe. ^ ! J^w"^ q«e, quoique,
• ^ ^ particule disjonctive; quand, puisque,
^ ^ en tant que.
6. S'attachant aux noms.
de; partitif, génitif; sujet
de; possessif, génitif; sujet.
à; datif, locatif, instrumentai; énumé-
ratif ; forme des adverbes.
locatif; sujet.
étant; instrumental, locatif.
vers; marque la direction.
jusqu*à.
depuis (ablatif). Écrit g, ou Q, il
kara jj^ | se place devant le nom et se lit après
lui.
depuis (ablatif); que, comparatif.
yori H «) l ^ ♦ H ♦ même remarque que pour
[ et, avec; conjonctif et énumératif; în-
^ . 1 troduit une citation , forme des ad-
verlxïs. 1^, même remarque que
pour hwra.
no
>^1t
ga
a
ni
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ni ha
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nite
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he
^^
made
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ya, yo ^, 3
wo
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tati
gaU
siyu
nado
ha
mo
domo Kt, )t, ^
LECTURE JAPONAISE DU CHINOIS.
vocatif.
exclamatif , marque l'accusatif.
marques de pluriel.
249
^.-^
ka
fr.
zo
koso
sahe
sura
dani
damo
t^
bakari fj-, ;^ir^)
nomi jjj Ë^ , y i
nagara '^, •:^;5ir^
dutu ^.3fe.-/7
et estera.
disjonctif : quant à; se met après un
nom , un verbe , une autre particule ,
toute une phrase.
i' conjonctif: aussi, même; répété et avec
un négatif, il équivaut à ni . . . ni ;
^^ , n'importe qui, et avec un né-
gatif, personne,
dubitatif: |||;^, qudqu'un.
emphatique, insiste sur un mot ou
une phrase qui précèdent.
même, si peu que ce soit, seidement
(plutôt avec le sujet).
même sens (avec le complément indi-
rect).
même sens (avec le complément di-
rect).
seulement.
même sens, à la fin d'une phrase.
tel que, sans changement.
à la fois.
250
SEPTEMBRE-OCTOBRIi 1897.
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LECTURE JAPONAISE DU CHINOIS.
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252
SKPTEMHRE-OCTOBRK 1897.
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254
SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897.
Tableau VI.
EXPRESSIONS AUXILIAIRES.
(N. B. Voir le N. B. du tableau lU.)
a. Suffixes composés correspondant à des conjonc-
tions, prépositions, etc.
no tohori /^^ /h * »)
ni oite
ni okeru
ni site
ni tuite
ni tuki
ni tuki
tuke, duke
ni yori
ni yorite
yorite
taru, ri (to
aru)
to site
tote
wo site
wo motite
iJir
comme /diaprés (se met aussi
après un participe).
locatif; sujet.
comme, en quidité de.
en raison de.
locatif.
au sujet de, en raison de.
à la date de (après un sulMtan-
tif , sans marque de caf).
conformément à.
en conséquence,
être : ex. ^ J^^?^ ^. «y»
zin tara hko, un homme qui
est maître.
comme, en qualité de.
disant que, admettant que,
supposé que.
en ce qui concerne; sujet.
au moyen de, par suite de.
b. Substantifs jouant le rôle de conjonctions et
LECTURE JAPONAISE DU CHINOIS. 255
substantifs auxiliaires (ils sont précédé^ soit de no,
soit dun participe).
ahida
FaT.rty
en (avec participe présent);
comme.
uhe
omomuki
en sus de, après avoir,
le sens , la teneur.
kata
gi
koto
le fait de (précédé directement
d'un mot composé chinois).
quant à Taffaire.
la chose de, le fait de.
sai
si dai
lorsque, au cas de.
en suite de, en conformité de.
sein
dan
deu
lorsque, au cas de.
quant à l'affaire; jjfj ^ , hono
dan, pour cette fois,
comme, en.
loki
tokoro
hadu
lorsque,
comme.
nécessité , nécessairement , il
faut ( souvent ^ =: , hadu ni ) .
mune
if. Aï
le sens, la teneur.
yau
«l.^^
de façon à.
C, Verb(
îs auxiliaires, etc.
asohasu, si
ahi naru, ri
katagata
kanuru, ne
honorifique, appliqué fréquem-
ment à riilmpereur.
devenir, faire.
à cette occasion, je saisis celte
occasion pour,
il est difficile de.
go za
(suivi de aru ouf
de 5aAaraAu. ) [
honorifique.
gozaru, ri
sahurahu, hi
verbe honorifique ; ^^l ^ ^ ,
'jBI ^<^ dil , sahnrahedomo ,
mode concessif du même.
256
tamahu, lii
todoku, ki
todokuru, ke
naki, ku
SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897.
mausu, SI
masu, si
masuru, se
hatamata jf( 31* /^^('^^E
^
verbe honorifique appliqué sur-
tout à l^Empereur.
atteindre, avoir Teffei.
faire atteindre, informer.
il n*y a pas (négatif de ^7t
aru), El. î ^ jj^. ^ore no-
ku, il ii*y a' pas le fui de;
j^ j^, kore ari, il y a le
fait de).
d'autre part; sert à introduire
une nouvdle question.
dire; auxiliaire honorifique,
auxiliaire honorifique.
INDEX ALPHABl^TIQUE DES PARTICULES ET TERMINAISONS
CITÉES DANS LES TABLEAUX.
ahida
tabl. VI. b
H.o'^ *r. ^"OK
ahi naru
tabl. VI. c
* jA^^» * jA ^
aku
tabl. III, c« participe
r^. o<
aru
tabl. VI, c
;f ;l. # à
asobasu
tabL VI. c
ai^.*^
b
voir aussi k pour les mots avec b
initial.
ba
tabl. IV, a, 2* base. 4' base. 5* base
#./^. tt
bakari
tabl. IV. b
tf* Aif^if }it ♦ •!
baya
tabl. IV. o, 4* base
A't, tt 4»
beki
tabl. ITI. a, participe
^^,'^é
d
voir aussi t pour les mots avec c/
initial.
damo
tabl. IV. b
^^* K ♦
dan
tabL VI. 6
S, ^v. K/L
dani
tabl. IV. b
j^,^-. *f *
de
tabl. III, d, indéfini
f*. t
tabl. IV, b
id,, id.
deu
do
domo
dutu
garu
gâta
g»
go za
gozaru
ba
hadu
hatamata
he
hi
LECTURE JAPONAISE DU CHINOIS.
tabl. VI,6 j^'T*^' 1: ^
tabl. IV, a, 5* base K» ^
tabl. IV, o, 5* base h'^, îe. ^
tabi. IV, b id,y id,, id.
tabl. IV. i ^, jlg, r9. ^^
257
bu
tabl. I, 2* cl., 2* conj., indéfini, né-
gatif, impératif
tabl. 1 , 2* d. , 2* conj. , indéfini , né-
gatif, impératif ( pour ye )
voir aussi k pour les mots avec g
initial.
tabl. IV, b
tabl. II, c
tebl. IV, b
tabl. VI, b
tabl. VI, ç
tabl. I, 2* cl., i" conj., négatif
tabl. IV, a, 2* base
tabl. IV, b (niha)
tabl. IV, b
tabl. VI, i
tabl. VI, c
tabl. I, 2* cl., i" conj., parfait,
impératif
tabl. I, 2* cl., 2* conj., indéfini, né-
gatif, impératif
tabl. IV, b
tabl. I, 2* cl., i'* conj., indéfini
tabl. I, 2* cl., 2* conj., indéfini, né-
gatif, impératif
tabl. I, 2* cl., 3* conj., indéfini, né-
gatif, impératif
tabl. I, 2* cl., i" conj., conclusif,
participe
X, X.
la M' Xi' 3¥. <^ *
id,, id., ^
id,, id,, id,
id,, id,, id,
S*. /^^. \U ->
id,, id,
id,, id,
b. CA
id., id,
id,, id,
7» ^
258 SKPTEMBRE.OCTOBRE 1897.
hu labl. I, 2* d. , 2* conj., conclusif 7 i .^-v
hure tabl. 1, 2* cl. , 2* conj., parfait ^v^i .^ v
huru tabl. I, 2* cl. , 2' conj., participe y)L, ^ ^
i tabl. I, 2*cl. , 2* conj., indéfini, né-
gatif, impératif (pour j/) >f , y}
tabl. I, 2' cl., y coûj., indéfini, né-
gatif, impératif iiL, iL
inaya tabl. IV, a, 1" base §, -f-^-Y, vp j^ -<»
ka tabl. I, 2* cl., 1'" conj., négatif H; , b
tabl. IV, a, 3' base id., ^ , t
tabl. IV, b id., id., b
kanuru tabl. VI, c ^;t
kara tabl. IV, a, V base irj , ^ l,
tabl. IV, h ic/., g, 0
kato tebl. VI, i if * i; ^ . b fi
katogata toW. VI , c ^ , » *i y *^
ke tabl. I, 2* cl., 1" conj., parfait,
impératif ^ , Vf
tabl. I, 2* cl. , 2* conj. , indéfini, né-
gatif, impératif id., id,
tabl. Uly b, négatif id. , id.
kert* tabl. I, 1" cl., parfait ^v, )i v
tabl. m , 6 , parfait id. , id,
keru tabl. III, 6, participe ^;t» ^ ^
ki tabl. 1 , 1 " cl. , participe ^ , J
tabl. I, 2* cl., i*"' conj., indéfini id., id,
tabl. I, 2* eJ,, 2* conj., indéfini, né-
gatif, impératif id., id.
tabl. I, 2* cl., 3* conj., indéfini, né-
gatif, impératif id., id,
tabl. I, 2* cl., irrégulier, indéfini id., id.
tabl. III, b, conclusif id., id,
ko tabl. I, 2* cl., irrégulier, négatif,
impératif jJS , 3 , 4
koso ubl. IV, ^ ny , 4 ^
LECTlRE JAPONAISE DU CHINOIS.
250
koto
ku
kure
kuru
ma
made
maru
înasu
masuru
mausu
maziki
me
meru
mi
mo
motite
mu
mune
labl. VI, b
tabl. I, i"* cl., indéfini, négatif
tabi.1, 2' cL, i" conj., conclusif,
participe
tabi. I, 2* cl., 2* conj., conclusif
tabl, I,,2' cl., irrégulier, conclusif
tabl. I, 2' cl. , 2' conj., parfait
tabl. 1 , 2* cl. , irrégulier, parfait
tabl. I, 2*. cl., 2* conj., participe
labl. I, 2* cl., irréguiier, participe
tabl. I, 2" cl., i" conj., négatif
tabl. IV, h
tabl. II, c
tabl. VI, c
tebl. VI,c.
tabl. VI, c
tabl. III, a, participe
tabl. I, 2* cl., 1" conj., parfait,
impératif
tabl. 1 , 2* cl. , 2* conj. , indéHni , né-
gatif, impératif
tabl. III, a ^ participe
tabl. I, 2* cl., i"* conj., indéfini
tabl. I, 2* cl., 2* conj., indéfini, né-
gatif, impératif
tabl. I, 2* cl., 3" conj., indéfini, né-
gatif, impératif
tabl. IV, a, 2* base, 3* base
Ubl.lV, 6
tobl. VI,a
tabl. I, 2* d., !*• conj., conclusif,
participe
tabl. I, 2' cl., 2* conj., conclusif
tabl. II, c
tabl. III, (/, participe
tabl. VI. 6
^, <
id,, id,
id,, id.
id,, id,
id, , id,
-^. t.
id,, id,
a, V
id,, id„
id..
a.
4
t,
t
id..
^,
t
.W
.^r
, tf T,
^Vf
A.
c
id,.
id.
id..
id.
id,.
id.
A^
-w^
V Sfc.
2Ô0 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897.
mure tabl. I, 2* cl., a'conj,, parfait /^v, v v
muni tabl. I, a* cl., a' conj. , participe A;t, o ^
tabl.n,c W., id.
n tabl. III, d, participe y, A,
na tabl. I, a* cl., irrégulier, négatif ■^, 4>
tabl. IV, a, 3' base irf., id.
nado tabl. IV, 6 ^|.», ^, ^, 4, Ç.
nagara tabl. IV, a, a' base ■^:;y'? , '^ï 4» *" I?
tabl. IV, i û/., iW., iV.
naki tabl. VI, c ^+»:^+'^»
nari tabl. III, a, conclusif .|j^, ■^»J, 4 »)
naru tabl. lU , a , participe ^;L, ^ /^
ne tabl. I, a* cl., a* conj., indéGni, né-
gatif, impératif jj:, îb,
Ubl. I, a' cl., irrégulier, impératif id,, id,
tabl. m, rf, parfait jd., ^, t^
ni tabl. I, a' d., 3* conj., indéfini, né-
gatif, impératif -, «9»
tabl. I , a* d. , irrégulier, indéfini id, , id,
tabl. IV, a, 3«base lU, id.
labl.IV, 6 y., ]R,4.
ni ha tabl. IV, 6 =./%, s.^ , * Vl
nite tabl. IV, 6 zs-f-, 4» t
no tabl. IV, 6 >' » j^ » *^
nomi tabl. IV, 6 /'S, Bff R, *^ *
nu tabl. I, a' d., a' conj., conclusif 5I , ^
tabl. I, a* cl., irrégulier, conclusif id,, id,
tabl. IIl, (Z, participe id,, /fi, ^
nure tabl. I. a' d.. a* conj., parfait JLy^, 4^ %^
tabl. 1. a* cl., irrégulier, parfait id,, id.
nuru tabl. I, a" d., a* conj., participe JLjl, i^ h
tabl. I, a* d., irrégulier, participe vd,, id,
tabl. m, b, participe id., id.
oite tabl. VI, o jjj^f
LECTURE JAPONAISE DU CfflNOTS.
261
okeru
tabl. VI,o
jR^i-
omomuki
taW. VI , b
m
ra
tahl. I, 2* cl., i" conj., négatif
9. 1.
tabl. 1 , 2* cl. , irrégulier, négatif
id. , id.
tabl. IV. b
id.,^. h
ramu
ran
! tabl. m , a , participe !
raruru
tabl. II, 6^ potentiel
=?^^;^. a
rasi
tabl. III, a « condusif
^t-, io
re
tabl. I, 2* cl., i" conj., parfait, im-
pératif
V
tabl. I, 2* cl., 2* conj. (ure, hure.
sure, etc.)
id.
tabl. I, 2* cl., 2* conj., indéfini,
négatif, impératif
id.
tabl. I, 2* d. , 3* conj., parfait
id.
tabl. I, 2* d. , irrégulier, parfait.
impératif
id.
tabl. I, 2* cl., irrégulier (nure, hure.
sure)
id.
ri
tabl. I, 2* cl., i" conj., indéfmi
tabl. I, 2* cl., 2* conj., indéfini, né-
»)
gatif, impératif
id.
tabl. I, 2* cl., irrégulier, conclusif,
indéfini
id.
ru
tabl. I, 2* d.. i" conj., conclusif,
participe
;t, «
tabl. I, 2* d., 2* conj. (uiii, kuru.
snru)
id., id.
tabl. I, 2* cl., 2* conj., conclusif
id., id.
tabl, I, 2* cl,, 3* conj., conclusif.
paiticipe
id,, id.
tabl. I, 2* cl,, irrégulier, parti-
cipe
id., id.
tabl. I, 2* d. , irfégulier (niiru.
faim, sura
id., id.
tabl. III, e, participe
id., id.
X.
i8
262
mire
ruru
sa
sahe
sahurahu
sai
sasuru
se
sesiniuru
setu
si
si dai
sika
siinuru
site
siyu
su
sura
sure
suru
SEPTE>1BRE-0CT0BRE 1897.
labl. I, 2* d. , 2* conj., parfait ^l'-v^. j^ v^
tabl. I, 2'd. , 2* conj., participe ;t;t, J^ 6
tabl. Il, b, potentiel id, , id, , ^
tabl. J, 2* d., i" conj.. négatif
tabl. IV, b
tabl. VI, c
tabl. VI, A
tabl. II, 6, causatif
taW. I, 5* cl. , i" conj., parfait,
impératif
tabl. I, 2' cl,, 2* conj., indéfiÎDi, né-
gatif, impératif
tabl, l, 2* cl., irrégulier, négatif,
impératif
tabl. III , b, négatif
tabl. U, b, causatif
tabl. VI, 6
tabl. I, i" cl., condusif
tabl. I, 2* cl., i" conj., indéfini
tabl. I, 2* cl., irrégulier, indéfini
tabl. III, bt participe
tabl. VI, b
labl. III, b, parfait
tabl. II, 6, causatif
tabl. VI, a [ni site, tu sitr , wo site)
tabl. IV, b
tabl. I, 2* cl., i" conj,, conclusif,
participe
tabl. I, 2* d. , 2* conj., conclusif
tabl. I, 2* d., irrégulicr, condusif
tabl. IV, b
tabl. ï, 2* cl., 2* conj., parfait
tabl. I, 2' cl., irrégulier, parfait
tabl. I, 2* d., 2* conj., participe
tabl. J, 2* cl., irrégulicr, participe
tabl. Il, b, causatif
id., id,
id. , id.
id, , id,
lit
V, 1
id., id,
id,, id,
ui,, id,
Vif, I o
vt. y , I t
m
id,., id,
id,, id.
id. , id,
id., ^
LECTURE JAPONAISE DU CHINOIS.
soa
ta
taW. I, 2* cl., i" conj., négatif
^.K ..
^
taki
labl. m, b, participe
* + »Jft*
tamahu
tabl. VI . c
^-^y^Hè^^
Ï7 -
taru
labl. m ,- 6 / participe .
5r;t, *r ib' •
V * •
labl. VI. a
id., id,'
lati
labl. IV, b
5«^.if, ti
h
le
tabl. I, 2* cl., i" conj., parfait.
T..
impératif
■7^."t' •
taW. I, 2* cl., 2* conj., indéfini, né-
gatif, impératif
id., id.
labl. lïl, 6, indéfini, négatif
id,, id, ;■ ,
«tf <
tabl. IV, b (nite)
id,, id.
ti
labl. I, 2' cl., i" conj., indéfini
^ . t>
labl. I, 2' cl. , 2" conj., indéfini, né-
.> ••
gatif, in^pératif
id,, id.
lo
labl. JV, a, 1" base, 3' base.
5' base
h. {
labl. IV, b
ic/., ^. 5
todoku
labl. VI, c
JS^
todokuru
tabl. VI, c
JS^^^
• !
tohori
iabl. VI,a
mr
to ihedomo
labl. IV. a, 1" base, V base
>>f--h'%, h
11%
loki
labl. VI , b
fl#. K+» ■\
. »=. 5 *
tokoro
tabl. VI, J
j^,^, hnit '
tomo
tabl. IV, 0, 1" base, 2* base
ht, )e,^
•"
lotc
tobl.VI,a
hrv Ç 1
lu
labl. ï, 2' d., i""* conj., conciusif,
participe
^. r>
labl. I, 2* ci., 2' conj., conciusif
id., id.
tuile
labl. VI , a
VAr. m^
tuke
labl. Vï. a
m-^^
tuki
tabl. VI, a
#*• «t*'
#
tupe
tabL I, 2* d., 2* conj., parfait
7 v, ^ •
luru
labl. I, ■2* d., 2' conj., participe
-7;t, ^ >b
tabl. lU, 6, partici|M^.
id, , id.
u
labl.l, 2'cL, 2* conj., conciusif '^» ^,
5
18
yorite
264 SEPTBMBRE-OCTOBRE 1897.
u tabl. I, a* d., a* çonj., condusif
(pouruitt) ^, 1
uhe tabl. VI, i ^^. Jl
ure tabi. I, a* d., a* conj., parfait ^v, 5 v
tabl. I , a' d. , a* conj. , parfait (pour
wure) id», id»
upu tabl. I, a* d. , a* conj., paptidpe ^;t, 5 6
tabl. I, a" d., a* conj., participe
( pour wura ) id», id,
va cf. Ao />, Vl
we tabl. I, a* d., a* conj., indéfini, né-
gatif, impératif X* i,
wi tabl. I, a* cl., 3* conj., indéfini, né-
gatif, impératif # . ^ , A
wo tabl. IV, a, 3' base ^» ^ ^
tabl. IV, h id,, id., id,
ya tabl. IV, a, i" base ^^ ^* M* JH* ^
tabl. IV^ a» k" base [baya) id,, id,
tabl. IV. h id., id,
yt inaya tabl. IV, a, i" base Y-f -^-Y, Y 5
yau tabl. VI, b Y^. H» 4» 1
yo tabl. I, a* cl., a' conj., impératif 3, (
tabl. I, a* cl., 3* conj., impératif id,, id.
tabl. I, a' cl., irrégulier, impé-
ratif id.t id.
tabl. IV. b id., id.
yori tabl. IV, i 3»J,|jg, g, ( »j
tabl. VI, a id., ^
tabl. VI, a J3.,r,«^,H.*^
yu tabl. I, a* d., a* conj., condusif i, l^
yure tabl. I, a* cl., a* conj., parfait iv. I^^v
yuru tabl. I, a* d., a* conj., participe x;t, 19^ ^
, •
LECTURE JAPONAISE DU CHINOIS. 265
z voir aussi s pour les mots avec z
initid
zaru tabl. III, (2^ participe t^7t, ^ 6
ti tabl. Ul^ d, participe vA. ^
20 taW.IVj r* V
<u tabl. III, d, conclusif indéfini, né-
gatif ^; ^. >
266 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897.
DE LA PARTIE COMMUNE
DES PÂDAS DE 11 ET DE 12 SYLLABES
DANS LE M AND AL A III DU RGVEDA,
PAR
M. A. MEILLET.
La forme de la ftn des pâdas de tristubhs et de ja-
gatïs est fixe et n*appeUe pas d*obsen'ations nouvelles.
Les sept premières syllabes sont beaucoup plus libres
et y n a pas paru inutile de chercher à préciser et com-
pléter par une statistique portant sur un maiidala
entier — le troisième — les observations consignées
dans les prolégomènes de l'édition du Çgveda de
M. Oldenberg, p. 42 et suiv.
Les résultats obtenus jusqu'à présent conduisent
à montrer l'importance de la coupe et à faire ressortir
la tendance à une certaine régularité dans l'emploi des
quantités longues et brèves : c'est donc en étudiant
à part chacun des deux types de coupes et en fixant
la quantité dans ces deux cas qu'on a chance d'ajouter
quelques faits nouveaux à ceux qui sont déjà connus.
Des sept syllabes considérées ici , la première seule
a une quantité indifiFérente dans tous les cas; dans
DES PADAS de h et de 12 SYLLABES. 267
loules les autres, une préférence pour la longue ou
pour la brève s accuse d'une manière plus ou moins
nette. '
Tous les pâdas de 1 1 ou de 1 2 syllabes présentent
une coupe soit après 4 , soit après 5 syllabes. On n a
constaté dans le mandala III que S exceptions : 16,
6 c — 53, 2 d — 58,7 a. Dans les 3 , la 6* syl-
labe est longue et la y'' brève et ce trochée est pré-
cédé d un autre trochée ; 16, 6 c est un pâda de
satobfhati et peut être considéré comme ayant sa
coupe après 8 syllabes (Grassmann, K. Z., XVI,
I 78 n. et CHdenberg, toc. cit.^ p. 1 1 1 et suiv.); les
deux autres ont aussi une coupe après 8.
I
Quand la coupe est après k , les syllabes 5 , 6 et
7 ont lune des k formes s*v>^, .^s^-, wv*s^, -^^fc>.
Suivant cette règle générale, la 2" syllabe après la
coupe est brève; les types v^, — ., .^--,, w-s^, --^
sont donc exceptionnels. En fait on rencontre :
1° , — .- 2 fois : 1 6, 3 c (avec coupe après 8 sui-
vant l'observation de Grassmann citée plus haut :
cf. 16, 6 (?) et 18, Ix c (pour introduire la nom
propre viçvàmitr^sn)\ •
2" — yj 2 fois : 4, 4 cî et 4, 8 c; le second
exemple est amené par la nécessité de faire entrer le
mot sârasvatébhir (nom propre) dans le mouvement
208 SKPTEMRRE-OCTOBRE 1897.
général de la strophe; quant k U, à d on y Mi devà-
vyacâ\ il ny a pas lieu de rappeler ici Tanomalie de
V, 1 , 1 2 d où il faut sans doute lire amvàhcant au
lieu de nruvyàhcam, car, comme le montre le fé-
minin arûct, le masculin uravyàhc^ wravyàc- est
ime corruption de uravahe- sotis Imfluence de wror
vydcas-\
3® ^J — 9 fois (en ne tenant pas compte de i4,
1 (2 où on lira prthv[ijyâm au lieu de prthivyAm) :
il, 8 d peut être éliminé en lisant amacan au iieu
de amahcan et 36, i d en lisant mahàbKih [cf. VU,
37, 1) au lieu de mahddbhih (on corrigera dé même
IV, 4 1 , 2 d) ; il reste 3o, i5 c — 35,9 c — 53,
2 1 d (dans ces 3 exemples on pourrait aussi couper
après 5, ce qui produirait une forme également
anomale) - — 2, Ix a (cf. une anomalie provoquée
par le même participe sanisyànt- dans le même
hymne 2 , 3 d, et de plus IX, 90, 1 — IV, 20, 3=^
V, 3 1 , 11 [subjonctif] ; il faut lire sanis- au lieu de
sanisy- dans tous ces passages , d'après une variante
fournie par le Sâmaveda pour IX, 90, 1) — ai,
5 c (dans un hymne liturgique de forme très parti-
culière et qui présente d'autres anomalies métriques)
— 2 2,3c [parAstât\ sur 1 2 pâdas, le même hymne
présente une autre anomalie dans 1 a) — 33, 12 d
[prnàdhvam) ;
4" sj-yj 10 fois; cette forme se trouve surtout
dans les hymnes où la forme - sj des syllabes 6 et 7
PES PADAS de 11 ET DE 12 SYLLABES. 26Q
est fréquente lorsque le pâda est coupé après 5 ; c est
la preuve d une tendance au rythme ianibique (voir
Kûhnau, Die tristabh-jagatï familie , p. 78). On a
1, i5 c [mimîhi); mais on peut lire mlmihi, cf.
didihi et didihi (Wackernagel, Altindische gramm.,
I, p. à']) — 1* 17 c [avâsayo; si Ton admet
une coupe après Taugment, le pâda est correct):
l'hymne I a 9 exemples de la forme - sj pour les
syllabes 6 et 7, contre 89 de ^j^j, proportion plus
élevée que la moyenne — ilx, '] ci (kavikrato; cf.
plus bas l'observation à propos de i4, 6 c) — 19,
2 a [havismatim) — q6, 6 a [ganàrn ganam, ano-
malie appelée par le mouvement de la phrase et le
parallélisme de vrâtam vrâtam qui commence le
pâda) — 43, 3 a [namovrdham) — li'j, 1 b [anas-
vadhàm) : dans ces 5 derniers cas il y a une coupe
secondaire entre la 6® et la 7® syllabe — ïli, 6 c
[sahasrinam; le type -v> se trouve dans 6 autres
pâdas (lu même hymne coupés après 5 , et s^ v> dans
9 seulement) — 34,8a [vàrenyam) dans un hymne
où la forme _ v> après 5 manque absolument et où
rien ne fait attendre une anomalie quelconque.
Les autres cas où la coupe est après 4 se répar-
tissent de la manière suivante , en tenant compte à
la fois de la quantité des trois syllabes qui précèdent
la coupe et des trois qui la suivent. (Le nombre
des cas reconnus ici de la forme - v^ »-» après la coupe
est un minimum, parce que les exemples — peu
nombreux — qui comportent une coupe , même très
270 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897.
faible, entre la longue et les deux brèves ont été
attribués à la coupe après 5 ).
— — N^— \> o — 208 il — o— — \^— g5.
^ v>v._ i4i ^ -o- 64
^ ^ \J \J V»«u>— 95 ^ ^ KJ KJ ^ KJ ^ 2^
^ Kj *u» *u» — 5o — ^ — \j — 54
Hvo— oo^ ]i3 ^oo— ^v^ ^
492 348.
^-. — -. \j KJ Kj 4o — — — wv i5
^ \j \j ^ KJ yj yj 3 ^uv^.^ «.ou I
108 il
soit un total de 889 exemples pour les quatre type».
En ce qui concerne les proportions numériques
des quatre cas, cette statistique confirme simplement
celles que Ton a déjà faites (voir CMdenberg, Die hym-
nen, I, p. 87 et suiv.).
Si Ton tient compte de la fréquence du dactyle
dans la langue, on voit que le dactyle après la coupe
est nettement évité. 11 est curieux que 1 9 des exem*
pies présentent ime coupe plus ou moins intense
entre les deux brèves du dactyle, par exemple ya^
DES PADAS de 11 et de 12 SYLLABES. 271
nàin avanta 8,8; apsusàdam 3,5. — Dans 3 cas il
serait peut-être permis de couper après la longue , ce
qui ferait rentrer ces pâdas dans le cas de la coupe
après 5 : saamanasé i, 21 d (on notera toutefois que
le même hymne , sur Ix 2 exemples de la coupe après
4 , a deux autres dactyles , 3 c et 1 3 a , les deux fois
pour introduii^e darvatàm ) — dardrhi 3o , 21 a
(pour la coupé après dar- cf. màr-mrjatcLs , IV, 2,
1 9 d) — papraiha 6 1 , 4 d. D'une manière générale,
le dactyle ne peut être considéré comme une ano-
malie; car il ny a guère d'hymne un peu long où
Ton n'en rencontre au moins un ou deux exemples;
mais il n'y a pas non plus d'hymne où le dactyle soit
recherché; la proportion la plus forte de dactyles
s'observe dans l'hymne en virâj XXV où l'on en trouve
3 exemples sur 9 de la coupe après 4 et peut-être
est-elle due à un simple hasard.
Les proportions des quatre types ne sont pas les
mêmes dans tous les hymnes ; les différences ne sont
pas assez grandes pour qu'on en puisse tirer des
conséquences sûres, mais toutes ne semblent pas
fortuites.
HYMNES.
\J \J ^ ^ \J .^ \J \J KJ m^ \J \J
1 26 7 6 3
II 1 3 11 1 o
IV 11 4 3 2
V 11 9 1 2
VI 8 12 5 o
XXIII. ... 1 7 1 1
XXIX.. . . 10 5 9 o
272
SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897.
HYMNES.
o o _
-^-
\j \j \j
m^ \j
Jx/V Jv • • •
36
9
8
2
XXXI. . . .
4i
8
6
I
xxxn...
i8
8
1
4
XXXIII, .
^7
5
4
s
XXXIV. ,
i5
5
s
o
XXXVIII.
9
1
2
o
XXXIX. .
lO
8
1
o
XLIIL...
1 1
1
O
1
LIV
36
i8
5
1
LV
20
9
6
1
U y a une différence de proportion très sensible
entre I, XXX, XXXI, XXXIII, XLIIl d'une pari
et II, V, VI, XXIII, LIV, LV de lautre.
Quant aux quatre syllabes qui précèdent la coupe,
la première est complètement indifférente; la seconde
est le plus souvent longue (762 longues ,187 brèves) ,
ainsi que la quatrième (706 longues, i83 brèves).
L'opposition des 3/i4 cas de ii-c»- et des q6o de
:± accuse une très légère préférence de la brève
à la 3* syllabe; si la 4' syllabe est brève, la propor-
tion change: il — ^ 92 fois, ii-c»^ 56 fois; elle
change plus encore si la seconde est brève : :iv>--,
77 fois, ii^ v^- 25 fois; enfin on a 27 ^kj^kJ contre
8 ::! v^ v^ v^ . Il y a , on le voit , des types plus ou moins
fréquents ou plus ou moins rares, il n y en a pas qui
semblent être absolument évités.
Les types à 2*^ et à 4" brève appellent quelques
observations ;
DES PADAS de 11 et de 12 SYLLABES. 273
1® On sait que, dans plusieurs formes, la voyelle
finale est brève ou longue suivant la position syn-
tactique; un assez grand nombre de 2*" et 4" brèves
peuvent être remplacées par des longues dans ces
conditions; par exemple 6o, 2 c on peut lire yénâ
hàri au lieu deyénahàrï; si Ton examine les 5o exem-
ples de^ — v> s^v>_, on voit que Ton peut lire : adro-
ghénâ i4, 6 d; evânénà ly, 2 c; asmàbhyam su 3o,
2 1 d'y viçvà vedâ 3i, 8 b\ asmàkarn su ii, ili d; â
sihcasvà k'], i c; ahhi syâmâ i , i 6 d; yàjisthenâ 1 4 ,
5 c ; pità yàtrâ 3 1 , i c ; idàm cm né 3 1 , g c ; imàih à
5U 36, 1 a; imà asyâ 38, 5 b; ûpa prêta 53, 1 1 a;
vàso ràsvâ 5 y, 6 d (cf. Oldenberg, Die hymnen,
409). Dans Tétat actuel du texte, le nombre des 2*
et 4" brèves peut donc être considéré comme étant
plus élevé qu'il n'était en réalité au point de vue
des auteurs ;
2® La substitution, assez fréquente dans les fins
de pâdas ,deov>iià-v^- permet de se demander si ,
dans aràn[i)yor 29, 2 a, dans sàm sàhase 5i, 4 c
ou dans hàrivate 5^ , 7 fc, le groupe v> v>- formé par
un seul mot n'est pas en quelque mesure un équi-
valent métrique de _ s^ - (Oldenberg , loc. cit. , p. 11);
3® Une seconde syllabe brève termine le plus
souvent un mot ou du moins un premier terme de
composé; ainsi, sur les 34 deuxièmes brèves du type
^yj — v>s^-, il y a 6 cas seulement de 2' brève non
fmale de mot :5,7c — 32, 6d — 47, 5 t —
5i, 1 c — 53, 10 d — 58, 7 c. De plus cette
274 SEPTEMBRE-OCTOBBE 1897.
brève finale est souvent la finale d'un vocatif, par
exemple 35, lo indra piba;
Zi° Certaines anomalies sont appelées par le mou-
vement de la phrase, ainsi 5 1 , 2ei :
dkàmasàcam ahhisàcam svarvidam.
Au point de vue de l'histoire de ce type métrique ,
il importe de signaler le fait que les pâdas coupés
après 4 ont très souvent — environ dans les deux
tiers des cas — une seconde coupe après j syllabes.
Cette coupe secondaire répond à la coupe principale
de quelques strophes de TAvesta (Gâthâ Vahistôisti)
et rappelle Thephtémimère des Grecs.
II
Quand la coupe est après 5 syllabes (penthémi-
mère des Grecs), la répartition des longues et des
brèves est différente à quelques égards et surtout
beaucoup plus régulière.
Les syllabes 6 et 7 n admettent que deux formes
normales x> o et - o. Les types «^ - et — sont très
rares.
Le seul exemple sûr de — est 6 , 6 c
àthd vaha devàn deva viçvàn
OÙ fanomalie s'explique par la recherche du rappro-
chement de devàn et deva. Quant à 2 2 , 1 a
ayiiin s6 atjnir yùsmin sàniam indrak
D£S PÂDAS DE 11 ET D£ 12 SYLLABES. 275
on est tenté de lire yàsmi = zd joàmi; on obtient
ainsi une forme
— ^ S^ ^ m— ^ \J ^ \J ^ ^
qui peut être considérée comme anomale en prin-
cipe, ainsi qu'on le verra plus loin, mais qui n'est
pas évitée dans les hymnes attribués à Gâthin Kau-
çika. Il faudrait alors lire aussi yàsmi I, lyA, 5 a.
Toutefois la fin de mot admise ici après _ ^ est en
tout cas une anomalie (cf. plus bas, p. 282).
Les exemples de s^ - sont : 2 , 3 d [sanisyànrif cf.
plus haut, p. 268) — 5,76 (pour rapprocher açdn-
tam de açânàh , ce qui entraîne en même temps une
fin de pâda anomale) — 3o, 6 c, amené par le pa-
rallélisme :
jahi pratïcà anàcâh pârâco
— 3o, 9 d (où Ton obtiendrait peut-être une forme
normale en supprimant ihà],
A part ces exceptions insignifiantes, tous les exem
pies ont la forme v v^ ou - ^ pour les syllabes 6 et 7.
On a :
1° Types à 2* et /j* longues :
\J \J
— \j
il-w
263
5
\j
199
7
i:-.v>- yj
139
5i
^ — ., \J
78
52
609 ii5
276 SEPTEMBRE OCTOBRE 1897.
2° Autres types :
KJ \J ^m yj
-o i3
o
i: Kj — o
^ KJ ^ KJ .^
22 lO
9 o
iiwo-_ 3
^ «u» w _ v> 5
^ ^ «^ V O ^
O
2
12 O
2
o_ 12 1
il o o
_1 v^ o w ^
1 3
1 o
2L KJ KJ KJ KJ l l
85 22
Ensemble 83 1.
De ces chiffres il ressort plusieurs conclusions
importantes :
1° Les syllabes 2 et /» sont toutes deux longues
dans la très grande majorité des cas; quand, par
exception, la seconde syllabe est brève, la troisième
est le plus souvent longue ;
2° Dans le type ^ ^ , quand les syllabes 2 et 4
sont longues, la 3* syllabe est brève 4o2 fois,
longue 207. Dans les mêmes conditions, la 5* syl-
labe est au contraire longue 892 fois, brève 21 7.
La 5® longue est donc à peu près aussi recherchée
dans ce cas que la 3** brève. Quand il y a une a*
DES PADAS DE 11 ET DE 12 SYLLABES. 577
OU une 4* brève, la 5* est brève dans 35 cas, longue
dans 5o. La proportion des 5" brèves apparaîtra
plus faible encore si Ton note que la quantité de
beaucoup de voyelles finales est douteuse ; ainsi on
peut lire : havemà 3o, 22 a — prchâ 38, 1 a —
jArasvâ i, 'j a — àtrà 38,3a — yàhi 3 1 , 1 9. c —
adyâ 1 4 , 5 a — çagmyènd 3 1 , 1 rf. Cf. les exemples
cités. Die Hymnen , -p. [x \ 6 et suiv., par M. Olden-
berg qui les suspecte à tort.
La 5* longue est recherchée d'une manière toute
particulière dans certains hymnes. Ainsi dans
f hymne I, très remarquable en ce sens que la 2* et
la 4* syllabe y sont toujours longues lorsque la
coupe est après 5 , la 5*^ syllabe est longue devant
w o dans 3o cas, brève dans 9 ; dans fhymne II, où
la 2* et la 4J syllabe sont parfois brèves, la préfé-
rence pour /la 5*" longue est beaucoup moins ac-
cusée : 16 longues, 12 brèves. Dans Thymne XIV,
attribué à Rsabha, on a en levanche 3 longues et
6 brèves. La 5^ longue n'est pas non plus recherchée
dans les hymnes d'Utkïla (XV et XVI) : 7 longues,
y brèves. Kata évite la 5*^ brève : dans XVII, 8 lon-
gues, 1 brève; dans XVIIl, 9 longues, pas de brève.
Gàthin Kauçika, au contraire, emploie indifférem-
ment la 5* longue ou brève : dans XIX, 5 longues,
5 brèves; dans XX, 3 longues, 6 brèves; dans XXI ,
1 longue, 1 brève; dans XXII ^ 1 brève, pas de
longue.
Partni les hymnes attribués à Viçvâmitra , les pro-
portions sont très variables.
19
278 SEPTEMBRK^OCTOBRK 1897.
Voici quelques chiffres :
HYMNES. 5' LONGUE. 5* BREVE.
XXVI
XXVIII (inlerp.)
XXIX....
XXX
xxxu
XXXIII
XXXIV ......
XXXV
XXXVI
XXXIX
LUI (interp.)...
LIV
LV
LVII
l.Vlll
Eii somme, la 5* brève nest recherchée nulle
part; dans beaucoup d'hymnes, elle est évitée avec
plus ou moins de soin ; on sait que la 5* longue
est devenue la règle par la suite;
3° Le type _ ^ s oppose nettement au précédent.
Quand les syllabes a et k sont longues, la 3* brève
n'est pi recherchée ni évitée; la 5* syllabe est brève
dans 103 exemples , longue dans 12. Quand les syl-
labes 2 et 4 présentent une brève, la 5* longue
se trouve i fois, la 5® brève 21. On a donc au total
13 longues et 12 U brèves : rapprochée des propor-
tions très différentes du cas v> kj , cette différence
10
7
1
d
12
8
i5
10
1^
18
>4.
3
1 1
6
il
2
»o,
4
h
7
16
17
20
6
18
10
7
0
7
3
DES PADAS DE 11 ET DE 12 SYLLABES. 279
ne peut être tenue pour fortuite. La 5* brève, évitée
devant kj kj^ est recherchée devant - ^ .
Il convient donc d'examiner de près les 1 3 cas
de 5*" longue devant - ^ .
Il faut tout d'abord éliminer ilx , 2 b :
rtàvas tdhhyam cétate sahasvah
O »/ •
en lisant tdbhya; car, dans les 5 autres exemples
de -o que présente cet hymne, attribué à Rsabha,
(en regard de 9 de ^ v^), on a la S*" brève.
Trois exemples se trouvent dans le seul hymne
XXXIII, où en revanche la .^* brève devant -^
manque entièrement : lauteur de cet hymne, qui
occupe à tous égards une place à part, n'appliquait
donc pas la règle de la 5* brève devant - ^.
L'hymne XXI , qui a une forme toute particulière
(Bergaigne, Recherches sur Vhistoire de la liturgie,
p. 18), renferme deux exemples à peu près identiques
l'un à l'autre :
1 stokànàm ayne medaso ghrtàsya
4 stokâso agne médaso ghrtàsya.
L'hymne XIX a aussi un exemple à la strophe 2 6,
et on a vu plus haut (p. 275) un exemple restitué
dans 22,1a. On peut donc dire que l'auteur des
hymnes XIX -XXII (attribués à Gâthin Kauçika)
ignore l'observance particulière de la 5^ brève devant
- w qui est pratiquée dans la plupart des autres
hymnes du 3* mandala. Il faut ajouter l'auteur des
hymnes XV et XVI, attribués à Utkila Kâtya, et
19.
280 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897.
dont la versification est assez négligée, cur on lit i 5 ,
1 6:
hâdhasva doisà raksiio âmîvâh,
• • •
Enfin on a la 5* longue devant -v» dans 2, 5 </
(contre 4 fois la 5® brève) :
rudràm yajnândm. sâdhadistini apàsâm
li,llb:
ûrdhvâ çoctmsi pràsthitâ râjâmsi
m
(le pâda d a une structure anomale; du reste on est
tenté de lire prathità ici et IX, 69 , 8 d) — -7, 10 d .:
krtâm cid énah sàni mahé daçasya
(contre 3 ibis la 5* brève devant _ v> dans le même
hymne) — 5, 3 a :
ààliâyy agiur mànasîsa viksà
(on pourrait proposer de lire dhAyi et manusyàsvL, cf.
I, i48, 1 h). Ces k derniers cassent tous compris
dans les 1 2 premiers hymnes attribués à Viçvâmitra
Gâthina, lesquels renferment 3o exemples de la
5* brève devant - ^ .
Si Ton écarte l'hymne XXXIII , on voit que les
hymnes attribues à Viçvâmitra ne renferment pas un
seul exemple de 5* longue devant - ^ ; car on ne saurait
compter 54, i5 fc :
ubhé à paprau i^dasi niahitvà
simple formule qui se retrouve iV, 16, 5 t et VUl,
2 5 , 18 c. Certains hymnes sont très caractéristiques;
DES PADAS de 11 ET DE 12 SYLLABES. 281
ainsi dans XXXVIII on a -/c» o g fois, yjjyj yj y fois,
w/_ yj 8 fois , -/- yj manque — dans LV on a ^jyj yj
i8 fois, yjfyj yj 10 fois , yjj^ yj 3 fois , _/_ o oianque ;
— dans LVIII on a _/v» yj y fois, yjjyj yj 2 fois, o/l c»
I G fois, -/_ yj manque. -^— Cf. I , VI et X.
L'hymne 1,24, attribué à Çunahçepa, fils adoptif
de Viçvâmitra, doit être signalé ici; ia coupe y est
dans 2 5 cas après 5 ; dans 3 de ces cas oh a le type
-o, et alors ia 5° est brève (1 4 h, \lx d, \h h);
dans les 2 2 autres on a i> ^ , et alors la 5* est longue
partout sauf dans 1 k c qu on peut'faire rentrer dans
le type - ^ à 5® brève en lisant âsara au lieu de
asara (cf. V, 85, 5). - — On a aussi la h" longue
devant yj ^ dans les deux strophes du même auteur
I, 2*^ i3 et 3o, 16. — Les 3 exemples de 5* brève
devant - ^ sont dès lors très caractéristiques.
Les corrections qui fournissent une S** brève de-
vant - yj sont donc admissibles au point de vue mé-
trique. Ainsi on comptera s6 agne pour 2 syllabes
(Bartholomae, Slad. z. iiq. sprachw., I, 109) et on
coupera entre su- et 'Vlr[i)yani 1 o , 3 c ;
sô a(jne dhatle saviryam sa pusyuli
(cf. plus bas p. 280). On supprimera la première
syllabe de adhvaréva suivant Tingénieuse hypothèse
de M. V. Henry, Mémoires d^ ta Société de lÙKjuistiqae,
X, 84 et 108 ^ dans 6,10 c:
prdcî adhvaréva ta thatuh sumcke.
* A propos de la remarque de M. V. Henry, Méni. Soc, Ung,
282 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897.
Enfin M. Oldenborg supprime enain dans Bg, à d :
nainam dmho açnoly àntUo nà durât
[HymneTty 86). Après correction , ces trois pâdas ren-
trent dans le type - v^ considéré ici.
Une particularité du cas - v^ est à noter : le trochée
qui occupe les syllabes 6 et y ne peut être constitué
par un mot phonétique dissyllabique; c'est tout au
plus si Ton rencontre dans quelques exemples une
fin de mot suivie d un enclitique : pàrsi ca i 5 , 3 r
— dhehi nas i g , 5 rf — apsv d 2 2 , 2 6 — dhàrsv â
35 , 26 ou la fin dun premier terme de composé
vrktàbarhiso 2 , 6 b — bhûriposino 3,9 c — adhrigo
21, 4 «. Le plus souvent ce trochée est constitué
par le commencement dun mot de 3 syllabes, tel
que adhvaré li, k a , oude li comme adhvai^sya 60 ,
j d. Cette absence de coupe après -v^ n'est pas
fortuite, car les mots trochaïques sont nombreux en
sanskrit. Du reste , quand la coupe est après à , une
fin de mot se rencontre assez souvent entre - o et
- dans le cas -v^-, bien que Ton trouve plus ordi-
nairement à cette place un mot de la forme -w-,
avec coupe après j ; ainsi on a une coupe entre - v»
et - dans 8 exemples sur 92 du type :
8, 1 d — ly, 2 a — 22, 1 c — 35, 'j d — 53,
16 c — Sy, 3 a — 58, 9 c. Quand la coupe est
X, 109, on doit noter que le mot iranien dvara- signifie parfois
« porte » dans l*Avesla. ( Note de correction. )
DES PADAS de 11 ET DE 12 SYLLABES. 283
après 5 et que les syllabes 6 et -y ont la forme v^ c» ,
une coupe après la -y® syllabe est rare, mais elle
n'est pas exclue; sur 3 9 exemples de v> v^, Thymne l
a 3 coupes après y : 5 a — 5 c — 16 a; l'hymne II
a 2 coupes [ik'c — i5 a) sur 28 exemples; etc.
L'absence de fin de mot après - ^ est donc un fait
significatif;
4° Les exemples — relativement rares — - du type
- v^ se trouvent répartis entre presque tous les hymnes ,
mais en proportion assez variable, ainsi :
HYMNaS. yj \j .^ ^ HYMNES. \j \j _ v^
I 39 9 XXXII 3
II a8 S XXXIV
m 3^2 2 XXXVIII
XIV ( auteur Rsabba). 9. 6 XLIII i4
XVII (aiiteur Kata). 9 o- XLVI
XVIII { — ) 9 1 LUI
XXV.... 3 3 LIV
XXIX...; 20 4 LV
XXX. 25 5 LVII
XXXI 20 7 LVIII
Ô2
2
17
0
16
8
1^
0
11
0
33
6
a6
2
a8
3
7
5
9
10
Le type -c» est donc admis au même titre que
Kj KJ dans quelques hymnes (LVIII , XXV) ; il est faci-
lement toléré dans quelques autres (XIV, XXXVIII,
LVII et même I, II, XXX, XXXI); le plus souvent
il est rare (III, XXXÎI, LV); parfois il manque tout
à fait (XVII, XXXIV, XLIII, XLVI). L'hymne X
qui a _ v> partout sauf 6 c occupe une place à part
(Oldenberg,. //ymw^/i, 11 3).
284
SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897.
III
* »
■
Le nombre des coupes après 4 : 889 et celui des
coupes après 5 : 83i (abstraction faite des cas ano-
maux dans les deux types ) sont très voisins. Mais si ,
au lieu de considérer les chiflfres d'ensemble, on
(examine chaque hymne en particulier, on observe
des différences frappantes. Le plus souvent les coupes
après Ix et après 5 sont en quantités sensiblement
égales, ainsi :
COUPE COUPE
COUPE COUPE
HYMNES
après !\,
apr(>s 5.
HYM?1E8.
après 4*
après 5.
I
42
48
XXIX. .
34
34
II
35
33
XXXII.
3o
34
IV....
30
33
XXXIV
33
»7
VIL . . .
17
»9
XXXV.
33
»7
XIV..
11
i5
xLvm
8
8
XVII. .
10
9
Lil ....
19
»7
XVIII. .
10
9
LUI. . .
36
39
XX....
10
10
IjY. . • .
36
3i
XXVI.,
16
»9
Lvn. .
13
13
Mais, dans certains hymnes , on voit dominer la
coupe après 4 :
HYMNES.
VI
XXX
XXXI
u\
LIV
COUPE
après 4*
25
55
56
1 1
Go
COUPE
après 5.
i3
3o
27
mm
0
38
DES PÀDAS DE 1 1 ET DE 12 SYLLABES. 285
Dans d'autres au contraire , la coupe après 5 est
plus ordinaire :
COUPE COUPE
HYMNES. ^ , , c
après a. après 5.
III. . k «... .^ lo 3/i
X o 8 (resp. 9)
XXXVin 12 2/4
LX. ...* .10 18
Lxi: 9 19
On remarquera surtout Tljiymne X en usnih d'où la
coupe après 4 est exclue (y. plus haut p. 281). Les
strophes en brhatî de IX. ont 6 coupes après 5 et
2 seulement après 4. Cette particularité ne se re-
trouve pas djan$ les hymnes en brhatî XVI, XLIVet
XLV, attribués ^ d'autres auteurs.
IV
L'examen de quelque^ autres hymnes pris au
hasard dans le Çgveda confirme les conclusions tirées
de l'étude complète du mandala III. ;
L'hymne I, 3i a /io exemples de la coupe après
5 et 32 de la coupe après tx. Quand la coupe est
après 5, le type ^.v est presque exclusivenient em-
ployé, et alors la 5* syllabe est longue dans 29 cas,,
brève seidement dans 1 1 ; le type - o se trouve une
seule fois, 1.7 a, c'est-à-dire dans la partie de
l'hymne où les strophes ne commencent pas par
tvàm af/ne (1-1 5) : la 5° syllabe est brève dans ce
pâda. Dans 18 d, la forme anomale v^ — après
286 SEPTEMBRE. OCTOBRE 1897.
la coupe k est facile à éliminer en lisant saniatt au
lieu de samatyâ : Topposition de la forme ancienne
matt « par Thym ne » et de la forme récente matyâ
« par la pensée , par le désir » n'était donc pas
connue de Fauteur de Thymne et a été introduite
ici par un rédacteur postérieur.
L'hymne I, 55 est tout à fait à part. La coupe
après 4 est presque entièrement exclue; il n'y en a
que 5 exemples sûrs; des 5, l'un, le 4a, a la forme
anomale v^-c» des syllabes 5 -y, et 3 se trouvent dans
la dernière strophe de l'hymne. Il y a 27 cas de la
coupe après 5 : 1 3 du type ^ kj et i 5 du type - kj ;
la 5* syllabe est brève dans à des 1 a* cas de kjxj et
longue dans les 8 autres; devant . c» on a : 8 longues,
y brèves; l'observance de la 5* brève devant _c»
n'existe donc pas dans cet hymne. .
Dans le second mandala, la règle de la 5* brève
devant - yj paraît être assez généralement observée.
Ainsi II, 9, sur i5 exemples de la coupe après 5
(contre 9 de la coupe après 6), ily a 5 cas de o/l» c»,
7 de -/v> Kj, 1 de v>/- c» , i de -/- w» (5 a) :
ubhàyam te nà kfîyate vasavyàm
(pourrait-on lire ksiyate? cf. àksitas). II, la a deux
cas de v^/- xj 1 3 i et i 5 c, aucun de -/- sj. II, 27 sur
26 pâdas coupés après 5 (contre 4o coupés après 4).
a i4 cas de ^/^^, 8 de yj/^^ et 4 de v^/-v», aucun
de -/- v>; dans II, 28 et 29, qui se terminent par là
même strophe que II, 27 et qui sont attribués au
même auteur Kûrma Gârtsamada, on ne trouve pas
DES PÂDAS DK 11 ET DE 12 SYLLABES. 287
davantage -/- v^ , mais on a v>/- v> 'i 8 , 8 d et 9 c , et 2 g ,
lid. Dans II, 3o, on a ^/^ kj 12 fois, kj/^j ^j 6 fois,
v^/- Kj 1 fois, jamais _/_ sj ; la coupe est après ^ dans
26 cas. Khymne II, 33 présente plus de cas de - v;
on y trouve -/v> sj 1 y fois, kj/^ kj 8 fois, -/_ kj 2 fois,
xj/^ V. 7 fois ; des 2 exemples de _/_ v> l'un est 5 d :
hahhrûh suçipro rîradhan manàyai
Or la longue du redoublement dans riradhan est
d'origine rythmique. En somme la 5* longue est
plus fréquente que la 5' brève devant v^ v^ , et la
5* longue est évitée devant - yj dans les hymnes de
Grtsamada et de Kûrma. — Les hymnes II, 1, 2
et 3 attribués à Grtsamada Bhârgava Çaunaka, pré-
sentent seulement une fois v/- v^ (1 , 1 36*) et une fois
-/- c» (2 , 1 2 t); le type - kj est évité en principe. —
L'hymne IV, attribué à Somâhuti Bhârgava , a -/- sj 3
fois et yj/^yj 1 fois; mais il est plein d'anomalies
métriques dont la première strophe suffit à donner
une idée :
kuvevah sudyôtmànam suvrktim
viçàm agnim àtitkiTn suprayàsam |
miti'à iva y 6 didhisâyyo hhûd
devà ddeve jcïne jâtàvedâh \\
On ne saurait donc s'attendre à y retrouver l'obser-
vance délicate de la 5® brève devant - v^.
Dans IV, kl (Vâmadeva), le type -v^ manque
entièrement. Des 2 3 exemples de coupe après 5
(contre 21 de coupe après 4), 18 ont -/v> v^ et 3
yj/Kj Kj; 2 de ces 3 brèves en 5* syllabe sont aisées
288 SEPTKMBRE-OCTOBRE 1897.
à remplacer par des longues :6c àtrâ et 1 1 d
syâmâ\ il reste 8 c, mais peut-être faut-ii lire gave
(cf. plus bas à propos de VI, i). La 5® longue est
aussi régulière ici que dans 1,2 4. — Il en est tout
autrement de IV, 2 (Vâmadeva Gautama) : ii y a
45 coupes apr^s 4» 34 après 5; les 34 cas se ré-
partissent ainsi : kjJ^j ^^ 16, -/c» v^ 1 6 , c»/- w 1 , -/- v»
1 ; il y a un second exemple de kj/^ kj si on lit màrtâ-
naam i8c.
V, 55 (Çyâvâçva Atreya) a 1 3 exemples de coupe
après 5 (contre 19 de coupe après 4, y compris le
refrain compté naturellement une seule fois) : -./c» kj
■y , sj/kj V» 5 et v/- yj 1 ; -./- w manque.
Dans VI, 1 , il y a 19 coupes après 5 : -/o o 1 5 ,
sj/kjkj 2, -/-v> 1 (3 c pour introduire darçatàm).i
yjj^ w» 1 . La coupe est après 4 dans 33 cas; les types
sont : sjKj^ 241—*-»— 6,*^v»w 2,— *^*^ 1; Tunique
exemple de dactyle est douteux, car on pourrait
couper sau'çravasâni 12 d. Cet hymne est V\m de
ceux où les longues et les brèves sont le plus exacte-
ment réparties. Quand la coupe est après 5 , on a :
^^^^^ 1 3 fois ,ii« ii5 ei^^ *^i fois seule-
ment (le pâda 1 2 b commençant par bhéri tokâya).
Quand la coupe est après 4, on n'a une 2* brève
que 2 fois ; les deux fois il s agit de 0 ou e final de-,
vant la voyelle initiale du mot suivant; or le pâda .
2 cî se termine par citàyanio ànu gman et 3 6 par
jàgrvàrnso àna gman ; il est donc permis de croire que ,
pour 1 auteur de cet hymne, c et 0 restaient longs
dans ces conditions; si Ton admet ce point de vue,
DES RÂDAS DE 11 ET DE 12 SYLLABES. 280
les 8 cas de 4* brève à la coupe se réduisent à 3 ;
on éliminera 1 1, 2 t, 5 6, y 6 c; il reste i c (la brève
finale est celle dun vocatif), 8 c et li d (lire vàsà).
Dans dama à6 c, àréaghâ i a c, vasûtâ te açydin lih,
les e abrégés sont suivis d'enclitiques et par suite ne
terminent pas un mot phonétique.
Dans VII , 3 , il y a 1 6 coupes après 4 et 2 3 après
5, ainsi réparties : -/v> v> y, kj/kj kj l\, -/-v^ 2, ^./-v^
10; la fréquence du type - w explique 1 emploi de la
forme anomale v^-v^ après Ix dans 9 c. L'hymne VIÏ,
k est plus net encore 19 coupes après 4, 2 3 après
5 : -/v> v^ 5 , sjjyj o 8 , v»/- *^ 1 o , -./- yj manque. L'un
des deux exemples de -/- v^ , VII , 3 , 7 a, est du reste
seulement apparent, car il s'agit d'un à final en
hiatus (Oldenberg, Die Hymnen, 465 et siiiv.).
Dans VIII, 27, on a 1 9 coupes après 4 et 1 3 après
5 ainsi réparties : ^/kj kj 8 , ^/^ ^ 2 , v>/— kj 2 , -/— ^ 1 .
Le pâda i 2 c est à lire :
ni dvipàdo ni càlaspâdo arthino
et doit être ajouté aux 19 cas de coupe après [\,
Dans le pâda 22 a, qui fournit l'exemple de -/-v^,
la coupe est très faible :
vayàrn tàd vah samrâjà a vrnîmalie
De plus on aurait une coupe après _ v^ ; or une pa-
reille coupe ne se rencontre ni dans le mandai a
III, ni dans les autres hymnes étudiés. Il y a donc
peut-être lieu de reconnaître ici la forme anomale
. — Kj avec coupe après Ix.
290 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897.
Dans X , 1 1 A , sur i y coupes après 5 il n y a aucun
cas de - v^ ; on a -/v> v^ i 2 fois et kjJkj ^ 5 fois.
On le voit, la 5* brève devant - kj est recherchée
dans beaucoup d'hymnes ; ailleurs la 5* longue n'est
pas évitée; à ce point de vue, comme à plusieurs
autres — notamment proportion des longues et des
brèves à la 5' syllabe terminant un mot devant sj sj
et proportion des coupes après 4 et après 5 — les
divers poètes montrent des tendances particulières.
Il est curieux que les indications d'auteurs différents
de Yanukramanï se trouvent vérifiées par là dans
une certaine mesure. On en a vu plus haut des
exemples pour les mandalas 1, II, III et IV.
Le schéma métrique du pâda de jagatî III, 2,
i6 :
ghrtâm nu pûtàm agnuye janâmasi
et celui du trimètre iambique d'Eschyle Ag. , i i 1 3 :
se recouvrent exactement; la place même de la coupe
est identique. Les deux vers n'en sont pas moms
tout différents. En effet on sait que le trimètre iam-
bique se divise, non en 6 pieds identiques, mais en
3 mètres de chacun 2 pieds ; il n'est pas comparable
à 6 mesures à 3/8 mais à 3 mesures à 6/8; rien
n'indique une répartition semblable dans le pâda
védique. Le pâda cité ici peut se couper en pieds
DES PÀDAS Dïù II ET DE 12 SYL1.ABES. 291
comme un vers grec, mais cest un pur hasard et
il s'en faut de beaucoup, comme on la vu, que cette
forme métrique soit recherchée des poètes védiques.
En effet, un vers qui n'est pas destiné à être chanté
sur une mélodie mesurée en conservant son rythme
ne comporte pas nécessairement le retour du temps
marqué à intervalles égaux ou sensiblement égaux :
l'hémistiche dalexandrin classique français peut
avoir son ictus secondaire indifféremment sur la 2',
la 3® ou la 4* syllabe (cf. l'étude de M. Kors sur
le çloka , dans Tpydbi eocni, homm. Mock. apxeo^.
odiUtecmea, U). il n'y a donc pas heu d'admettre avec
M. KQhnau [Die tristabh-jagati fandlie) et M. V.
Henry [Manuel védique, p. Ixi n.) que les ictus du
pâda védique fussent tous séparés par des intervalles
égaux; or la double hypothèse des longues de
3 temps et de la résolution possible d'une des lon-
gues du pâda en 2 brèves repose imiquement sur
cette affirmation a priori. En fait, comme l'a montré
M. Oldenberg, Die Hymnen, p. 1 et suiv., la place
des ictus dans les pâdas védiques est sujette à de lé-
gères, variations , ce qui exclut la division en pieds ;
de plus aucune place du vers n'est occupée par une
syllabe dont la quantité soit absolument détermi-
née, comme il arrive dans le vers grec.
Le rythme du pâda III, 2, 16 cité ici ne peut
être figuré autrement que par :
I
'-'I I II I I i • ^
La règle de la 5*' brève devant le trochée qui suit la
292 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897.
coupe semble imposer cette manière de rythmer. F^e
rythme du type ordinaire :
est plus difficile à fixer. La prédominance de la
5* longue a conduit M. Kùhnau, loc. cit., p. 88, à
placer un ictus sur cette 5* syllabe. Mais, on ne doit
pas loublier, un groupe de deux brèves faisant par-
tie dun même mot peut, dans certains cas, être
substitué à un trochée dans le vers védique; il est
donc très admissible que le pâda présente ici un
ictus secondaire tombant parfois sur une longue , le
plus souvent sur une brève. Alors ta longue précé-
dente ne marquerait pas la place d'un ictuis mais
servirait à compléter la quantité; ce besoin de com-
pléter la quantité n'existait pas devant la 6* longue
et alors, en effet, la 5® est généralement brève; tnais
rictus de la 6* syllabe devait rester secondaire, et cest
sans doute pour cette raison que cet ictus tombe sur
le commencement d un mot phonétique d'au moins
3 syllabes qui reçoit son ictus principal sur la 3* syl-
labe (8* du pâda). - * '
Quand la coupe est après 4 , les deux types ordi-
naires pour les syllabes 5 et 7 sont v^ w_ et -c»-, le
premier étant du double plus fréquent que le second ;
le type v^ - v^ , qui ne se trouve souvent que dans les
hymnes où la coupe après 5 est fréquente, est nette-
ment anomal. Il y a donc \m ictus secondaire sur
la 5* syllabe; la 6*, qui paraît être frappée de l'ictus
secondaire dans le cas de la coupe après 5 , est dé-
DES PÂDAS DE 11 ET DE 12 SYLLABES. Î95
pourvue de toute intensité. Mais , dans les deux types
de coupe , on voit que Tictus secondaire tend à tom-
ber sur une brève; la fonjie -v»o pour les syllabes
5 à 7 est la plus rare des formés normales dans les
pàdas coupés après k (alors quelle est la plus recher-
chée dans les pâdas coupés après 5). La forme o^v»
est un substitut de la forme la plus ordinaire c» o _ et
porte un ictus secondaire sur la première des trois
brèves. Quant à la 7* syllabe, elle est longue dans
7^0 des pâdas coupés après Ix du mandala III, brève
dans ] A 9 seulement : il n est pas impossible que
cette syllabe ait porté elle aussi un léger ictus secon-
daire; le rythme ordinaire dans le cas de la coupe
après k serait dans cette hypothèse :
Il '^ "^ »
Ces pâdas présentent donc une dyssymétrie plus
marquée que les pâdas coupés après 5 :
Il ^ •
De plus les deux types ne peuvent être ramenés
à un même rythme.
La rigueur avec laquelle les poètes grecs observent
la quantité et la symétrie presque parfaite qui carac-
térise leurs vers leur permettent de remplacer, dans
les types iambiques et trochaïques , une longue intense
par un groupe de deux brèves : une brève unique
ne pouvant en aucun cas occuper la place dune
longue frappée de Tictus , la résolution d une longue
en deux brèves ne causait aucune ambiguïté. Ladys-
X. 30
294 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897.
symétrie des mètres védiques rend impossible <5ette
liberté.
Du reste, tandis que, en grec homérique, un
groupe de 3 brèves 'appartenant à im même mot est
parfois traité comme l'équivalent de - v» o , dans les
poèmes védiques la première des deux brèves d'un
même mot peut déjà équivaloir métriquement à une
longue. Si le groupe^ . vaut à Toccasion un trochée,
il est clair quil ne peut en même temps tenir lieu
de la seule longue du trochée. On conçoit dès lors
pourquoi on ne trouve rien dans Tlnde qui réponde
aux types dactyliques et anapestiques des Grecs. Pour
quun type dactylique se développât, il fallait qu'un
groupe de deux brèves «ne tendît pas déjà à déve-
lopper sur la première brève un ictus secondaire :
tel était le cas pour le grec homérique mais non
pour la langue védique. Deux brèves suffisent en
védique pour développer une .longue rytlunique;
ainsi à 1 aoriste redoublé on a çiçràthat, didipat, mais
rîrisat (cf. Leumann , dans Gurupâjâkaiimudi, p. 1 3 et
suiv. , et Wackernagel, i4/ft/idwcfte gramm., I, p. 3 1 o
et suiv.); en grec il en faut trois (F. de Saussure,
Une loi rythmiqae de la ilangvte grecque. Mélanges
Graax, .p. 787 et si^iv.; L. Havet, Métrique grecqme
et ilaiine, ;p« 17 :et suiv..; G. Schulze, Qaaèstiônes
«picoe, p. .137 et suiv.). .. ,
. ;L aperçu suivant de la; forme métrique des pâdas
<le 8 sylls^es dans «le mandala ill conifirm^ra ees
observations.. ,?.. ,; ., .1
DES PADAS de 11 ET DE 1:^ SYLLA3ES. ^95
VI
Le mandala III renferme relativement peu de
pâdas de 8 syllabes ; néanmoins les chiffres ci-dessous
suffisent pour indiquer l'aspect de ce type.
Si Ton met à part les deux pâdas incomplets 8 ,
3 c et 62, 16 a, on trouve la fin m-w- 386 fpis
et :
Kj\j^^
i8
— \J \J ^
6
--Wii
à
SJ ii
8
\J
5
KJ^
10
sjyj^^
6
Les hymnes Vm , X , XXI , XXII , XXI 11 , XLIV, ne
renferment aucune autre fin que c»-*^-.
Les hymnes XIII , XXXVU , XLV, LI et LU , ne pré-
sentent d autre fin anomale que s^*^*^ii; le groupe
KJKj^ final appartient toujours à un seul mot et la
k" syllabe du pâda est toujpurs longue; il est fclair
que , dans tous ces cas , ^^ ^^ ^^ ii est un simple substitut
de w-v- ^t que le mot àvdse i3, ad est rythmé
comme rôdasu Dans Thymne LUI on a ime fois ^ o .-» -
(22a) et une fois o ^- (,2.2 c) ; les strophes 1 a , 1 3 ,
18 et 20, ne présentent aucime anomalie. Enfin
rhymne XII a un exemple isolé de la fin ^ ^^-i: (5 6)
contre 26 fins correctes.
30.
296 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897.
Toutes les anomalies se trouvent réunies dans un
petit nombre d'hymnes et même de strophes de
quelques hymnes : XL, 6 fins anomales sur a y ; seules
les strophes 5 et 6 ont les types -^^-i: et *^v_:id;
le reste de Thymne est correct sauf les strophes 3 et
8, qui ont chacune une fois sj^jsj^, substitut de
^«^ii. — XVI, 7 fins anomales sur 1 5; cet hymne
est le seul du mandala III où le type final.^o— ^ et
ses substituts ^ ^ et v/- soient librement em-
ployés ; or cet hymne présente d'autres anomalies (cf.
plus haut , p. 2 6 7) ; on a vu aussi que l'hymne XV, du
même auteur (Utkila Kâtya), a une fois la 5* longue
devant le trochée qui suit la coupe et que, dans les
hymnes XV et XVI, la 5* brève n'est pas évitée de-
vant Kj v^; ces deux hymnes sont peut-être interpolés
(lîergaigne. Journal asiatique, 1887, I, p. 285). —
XXIV, les 4 strophes de gàyatrï sont correctes sauf
une fois ^yj^j^ i^^)^ "^^^^ lanustubh initiale ren-
ferme à elle seule 3 fins anomales (*^*^*^::i, v^v^_iiet
-v>--). — XXVII, les groupes 7-9 et i3-i5 sont
entièrement corrects sauf une fois yj^sj^ iia\ on tk
\j Kj \j •— • 1 o c ei m^ \j \j •» 11 0 ^ \j \j .^ .^ *j c ei \j ^ MB ^ 3 c
(excusé par le parallélisme); -^^-ii 66. — XXVllI
(interpolé), ^^^^ 2a, v^ ^ 3a, -^-li 1 6=*66;
8 fins normales. — XXIX (interpolé), 3 fins ano-
males (-v^v^ii, ^^, ^ ii), 12 normales. —
XXXIII , l'unique anustubh de cet hymne a une forte
anomalie il 1 3 a ; or l'hymne XXXIII est l'un de
ceux où une 5* longue est librement employée de-
vant* le trochée qui suit la coupe. — XL , seule la
DES PADAS de 11 et de 12 SYLLABES. Wl
Strophe 3 a deux fins anomales v^. ii 3a et ^ 3 6;
les 8 autres strophes sont régulières, sauf v^\^^:i
7 a. — XLI , les 6 pâdas de 3 et 8 sont anomaux
(-^-ii,---^, o ii et une fois seulement ,^ ,^\^ :i) ,
les 7 autres strophes ont la fin normale. — LIX,
3 fins anomales, 9 régulières. — LXII, 4-6,- fins
régulières, 7-9 , une fin anomale facile à corriger en
lisant yc :
asmdbhis tàbhya çasyate
10-12, une fin anomale (^^ «il 12 a), i3-i5, li
fins anomales sur un total de 9 [^^^^ ika,
^^sj^ ilib, — sj^ iba, yjyj^^ ibb), 16-18, toutes
les fins régulières, sauf celle du pâda incomplet 1 6 a.
Le commencement des pâdas est plus libre. On y
trouve :
■» v-> w —
^ s> — V»
FIN
FIN
NORMALE.
ANOMALE.
l38
»9
86
23
71
10
4
0
38
1
27
1
32
3
386 57
Des 1 1 o pâdas ayant la 2* syllabe brève, k seule-
ment nont pas la 3* longue, ce sont : 45, 16, où
il suffit de lire ydht pour obtenir une 2* longue;
62 , 1 o a, où le mot savitup est le substitut de o-.s>;
298 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897.
2 /i , 2 a et 5 1 , 1 1 a, oii le poète prononçait peut
être € devant voyelle et non ay,
La 4* syllabe est brève dans un certain nombre
de cas. Alors, si la a® est longue et la 3* brève, la
à* fait toujours partie dun groupe de deux brèves
appartenant au même mot, c'est-à-Jire qtie, dans
les pâdas terminés par k/.^^, on a k^sj employé
comme substitut de - ^ ; le type :
w v-> v-> — o —
se ramène donc au type :
H faut naturellement mettre à part le pâJa ano-
mal 4 1 , 8 6. — Si la 2* et là 3* syllabe sont longues,
il y a lieu d envisager 3 cas : i ** au lieu de la brève
du texte on peut lire une longue, ainsi 8,3a:
àc chrayasvâ vanaspate
Ce cas est relativement fréquent, surtout si Ton ad-
met que 0, e ont pu subsister accidentellement avec
valeur de longue en hiatus; 2** la 4* brève forme
avec la S*' un groupe de deux brèves appartenant à
un même mot, et l'on a ^ v^ valant -s>, ainsi 12,
2 a :
indrâgnX jaritnJj, sàcâ
3" les cas, fort peu nombreux, où la 4* brève est
certaine et ne forme pas un groupe avec la 5*, ainsi
12,2c:
ayâ pâtam imàm suiAm
DES PADAS de 11 et de 12 SYLLABES. 299
Oïl est alors» conduit à admettre le r}'tlime dyssy-
métrique : .•
qu*U faut sans doute reconnaître aussi dans 27,
lia:
agnim yaniuram aptûram
— Si la a* est brève et la 3" longue, abatraction
faite des pâdas où Ion a un groupe de deux brèves
valant - v et de ceux où Ton peut restituer une longue ,
on a la forme,;:
où il est malaisé de retrouver le rythme ordinaire,
mais ces cas sont en petit nombre. Les exemples les
plus sûrs sont : i3, 5a [didivâmsam, cf. 27, 126);
3 7, 5 6 [puruhûtàm); 3^, 9 a [indriyàni); 37, 9 c
[indra tâni); ko, bb [sàmam indra, noter le vocatif;
de même 4i,7a);53,i26 [ahàm indram) ; 6 2 , 5 6
[adhvarésa); 62, 6 fc [viçvàrûpam).
Ainsi , dans les pâdas de 8 syllabes comme dans
ceux de 1 1 et de 1 2 , on observe que deux brèves
faisant partie d'un même mot peuvent être substi-
tuées à - V».
Dans la plupart des cas, les pâdas de 8 syl-
labes se laissent diviser en pieds de deux syllabes
chacun; mais cette répartition n'exprimerait nulle-
ment le caractère essentiel du vers et il ne manque
300 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897.
pas de pâdas qui présentent dans leur première moi-
tié une ruptiu*e de symétrie*
En résumé; le pâda védique a en commun avec le
vers grec de reposer sur des alternances de longues
et de brèves ; une étude attentive révèle dans ces al-
ternances des finesses dont l'observance de la 5* brève
devant le trochée qui suit la coupe après 5 syllabes
fournit un très remarquable exemple. Mais le pâda
sanskrit a une liberté rythmique qui est étrangère
au vers grec et, dans l'ensemble do leur structure,
les deux tj^pos diQ%rent dune manière essentielle.
LETTRE DU R. P. LOUIS CHEIKHO. 301
LETTRE
DU R, P. LOUIS CHEIKHO,
AU SUJET DE L'AUTEUR DE LA VERSION ARABE
DU DIATESSARONK
En passant à Beyrouth, vous m'avez dit que les
membres du Congrès des Orientalistes réunis à Paris
verraient avec plaisir un spécimen des feuillets que
nous possédons de la version arabe du Diatessaron.
Je vous en adresse donc la reproduction photogra-
phique.
Voici quelques détails sur l'histoire de ces feuilles
et quelques observations que leur examen ma sug-
gérées au sujet de lauteur de la version arabe de cet
ouvi'age.
En ^890, nos ouvriers de Timprimerie étaient
allés passer leur congé du limdi de la Pentecôte au
couvent maronite de Louaïzeh (»v^), à quatre lieues
et demie au noid-est de Beyrouth. Ils remarquèrent
à la porte différents détritus parmi lesquels se trou-
* Cette lettre était adressée à M. J.-B. Chabot qui , conformément
au désir du P. Cheikho. a communiqué les photographies et les
observations contenues dans sa lettre aux membres du Congrès des
Orientalistes, iv* section (séance du 7 septembre).
302 SEPTEMBRE OCTOBRE 1897.
valent trois feuillets du Diatessaron. quils recueil-
lirent pour nous les remettre. Des démarches ulté-
rieures faites auprès des moines pour retrouver le
reste de Touvrage n'ont amené jusqu'ici aucun ré-
sultat.
Ces trois feuillets sont écrits sur un fort papier
qui a l-aspect du parchemin; 1 encre est excellente;
les titres sont en rouge ainsi que le nom des évan-
gélistes; ils mesurent 20 centimètres de hauteur,
sur 1 1 de largeur.
En voici le contenu :
Le premier feaillet, qui a 1 9 lignes h la page, oon-
tient le récit de la Gène tel qu'il est relaté, dans
rédition dé M^ Giasca ^ depuis la page 1 68^ ligne i o ,
jusqu'à la page 170, ligne 12. — Nous avons
donné ce passage, en grande partie, d'après nôtre
manuscrit, dans notre nouvelle Chrestomathie qui
va paraître prochainement.
Le deuxième feaillet contient dans les huit pre-
mières lignes du recto les trois derniers vei^ets xles
évangélistes saint Luc, saint Marc et saint Jean. Piiis
vient la date de la copie. — • Au verso nous trouvons
le nom du copiste et quelques explications sur les-
quelles je reviendrai tout à l'heure. Ein mai^e on
lit-ime courte note écrite par un des lecteurs du
livre et datée de l'an 1 98 5 des Grecs ( 1 64 4 de J.- G.).
' Tatiani evangeUomm hamwhiœ, arabiee, Rome, i88S.'
AJU
LETTRE DO R. P. LOlJÎS CHEIKHO. 303
Le troisième feaillet ne forte que quelques lignes
incomplètes, qui contenaient la fin de la note com-
mencée au verso du deuxième.
Je transcris ici le contenu du deuxième feuillet
[h partir de la 9* ligne du recto) et du troisième :
Recto du deuxième feuillet (lignes 9-18) :
7^ (:r* C:^?;-^^ cr*^ **^j*ll ji^^' t>^ c^'^ i^l^H^
Verso du deuxième feuillet :
UUàJ. ^, ^^ ^;Uîl (^[5C^tl] wiUJ Aki*? iàs^ li
304 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1807.
(j^^l JuUt 4^iy I ^1 JU)I Ju6U}l v^t W Jlà^o
iiecto da troisième feuillet :
iVot6 marginale (au verso du deuxième feuHlet) :
^ ^*XJI ^L^ ^H^l ^AiJl J.î*Jt ^^ ot^Ai.^ il^H^
LETTRE DU R. P. LOUIS CHEÏKHO. 305
Comme vous le voyez, l'intérêt de ces feuillets
consiste dans le colophon.
Au recto du deuxième feuillet il est dit que la
copie a été terminée le 26 du mois copte d'Abib,
en Tan 1068 de Tère des Martyrs, correspondant à
Tannée ySa de Thégire (28 dhou-T CaWa), c est-à-
dire 1 33 1-1 332 de J.-C.
Le verso nous apprend que le copiste se nomme
Aboul Barakat Ibn Abi al-Khaîr(?); qu'il a copié 1 ou-
vrage sur le manuscrit d un prêtre religieux , attaché
à l'église de Saint-Mercurius , au couvent de Chah-
ran(?), et appelé Anba Youhanna, fils de Mouta-
mîn, connu sous le nom d'Ibn al -Cheikh, lequel
l'avait transcrit d'une copie faite par Simaan le co-
piste. — Ce Sima^an avait lui-même fait sa copie
sur celle de l'évêque de Foueh (son nom, à demi
effacé, est terminé par . . .ai) connu sous le nom
d'Ibn Mouhabrik. — Cet évêque assure avoir tran-
LETTRE DU R. P. LOUIS CHEIKHO. 307
tion (le cet ouvrage important. Ce que je lis à ce
sujet dans le prologue de M^" Giasca ne me satis-
fait point.
Il y a là une question intéressante et je laisse aux
savants le soin de Télucider.
Beyrouth, Université Saiiit-Josepli, le 17 août i'^97.
308 SEPTEMBRE. OCTOBRE 1807.
NOTES D'ÉPIGRAPHIE
ET D'ARCHÉOLOGIE ORIENTALE,
PAR
M. J.-B. CHABOT.
I
BUSTES ET INSCRIPTIONS DE PALMYRE^
Parmi les documents que j ai rapportés de ma
mission en Syrie se trouve un certain nombre
d'inscriptions palmyréniennes gravées sur des bustes
funéraires. Ces bustes sont la propriété de quelques
personnes notables d'Alep qui m'ont permis, avec
beaucoup dpbligeance , d'en prendre des photogra-
phies et des estampages. Mon intention , en prenant
ces estampages , était uniquement de rapporter à la
Commission du Corpus Inscriptionam Sendticaram
des reproductions exactes de ces petits monuments
que je croyais déjà publiés^. A mon retour, en les
^ Communication faite à l'Académie des Inscription» et Bdles-
iettres, séance du 20 août 1897.
* Le D** Euting possède depuis longtemps des estampages de la
plupart de ces inscriptions; mais, par suite de ses engagements,
leur publication étant. subordonnée au bon plaisir d'une société scien-
tifique allemande, il n'a pu encore les produire au jour, non plas
que d'autres précieux documents épigraphiques qu'il a rapportés
d'Orient, et dont il serait heureux de faire proGler le paUic
ARCHÉOLOGIE ORIENTALE. 309
examinant de plus près et en essayant de les classer
parmi les centaines d'inscriptions de Palmyre que
nous possédons, j*ai vu que non seulement ces in-
scriptions étaient inédites, mais qu'elles contenaient
un assez grand nombre de noms nouveaux et inté-
ressants.
Plusieurs des bustes qu accompagnent les inscrip-
tions sont d'une exécution, assez remarquable. Il en
est même d'un type un peu différent de ceux que nous
connaissons déjà. Je signalerai en particulier la sta-
tuette en pied sur laquelle est gravée l'inscription
n** 9, le buste de la femme qui tient un enfant dans
ses bras (n** 18), et quelques autres figures qui nous
présentent tout le détail du costume et de la parure
féminine avec ses colliers , ses bracelets , ses pendants
d'oreilles, ses bijoux de toute sorte.
Les inscriptions sont au nombre de dix-huit. J'en
donne ci-après la lecture et l'interprétation.
1
Buste d'homme en haut relief; tête nue; le bras gauche
est enveloppé dans les plis de la toge qui sont retenus par la
main; la main droite est ramenée sur la poitrine, les doigts
repliés à Texception du pouce et de l'index.
Hauteur o m. 48; largeur o m. 4o.
L'original existe dans la Bibliothèque du collège de Terre-
Sainte , à Alep.*
L'inscription est gravée horizontalement au-dessus
de l'épaule gauche^ du personnage; l'intérieur des
^ Quand nous ^nplayons les mots de droite ou de gauche àêns
X, 21
310 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897.
lettres était peint en rouge et il reste encore des
traces de cette couleur. Le texte a été publié par
M. Barthélémy, vice-consul de France à Marasch,
dans le Recueil de travaux relatifs à la philoL et Vott
chéoh égypt. et ass. , vol. XIX , p. 38 , et M. Clermont-
Ganneau en a fait ressortir les particularités gram-
maticales dans son Recueil d'archéologie orientale,
t. II, p. 177. — Nous la donnons ici de nouveau
parce que la copie de M. Barthélémy est imparfaite
en ce qui concerne la première ligne qu'il lisait :
")a "îDV, ^ Omar fils de. . .
Elle se lit :
a^JV a-)p» ^Aqerab
XAU nna fils de
mpv est, je crois, un nom nouveau dans Tono-
mastique palmyrénienne. Ce mot en hébreu, en
syriaque, en arabe, signifie «scorpion». - — On a
éinis diverses conjectiires pour expliquer les noms
propres sémitiques qui sont en même temps des
noms d'animaux. On pourrait peut-être supposer que
certains d'entre eux, comme nipv « scorjrion», iàfe
« chien », etc., ont pu être empruntés aux cohsteÛa-:
tions (jui sont désignées sous le même vocable; on
sait quelles éléments croer « soleil » et nn^ tlune»
ces descriptions , nous les entendons toujours par rapport au per-
sonnage figuré, et non par rapport à cdni qui regarde la statue.
ARCHÉOLOGIE ORIENTALE. 311
entrent dans ia composition d un grand nombre de
noms propres, et il ne serait pas surprenant que les
autres astres eussent fourni des éléments à lono-
mastique des peuples chez lesquels le culte sidéral a
été, à une époque, très développé.
V7J2V")2y Tiom déjà connu, quoique rare; doit sm-
terpréter a fils » ou « créature » (de Nia créer) du
dieu Semés» (le soleil). — Une inscription palmy-
rénienne publiée par Euting [Epigr. Miscellen., n** 5 )
mentionne ia tribu des t2?DDn3 "«in .
Buste d*homme; tête nue; vêtu comme le précédent,
mais d*une exécution un peu moins soignée.
Il se trouve à Mep, dans ia Bibliothèque du collège de
Terre-Sainte.
Hauteur : o m. 53; largeur : o m. 34.
L'inscription est gravée à droite de la tête ; on y
^ilH Van Hélas!
'\ii^;S IsVd Malkou
X^J^ ^H ID^Din fils de Malkou.
Le nom de IS^D, Ma'Xxos et MoC^i^xo^ dans les in-
scriptions bilingues, est des plus fréquents à Pal-
myre.
Ce^e inscription a été publiée, sans fac-similé,
en niênie temps jque la parécédente. - .
1 1 .
312 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897.
Buste d*homme en haut relief; tète nue ; chevelure crépue
et frisée de même que la harbe; le personnage est élégam-
ment drapé dans les plis de la toge d'où sort la main droite
ramenée et étendue sur la poitrine; la main gauche tient
une petite tablette sur laquelle est gravée Texclamation fu-
néraire : Vsn « Hélas î »
Hauteur: o m. 60; largeur : o m. 4^.
L'original se trouve à la Bibliothèque du collège de Terre-
Sainte, chez les PP. Franciscains, à Alep.
L*inscription est gravée verticalement au-dessus
de Tépaule droite du personnage. L'écriture est un
peu cursive. Elle se lit ainsi :
JjVy)<.
obn
Portrait
y\l5-;5'a\>
r"'?D'7»
de k>almallat
'ûX-^i
""jyD
[fils de] Ma^nnai.
\vMH
•jan
Hélas I
La deuxième et la troisième ligne sont à demi
effacées; je crois cependant la lecture certaine. Lçs
noms sont d'ailleurs connus.
n^D^e? , ^aXfxdXkaOos en grec dans les inscriptions
bilingues ( Vogué , P. 7 ) , s explique n'jK nbv « paix »
ou « récompense de la déesse Allât ». C'est lé corres-
pondant des noms hébreux : ^K"»D^2? (Num., i, 6)
et liT'D^c? (I Par., xxvi, i/j).
••:yi:, grec Mawaîos (Vogué, P. 3 7, etc.), Mfr-
vauoç (Mordtmann , Neae Beitràge zar Kanie Palmy-
ras, p. Sg) et Maevas (Schrôder, Sitz. d. Ahad. à.
ARCHÉOLOGIE ORIENTALE. 313
fVissensch. za Berlin, i88/i, t; XXVI, p. 438), est
un nom très commun à Paimyre. Il est dérivé de là
racine nay « exaucer » ; on ie trouve en syriaque sous
la forme JjûIao, et en nabatéen sous ia forme lavD (G.
/. S., II, 2^9, 262).
Nous trouvons précisément un Saimallat fds de
Ma^nnai , dont ia fiiie avait épousé im membre de la
famille de Wahballat dont M. de Vogué a retrouvé le
tombeau (P. 54). C est peut-être le personnage repré-
senté parle buste (jue notre inscription accompagne.
Nous supposons qu'il faut sous-entendré le mot
in « fils » entre les noms de Saimallat et de Mà^nnai;
construction adoptée sous Tinfluence de l'usage grec
qui supprime habituellement le mot vl6s; mais il
est possible que Ma*nnai ne soit qu'un second nom
de Saimallat; nous avons, à Paimyre même, des
exemples pour appuyer ces deux hypothèses.
Il est à remarquer que la forme des lettres de notre
inscription se rapproche beaucoup dé l'écriture sy-
riaque estranghelo. Gela est surtout frappant dans la
troisième ligne qui renferme le noin de
Buste d'homme jeune et imberbe ; tète nue ; les cheveux
rejetés en arrière ; il est drapé comme les précédents , et la
main gauche tient une fleur en même temps qu'elle retient
les phs de la toge. — (Fig* 4.)'
Hauteur : o m. 60 ; largeur : o m. 4o.
Ce buste se trouve à Alep , dans la maisqn de M. Andri
Marcopoli.
314 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897.
L'inscription de quatre lignes est gravée au-des'sûft
de l'épaule gauche. On y lit :
Aa H ^3n Hélas I
'\a 'X ii \j JS ->3 IdVd Meikon fib de
iG^Ail XD'îU Borrepha
^^y^ '> H 2^ Tin^nK AHtôr.
KD"nn est composé de tOT^p, Bol sanavit, par
assimilation du S dans le "i suivant.
nin^nx s'est déjà rencontré plusieurs fois, mais n*n
pas encore été expliqué d'une manière satisfaisante.
Il est formé comme les noms hébreux : Dp^nK, DTnK,
*^D"»^^c, etc.; avec l'élénient '♦nK a frère » (ou t ami »),
mais il est difficile de préciser le sens de Taulre élé-
ment formé par les lettres mn .
Cette inscription permet de résoudre une petite
difficidté qu'on pouvait élever relativement à un
buste palmyrénien publié par M. Wright dans les
Proceeiin(jsof theSoc. ofbiblicalArchœoL,(nor. 1 885).
L'inscription qui accompagne ce buste est formée de
deux lignes placées symétriquement de chaque côté
de la tête du personnage, de cette façon:
à gauche :
à droite :
KDIÙ 13
nbam ban
n^n'»nî<
Kfibu 13
Les inscriptions ainsi disposées se lisent ordinai-
rement par colonne, le côté droit le premier, et le
gauche ensuite. Cependant comme on connaissait
ARCHÉOLOGIE ORIENTALE. 315
lin certain Bblha surnommé (ou fils de) 'Ahitôr (Si-
monsen , Scalptares et Inscriptions de Palmyre, p. 1 5 )
on pouvait se demander si Tinscriptiort ne se com-
posait pas de deux lignes séparées par la tête, et ne
devait pas se lire :
Le texte qui accompagne notre buste montre
quûn certain' KD113 a aussi porté le surnom (ou était
fib) de "Tin^nX; rien ne s oppose donc à ce qu'on lise
l'inscription publiée par Wright : fVahballat Jils de
Bolhajils de Borrepha [appelé ou Jils de] 'Ahitôr.
Buste de femme; le bras droit, nu jusqnau coude, est
relevé à la hauteur du cou et la main écarte légèrement le
voile qui recouvre la tête; la main gauche\ ramenée sur
la poitrine, retient les plis du vêtement; un anneau orne
le petit doigt; sur la tête et sous le voile, une soi*te de
turban surmonte le bandeau brodé qui recouvre le front et
au-dessous duquel les cheveux dépassent à droite et à gauche
au-dessus des tempes ; ils sont ornés de deux parures com-
posées chacune de sept grosses perles; ils descendent par
derrière en longues tresses qui retombent de chaque côté
sur les épaules et la poitrine. — (^ig* ^•)
Hauteur : o m. 68 ; largeur : o m. 44-
Cette sculpture se trouve à Alep , dans la maison de M. An-
dré Marcopoli.
A droite de la tête se trouve une inscription de
de cinq lignes , probablement la continuation d'une
autre inscription qui était placée à droite dans la
3J6 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1807,
partie fracturée. Elle renferme une date *el'
ainsi
'
i .
• ■ - 1- r
• ■ ■ * A
)\^^
m'»3
Dàn» le' mois '
1.- . ■ {' \
^^a
TK
deYar
• •
1 j' f
>\i\>
T\W
de rànnëe
^s^W)
cccc
quatre cent
m
y 333
LXV
soixante-cinq. :
T T
Lé mois de yar de Tannée 465 des Séfeudâqi
correspond au mois de mai de Tannée 1 5 4' de tiOtlB
ère. • > ■
6' • .
.s-
• » ■
. I ! ! '
Buste d'homme jeune et imberbe, vêtu de ia toge; tète
nue; les cheveux frisés sont relevés en arrière et séparés
sur le milieu ; la main gauche tient une petite tdblette sur
laquelle on voit un seul signe ressemblant âssei bten à la
lettre grecque v et qui est peut être un n. «commencement du
mot ^nn «Hélas!* (cf.' ci-dessus, n* S); le petit d<ngt est
orné d*un anneau; Tindex de la main droite étendu semUe
montrer la tablette. — ^ (Fig. 8.) " 'i ""
Hauteur : p m. 55; largeur: o m. 4o. ' \'" ■
8e trouve à Alep, dans la maison de M. Georges MaiSiSo-
poli. ' ■ ' . ' '
, L'inscription de trois lignes se trouve au-dcjBSjUUi
de Tépaule gauche; on y lit : . ! ' -
i^^o\ KTl Waida .V ' ■ '-'^
•^^Xa p:i3 (fdsde)Bagran.
\^ iK b^n HélasI
Les noms sont parfaitement gravés; le pied dli
premier signe a souffert d'une cassure de la^pieitra;.
ARCHÉOLOGIE ORIENTALE. 317
il ne semble cependant pas qu'il puisse y avoir
doute sur sa valeur. NT»! (ou KT»!) et p33 (ou p33)
sont deux noms nouveaux et d'apparence étrange.
Je n'en saurais donner l'explication. Le second est
probablement un nom d'origine parthe.
Cette inscription était gravée silr le fronton triangulaire
d*un pietit monument dont je ne saurais dire la destination.
Une large feuille d*acanthe sculptée au milieu séparait ce
fronton en deux parties égales. Le côté gauche a disparu, il
portait probablement un buste et une inscription , faisant
pendant au buste et à Tinscription de droite. Le buste » sans
bras , est celui d*un homme imberbe coiffé d*un modius itni ;
il est revêtu de la' toge dont les plis sont retenus par une
agrafe fixée sur Tépaule droite; entre le buste et la feuille
d*acanthe se trouve l'inscription.
La pierre mesure actuellement dans sa plus grande largeur
om. g4} et om. 5i dans sa plus grande hauteur. Avant la
fracture eHe devait mesurer i m. 54 dans sa plus grande
largeur. •*- ( Fig. 7. ) *
E^e se trouve à Alep , dans la maison de M. Georges Mar-
copoli. Selon les renseignements qui m'ont été donnés ,
elle aurait été acquise à Deir ez-Zôr, sur les bords de TEu-
phrate ; mais il est probable qu'elle provient de Palmyre et
a été transportée là » par les Arabes , pour être vendue plus
facilement.
L'inscription se lit ainsi î
î^iSAJi
KaSTD
Mezabana
•Xii\iJi^a
idVd ^n
fils de Maikôu
M"Ui'>>
' inD^n
Taimarcôu
3
^axH
"^"i^m
318 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897.
#
KanîD, en grec MelaSSdvous (Waddington, !i584),
s'était déjà trouvé en palmyréniën comme nom dé
femme (Vogué, P. io5; Schrôder, Z. D. M. G.,
t.XXXIX[i885],p. 353).
iSiD^n, gr. @aifjidp<Tns (Waddington, aSgô; Vo-
gué, P. 6, 33). L'étymologie du nom est incertaine;
Wellhausen [Skizzen and Vorarbeiten [3 Heft.p. 54],
Reste arabischen Heidentkames) le croit composé avec
le nom du dieu arabe ^^, de même que. vr\i}
(Vogué, P. 84); cf. C 1. S., II, ïf 2o8. — Le sens
serait donc « serviteur de Radwa »; Cîomp. le nom
arabe si commun : ^t k%3 « serviteur d'Allah ». —
Dans notre inscription la lecture de ce nom n'est
pas tout à fait certaine. Les lettres "iD^n seules sont
parfaitement distinctes au commencement. Il semble
que le î , plus petit que les autres lettres, ait été omis
par une inadvertance du lapicide, et ajouté après
coup. Peut-être la lettre finale est-elle un K et non
un 1 . .
Quant à la dernière ligne, je ne saurais l'inter-
préter avec certitude. Elle se compose de quatre ca-
ractères et peut-être d'un cinquième (qui sellait un d)
en surcharge; mais il est très possible que ce signe
ne soit que la partie inférieure du 1 qui termine le
nom de ITIOTI . Il ne diffère pas sensiblement de la
forme du i fmal de la ligne précédente. Le signe
qui précède les lettres >3y , dont la lecture est abso-
]ument sûre , peut être soit un ^c , soit \m n , soit un I .
ARCHÉOLOGIE ORIENTALE. 310
Si Ton admet cette dernière hypothèse, on aurait
alors le nom "«ays, nouveau en palmyrénien, mais
fréquent en nabatéen sous la forme 13^2 (G. /. 5., II,
n*" 286; Euting, Sinait, Inschr., 6, 207, 219, 438),
en arabe cajw?, « îndomitus » (Ibn Doreid, 29). Tou-
tefois, je dois dire quun K me paraît paléographi-
quement, beaucoup plus probable.
8
Buste de femme très soigné; la tété- est recouverte d'un
voile qui retombe sur le corps, mais il n'y a ni coiffure, ni
frontal; les cheveux sont tot£dement rejetés en arrière; le
bras droit, complètement nu jusqu'au coude, sort de la toge
qui laisse voir l'extrémité de la manche de la tunique ; il est
replié de manière à ramener la main à la hauteur de la
joue sur laquelle sont appuyés les deux premiers doigts
étendus, tandis que les deux autres avec le pouce paraissent
soutenir le menton. On a déjà fait observer que ce geste
était un signe de deuil. La main gauche tient les plis de la
toge au-dessous de la poitrine, le petit doigt porte un an-
neau ; chaque bras est orné de bracelets ; il y a plusieurs col-
liers autour du cou , et de longs pendants aux oreilles. Der-
rière le buste est figurée une draperie fixée par des agrafes
à, deux palmes. L'inscription se trouve de chaque côté de la
tête dans l'espace qui la sépare des palmes.
Ce buste mesure o m. 60 de hauteur sur o m. 56 de lar-
geur.
Il se trouve à Alep, dans la maison de M. Joseph Marco-
poli.
Les inscriptions sont ainsi conçues :
320 SEPTEMBRE-OCTOBRE 18Ô1
Ui. Au-dessus de Tépauie gauche :
yvi\> niV Année
^^ y D cinq cent
^''^-»33 XLIII quarante-troi».
b. Au-dessus de la droite :
Ji\y^
obTt
Portrait de
'aH
bn
Hai-
•
ilhS'»
ano"»
iphat fil-
^kY }f^^
■73» m
le de 'Ogal-
M^a^cy^
13 KD
ta, fils de
•
oJJoM^H
•
■•onn
Harimsgi.
\yaH
•jan
Hélas !
L écriture de cette inscription est assez n^igée
et irrégulière , peut-être à cause de la dureté excep-
tionnelle de la pierre sur laquelle elle est gravée. De
plus, il est à remarquer que les mots sont coupés
dune manière tout à fait arbitraire, et même sans
I
nécessité apparente , à la deuxième ligne par exemple.
. Le mot D*?» par laquelle elle débute devrait être
écrit riD^s avec la forme féminine. C'est en eflG^
l'usage, dans les monuments de Psdmyre, que ce
mot désignant une statue d'homme garde la forme
masculine, et prenne au contraire la forme féminine
quand il accompagne ime statue de femme (cf.
Vogué, P. i3, 29; Simonsen, Sculptures et inscrip-
tions de Palmyre, p. 4o; etc.).
AReHÉOL,OGIE ORIENTALE, 321
nD^^n est un nom féminin qui se trouve pour la
première fois. li est à rapprocher des noms mascu-
lins déjà connus : '•D'^^n, ^CD'7^, iD^n, ^D^n. On trouve
également en nabatéen (G. /. S,, II, 209) ie nom
propre 'iD'7n que Nôldeke identifie avec ie nom arabe
Uds^. La forme pleine ^^7^CD7^ [G. L S., II, 206),
montre que les noms cités plus haut doivent être
considérés comme des noms théophores apocopes,
dans lesquels l'élément divin a disparu. Le sens est
« compensation [donnée par le dieu. . .] ». La tribu
des "'S"»'?n "^in est appelée en grec <ï>v\rf AXi^iyvcSi;. On
la trouve mentionnée dans une inscription grecque
de ^El 'Adjeilat (Waddîngton , 2210).
•
n'ia 0 fille de ». — Nous avons ici la forme pleine;
on trouve aussi fréquemment la forme contractée
n3(cf., ci-dessous, n® 12).
xn^ay est également une forme nouvelle. Ce nom
présente quelque difficulté. S'il s agissait dun nom
féminin , on pourrait le rapprocher de Thébreu nh^^
« génisse » , nom d une des femmes de David ( II
Sam., m, 5). Mais il est suivi directement du mot
12 « fds de » , qui montre que nous avons affaire à un
nom masculin malgré sa forme féminine. — On a
rencontré plusieurs fois le nom ib"»ay, gr. OyjjXo^
(Vogué, P. 70, 9 4; etc.), qui doit avoir la même
étymologie. Dans la plupart des langues sémitiques ,
la racine ^:y a le sens de « rouler, être rond » ; en
éthiopien elle a conservé celui de « nouveau-né ». —
322 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1807.
A rapprocher les noms du dieu palmyrénien h^ph}^
et du roi moabite j^^a? (Jud., m, i q).
>Dnn nouveau à Palmyre , parait signifier « con-
sacré» {devotas). li dérive de ia racine Din «être
consacré, être voué ». C'est sans doute Tabrégé d'un
nom théophore dans lequel l'élément divin a dis-
paru comme dans tant d'autres ! Nous avons dans
l'araméen biblique Din (Esdr., u, 3a; x, 3i; Neh,,
m, 11) pour cnn ; et en nabatéen le nom lonn (C. /.
S., II, 1^8) que Nôldeke rapproche de l'arabe «L^,
Harâm, (Wûstenfeld, Résister, p. ao5). Le nôtre
serait à comparer à ^i^^ Harim (ibid., p. 206).
Nous avons probablement ce même élément dans le
nom grec kpàl(ittXos tvoué à El» (Waddington,
2^46) dont la forme sémitique serait ^KD^in , comme
kvvriXos répond à bnin ,
L'année 543 des Séleucides commence le i* oc-
tobre de l'an 2 3 1 de notre ère. Je ferai remarquer
que la lecture du chiffre des centaines est un peu
douteuse. On pourrait sans trop de difiEiculté i'intej^-
prêter 6/1 3. Cependant le signe ressemble assez bien
à un y de forme cursive (syriacîsante), et daii9 les
meilleures inscription?, le signe du chiflBre 5 ne dif-
fère en rien du X.
ARCHÉOLOGIE ORIENTALE. 333
9
Petite statue en pied sculptée en haut relief, représentant
une femme drapée dans un long manteau qui passe sous le
bras droit et est retenu sur Tépaule gauche par une agrafe; il
laisse voir la tunique ornée de broderies ; par>dessus le man-
teau est jeté un voile qui recouvre la tête et descend jus-
qu'aux pieds ; les clieveux sont dissimulés par la coiffure et
un frontal orné. La personne porte des pendants aux oreilles
et un collier de perles au cou ; les bras sont engagés dans les
plis du voile et ne laissent passer que les mains ; la droite est
ouverte, les doigts étendus et écartés, et présente la paume;
la gauche tient deux objets qui paraissent être un fuseau et
une pelote de laine. Les pieds sont chaussés d'une manière
spécisde. — (Fig. i.)
Ce curieux spécimen de Tart palmyrénien est msdheureu-
sèment fracturé en trois morceaux. Il se trouve à Alep, chez
M. Henri Marcopoli. — Dimensions, dans Tintérieur du
cadre : hauteur, om. 5i; largeur, om. 23.
L'inscription , placée au niveau du coude du bras
droit de la statue, se lit ainsi :
^en>y est encore un nom nouveau; il est à rap-
procher du nom d'homme arabe Mtïfe (Wûstenfeld,
Regùter, p. 54; Qflma5,p. 211).
b2n
Hélas!
Kn^y
•Aita
'r\i2
fdlcdc
loV^y
Ailamei ,
^HT»
fils de] Yarhai.
324 SEPTËMBRK-OGTOBRS I8«7.
"•©^"•y est le même que '»D^'»yK (Vogué, P. i,
iq3; etc.), mais écrit sans k prosthétique. Ce der-
nier est transcrit en grec ÂaiXa/xeis (Wadd., a 586).
A la forme que nous avons ici correspond sans doute
le grec Aï\afios[Wsidd., 2071, Q086, 2189, ubij e).
Ce nom vient de la racine nb:f « être jeune, être vi-
goureux ».
^m"» est un nom très fréquent; iapaios dans les
inscriptions bilingues. Littéralement : lanaris t qui
appartient au dieu Lune ».
10
Double statue en haut reHef représentant deux jeunes
filles. Elles sont vêtues d*'une simple tunique qui descend
jusqu'aux pieds et dont les manches ne dépassent pas le
coude. La plus grande a, en outre, une sorte d*écharpe qui
passe sur Tépaule gauche et sous le bras droit et dont l'une
des extrémités, terminée par un gland, pend sur le devant
du corps à la hauteur des genoux. Toutes deux sont tète nue
avec les cheveux séparés sur le milieu et rejetés en arrière;
elles portent des pendants aux oreilles, un coUier de perles
et des bracelets. E^les tiennent chacune un oiseau : Talnée
de la main gauche, et la plus jeune de la main droite; ceUe-
ci a en outre un fruit en forme de. grappe compacte, dans sa
main gauche, que la droite de Tainée saisit au poignet, pour
indiquer sans doute que cet emblème s'applique aux deux
sœurs. Les pieds sont chaussés de sandales retenues par des
courroies, et la manière dont celles-ci sont fixées est très net-
tement exprimée. Les statues d'hommes et de jeunes gens
ont généralement les pieds nus. — (Fig- 2»)
Hauteur, om. 4o; largeur, om. ds* — Ce buste appar-'
lient à M. Henri Marcopoli, d'Alep.
AaCHÉOLOGIE ORIENTALE. 3â5
L'inscription , placée entre les deux têtes , doit se
lire :
"\:i ^^\aH >^"\a îd a eC 13 p^n n-13 K33K
^a a H *» Vl *> 'îCi '?3n'Sn3
Ababa fille de Hairan fils de || Kohaili. Hélas! || àista, ||
sa sœur. 11 Hélas !
K33N est la forme emphatique du nom d'homme
33^c qui se trouve dans une inscription palmyrénienne
du British Muséum éditée par Wright [Procendings ,
loc. cit.). Comp. le nom grec këaSos (Wadd. , 24^0,
2 59o). — Quant à Tétymologie, il faut sans doute
rapporter ce nom à la racine chaldéenne 22Vi « pro-
duire des fruits». Comp. le syriaque jL^d) « fruit,
rameau ». — Ce nom se rencontre pour la première
sous cette forme et comme nom de femme.
p'^n, AipclvïfSy dans les inscriptions bilingues , est
un des noms les plus fréquents de Palmyre.
■♦^MD ne s'est pas encore présenté avec cette or-
thographe, mais bien sous la forme ^b^nD (Vogué,
P. 3o) qui se trouve aussi en nabatéen (G. /. S.,
II, 197). Le même existe en arabe Ja^ (Ibn Do-
reid , 111, 2 ) ; ce serait un diminutif de la racine
Shd, en chaldaïque « être fort, valait», - — Peut-être
à rapprocher du grec XatXos (Wadd., 21 4a).
NDC?'» w* est encore un nom nouveau. Le même mol
ARCHÉOLOGIE ORIENTALE. 327
m
VllPsér. , 1. 1, 1 883, p. a43). — Avant la découverte
de cette inscription bilingue, on lisait ce nom ^a:^'»
Yanbel. Il n y a aucun exemple certain de cette
dernière forme dont lexpiication étymologique est
d'ailleurs difficile. Une inscription de Copenhague
(Simonsen, Scalplares et inscriptions de^^Palmyre,
p. 17) porterait, dit-on, le point diacritique sur la
seconde lettre du mot qui serait bien im "i et non
un n. L'examen de la photographie (pi. VIlI) laisse
un doute sérieux sur Texactitude de cette affirma-
tion. — A rapprocher le nom biblique 'jK^fn^ (1 Chr.,
vu, 6; X, 11).
12
Buste de femme. La tète est recouverte du voile que la
main droite écarte légèrement à la hauteur du cou. Un dia-
dème est fixé sur le voile, les cheveux sont complètement
ramenés en arrière. Aucun ornement au cou; mais des pen-
dants aux oreilles, un bracelet très simple au poignet droit,
et un anneau au petit doigt de la main gauche.
Hauteur, o m. 55 ; largeur, o m. 55 . — Ce buste se trouve
à Alep, chez M. Henri Marcopoli.
L'inscription est gravée au-dessus de lepaule
gauche ; on y lit :
Hagar fille de
Malé;
ha iCii\
ra N3n
Hanna fille de
î^i\\y^
NSibp
Qaloupha.
i^K
Van
Hélas !
32
328 SEPTEMBKE-OCTOBRE 1807.
I2r\ n est autre chose que le nom biblique porté
par la servante d'Abraham (Gen. xvi, i) et qui si-
gnifie « fugitive ». C'est la première fois qu'on le
rencontre en palmyrénien. — On peut le rappro-
cher du nom nabatéen Min [C. I. S., II, 200, 2o3,
226) et de larabe y^li. (Ibn Doreid, 277, 5; 1 19,
n2 « fille de » , forme contractée de ri3 ; cf. ci-
dessus, n° 8.
Hbv, MaXijs, est très fréquent.
Kin «grâce, miséricorde» se trouve aussi pour
la première fois en palmyrénien. C'est le même nom
que l'hébreu nin * kvva (I Sam., i, 2) et le nabatéen
nin (C. /. 5., II, 2 1 7). Il y a un léger doute sur la
lecture de la seconde lettre.
KDi^p est encore un nom nouveau. La première
lettre paraît bien être un p plutôt qu'un D.. La ra-
cine «st^jD en syriaque, (en arabe s^i!^), a le sens de
« dépouiller, dénuder ». — Ce qui semble appuyer
cette lecture , c'est qu'on trouve dans une inscription
grecque de Bosra (Wadd,, igSô a) un certain per-
sonnage nommé Diogène, aussi appelé (très proba-
blement en nabatéen) Ko'kd<pios, nom qui n'est pas
sans analogie avec celui de notre inscription ; car il
est de règle dans les transcriptions de cette époque
que le p sémitique soit rendu par le x grec. Il y en a
de nombreux exemples et l'inscription suivante en
ARCHÉOLOGIE ORIENTALE. 329
fournit deux. La présence de deux noms de femme
dans une même inscription et sur un seul buste a
quelque chose d'anormal. Peut-être y avait-ii primi-
tivement un second buste qui a été séparé du premier.
13
Buste de femme , couverte du voile , dont le vêtement et
la pose sont analogues au buste de Nabai (n** 1 1), avec cette
différence toutefois qu'elle ne porte pas de collier.
Hauteur, o m. 5o ; largeur, o m. 4a . — H appâtaient comme
les précédents à M. Henri Marcopoii , d*Alep.
L'inscription , gravée au-dessus de l'épaule gauche ,
se lit :
iC Ji j^ iC KtJpx 'Aqmé
y^^a n-»3 fille de
^Ji^rtJi '•O'^pD Moqeimi.
^)^ bin Uéhsl
HJ^pii, en grec Ax/ùt)/, est déjà connu. (Sachau,
Z.D.M.G., t. XXXV [i 88 1] p. 735; Mordtmann,
Neae Beitràge,f. 4o; etc.) — La dernière lettre de
ce nom, en partie dissimulée par la sculpture, est
parfaitement visible sur l'original.
nD^pD , écrit ici avec un > final au lieu de l'ortho-
graphe habituelle iD^pD, en grec MAxeifios ( Wadd.,
i6 1 3) ou MéxtiÀOs {*ibS6) , est un des noms les plus
commun^ à Palmyre.
330 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1807.
14
Buste d*homme , tête nue , avec les cheveux et la barbe
crépus. Il est vétn de la toge dont les plis sont retenus par la
main gauche; la droite est ramenée sur la poitrine.
Hauteur, o m. 5o; largeur, o m. iia, — Ce buste appar-
tient à M. Constantin Homsy, d*Alep.
L'inscription est gravée au-dessus de Tépa^ile
droite. Les lettres sont d une forme assez négligée et
de basse époque à ce quil semble, bien qu'en géné-
ral on ne doive pas attacher d'importance chronolo-
gique à la forme des lettres dans les inscriptions de
Palmyre, comme le montrent certaines inscriptions
datées, les unes anciennes et mal écrites, les autres
plus récentes et d'une écriture plus correcte. Les
points diacritiques sont marqués, sur les n et à l'in-
térieur du T .
^ii^J.'i 13^0 Malkou
^ H'\^ ^ a ^n-T» -a fils de Yarhai
^^y\>àC Ti:^«?K As'adar.
^^iK ^3n Hélas!
La lecture de l'inscription est absolument cer*
taine.
ni:fVH est un nom nouveau dont je ne vois pas
l'étymologie ; l'élément verbal "msr qui le termine
se rencontre dans beaucoup de noms propres sémi-
tiques et signifie « aider, secourir ». Le nom doit
donc se décomposer ainsi *iiy+^K. L'élément VK est
ARCHÉOLOGIE ORIENTALE. 331
sans doute Tabrégé d un nom divin. Mais quel est ce
nom? Je ne saurais le dire:
15
Buste d'homme ; tête nue , avec ia barbe et les cheveux
frisés. Il est vêtu de la toge qui laisse passer les mains rame-
nées au-dessous de la poitrine; le petit doigt de la main
gauche porte un anneau. Dans le cliamp resté libre au dessus
de Tépaule gauche est figurée la coiffure : un modius ceint
d'une couronne de feuillage. Du côté opposé se trouve l'in-
scription en caractères assez semblables à ceux de la précé-
dente.
Hauteur^ om. 60; largeur, om. 4o. — Ce buste appar-
tient à M. Guillaume Poche, d'Alep.
L'inscription se lit ainsi :
^^X\> "•■'^l^ Sagri
iCXy '\ â Ka:r ^3 fJs de *Ogga
)Mmm.^)^ 3--03 fils de.... b.
\ja>\ ^3n Hélas!
Le nom de nac; s est déjà rencontré (Vogué,
P. \il\)- — Celui de K^y, grec Ôyya, est fréquent
(Vogué, P. 17, 18, 67; etc.).
Quant au troisième nom, la lecture en est très
difficile. Nous croyons, sans en être certain, recon-
naître au commencement les lettres TD , suivies d'un "»
et peut-être d'un :r; le dernier signe est presque
certainement un 3 . Nous aurions ainsi le nom 3:r*ïD
dont je ne vois pas la signification.
332
SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897.
16
Sculpture en haut relief représentant le buste de deux
(personnages: le mari et la femme. L*homme, tète nue, avec
la barbe courte et les cheveux frisés, est vêtu de la toge; il
porte im anneau au petit doigt de la main gauche qui tient
un objet mutilé, soit une tablette (cf. n* 6) soit une branche
de feuillage (cf. Simonsen, Sculptures et inscriptions de Pàl-
myre, pi. VII). — La femme est couverte du voile; le ban-
deau du front laisse voir les cheveux au-dessus des tempes ;
elle porte des pendants d'oreilles , un collier, des bracelets ,
et un anneau au petit doigt de la main gauche qui est ra-
menée à la hauteur de Tépaule et écarte le voile.
Hauteur : o m. 58; largeur : o m. 4^. — Appartient à
M. Guillaume Poche , d*Âlep.
L'inscription, gravée entre les deux têtes, se lit
ainsi :
^a y^o\j a
13 :^T»''?a
Belyada', fiis de
i^aoMM,
K3'»m
Rahiba;
>^^a v.}M^\
• n")a mH^
et Âlia , fille de
^if^y^ei ^3^^^
innriN XDiia
Bojnrepha, sa femme
^ai\
tan
Hélas!
yT»V3 . — Ce nom est parfaitement lisible sur la
pierre. L'inscription est nettement mais légèrement
gravée, et pour ce motif l'estampage reproduit hx-
blement les lettres. ^ — C'est le pendant du nom
^^T» que nous avons rencontré plus haut (n* 1 1).
Le sens est « Bel connaît (= protège) ». Nous avons
en hébreu le nom congénère de stt^^ porté par un
ARCHÉOLOGIE ORIENTALE. 333
fils de David (II Sam., v, 16) qui est aussi appelé,
dans un document d origine différente (I Par. , xiv,
7) ^tI^??» c est-à-dire exactement comme le person-
nage de notre inscription , ^5 étant en paimyrénien
la contraction de ^ya ,
Hi'^ni est aussi un nom nouveau. Il y a un léger
doute sur la valeur de la première lettre , mal venue
sur l'estampage, mais dont la lecture est presque
certaine sur la pierre. Ce nom serait dérivé de la ra-
cine 3m (arabe 4^^) «être large, spacieux». Cette
racine entre dans la composition de plusieurs noms
propres en hébreu. Elle a fourni le nom de ann ( Jos. ,
n, 1), porté par la célèbre courtisane de Jéricho, qui
accueillit les espions de Josué.
KPK s'est déjà rencontré comme nom de femme,
et M. Clermont-Ganneau a fait ressortir Tétrangeté
de l'emploi comme nom féminin d'un mot qui parait
signifier «frère» [Études d'archéologie orientale, t. I,
p. 112), — Le 1 conjonctif qui n'est pas venu sur
l'estampage est absolument distinct sur la pierre.
17
Buste de femme vêtue assez simplement ; le front est orné
d un bandeau, la tête couverte du voile et les cheveux des-
cendent sur les épaules en tresses ondulées. La main gauche
tient le fuseau et la pelote ; la main droite, relevée au-dessus
du sein, retient le voile.
Ce buste mesure o m. 5a de haut sur o m. 35 de large.
Il appartient à M. Constantin Homsy, d'Aiep.
334 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1807.
Au-dessus de Tépaule droite est gravée une in-
scription dont les caractères sont, à première vue,
fort étranges. Kn les examinant de près, je me suis
persuadé que cette inscription était i^oeuvre d*un
faussaire. J ai cru, en effet, reconnaître qù'cdle avait
été .substitué^ à une inscription plus ancienne et
presque effacée,. mais dont il ma sçmbl^ retrouver
des traces certaines. L ancienne inscription était
gravée horizontalement. Le faussaire cpji a grfivé la
seconde, croyant sans doute donner à son buste une
valeur vénale plus considérable, a probablement
imité une inscription tracée verticalement. H ny mi-
rait donc pas lieu de chercher à interpréter les signes,
dont on peut voir la reproduction fidèle dans leiao-
similé. '•' -
18
Baste de femme. Le voile qui couvre la tête est piaoé''plni
en arrière que dans les autres sculptures. Le' hândusti dn
front est orné , au milieu , d une plaque de méUl omaiMntée,
de laquelle partent deux chaînettes qui descendent sur Iqs
tempes et disparaissent sous le voile derrière la tètè;loi'clle-
veux ramenés en arrière couvrent en partie les oréffléS-v'ins-
([uclles sont fixés de longs pendants. Le cou est omë d'an
double collier de perles et de métal; le bras droit, anjnsqa'an
coude, poilc im gros bracelet. La femme tient sur son bfas
gauche un petit enfant emmaiiloté.P -— (^ig* ^O ^ '
J'ai omis de prendre les mesures de ce monument ;d*iipfks
la photographie, il doit être de mêmes dimensions qip»*b
n" 5. — Il se trouve au consulat de France, à Akp, oùfla
été abandonné par un des derniers tittUaires de oe*
Cc buste portait une inscription gra^^ée ao-dafsus
ARCHÉOLOGIE ORIENTALE. 335
de l'épaule gauche de la femme; mais là pierre est
fracturée en cet endroit, et dans la partie qui sub-
siste les lettres sont presque entièrement effacées.
On reconnaît toutefois très distinctement le nom si
fréquent de idVd.
,UaTB ALPHABETIQUE DES NOMS 1
PROPRES .
ÇONTÊ^jÛS PANS LES INSCRIPTIONS PRECEDENTES.
i5 iVai*
8 Knbay
8 D^^bn
12 H:n
1 O K32X
i6 Knx
9 ^D^^
9 KrT'y
8 "Dnn
Il bay^T
4.'Tin''nK
i3 XDpK
1 3^py
i4, 9 "»nn>
i4 m:^i2^K
7 (?) ••3^2
12 JCDI^p
i6 H2^ni
11, lo "«^nD
7 KiSTD
12 K'?©
6 pas
i6,4 KDIia
i6 yi^bi
i5 nat!;
i8, i4,7» 'i» 2 ID^D
1 i2;Dc;n3
lo ^riV^^
3 inh^bv
3 '»:3?D
i3 1D''pD
.12 nan
6 KT»!
7 inD'»n
11 '•a:
lo p''n
II
LES RUINES DE PALMYRE EN 1735.
On fait généralement beaucoup d'honneur, et à
bon droit, aux voyageurs anglais Wood et Daw-
kins, qui ont visité les ruines de Palmyre au siècle
dernier, en i yS i , et nous en ont laissé une remar-
quable description ^ Un voyageur français , Granger^,
^ The ruins of Palrnyra; Londres, 1753.
* Granger, dont le véritable nom était 'Tourtechot , naquit à Di-
336 SEPTEMBRE-OCTOBRE 18Q7.
avait pourtant pénétré jusqu'à cette ville quinze ans
auparavant et en avait, lui aussi, rapporté une des-
cription en plusieui's points supérieure par lexacti-
tude , la netteté et la précision des détails à celle des
explorateurs anglais. Voici comment je fus conduit
à sa découverte. En consultant, à la Bibliothèque
nationale , le ms. français Nonv. accj. 9123 , qui fait
partie de la collection des Papiers de Saint-Martin,
je trouvai , à la suite des épreuves et du manuscrit
de son Histoire de Palmyre, restée inachevée, la co-
pie d un grand nombre de documents : extraits des
géographes ou historiens anciens, transcription et
traduction d'inscriptions, citations d auteurs, etc.. .
en un mot, à peu près tout ce que Ton savait sur
Palmyre vers 1 83o. C'est au milieu de ces pièces de
jon; il étudia la chirurgie et se distingua dans son art, sortout à
Marseille et à Toulon , pendant la peste de 1 7 a i . Il passa ensuite
à Tunis , en qualité de chirurgien en chef de Thôpitid des rdigieox
Trinitaires espagnols, et y occupa ce poste jusqu*en 1734* H se lia
fort intimement avec Pignon, alors consul de France en cette vifle,
qui le retint à Tunis jusqu'en 1738. Il rentra en France; et, en
1730, Pignon, ayant été nommé consul au Caire, décida Granger
à raccompagner. C'est alors qu'il visita l'Egypte et écrivit les notes
. qui ont servi de base à la Relation du voyage fait en Egypte eit
1730, par le sieur Granger, publiée après sa mort (Paris, 1745).
Il revint en France en 1732 et en repartit Tannée suivante avec
Pignon; mais, cette fois, chargé de mission ou, comme on cUsait
alors , « honoré d'une Commission du Roy 1 en vue d'étudier llib-«
toire naturelle. Il visita la Cyrénaîque avec son ami , puis , continuant
seul son voyage, il passa en Crète, en Egypte, à Chypre, en Pldes-
tine, en Syrie et, d'Alep, il se dirigea vers la Perse. H mourut en
revenant de ce pays, à deux journées de Bassora. Sa description
(le Palmyre est datée du commencement de 1736, c*est-à-dire do
l'année même do sa mort.
ARCHÉOLOGIE ORIENTALE. 337
toute nature que se rencontre l'extrait de la relation
de Granger que je donne ci-dessous ^ Outre l'intérêt
qu il présente en lui-même , il rappellera les mérites
de ce voyageur intrépide et sagace. Granger avait
coutume de copier les inscriptions qu il rencontrait ;
nous en avons quelques spécimens dans la relation
imprimée de son voyage d'Egypte. Il a dû faire la
même chose en Syrie , et peut-être ses papiers et ses
notes contiennent-ils quelques documents épigra-
phiques. Mais j'ignore ce qu'ils sont devenus, n'ayant
pas eu le loisir jusqu'à ce jour de faire des recherches
à ce sujet.
Extrait d*aiie lettre du siear Granger à Monseigneur le
comte de Maurepa^^, concernant les antiquités de la
ville de Tadmor, autrefois Palmyre,
Enfin, n*ayartt plus rien a voir a Balbec nous en partîmes
le 1 9 octobre i ySS pour nous rendre a Damas ou nous arri-
vâmes le lendemain a deux heures après midi. La première
journée nous fumes coucher a un gros village nommé Zeb-
daini, après avoir marché tout le jour sur des montagnes
escarpées et très stériles. Ce village est situé dans un vallon
et au commencement d une petite plaine qui a environ une
lieue et demi de long sur deux milles de large , couverte en
partie par beaucoup de mûriers et autres arbres fruitiers ; le
reste de la plaine est ensemencé de bled et d*orge qui ren-
dent dans les bonnes recolles cinquante pour un.
^ Elle occupe les folios 253-279 du manuscrit.
* Jean-Frédéric Phelypeaux, comte de Maurepas (1701-1781).
Il était alors secrétaire d'Etat de la Marine et de la maison du
Roi.
338 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897.
Cette plaine est arrosée par les eaux de dix a douze fon-
taines qui ont leurs sources au pied des montagnes pdées
qui environnent le village. Les eaux de ces fontaines forment
par leur reunion une rivière assez considérable, qui après
avoir parcouru la plaine se dégorge dans une autre rivière
que nous suivimes le lendemain jusques a Damas, ou elle ya
se rendre.
Le lendemain de mon arrivée en cette ville , je fus rendre
les lettres de recommandation que M. le consul de Seyde
m'avoit procurées pour les puissances qui y commandent.
Quelques jours après voyant que les environs de cette vîBe
etoient trop secs pour y trouver des plantes, je pris la reso-
lution de me rendre dans les montagnes pour y herboriser,
avant que la saison des pluies et des neiges qui commencent
de tomber dans le pays de bonne heure , ne fut venue. Mais
comme mon dessein etoit de pénétrer en herborisant jusqu'à
Tadmor, autrefois Palmyre , pour y voir non sealemetat les
ruines de cette ancienne ville , mais encore pour y examiner
la plante de laquelle les Arabes de ce pays tirent cpantité
de cendres , qu'ils vont vendre a Tripoli , je m'informai de
l'endroit a peu prés ou pouvoit être cette ville et de la nmte
([u'il falloit tenir pour s'y rendre.
Ayant donc appris par les perquisitions que je fis a ce sujet
(|ue Tadmor n'est qu'a huit journées de Damas du coté de
l'Est ; mais que je courrois risque d'être tué ou fait esclave
par les Arabes qui y campent, je me préparai a faire ce
voyage quoiqu'il m'en put coûter. Pourcet effet je remis aux
lUl. PP. Capucins chez qui j'étois logé, mes graines et ce-
que j'avois de plus précieux , avec ordre d'envoyer le toat a
M. le consul de Seyde , au cas que je ne fusse pas de retour
dans deux mois, et n'emportai «avec moi qu'un maavaift
habit a l'arabe et quelques bagatelles que j'achetai pour fidre
présent aux comniandans des villages ou je devois passer,
afin de les engager a me donner des lettres de recomman-
dation pour les chefs des Arabes.
Knfm après mètre muni de ce qui m'etoit le plus neces-
ARCHEOLOGIE ORIENTALE. 33,Q
saire, je montai a cheval au commencement du mois de
novembre, accompagné seulement d'un valet maronite de
nation, a qui je recommandai de dire aux personnes qui
s'informeroient du sujet de notre voyage que nous allions
acheter des cench'es.
Nous commençâmes notre route par le village de Mara,
situé dans les montagnes qui sont au Nord-Ëst de la ville de
Damas, de laquelle il n'est éloigné que d'environ cinq
lieures et ou nous fumes contraints de nous arrêter pour
laisser passer la pluie. Ensuite nous continuâmes notre che-
min et après trois jours de marche nous arrivâmes a Daratiés,
gros village a trente lieues de Damas , situé dans une petite
plaine pierreuse , couverte de vignobles , de mûriers et autres
arbres fruitiers.
Les habitants de ce village sonjt au nombre de huit cent
hommes, moitié turcs et moitié syriaques catholiques; ceux-
ci n'ont aucun scrupule de njarier leurs fdles avec un mu-,
sidman, et les turcs de marier leurs fds avec une chré-
tienne , et chacun suit la religion dans laquelle il a été élevé ;
les enfants maies qui naissent de ces sortes de mariages sont
turcs et les fdles chrétiennes. Les femmes tant turcs que sy-
riaques vont a découvert, et portent chacune un tablier,
comme nos paysannes , avec cette différence que ce tablier
est de drap rouge , jaune ou bleu. Elles sont naturellement
fainéantes , encleintes a la débauche et au vol. Les hommes
ont les mêmes vices. a la fainéantise près, car ils sont très
laborieux : leur principale occupation est de faire des fusils
et des pistolets très estimés.
Ayant appris dans ce. village que les chemins n'etoient pas
libres , nous priâmes notre hôte qui etoit le curé des Syriens ,
de nous faire donner en payant six hommes d'escorte pour
nous accompagner jusqu'à Sedet , autre gros village a, neuf
lieues du précèdent, qui n'est habité que par des syriaques,
catholiques. Ce village est aussi entouré par de hautes mon-
tagnes stériles et pelées ; le terrain qui est de sa dépendance
et qui peut être cultivé est entouré de hautes murailles
340 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897.
faites de boues pour garantir leurs récoltes des Arabes qui
les detruiroient sans cette précaution.
Le chef ou le commandant du village chez lequel nous
étions logés nous fit mille amitiés. Gomme c*est un honmic
qui a beaucoup de crédit dans ces cantons , quoique chré-
tien, nous lui demandâmes des lettres de recommandation
pour le commandant d un village ou nous devions passer, ce
qu'il nous accorda, non seulement en nous donnant une
lettre pour le chef de Karitain , mais encore en nous donnant
six hommes d*escorte qui nous accompagnèrent a ce village
qui n*est qu*a huit lieues de Sedet , et il envoya son frère a
nous accompagner jusqu a Palmyre.
A notre arrivée a Karitain qui est un gros village habité
par des turcs et des maronites, et situé au commencement
d une vaste plaine , nous fumes rendre notre lettre au chef,
et nous lui présentâmes les petits présents qui lui etoient
destinés , ce qui ne contribua pas peu a l'engager dans nos
interests, et lorsque nous lui eûmes dit que nous avions en-
> ie de passer a Tadmor, il nous dit qu'il nous y feroit con-
duire , sans qu'il nous fut fait aucun tort, moyennant douze
sequins-foudouclis, que je lui donnai no pouvant faire autre-
ment.
Ce chef ayant reçu notre argent, envoya chercher un
ocuyer du prince Arabe qui se trou voit alors a ce village et
(|ui commande une troupe d'arabes d'environ quatre cent
hommes qui passent pour les {dus grands voleurs qu'il y ait
dans ces cantons et il lui dit après lui avoir donne quatre
sequins qu'il nous consignoit a lui pour nous conduire a
Tadmor et nous ramener sans qu'il nous fut fait aucune in-
sulte sous peine de la vie, car le chef qui parioit ainsi, est
la terreur non seulement des arabes, mais encore des tnnqies
des bâchas de Hemz et de Damas qui n'ont jamais pu le
dompter.
Enfm nos accords faits , nous primes qudqnes pain» d*orge ,
des raisins secs, avec une peau de bouc que nous remplimei
(l'eau parce qu'il ne s'en trouvoit pas pendant les trente
ARCHEOLOGIE ORIENTALE. 341
quatre lieues qu*il y a de ce village à Tadmor. Munis ainsi
de nos petites provisions, nous montâmes a cheval a dix
heures du matin avec notre conducteur qui nous mena tou-
jours a grands pas jusqu'à six heures du soir que nous mimes
pied a terre auprès d'une tour quarrée , en partie démolie et
nous nous y arrêtâmes pour manger un morceau. Une demie
heure après , nous remontâmes à cheval et continuâmes notre
route , mais vers le minuit , le froid nous ayant saisis , nous
en descendimes pour faire du feu avec des herbes sèches et
après nous être chauffés pendant trois heures , nous conti-
nuâmes notre marche toujours par une vaste plaine stérile ,
jusqu'à trois heures du soir que nous descendimes de cheval
auprès d'un aqueduc souterrain, pour y faire hoir nos che-
vaux qui etoient extrêmement fatigués.
Nous descendimes dans cet aqueduc par un degré de
seize marches. Il est très solidement bâti de grands quartiers
de pierre , tous marqués d'une lettre de l'alphabet grec ; il a
deux pieds de largeur sur huit de hauteur ; l'eau y coule con-
tinuellement jusqu'à Palmyre ou elle se perd sous les dé-
combres de cette ville depuis qu'on a rompu un autre aque-
duc dont je parlerai ci-aprés , avec lequel celui-ci s'abouchoit.
Mon conducteur me dit que cet aqueduc conmiençoit a une
fontaine qui n'est qu'a une bonne demie journée de Balbec
du côté de TEst, et qu'on trouve en le parcourant trois mon-
tagnes , a travers lesquelles passe l'eau de cet aqueduc. H me
fit observer en chemin les ruines de quatre anciennes villes ,
situées sur le penchant des montagnes, qui bordent cette
vaste plaine , du coté du Nord. Cette plaine a environ deux
heues de large sur trente quatre de longueur, et elle est
bordée a droite et a gauche de hautes montagnes pelées <
qui conunencent a Karitain et finissent a Palmyre.
Nous étant un peu reposés à cet aqueduc nous remontâmes
a cheval et après une demie heure de marche nous entrâmes
dans un vallon qui se divise en cinq ou six autres a cause
qu'on a coupé la montagne a cinq ou six endroits, et nous
y vimes une centaine de tours quarrées presque toutes en-
IHVftlHCftll ■ATIOXALK.
342 SEPTEMBRE-OCTOBRK 1897.
lieres et bien environ autant qui etoient presque entièrement
démolies ; ce sont autant de mausolées des queb je ferai la
description dans un moment.
Lorsque nous eûmes traversé ce vallon ou plustot cette
montagne , nous nous trouvâmes sur les ruines de Tadmor
qui seroit meconnoissable sans environ deux cent colonnes
qui sont encore sur pied. Cette superbe vOle si florissante
avant que l'empereur Aurelien l'eut ruinée , n'offre plus à la
veue qu'un tas de décombres si confus, qu'on ne peut pas
se former une idée du plan de cette ville , non plus que des
édifices qui y etorent renfermés. Sans les restes d'un temple
qui est dans l'enceinte d'un château ou nous fumes loger»
un curieux seroit trop peu dedomagé des risques et des
peines qu'il auroit prises pour visiter ces ruines. Tout im-
menses qu'elles soient, elles ne sont rien en comparaison
du sailon et des autres ruines qu'on voit a Luxor, autrefois
Thêbe dans la haute Egypte.
A peine eûmes nous mis le pied dans ce château que le
chef a qui je fus présenté par mon conducteur et a qui il dît
(|ue j'etois un franc , que ce chef voulut me faire mettre a la
chaîne avec mon valet, disant que je venois enlever des se-
crets qui etoient dans son pays ; mais un chef qui conduisent
le sel de cette ville a Damas , avec qui j'avois traité un peu
auparavant pour l'achapt de deux cent quintaux de cendres ,
ayant pris ma deffense , joint a quelques sequins que je don-
nai au chef, nous en fumes quittes pour la peur, et la perte
des housses , des licols et des poitrails de nos chevaux qa*oii
nous vola pendant la nuit.
Pour avoir une idée générale du plan de ce château on
plustot de ce palais, il faut se représenter une plate forme
taillée en partie dans le roc, et le reste de maçonnerie, sur
laquelle sont élevées quatre murailles a dix pieds de distance
des reborts de la plateforme , lesquelles murailles forment on
quarré long qui a cent douze toises du Nord au Sud et cent
toises de l'Est à l'Ouest. Ces murailles sont bâties de gtanids
quartiers de pierres taillées, et ornées de distance en distance
ARCHEOLOGIE ORIENTALE. 343
de gros pilastres cannelés , qui sont engagés , ou fdustot qui
font partie des murailles, soutenant encore leur chapiteau
d*ordre corinthien , et qui repondoient a autant de colonnes
tant en dedans qu*en dehors, dans lantre-deux de chaque
pilastre ; et en dehors on remarque une fausse fenestre dont
les plinthes et les cimaises sont travaillées en has-relief. Elles
ont quatre pieds de hauteur et deux de largeur, travaillées
dans le haut en manière de guerre ^ et ces mêmes murailles
sont chargées en dedans de bas reliefs représentant divers
fruits et feuillages d une sculpture admirable.
11 y a soixante et deux pilastres^ dans les façades qui re-
gardent le Nord , l'Est et le Sud , qui repondent chacun à
autant de colonnes tant en dedans qu'en dehors. Celles-ci
formoient comme un perystile qui en faisoit tout le tour, mais
qui sont toutes détruites à leurs piédestaux prés. Celles de
l'intérieur sont presque toutes entières , et sont éloignées de
dix huit pieds des pilastres ; leurs chapiteaux d'ordre corin-
thien soutiennent encore dans plusieurs endroits des enta-
blements et des restes de corniches , de sorte qu'on peut se
représenter l'extérieur et l'intérieur de cet enclos comme un
vaste doitre dont le plafond ou les voûtes sont totalement
détruites.
Les colonnes sont d'une pierre blanche graveleuse qui ne
reçoit pas un si beau poli que le marbre ; mais elle en a toute
la dureté et la beauté. Le fût de chacune de ces colonnes est
composé de trois pièces et chaque colonne a tout au plus
quarante pieds de hauteur y compris son piédestal et son
chapiteau et trois pieds et demi de diamètre. La troisième
pierre qui forme le fût de la plus-part de ces colonnes est tra-
vaillé de façon qu'il s'y fait une saillie en dehors, ce qu
forme autant de piédestaux sur lesquels etoient placés selon
toute apparence les bustes des Empereurs et des Magistrats.
Les façades de cet enclos qui repondent au Nord , a l'Est
et au Sud , sont entières et dans leur premier état ; mais celle
' H veut dire qu'elles sont couronnées d'un fronton (S*-M.)
' Suivant les auteurs Anglois, il s'en trouve 96 (S*-M.)
23.
344 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897.
qui regarde l'Ouest a etë presque toute détruite et ensuite
relevée par les Sarrazins et les M amelucs , car la muraille qui
forme cette façade n*a ni la solidité , ni Tordre d'architecture
des anciennes murailles et elle est même plus élevée que les
autres. La porte qui est au milieu de cette nouvelle façade
repond a Tancien portique qui est presque dans son entier
mais tout muré, ce qui est cause quon détourne a droite
dans une espèce de vestibule qui conduit à un nouveau por-
tique , n'a de largeur et de hauteur que ce qu'il faut pour
laisser passer un chameau chargé. L'ancienne porte a quinze
pieds de largeur sur environ trente de hauteur; elle est ornée
d'un feuillage de vignes et de grappes de raisins représentées
au naturel, qui en fait tout le tour.
On remarque sur la cimaise de la nouvelle porte les restes
d'une inscription greque et trois a quatre lignes d'une autre
en des caractères qui me sont inconnus.
La nouvelle façade est fortifiée d'un profond fossé que
l'on traverse sur une chaussée faite de morceaux de cdk>nnes
et de chapiteaux, laquelle conduit à la porte du château, qui
est encore fortifiée par un ouvrage de maçonnerie , fait en
manière de glacis qui prend du fond du fossé et s*appoye
contre les murs du portique.
Ce vaste enclos est a découvert et il est a présumer qu'il
l'etoit pareillement lorsque la ville etoit dans la plus grande
splendeur; du moins on en juge ainsi par le peu de dé-
combres qui s'y trouvent, eu égard à l'étendue de la jdace,
on n'y voit que les restes d'un temple dont la magnifique
structure donne une haute idée de l'opulence des andens
habitants. Ce temple n'est pas directement dans le centre oa
le milieu de la cour ; il est plus avancé de douce toises Yen
la façade de l'enclos qui regarde l'Est que de celle qui estxla
côté de l'Ouest.
Pour avoir une idée du plan de ce superbe ediiice, il n'y
a qu'a se figurer un quarré de trente six toises de long sur
vingt de large , formé par une file de colonnes cannelées qui
en font le pourtour et qui y forment un perystile. Il reste
ARCHÉOLOGIE ORIENTALE. 345
encore quatorze de ces colonnes sur pied toutes entières et
soutenant leurs chapiteaux d'ordre corinthien , presqu*autant
rompues par le milieu, sont aussi sur pied. Ces colonnes
composées de trois pièces sont de la même pierre que les
précédentes; elles ont environ cinquante cinq pieds de hau-
teur sur quatre de diamètre , y compris les piédestaux et les
chapiteaux.
On voit dans la façade de ce perystile du coté de TOuest
les restes d un beau Portique qui conduisoit à celui du Temple
et qui a environ quarante pieds de haut sur quinze de large .
Il est orné de bas en haut de beau relief qui représente une
vigne avec des grappes de raisins et autres fruits disposés en
manière de guirlande. On observe sur la cimsfise de ce por •
tique un aigle en bas relief qui a les ailes eployées , et près
de cet oiseau un petit Gupidon. Il ne reste plus que la moitié
de cette cimaise; l'autre est tombée a terre et se trouve a
quelques pas du portique.
Le centre de ce Perystile , ou pour mieux dire le milieu
de l'espace ou du vuide que forme la colonnade , est occupé
par le temple dont il ne reste aujourd'hui que les quatre mu-
railles, formant un quarré de vingt toises de long, sur dix
de large ; les turcs en ont fait une mosquée y ayant élevé un
nouveau 'plafond soutenu par de mauvais pilastres, sans ordre
et sans ornement. Les murailles du temple dans l'intérieur
sont couvertes de bas reliefs d'une sculpture admirable et a
peu près dans le goût de ceux qu'on voit sur les pilastres des
galeries de la chapelle de Versailles ; car ces bas reliefs repré-
sentent des guirlandes , des habits sacerdotaux et les instru-
ments qui servoient a immoler des victimes qu'on sacrifioit
a la divinité adorée dans ce temple. Mais ce qui frappe le
plus est une petite chapelle faite en manière de dais , et prise
dans l'épaisseur du mur qui repond au Nord , dans laquelle
on entre parle moyen d'un marche pied de cinq a six degrés
dont il reste encore quelques pierres. Cette chapelle a neuf
pieds de largeur, huit de profondeur, et quatorze pieds de
hauteur. Les murailles sont couvertes depuis le bas jusqu'en
346 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897.
haut de même que* le plafond, d*ornemens en bas reliefs,
travaillés en manière d^ouvrage de menuiserie et de mar-
quetterie , et distribués en plusieurs compartimens. Le milieu
du plafond est creusé en forme de dôme ou de coupole a six
faces, à chacune desquelles est attaché la tète ou le buste
d un empereur ; toutes sont entières et bien conservées , mais
sans aucune inscription.
Loi*squ*on regarde attentivement ce plafond de bas en
haut, on le soupçonneroit n'être formé cpie d*un gypse ou
plâtre endurci, tant il y a de délicatesse dans Texecution
des omemens qui y sont exprimés dans les bas reliefs ; mais
lorsqu'on est monté sur le plafond on voit qull n'est fait que
d'une seule pierre qui a cinq pieds d'épaisseur, dix de large
et quatorze de longueur. On monte sur ce. plafond par un
escalier pratiqué dans l'épaisseur du mur et qui a son entrée
dans la chapelle du côté de l'Ouest.
Pour ce qui est des ruines de la ville , tout y est dans une
telle confusion qu'on peut difficilement prendre une idée
juste du plan des édifices qui y etoient renfermés. Ces ruinas
consistent dans cent quatre vingt colonnes environ , disper-
cées ça et là , presque toutes encore entières et sur pied,
couronnées de leurs chapiteaux d'ordre corinthien, et por-
tant des entablemens et des restes de corniche. Ce qu'il y a
de plus remarquable parmi ces décombres est le reste d'un
aqueduc et celui d'un portique ou arc de triomphe le toat
soutenu par des colonnes.
Cet aqueduc commençoit a la montagne qui sert conune
de boulevard a la ville du côté du Nord-Ouest et il s'y aboa-
choit avec l'aqueduo souterrain dont j'ai déjà parié , et en
conduisoit les eaux dans le Temple dont je viens de donner
la description , et il reste encore soixante et six colonnes po-
sées sur une même ligne , du nombre de celles qui sou-
tiennent Taqueduc ; il est dans son entier pendant l'espace
de quarante toises , mais il devoit être deux fois plus long a
en juger par environ soixante piédestaux qui repondent tant
du coté de la montagne que du coté du temple a l'alignameiit
ARCHÉOLOGIE ORIENTALE. 347
des colonnes qui soutiennent la portion de i*aqueduc actuel-
lement subsistante. Il en doit marquer vingt quatre toises
du coté de la montagne et près de cinquante toises du coté
du temple. H y a quatorze pieds de distance d'une colonne
à l'autre , de sorte que Tentablement qu elles portent a pour
le moins seize pieds de portée sur deux pieds et demi d'épais-
seur et trois pieds et demi de largeur. C'est siu* cet entable-
ment que pose l'aqueduc. Il est formé par des pierres qui
ont depuis quatre jusqu'à huit pieds de long sur deux et
demi de large et autant d'épaisseur. Ce canal , qui est creusé
dans ces pierres et par ou l'eau couloit autrefois , a dix huit
pouces de profondeur sur un pied de diamètre ou de largeur.
Ce canal est couvert d'une pierre arrondie par 1^ haut, en
manière de dos d*asne et dans laquelle on a ménagé des re-
bords qui travaillés en corniche et en rond font une perspec-
tive très agréable.
Ces colonnes ont environ quarante cinq pieds de haut y
comprenant tant les piédestaux que les chapiteaux , les enta-
blements et le conduit de l'aqueduc. Leur fût est composé
de trois pièces ou tambours de trois pieds de diamètre. Il
en est de ces colonnes comme de celles du temple ; c'est-
à-dire que la troisième pierre q^i compose le fût de 1a plus-
part ce ces colonnes forme un piédestal q^i saille en dehors
et qui selon toute apparence soutepoit quelque statue ou le
buste de quelqu'Ëmpereur. Il y a cinq pu six de ces piédes-
taux sur lesquelles on lit une inscription contenue en quatre
ou cinq lignes.
Quant au portique dont j'ai parlé, il coupe l'aqueduc en
angle droit dans son commencement, eu pgard a ce qui
manque du dit aqueduc. Ce portique ou arc de triomphe est
composé de trois arcades : d'une grande étant au milieu et
de deux autres plus petites sur les cotés , soutenues- par un
double rang de colonnes. U y a soixante pieds de large sur
environ quarante de haut. Tous ces arcs sont chargés de bas
rçliefs distribués par petits quarrés , en /açon d'ouvrage de
marqueterie, et le dehors de ces arcs est orné d*un feuillage
348 SKPTEMBRROCTOBRE 1807.
de vigne et de grappes de raisin d*une excellente sculpture.
La grande arcade de ce portique se trouve doublée dans
la façade (|ui regarde le Nord-Ouest , par un second portique
que forment quatre belles colonnes de granité rouge , deux
de cha(pie coté , des quelles il en reste encore deux sur pied ,
les deux autres étant couchées par terre , et rompues par le
milieu. Le fût de ces colonnes est d*une seule pièce; il a
trente pieds de long, et trois pieds de diamètre.
En parcourant les environs de ce portique on trouve une
vingtaine de piédestaux dont il y en a cpiatre qui soutiennent
un portique de colonnes; tous sont jdantés sur une même
ligne et font paralelles aux piédestaux qui portent les co-
lonnes de Taqueduc , ce qui donne lieu de croire qu*il y avait
autrefois un second rang dé colonnes qui faisoient face a
celles de Taqueduc et qui repondoient à Tautre extrémité du
portique dans une vaste allée de colonnes qui conduisoient
peut être a quelque palais ou autre édifice.
Outre les colonnes de Taqueduc on en voit encore environ
cent autres semblables aux précédentes, toutes sur pied, qui
dans des endroits sont au nombre de dix a douie, dans d'au-
tre plus et dans d'autres moins. H y a une de ces colonnes
qui est fort éloignée des autres et qui est seule , sur laquelle
il y a une inscription greque en dix ou douze lignes, qa*on
ne voulut pas me permettre de copier.
A environ trente toises de cette colonne du coté du Nord-
Ouest, il sort du pied de la montagne une source d*eau
chaude d'une odeur de souffre insupportable, qui fait tourner
un motdin , et qui sert a arroser qudques mauvais jardins.
Cette eau a cela de particulier que peu de temps après en
avoir mis dans uil vase , elle devient très fraîche et perd la
plus grande partie de son odeur : les arabes qui habitent ces
ruines n'en ont point d'autres pour leur boisson.
Il est a observer (|ue parmi ces grands monceaux de dé-
combres on ne trouve aucuns marbres de couleur, si l'on
excepte les quatre colonnes de granité dont j*ai parié. On n'y
rencontre même c[ue très peu de ce marbre blanc que nous
ARCHÉOLOGIE ORIENTALE. 34Q
avons en France et qui est si abondant en Egypte; ce qui
donne lieu de croire que le marbre est fort rare dans ces
cantons; car toutes les colonnes qu'on voit ici en si grand
nombre , ne sont faites que d'une pierre graveleuse , d'un
blanc saie , qui a la vérité ne cède en rien pour la pesanteur
et en dureté au marbre ordinaire , mais qui n'est pas d'un si
beau poli.
Sur le sommet de la montagne qui borne la ville du côté
du Nord on voit un grand château d'une forme régulière,
entouré d'un vaste et profond fossé , taillé dans le roc ; je ne
pus entrer dans ce château faute d'échelle , ni en examiner
l'intérieur, je dirai seulement qu'il m'a paru être l'ouvrage
des Mamelucs et non celui des Romains, puisque les mu*
railles sont d'architecture sarrazaine.
En descendant de ce château j'allai visiter les tours sépid-
chrales dont j'ai fait mention. Ces mausolées sont d'un ordre
d'architecture bien différent de ceux qu'on voit tant en
Egypte qu'a Cyrene et a Gucozé.
Ce sont des tours quarrées , terminées en terasse , qui ont
vingt et jusqu'à trente pieds tant en largeur qu'en longueur
sur environ quarante pieds de haut , les unes plus les autres
moins. Elles sont bâties de grandes pierres de taille. Toutes
les portes qui donnent entrée dans ces mausolées regardent
le Sud , et il y a dans le milieu de la même façade une autre
petite porte , mais qui est murée. L'intérieur de deux de ces
mausolées que j'ai visités, consiste en une salle mortuaire
qui a vingt pieds de long, sur dix de large, et quatorze pieds
de hauteur. Le fond de cette salle est chargé d'ouvrage a la
mosaïque , son plafond est formé de quatre grandes pierres
entièrement couvertes de bas reliefs de la dernière délica-
tesse , distribués en plusieurs compartimens qu'on prendroit
au premier coup d'œil pour un ouvrage de menuiserie et de
marqueterie , le tout peint de diverses couleurs sur un fond
d'azur.
Les murs qui forment les cotés de cette salie sont coupés
en cinq ou six cloisons qui sont comme autant de piliers
350 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1807.
ornés de chapiteaux d*ordre corinthien et couvert depuis le
bas jusqu'au haut de bas reliefs semblables a ceux du pla-
fond.
Ces colonnes forment entre elles autant de petites allées
qui ont sept pieds de profondeur sur un pied et demi de
largeur et dans les parois desquelles on a ménagé des re-
bords qui saillent en dehors en manière d*étageres sur les
quelles on posait les cadavres; chacune de ces allées conte-
noit cinq à six morts. On descend de cette première salie
dans une autre , mais creusée dans le roc : ce sont propre-
ment des charniers dans le même ordre d'architecture que
les salles dans lesquelles on trouve encore des cadavres em-
baumés, sans cercueil. Ces cadavres sont emmaillotés de
bandes de toile de lin très fines , de même que les momies
cpi*on voit en Egypte. J'aurais bien voulu qu'on m'eut permis
d'enlever en payant un de ces cadavres, ou qu'on eut sim-
plement consenti de m'en laisser démailloter ua, poor véri-
fier s'il est vrai que ces cadavres soient envdoppés d'un sac
ou plus tôt d'une chemise incombustible , ainsi que les Arabes
c[ui habitent ces ruines ont voulu me le persuader. Je ne
désespère pas d'avoir un jour un de ces cadavres, ayant
promis douze sequins a un chef qui s'est engagé de m'en ap-
porter un à Seide moyennant cette somme*
A main gauche en entrant dans la première saHe, on
trouve une porte a hauteur d'honune, sur la cimaife de la-
quelle il y a trois ]}ustes humains en bas relief, tout nratSés.
On passe de cette porte a un degré qui conduit a une seconde
salle , semblable à la précédente , et de la on monta aor une
terrasse pavée ou l'on a ménagé des rigoUes pour l'écoulé-
ment des eaux.
On voit sur la façade de l'un de ces Mausolées une grande
pierre sur laquelle est gravée une inscription qui m*a pam *
être latine et que j'aurois copié si des Arabes mal inten-
tionnés ne m'eussent obligé de gagner au plus tôt la maison
ou j'etois logé.
A une bonne lieue et demi de la ville « marchant droit, a
ARCHÉOLOGIE ORIENTALE. 351
i*Ouest-Sud-Ouest, on trouve une vaste saline qui a près de
deux lieues de long sur trois quarts de lieue de large. Le sel
s'y forme naturellement par le moyen des eaux de pluie , qui
y déposent ce minéral conjointement avec les eaux sauma-
très d'une petite rivière qui déborde en hyver. Cette rivière
sort de la gorge d'un vallon qui n'est qu'a une heure de
chemin des salines du côté de l'Ouest-Nord-Ouest ; laquelle
après avoir traversé les salines prend son cours du coté de
TËst-Sud-Ëst pour se jeter dans TEuphrate , a ce qu'assurent
les Arabes.
Ces salines sept affermées cinq mille piastres par le Tes-
terdar de Damas, aux habitants du village d'Ayiroude, qui
paient outre cela trois meduis au chef de Tadmor, pour
chaque bête de somme. Les salines de Palmyre fournissent
non seulement du sel aux habitants de Damas et de Hemz ,
qui n'en usent pas d'autre, mais encore a la plus grande
partie des villes et villages de la dépendance de ces deux
Pachalis.
A deux heures de chemin de la ville de Tadmor, du coté
du Nord-Nord-Elst, on rencontre une grande grotte, ou plus
tôt une minière que les Arabes appellent Maagafe Tetmaav,
ou grotte de Tadmor. Cette grotte ou mine est creusée sous
une montagne pelée qui n'est pas fort haute. Eille est très
profonde, a ce que disent les Arabes, car ils assurent (|u'on
peut y marcher pendant plus d'une heure avec- des lumières
sans en trouver le fond. L'entrée de cette mine jointe a un
^upirail qui perce la montagne de bas en haut, donnent
suffisamment de jour pour y marcher la longueur .de vingt
toises sans le secours d'une chandelle.
Ce souterrain a quinze pieds de haut sur trente de large ,
dans des endroits plus et dans d'autres moins. On y a pie-
nagé des piliers pour soutenir la voûte , et l'on y a trouvé de
distance en distance , comme des puits , presque tous comblés.
Les Arabes assurent qu'en fouillant dans ces puits , ils y ont
trouvé des pioches , des marteaux et autres instruments , qui
servoient selon toute apparence a creuser cette mine. Ils di-
352 SEPTEMBRE-OCTOBRK 1807.
sent aussi qu*ayant creusé a l*entrée d'un de ces puits a la
profondeur de dix a douze pieds ils ont trouvé du vitriol
bleu , du cuivre et de Tétain ; mais malgré mes recherches ,
je n'ai pu y découvrir aucun marcassite qui puisse me faire
croire qu'il y ait de ces métaux en cet endroit. On voit en-
core près de cette mine les restes de trois fourneaux qui sont
peut être ceux dont on se servait pour pétrifier ces divers
métaux.
De cette grotte en marchant droit au Nord-Est, pendant
douze heures on rencontre un gros village nommé Sagui,
bâti sur les mines d'une ancienne ville tdiement détruite
qu'elle seroit meconnoissable sans des bains d'eau chaude qui
sont assez bien conservés et que les gens du pays appellent
Ïfamam-Sagni ou Bains de Sagui.
Ces bains de même que la source sont renfermés dans un
corps de bâtiment terrassé bâti de grandes pierres qoi a
quatorze toises de long sur dix de large , mais a moitié ense-
veli par dehors dans les décombres d'autres édifices.
L'intérieur de ce bâtiment consiste en quatre chambres
dans trois desquelles il y a un bassin qui reçoit les eaux d*une
source qui est dans la quatrième chambre. Ces eaux passent
ensuite par un canal a travers de l'une des façades de ce bâ-
timent et vont former un petit ruisseau.
Les chrétiens syriaques et les turcs qui habitent ce village
assurent que l'eau de ces bains est fort bonne pour guérir la
galle , la sciatique et les rhumatismes lorsqu'on s'y baigne
quatre ou cinq fois. Elle sert aussi pour la boisson ordinaire
des habitants qui en usent sans qu'elle leur soit nuisible,
quoiqu'elle soit empreinte d'un peu de vitriol et de loafire;
Mais en allant de Damas a Palmyre j'ai trouvé d'autres baini
bien plus curieux que les précédents et on les appelle Hamam~
Soliman ou bains de Salomon.
Ces bains ou plus tôt ces étuves, sont à trois heures de
marche du village de Sedet, du côté du Nord-Nord-Est, et a
douze lieues de la ville de Hemz, autrefois Emése; ils sont
situés en rase campagne et auprès des ruines d'un village.
ARCHÉOLOGIE ORIENTALE. 353
L'édifice qui renferme ces etuves a cinquante pieds de
long sur trente de large et vingt quatre pieds de haut; il est
bâti très solidement, terrassé et orné d'une corniche simple.
L'intérieur est divise en deux chambres d'égale grandeur et
plafonnées de longues et grosses pierres. Lorsqu'on entre dans
la première chambre , on.se trouve saisi d'une chaleur comme
si l'on etoit dans une etuve. H y a dans cette chambre un
bassin de marbre mais a sec et presque tout rempli de terré.
De la première chambre , on entre dans la seconde par une
porte de communication , ou l'on trouve un bassin semblable
au précèdent; mais la chaleur s'y fait beaucoup plus sentir
que dans la première , surtout si on ]eve tme pierre qui bouche
un trou qui a seize pouces de diamètre en quarré, creusé
dans le plancher de cette chambre, et qui forme comme un
puits très profond , d'où il sort une fumée ou plustôt des va-
peurs chaudes d'une légère odeur de souffre ; mais cette cha-
leur devient par la suite si forte qu'on est obligé de sortir de
l'une et de l'autre de ces chambres, si le puits reste trop
longtemps débouché ; elle est même si vive qu'elle échauffe
l'eau fraiche contenue dans un outre a un degré de tié-
deur.
Quand on levé la pierre qui bouche ce puits , on entend
un bruit sourd et comme un bourdonnement , ce qui donne
lieu de croire qu'il y a une source d'eau très chaude sous les
fondements de l'édifice. Que si l'on jette dans ce puits, une
serviette, un bonnet, ou quelqu'autre chose semblable, les
vapeurs qui en sortent avec impétuosité le rejettent dehors
deux fois de suite , mais si on les jette une troisième fois ils
restent dans le puits , sans doute par la raison que les corps
étrangers ainsi pénétrés des vapeurs ont acquis un plus grand
degré de pesanteur.
Les bassins qui sont dans ces chambres ne sont aujour-
d'hui d'aucune utilité, et s'ils etoient autrefois de quel-
qu'usage i il falloit de deux choses l'une , ou qu'il y eut an-
ciennement une pompe dans le puits , au moyen de laquelle
on remplissait d'eau les bassins, ou bien on y en apportoit
354 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1807.
du dehors qu'on prenoit dans des sources qui sont dans le
voisinage.
Les Arabes fuient ordinairement ces etnves et plusieurs
d'entre eux n'osent y entrer dans la persuasion ou ils sont
qu'il y a en ce lieu un diable sous terre qui fait du feu pour
ecliaufîer ces etnves. Les chrétiens sont a peu près du même
sentiment, mais moins scrupuleux que les Arabes; Texpe-
ricnce leur ayant fait connoitre que ces étuves etoient très
salutaires en plusieurs maladies , aussi les habitants de Sedet ,
de Karitain, de Daratié, de Henu et de pluûeurs autres
lieux qui ont la galle ou qui sont tourmentés de douleurs de
rhumatismes et de sciatique vont dans ces bains secs pour y
suer, et plusieurs d'entre eux en ont été parfaitement guerris ,
et d'autres considérablement soulagés. On y verroit une bien
plus grande aflluence de malades s'ils n etoient rétenus par
la crainte d'être dépouillés en chemin par les Arabes, comme
il ii'ari'ive que trop fréquemment.
Les personnes qui vont prendre ces bains secs, se couchent
sur une natte dans la chambre ou est le puits qu'ils font dé-
boucher ; ils restent dans cette chambre un bon quart d'heure,
après (}uoi ils font refermer le puits et passent dans la pre-
mière chambre ou ils demeurent autant de tems que dans la
seconde.
On voit autour de cet édifice un tas de décombres indé-
pendamment des i-uines du village dont j'ai fait mention.
On y remarque entre autres cinq a six arcades solidement
construites, des portions de colonnes et de chapiteaux, d'oa
l'on doit conjecturer (pie cet endroit a été habité autrefois
par les Grecs ou par les Romains.
Pour revenir à Palmyre , je dirai que cette ville est située
dans un lieu extrêmement désert à l'extrémité d'une vaste
plaine stérile et au pied d'ime montagne pcdée qui hii sert
comme de ])oulevard tant du coté du Nord nord<«ftt que de
celui du Nord et de l'Ouest. Cette ville n'est qu'a trois petites
Journées de Deir, gros village habité par des juifs, sur le bord
de l'Euphrate, a quatre journées d'Alep, six de Tripdi, à
ARCHÉOLOGIE ORIENTALE. 355
c=^mq jours de marche de Balbec et a soixante et seize lieues
^e Damas.
De cette grande quantité de palmiers qu'on voyoit an-
ciennement dans ces déserts et desquels les historiens tirent
3'etymologie de cette ville, il ne reste plus aujourd'hui que
le tronc de dix a douze de ces arbres et environ cinquante
pieds d'oliviers que les arabes qui habitent ces ruines culti-
vent pour en avoir le fruit, mais leur principal revenu sont
les cendres qu'ils tirent d'une plante particulière qu ils vont
vendre a Tripoli et quelquefois a Damas.
Le bois y devait être très rare , surtout le bois a bâtir,
puisque les anciens Palmyreniens etoient obligés d'inhumer
leurs cadavres sans cercueil ; en effet , il y a si peu d'arbres
dans ces cantons qu'on ne rencontre pas même un buisson
depuis Damas jusqiies a Palmyre ; on ne voit pendant tout
ce trajet que de liantes montagnes pelées et des plus ste
riles.
Les habitans des villages situés entre ces deux villes ne
brûlent que des herbes sèches et de la bouze de vache , ex-
cepté ceux du village d'Agiroude qui ont l'avantage de brûler
une pierre blanche qui s'enflamme aisément et qui donne
autant de chaleur que notre charbon de terre.
Quoique ces différents villages soient dans un pays sec et
arride , on ne laisse pas que d'y cultiver beaucoup de vignes ,
de garence , et de mûriers pour les vers a soye ; parce que le
plus grand nombre de ces villages se trouvent assis auprès
de trois a quatre fontaines qui fournissent suffisamment de
l'eau pour Tarrosement des terres.
Le a6 janvier 1786.
Les noms propres qui se rencontrent dans la lettre
de Granger sont d*une identification assez facile pour
que nous puissions nous dispenser d'ajouter des
notes explicatives à ce document.
35C SEPTEMBRE-OCTOBRE 1807.
LA PHILOSOPHIE
DU CHEIKH SENOUSSI,
D'APRÈS SON AQIDA ESSORA,
PAR
G. DELPHIN,
DIRECTEUR DE LA MEDERSA D'ALGER.
Ce traité de métaphysique, qui emprunte son
nom à un terme du syllogisme « la mineure », parce
qu'il fait suite à deux autres parties : el koubra « la
majeure», et el ouest' a «la moyenne», est connu
dans les écoles musidmanes sous le nom de Senonssia,
et forme aujourdliui encore la base de l'enseigne-
ment théologique dans tout le Maghreb.
Traduit en allemand^ ^ y ^ cinquante ans déjà,
et sans que cette publication ait fait beaucoup con-
naître en Europe le théologien berbère, ce texte
important a été repris par M. Luciani qui vient d'en
donner une remarquable traduction française^ avec
de nombreux extraits du Commentaire, le mettant
» Wolf, Leipzig, lUS,
* Petit traité de théologie musulmane, texte arabe, pnUié par
ordre de M. J. Cambon, gouverneur général de TAlgérie, avec
une traduction française et des notes par J.-D. Luciani. Aiger,
1 896 , chez Fontana.
LA PHILOSOPHIE DU CHEIKH SENOUSSL 357
ainsi à la portée de tous lès arabisants. Cherbonneàu
dans le Journal asiatiijae ^ avait résumé la biographie
du cheikh Senoussi (Abou Abd Alla Mohammed
ben Mohammed, né aux Béni Snous près Tlemcen
en 1/128 et mort en 1490), mais avec la liste de
ses ouvrages, il ne nous donne pas de 'détails sur
leur contenu , pas plus que sur la doctrine du philo-
sophe. Brosselard est plus explicite; il en a publié
une analyse assez étendue dans la Revue africaine
en 1861 ^. Il faut néanmoins le consulter avec pré-
caution, en ayant soin de s'en référer au texte lui-
niême, car il me parait avoir ajouté beaucoup de
choses que j ai vainement cherchées dans le texte
arabe; je ne parle pas de la confusion qui résulte du
fait d'avoir cité sous le nom d'essor a ce qui ne s y
rapporte pas, mais serait plutôt extrait de ÏAqida el
Koabra. Je penserais volontiers que Brosselard , dans
son ouvrage des Inscriptions arabes de Tlemcen,
s'est servi pour ses biographies de résumés préparés
par des savants indigènes; or ces témoignages, qui
ont sans doute leur utilité , demandent à être bien
compris d'abord , puis ensuite contrôlés de fort près.
Il n'est pas inutile non plus de revenir sur une
thèse de Berbrugger qui forme la matière d'un
article d'ailleurs très intéressant publié dans là Re-
vue africaine^, immédiatement après celui de Bros-
r
^ Journal asiatiijae, i854i I» p* 175.
* iievue a/ricaine, juillet 1861, p. 249*
' Revue africaine, juillet 1861, p. 26 1* Abd Àttak Tenrdjemant
renégat de Tunis en 1388.
X. 2 à
ICIUMtAlB ■4TIOÏALS.
358 SEt^TEMBHE-OCTOaRE 1897;.
5elard dont je viens de parièn Berbrugger qui igno.
rait peut-être qu'il existait, avant l'époque à laquelle
il fait allusion, beaucoup de livres de polémique et
d apologétique musulmanes, fut très surpris de ren-
contrer dans louvrage d'un cheikh berbère une
connaissance assez étendue de nos Écritures. Un
passage notamment attira son attention,. c'est celui
où, dans YAijida el Kaabra, Senoussi traite du Psqra^
det, mot grec dans lequel les théologiens musul-
mans veulent retrouver Je nom du prophète Ahmed ,
en lisant 'urapobt'kvTos \/xXvœ, au lieu de.^apdxXnros
yjxakéoj^ sans toutefois que cette distinction ait une
importance capitale à leurs yeux, puisque le Pror-
phète est également dit Tu intercesseur » par excel-
lence , en arabe ç^U*}) , sens du terme grec «rapd/jcXjrTO^.
Berbrugger fut amené à siqpposer qu'en raison desrap
ports fréquents qui existaient alors dans le Maghreb
entre les pays de l'Ouest et ceux de l'Est, tant à l'époque
du pèlerinage annuel qu'à l'occasion des visitesque les
lettrés rendaient aux princes musulmans, Senoussî
avait dû connaître un ouvrage de controverse reli-
gieuse^ paru en 8 si 3 de l'hégire (a&ao de J«-G.<),
c'est-à-dire peu d'années avant sa naissance, et dont
l'auteiu* , prêtre renégat espagnol .et ancien étudiant
des Universités de Lérida.et de Bolc^e, sétait xé^
fugié à Tunis à la cour du. sultan, ha&ide Âboul^
Farès Ahmed pour embrasser l'islamisme.
i çiaIi^IIJjpI i§..^V^c>sî>»YlîUaL. «Le préMkitde
riïomme lettré pour réfuter les partisans de la croix.» Ma-ii* 790
(lu Catalogue des manuscrits de la bibliothèque d* Alger. . .- -
LA PHILOSOPHIE DU CHEIKH SENOUSSI. 359
Ceci n'est quune conjecture et ia comparaison
des deux textes arabes lui enlève toute probabilité.
Il est aisé, en les mettant en regard, de constater,
que Senoussi ne cite point les Evangiles , et en par-
ticulier celui de saint Jean , de la même façon que
Teurdjeman; son érudition est puisée à une autre
source. Quoi quil en soit, il reste acquis que Ber-
brugger a le premier mis en lumière une des figures
les plus curieuses de cette époque, type accompli
d'aventurier à retenir dans ce' xv* siècle qui en
renferme tant. Par contre, on est étonné que lau-
teur anonyme de la traduction du livre d'Abd Alla
Teurdjeman publiée dans la Revue de l* Histoire
des religions^, nait cru devoir faire aucune mention
de l'étude cependant très complète de Berbrugger.
Le savant président de la Société historique algé-
rienne avait cependant résolu à peu près toutes les
difficultés de la traduction et caractérisé l'apologie
du prêtre renégat avec cette originalité de style et
cet humour qui lui étaient familiers.
VAqida es-sora, celle qui nous occupe ici, est
un ouvrage écrit dans un esprit très difl'érent de la
Koabra, Ce n'est pas un livre de polémique; la con-
troverse y occupe ime place pour ainsi dire insigni-
fiante, mais en revanche on peut le considérer
comme un manuel de philosophie scolastique trai-
tant avec une certaine indépendance, et suffisam-
^ T. XII, i885, p. 68 et suiv.
2-4.
360 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897.
ment d'érudition , les problèmes métaphysiques qui
se posent à côté des dogmes religieux : l'existence de
,Dieu, ses attributs, la création du Monde. C'est une
constatation qui a son importance puisque cet ouvrage
est le traité de théologie le plus répandu de nos con-
trées , et qu'il a été maintenu dans nos écoles d'en-
seignement supérieur mustdman.
Senoussi débute par la théorie du jugement et il
en donne la définition suivante ^ •/« Le jugement est
l'affirmation ou la négation d'une chose. » Définition
d'Aristote qui s'exprime ainsi : ëaltv ij flbrXnf énr6-
(pavais (pojvfj (rnyiavTtxri ts'ep) toS indipy^eiv n ^ fi^ ùndp'
XSiv^ « Le jugement est une énonciation sur ce qui
est ou n'est pas ». Le type du jugement chez le sco-
lastique musulman est donc , ainsi que pour Âiristote,
le jugement catégorique. « Cette affirmation ou cette
négation, ajoute î>enoussî^, émane soit du dc^me,
soit de l'expérience, soit de la raison. C'est pour
cela que le jugement se subdivise en trois espèces :
dogmatique , expérimental et rationnel. » Une Èem-
blable division ne saurait appartenir qu'à un théo-
logien. Senoussi ne s'étend pas davantage, dans le
texte, sur le jugement dogmatique et le jugement
expérimental , et il énonce de suite les trois catégories
du jugement rationnel qui sont : la nécessité, i'îmiKis-
sibilité et la contingence. Mais auparavant ii con-
vient de faire une remarque sur la définition du
* Luciani, p. 22.
' De Interpr, , ch. V.
^ Luciaui, p. 32.
LA PHILOSOPHIE DU CHEIKH SENOUSSL 361
jugement rationnel^ : « Le jugement rationnel, dit-
il , s entend des choses dont la raison perçoit l'exis-
tence ou la négation, sans s'appuyer ni sur Texpc-
rience, ni sur l'autorité dune règle imposée. » Si le
texte arabe est fidèlement rendu, ce n'est point
exact; les jugements rationnels ne perçoivent pas
toujours l'existence; ainsi les jugements logiques
affirment une simple convenance d'idées, par ex. :
« Les chimères sont des êtres ailés. » Tel est bien
un jugement rationnel, puisqu'il est analytique, et
cependant il n'alHrme pas l'existence; c'est simple-
ment une idée qui en enveloppe une autre dans sa
compréhension. Au surplus, voici le texte de Se-
noussi :
Ne pourrait-on pas traduire : » Quant au jugement
rationnel , c'est l'expression de ce que perçoit l'intel-
ligence , que ce soit pour atBrmer ou pour nier, sans
s'appuyer ni sur l'expérience, ni sur l'autorité d'une
règle imposée ?»
« Le jugement rationnel est, ajoute Senoussi, cir-
conscrit dans trois catégories : la nécessité , l'impos-
sibilité et la contingence. » Là est tout le plan de
l'ouvrage, plan simple, il est vrai, mais artificiel.
Senoussi va développer ces trois idées : il y a des
^ Luciani, p. 26.
362 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897.
choses nécessaires, impossibles et contingentes.
Quelles sont-elles à Tégard de Dieu et à l'égard des
prophètes ?
A regard de Dieu, au nombre des choses néceis-
saires, sont vingt attributs. Dans son Commentaire ^
Senôussi insiste sur ce quei en se servant de l'expres-
sion « au nombre de », il a voulu dire que les attri-
buts divins ne se bornaient point à ceux-ci seule-
ment, mais qu'ils étaient ^l«ô Y« en nombre infinie
ou « infinis » , si Ton admet Tinterprëtation de Mi Lu-
ciani. Dieu devient donc, ainsi que Spiiiosale défi-
nira deux siècles après, «Tétre qui possède infùùta
attrihata des attributs infiniis i» ou « une infinité d'attri-
buts ». L'expression latine de Téthique est vague et
a donné lieu à bien des controverses. En insistant
sur le sens particulier de Hft'r^tr»x')1 >, c^est-à-dire
min partitif, Senôussi indique clairement, je crois,
qu il a entendu dire « une infinité d'attributs ».
Le premier de ces attributs, l'existence, est, dit-
il, nefsia, terme qu'il développe ainsi dans son
Commentaire'^ : « L'attribut personnel, c'est la mo-
dalité , qui appartient nécessairement à la substance
tant que dure cette substance , sans que cette moda-
lité dépende d'une cause quelconque. » Alors pour-
quoi ne pas traduire par « essentiel » ? Badjouri dé-
finit plus justement ce terme : «L'attribut sans
lequel la substance ne se conçoit pas ». L'expression
« modalité », dont le traducteur s'est servi ici pour
^ Luciani, p. 27.
* Lnciani, p. 3i.
LA CTILOSOPHÏE DU CHEJ6KH SSNOUSSI. JÔÔ
rendre le mot^W, n'«st pas suffisamment précise,
VeUtrril entendre par là un attribut'? Id 6e nest pa$
douteux. Ailleurs, au contraire, c'est un mode : « Lçs
mots : circonscrits dans trois catégories, ajoute-t-il ^,
signifient que toute conception qui se forme dans i es-
prit, c>est-à-dirê tout ce qui. est pierçu par la rai^fti,
en fait de substances, dattiribtits réels ou négatifs,
de modalités préexistantes ou créées, se trpuve forcé-
ment rangé dans funp de ces ti*ois patégoriîe*. > .
Il est important de bien définir le^ termes; ç&m
de substance, attribut, mode, sont difficiles à com-
prendre; de plus le terme arabe ^W est Tague. JLa
confusion provient, je crois, de çe.que.tântôt il est
^nployé pour sa valeur technique, çest-à-dire avec
le sens de « mode », tantôt indéterminé , équivalent
à U relatif. Je proposerais de traduire ainsi le pas-
sage cité plus haut : « h' Mrjhnt essentiel est ce qui
appartient nécessairement à la substance, , ., etO
Quels sont , d autre part , ces modes « préexistants »
dont parle Senoussi? Ils ne peuvent avoir qu'un
sens, celui d« incréés ». Ce sont les modes « éternels »
de Spinoza.
La signification du mot «existence» est, dit Se^
noussi^, « évidente ». Cependant il semble que, même
à ses yeux, elle soit rien moins que cela. Il suffit
pour s en convaincre de lire le développement qu'il
y consacre ; il est loin d'accorder à l'argument onto-
logique une valeur absolue : « Mais ce n'est qu'im-
* Lnciani, p. 26.
* Luciani . p. 28.
3ft4 SEPTEMBRK-OCTOBRE 18(^7.
proprement que Ton peut, au point de vue de la
doctrine d*El Achari, compter Texistence au nombre
des attributs. En effet, dans cette doctrine, l'exis-
tence c'est ia substanceméme,et non quelque chose
qui vient s ajouter à la substance; or la substance
n est pas un attribut. » Mais il ajoute aussitôt :
« Toutefois, comme l'existence sert dans le langage k
qualifier la substance, et que l'on dit que la sub-
stance divine est existante, on peut, sans spécifier,
compter l'existence comme un attribut. » En disant
que cet attribut sert « dans le langage », JiuiQV^, à
qualifier la substance, il semble indiquer qu'il n'a
qu'une valeiu* logique, et cela suffirait pour le ran-
ger parmi les adversaires du célèbre argument. Aussi
a-t-il cherché à le transformer, et tel est bien vrai-
ment le point original de sa doctrine.
L'argument ontologique, tel que les scolastiques
font formulé, repose sur l'idée de perfection : m Dieu
est, par définition , l'être qui a toutes les perfections;
or l'existence est une perfection, donc Dieu -possède
l'existence.» En d'autres termes, dire que Diea
n'existe pas est une contradiction , parce que^ si Vous
le concevez, vous le concevez avec l'existence, i'exia-
tence étant renfermée dans la définition; Aohari,
avant Gaunilon, avait compris que ce jugement
était analytique. La faiblesse de cet ai^gument est
dans la difficulté de passer du possible au réd»
distinction que certains scolastiques ont peut-être
entrevue, mais qu'ils n'ont aucunement formulée.
Senoussi pose Dieu comme un être absolu, «'est-
L\ PHILOSOPHIE DU CHEIKH SENOUSSI. 365
à-dire indépendant , et il fonde un argument a priori
de l'existence de Dieu sur son indépendance. Puis il
déduit ridée de perfection de celle d absolue «Du
fait, dit-il, qu'il peut se passer de tout ce qui n'est
pas lui découlent nécessairement son existence, son
éternité dans le passé, sa perpétuité dans l'avenir,
sa dissemblance avec les choses créées , son indépen-
dance , ainsi que l'absence de toute imperfection en
lui. » Ce n'est point l'argument de saint Anselme, ni
même celui de Descartes. Plus loin^, il explique ce
qu'il entend par l'indépendance divine : « Elle doit
s'entendre en ce sens qu'il n'est subordonné à aucune
chose quelle qu'elle soit; il n'a pas besoin d'un sab-
stratanif c'est-à-dire d'une substance autre que sa
propre substance. . .De même Dieu n'a pas besoin
d'un spécialisatevir (moukhaçis), c'est-à-dire d'un au-
teur qui lui confère l'existence. » Ce terme est curieux
et signifie nécessité d'une autre substance. Leibniz a
retrouvé cette terminologie : la création au sens de
ce philosophe est là complète détermination. Quand
Senoussi, au même endroit, ajoute : « Dieu est une
substance non un attribut , comme le prétendent les
chrétiens, il vise très probablement la Trinité : s'il y
a trois personnes en Dieu ces trois personnes ne
peuvent être que des attributs.
Après l'existence, Senoussi énumère six autres
attributs qu'il nomme selbia « négatifs », parce qu'ils
consistent dans la négation de tout ce qui esta priori
^ Luciaoïi, p. i3.
* Luciani, p. 29.
366 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1807.
incompatible avec la nalure divine. Ce sont à propre-
ment parier des attributs métaphysiques. Ils sont
nommés négatifs parce qu'ils n'ont pas de contenu;
ils nient des imperfections, ainsi on dit : « Dieu est
éternel ■ pour exprimer que Dieu ii a pas eu de
commencement. «L'éternité dans le passé, dit Se-
noussi^ c'est la négation de l'antériorité delà noib-
existence par rapport à l'existence ; en d'autres termes ,
dire qu'une chose est étemdie c'est nier que son
existence ait eu un commencement. » Cette mé-
thode, dite par la voie dé négation, j4i3\ ^^è^ < via
remotionis » , est pour certaines écoles la seul6 qui
soit légitime, toute déterknination plus précise ayant
pour résultat dapporter une limîtalioù à la. persoû-
nalité divine , et renfermant implicîtBln6nt une ova-
tion de son essence infinie. Spinostt a donné une
forme plus absolue à cette pensée en l'exprimant :
« Determinatio negatio est ».
Outre ces six premiers attributs négatifs « Dieu
possède sept attributs nommés ^Vu« ma'am^ expre»-
sien très exactement rendue dans la traduction de
M. Luciani par « idées réelles ». Ce sont ea effet des
déterminations, des formes positives, du grec $thi^
des attributs significatifs. Lés sept derniers attributs
dits ^>3àad, maudouia « idéaux», sont ceux dont k
signification s applique à un cas particulier. Bs ne
sont en effet que des rapports, et par conséquent
n'existent que dans l'esprit. C'est bien ainsi qu^ii &ni
' Luciani, p. 3i.
LA PHILOSOPHIE DU CHEIKH SENOUSSI. 367
entendre Senoussi quand il les définit : «Des qua-
lités positives qui tiennent le milieu entre Texisterice
et la non-existence. » Ce serait donc ce que Imtefli-
gence attribue à Dieu, et noa ce qui appartieiitybr-
mellement à Dieu , pour nous servir encore d'une ex-
pression de Spinoza. Ainsi Dieu possède en soi la
faculté de savoir et d agir, nia ni; il n'est pensant et
agissant que lorsqu'un objet lui est donné, sur lequel
il peut penser, manaoïtia. Il faut nécessairement sup-
poser la présence dun objet sur lequel s'exarce la
faculté divine de penser ou dagir. « Le mode idéale
dit Senoussi, est un attribut qui, sans avoir d'exis-
tence propre, dépend en outre dune cause exté^
rieure , de façon à n appartenir à la substance que
pendant que sa cause elle-même est jointe à cette
substance. » Il est vrai que, d autre part, Senoussi a
admis la possibilité de considérer ces attributs idéaux
comme des « qualités positives adhérentes à la sub-
stance du Très-Haut ^ »; mais il est à présumer qu'il
ne fait une réserve semblable que dans cet esprit de
conciliation, dont il ne se départit guère dans ce
livre qu'il destinait au grand enseignement théolo-
gique; tandis que la façon dont il analyse et déve-
loppe la doctrine d'Achari démontre bien que s'il ne
s'en autorise pas ouvertement il en reflète cependant
l'esprit et les tendances.
En somme, cette distinction entre les ma'unieX les
manuoaia est purement logique; elle a été suggérée
* Luciani, p. 34.
368 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897.
aux théologiens musulmans par la nécessité de ne
point se trouver en désaccord avec le Coran. En
fait, les idées même en EMeu ont un objet, et quand
lobjet est présent ce& idées deviennent des modes
idéaux. Reste à expliquer l'attribut de la vie qui,
disent les philosophes arabes , n a pas d'objet,
La vie, dit Senoussi, est un attribut par lequel
celui qui en est revêtu est capable de perception,
V};^W of<^<.? , iattacifoa bel idrak. Définition in-
complète : la vie existe sans perception; à moins
que nous ne soyons autorisés à traduire \A)k^ par le
terme leibnizien « aperception » , ce qui n'est guère
possible, parce que la iv* forme est intensive et
donne bien à la racine V)^ le sens d'« activité spon-
tanée ». •
Ayant terminé Tétude des vingt attributs divins
dont la connaissance est imposée au musulman,
Senoussi développe la preuve de l'existence de Dieu :
«La preuve de l'existence de Dieu, dit-il^, c'est la
création du Monde. » Il n'admettrait donc qu'une
seule preuve, celle d'Aristote, du premier moteur;
cependant nous avons vu que dans son Commen-
taire il expose l'argument ontologique. Ceci prouve-
rait bien qu'il conserve des doutes sur sa valeur ab-
solue, et qu'il croit nécessaire d'y joindre une autre
preuve rationnelle, celle dite a contingenda moiufi.
Il s'y étend longuement et, après avoir démontré
que le Monde a eu un commencement, il ajoute* :
^ Luciani, p. 8.
* Luciani, p. 38.
LA PHILOSOPHIE DU CHEIKH SENOUSSI. 309
« On est forcé de conclure qu'il a eu besoin d'un
créateur; si Ton admettait qu'il neût pas besoin de
créateur, et qu'il fût né de lui-même , on admettrait
la coexistence de deux choses incompatibles : Téga-
lité et la supériorité sans cause. » En employant ce
terme, lauteur semble vouloir réduire ce qui est
sans raison y mais sans être contradictoire, à ce qui
est absurde ou impossible. En réalité, son raisonne-
ment repose sur le principe des indiscernables :
« Deux choses identiques par leur dénomination in-
trinsèque ne peuvent exister. » Mais il n a pas encore
la notion nette de ce principe que Leibniz sera le pre-
mier à formuler. On en retrouve plus loin ^ une autre
application dans la démonstration de l'unité divine.
« S'il existait un créateur ayant au même degré que
Dieu le pouvoir de créer une chose possible , quand
les deux puissances se porteraient sur cette chose,
cette chose ne poun^ait être créée par les deux si-
multanément S'ils sont l'im et l'autre impuis-
sants à l'égard de cette chose possible , ils le sont à
l'égard de toutes les autres , puisqu'il n'y a point de
différence entre elles. »
De l'existence du Monde il infert que Dieu est
cause intelligente et finale^. «L'action de la puis-
sance éternelle est subordonnée à la volonté de Dieu
à l'égard de l'effet à produire ; et la volition de Dieu
à l'égard de cet effet est subordonnée à la connaissance
de cet effet. » Senoussi établit ainsi que Dieii pos-
^ Luciani, p. 42.
* Luciani, p. 43.
370 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897,
sède Imtelligence et la vie. « Or, ajoute-t-il, la puis-
sance, la volonté et la science, sont subordonnées à
la vie, puisqu'elle en est la condition,, et qu'une
chose subordonnée à une condition ne saurait exister
sans la réalisation de cette condition. Donc l'exis-
tence de toute chose créée, quelle qu'elle soit, supr
pose chez son créateur l'existence de ces quatre attri-
buts. »
Platon avait démontré de la même façon que les
idées sont des substances actives et vivantes, et daps
«
lé Sophiste Dieu devient un Dieu personnel, le Dieu
de toutes les religions. On pourrait croire que les
philosophes arabes ont analysé le passage suivant
de ce dialogue ^ : ri Se 'épos Ai6$; éç àXiiûùk ntmimw
xai ^&i})v Kcà "^vy^tiv xai (pp6vii(Tiv H pfSleûç ^eioôticréfuOa
rœ 'cravreXâs 6vti (lij tirapeivau , (ifiSi l^ijp wirb ynifiè (Ppo-
vsîvy âXXà arsfivbv xoà âytov voSv ovx f-X^v^ (hiipnroséalbs
eJvai; « Mais quoiP par Jupiter, nous laisserons nous
facilement persuader que ni le mouvement , ni l'âme ,
ni la vie, ni la sagesse n'appartiennent véritable-
ment à l'être absolu; qu'il ne vit pas, qu'il ne pense
pas, mais que, vénérable et auguste intelligence, il
demeure immobile? »
Mais si, dans Senoussi, on retrouve l'inspiration
de certains passages de Haton et d'Aristote, il n'est
guère probable qu il ait bien connu ces deux philo-
sophes dans l'ensemble de leur doctrine. Ce qu'il y a
de plus remarquable chez cet auteur, c'est la netteté
^ 248 E.
LA PHILOSOPHIE DU CHEIKH SENOUSSI. 371
avec laquelle il développe les principaux problèmes
théologiques qui agitaient TEcole. Son mérite est de
les avoir étudiés avec un sens philosophique incon-
testable,' ne s'en tenant point seulement aux mots
comme beaucoup de ses contemporains. Il était, du
reste , en grand progrès sur son époque , et c'est faire
de son livre un éloge qui a sa valeur que de con-
stater qu'il nous a conduits plusieurs fois au seuil
de la philosophie moderne.
:V73 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897.
NOUVELLES ET MÉLANGES.
E. LàUNB. Manuel français - arabb ou recueil ^'actes adminis-
tratifs, judiciaires et sous-seiug privé traduits en arabe. Alger,
A. Jourdan, 1897, 1 voL in-12, 4a6 pages. -,
Dans toutes les langues, les termes en luage parmi les
gens de la basoche ont une signification particulière qui ne
correspond pas toujours à Tidée qu*é veillent ces mêmes mots,
pris dans leur acception courante. La précision qa*on a voixla
atteindre pour éviter toute ambiguïté est la cause de cet écart
souvent assez considérable et qui déroute d*autant jdos ceux
qui ont à les traduire dans une langue étrangère qu'ils re-
trouvent chez les autres peuples ces mêmes ûngidaritës.
En Algérie , où existe la nécessité constante de faire passer
d'une langue dans une autre des textes juridiques ou admi-
nistratifs , les* interprètes sont souvent fort embarrassés pour
exprimer exactement la pensée qu'ils ont à rendre , les dic-
tionnaires actuels arabes-français ne fournissant que des ren-
seignements incomplets et parfois inexacts sur tout ce qui
touche aux choses du droit. Dans sa longue carrière d'inter-
prète judiciaire, M. Laune a pu constater par iui-ménie la
peine qu'il fallait prendre quand on veut faire passer du
français en arabe ou réciproquement les pièces de toate
nature auxquelles la législation musidmane et surtout les lois
françaises ont donné naissance. C'était donc rendre un réel
service à tous ses collègues que d'entreprendre , comme i*a
fait M. Laune, la rédaction du Manuel français-arabe qu'il
vient de publier. 11 a réuni là deux cents formides différentes
d'actes , dont il présente le texte français en regard da texte
arabe , de façon à ce que chacun puisse se rendre un compte
tout à fait exact des termes qui se correspondent dans les
NOUVELLES ET MÉLANGES. 373
deux langues. M. Laune, qui a suivi autrefois les savantes
leçons de Combarel et à ia mémoire duquel il a dédié son
livre , a réussi pleinement à atteindre le but cpiii s'était pro-
posé : son style arabe est correct et les expressions qu'il em-
ploie appartiennent bien au langage juridique. Rarement il
y aurait de légères modifications à y introduire pour rem-
placer par une tournure plus arabe certains passages qui
rappellent plutôt la façon, d'exprimer sa pensée en français
que celle spéciale au génie de la langue arabe. Mais , je ]c
répète , cela est fort rare et n'empêche jamais le texte d'être
intelligible pour les indigènes qui auront a le lire. Grâce à
ce travail et à d'autres du même genre qui se publient de
temps à autre, quoique pas assez fréquemment peut-être, ia
tâche des arabisants devient cliaque jour plus aisée en ^-
gérie, où la pratique de la langue impose des obligations
spéciales , dont bien longtemps on a fait fi dans les anciennes
publications inspirées surtout par l'enseignement purement
théorique, qui était le seul pratiqué en Europe jusqu'à ces
dernières années.
O. HOUDAS.
NOUVELLES PUBLICATIONS DE L'IMPRIMERIE CATHOLIQUE
DE BEYROUTH.
L^Universit^ catholique de Beyrouth travaille avec une ac-
iiyité digne de tout éloge à répandre la connaissance et le
goût de ia littérature arabe. Chaque nouveau catalogue de
son imprimerie nous en fournit la preuve. J'ai rendu compte ,
l'année dernière, de deux éditions dont le zèle éclairé du
P. Louis Cheikho a enrichi le domaine de l'arabe dit , à tort
on à raison « littéral. L*une, le Livre de ia correction da lan-
ffO^e, par Ibn Sikkit, savant lexicographe du iii* siècle de
l'hégire , nous a fait connaître les nuances les plus délicates ,
les analogies les plus fugitives d*une langue dont les meilleurs
dictionnaires n ont pas encore révélé toutes les richesses. La
X. 35
mraïaiwiB SATtoxiLs,
374 SEPTEMBRE. OCTOBRE 18Q7.
troisième et dernière partie de ce curieux Traité vient de pa-
raître, et les noies grammaticales , philologiques et historiques,
ainsi que les index détaillés dont le savant éditeur les a ac->
compagnées en rehaussent la valeur.
Presque en même temps, le P. Cheikho publiait sous le titre
de Poétesses arabes la première partie d'un recueil où se trouve-
ront réunies dans un large cadre toutes les pièces, qaçidahs^
fjlhazels, élégies, improvisations, etc., qui ont eu des femmes
pour auteurs , aussi bien les filles du désert que les habitantes
des harems, depuis les deux ou trois siècles qui ont précédé
Tislamisme juscp'à une époque voisine de la nôtre. M* Chei-
kho poursuit assidûment ce travail, et U ne se passera pas
longtemps avant que j aie le plaisir d*en annoncer rachève-
ment. On peut , dès à présent et par ce qui en à paru , recon«
nattre le caractère particuhèrement attrayant de cette g^ide*
rie poétique , je pourrais ajouter et son mérite d*œuvre iné*
dite , car T essai déjà ancien de A. Perron n est quWe esquisse
destinée au grand public, sans souci de la précision historique.
Aujourd'lmi c'esl une contribution à Tétude de Tarabe
(|ue nous fournit le P. Cheikho, qui pour une moitié au
moins de sa tâche a fait appel à la collaboration du P. Du-
rand. Ce nouvel ouvrage se compose de deux parties : un
abrégé de granunaire et un choix de morceaux en prose et
on vers \ Dans une courte préface les deux éditeurs semblent
s'excuser de donner, après tant d'autres, un Manudi de
langue arabe, et, en effet, c'est un champ qui a été exploité
presque jusqu'à l'épuisement. Pour ne parier que de ce qui
est sorti des presses de Beyrouth, MM. Ëddé, Blin, Vemier
et Beiot ont, à tour de rôle et avec des mérites divers,
fourni leur contingent à cette étude laborieuse. L'œuvre nou-
velle n'a voidu être qu'un simple précis , un résumé des règles
strictement nécessaires, sans aucun de ces détails qui en*
combrent les grammaires, au grand effroi des débutants. Ce
' Pars prior: Elementa grammaticœ arabicœ, 1896, in-ia, 179 ptgei»
Pars IP : Chrestomathia arabica cam Uxico , variisqae notit, un vol. in-ii ,
Beyrouth, 1897, A86 pages. *
NOUVELLES ET MÉLANGES. 375
plan a été fidèlement suivi , peut-être même trop strictement.
Si certaines parties, ia conjugaison, par exemple, qùï ne
compte pas moins de 3i tableaux, ont été traitées avec les
développements indispensables, d'autres au contraire, sur-
tout la syntaxe, pèchent par un excès de concision. La mé-
thode des grammairiens arabes a été suivie ici de préférence^
Loin de moi la pensée d'en faire un reproche aux éditeurs :
ib ont travaillé en Orient et, en premier lieu, pour des Orien-
taux. Mais, dans toute tentative de fusion entre deux sys-
tèmes aussi opposés que celui des Arabes, et nos théories
occidentales, il restera toujours quelque chose d'indécis, de
flottant , qui nuit à la parfaite exposition des règles.
Au surplus, la grammaire n'est ici que Taccèssoire et
comme ia préface de l'anthologie à laquelle elle se rattache
par de continuelles références. Celle-ci est l'œuvre exclusive
du P. Cheiklio et fait honneur à Tétendue et à la variété de
ses recherches. C'est, autant que le comportent les limites
d'un livre d'enseignement , un tableau complet de la littéra-
ture arabe. Cent trente écrivains y figurent, répartis entre
douze chapitres dont voici l'énoncé : I, Extraits bibliques et
religieux; II, Extraits du Coran; III, Proverbes; IV, Morale;
V, Philosophie et théologie ; VI , Morceaux oratoires ; VII , Fables;
VIII, Narrations, Contes plaisants ; IX, Histoire et Géographie;
X, Prose ornée; XI, Poésies; XII, Spécimen d'écritures car-
sives,
La graduation usitée dans les ouvrages de ce genre se
conciliait difficilement avec l'ordre adopté dans celui-ci : les
fables de Lokman, par exemple, viennent après de longs
extraits de traités théologiques ou scolastiques d'une lecture
assez ardue. Mais le mal n'est pas grand, et après quelques
tâtonnements , l'étudiant , même le moins expérimenté , saura
trouver sa route. Et quel profit il tirera d'un livre où tous les
styles , tous les genres sont représentés ! A l'exception du
Medjâni oul-edeb du même auteur, ouvrage d'une étendue
considérable , mais moins adapté à l'étude progressive de la
langue , je ne crois pas qu'une anthologie arabe aussi docu-
376 SEPTEMBREOCTOBRE 18Q7.
inentée ait été publiée jusqu*à ce jour. Ce n*est pas à diret
pourtant , que le travail de M. Cheikho soit à Tabri de toute
critique. On pourra lui reprocher d*avoir donné trop de place
»ux traductions de la Bible et à la théologie chrétienne , aax
dépens des textes d'histoire et des biographies. Les notes ex-
plicatives , multipliées à Texccs , ne laissent presque aucune
(lifRculté sans la résoudre, et diminuent par là Tinitiative da
Jectcur et les services du lexique. Enfin , mais ceci est une
observation de pure forme, ce Icxiqac lui-même, dans le
louable dessein de ne pas augmenter le volume , est imprimé ,
sans ménagement pour les yeux, en caractères d*ane ténuité
(;xtrêmc. Mais je tiens à le répéter, malgré ses imperfections
légères et inhérentes au plan adopté , le livre noavdlément
sorti des presses de Beyrouth mérite d*étre recommandé
hautement; c'est une œuvre sérieusement élaborée, riche
en fragtncnts inédits et digne de figurer dans nos écoles
d'Europe à côté des ouvrages didactiques les plus estimés.
Je dois ajouter, en terminant , que ce livre a aussi son uti-
lité pour Tctude des idiomes vivants : plusieurs chapitres se
terminent par des morceaux en dialecte d'Egypte et de Syrie ,
et, à la fin des extraits, on trouvera un certain nombre de
pJanclies pour le déchiffrement des écritures cursives, et
jusqu'à un spécimen d'arabe coufique. On voit tout ce que
renienne d'utile et de nouveau ce volume d'un format com-
mode et «léger au pourchas». Une fois de plus, tous not
remerciements au Père Cheikho et à l'Université cathdlique
dont il est un des plus érudits et zélés représentants»
Le gérant :
RuBENS DuVAIm
JOURNAL ASIATIQUE
NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1897.
DIALOGUE ET TEXTES
EN BERBÈRE DE DJERBA,
TRANSCRITS ET TRADUITS
PAR
M. A. DE C. MOTYLINSKl,
PROFESSEUR DE LA CHAIRE PUBLIQUE D'ARABE
ET DIRECTEUR DE LA MEDEBSA DE CONSTANTINE.
Dans la première partie de ses savantes Notes de
lexicographe berbère, M. René Basset a donné une
étude sommaire sur le berbère parlé à Djerba, et
un vocabulaire du dialecte de cette île. (Paris, Im-
primerie nationale /m-8% i88i.)
En 1 885 , j'ai publié dans le Bulletin de correspon-
dance africaine (fasc. v-vi), une Chanson berbère de
Djerba, texte dun style un peu spécial et ne ren-
fermant qu'un nombre restreint de mots et de formes
grammaticales. Dans son Loqmân berbère, M. René
Basset a également publié quatre fables en dialecte
de Djerba.
Les trois textes en berbère de Djerba dont je
X. 26
i«Taiur.*ii: ctTiosALK.
378 NOVëMBRË-DëGëM&RK 1897.
donne la transcription , l'explication et la traduction ,
ont été recueillis, pendant mon séjour au Mzab,
avec mon ami Brahim ben Sliman Ghemmakhi.
Les deux premiers ne sont pas des traductions :
ils ont été rédigés en berbère par Brahim qui , aidé
de quelques conseils, a su donner à Tun deux la
forme du dialogue, moins façonnée et plus vivante
que celle du récit.
On reconnaîtra facilement dans le troisième texte
une imitation d'un conte bien connu, dans lequel
Djoh'a est remplacé par un certain lah'ined ou Sli-
man n Imiladen , personnage de Djerba, célèbre par
sa naïveté.
N'ayant pas les éléments suffisants pom* donner
sur le dialecte encore peu connu de Djerba un
aperçu grammaticad assez complet, je me suis borné
à faire suivre les textes de quelques notes som-
maires.
Ces documents pourront, je pense, fournir quel-
ques données nouvelles à ceux qu'intéresse 1 étude
de la langue berbère, qui occupe un domaine si
étendu dans nos possessions africaines.
La méthode de transcription adoptée est celle du
général Harioteau.
Le z et le V emphatiques sont représentés par les
signes z et v\
DIALOGUE ET TEXTES EN BERBERE DE OJERBA. 379
I
DIALOGUE ENTRE UN ÉTRANGER
ET UN INSULAIRE DE DJERBA.
%
f
L'Etranger. Seq nian ta nelh'bameth^, chekkin*?
D'où celui de cpartier, toi ?
L'Insulaire. Netch, elKoumeth iou^ d Addjim.
Moi , le quartier de moi c'est Addjim.
E. Matta Uouz'ra^ daçehih'^ g çlh'onmeth ennoaen?
Quoi est vu de beau dans le quartier de vous?
1. Ncchchin, oua^ r'eimer"' rir trahit eg-
Nous ne pas chez nous si ce n'est du poisson beau-
geth. Char a idhen, oua r'ernekh ch^.
coup. Chose autre ne pas chez nous.
E. Izir\ kennim tellim af idis n Uel ?
Donc , vous vous êtes sur le côté de la mer ?
I. Amiouh, Nechchin, netedder*
Comme cela. Nous nous vivons habituellement
rir siis. Midden etiner elkoull atet't'fen trahit,
si ce n'est d'elle. Les gens de nous tous chassent le poisson
L'Etranger. De quel quartier êtes- vous ?
L'Insulaire. Moi , je suis du quartier d'Addjim.
E. Que voit-on de beau dans votre quartier ?
I. Nous n'avons que du poisson en quantité, mais nous
n'avons pas autre chose.
E. Vous êtes donc au bord de la mer ?
I. En effet. IVous ne vivons que par elle. Tous nos gens
a6.
380 NOVËMBRE-DEGEMBRE. 1897.
ouasi inehher^^ ik*erbachen d'ouasi imeddi^^ tileli
celui qui jette au fond des paniers et celui qui tend le fil
d'ouasi itet*t'of si iraddjcn^*.
et celui qui attrape par des filets.
E. Matta teteggem s irabit ouh ? tet-
Quoi vous faites habituel avec ce poisson ? vous
tetteni th ner tezenzim th ?
mangez lui ou vous vendez lui ?
I. Chara nouggai al essouk* amek'k'ar.
Une chose nous transportons vers le marché grand ,
chara noaggai al elh'areth *', chara
une chose nous transportons au quartier juif, une chose
netaret id ^^ al A A AlemmaL
nous apportons habituellement elle vers les Ath Alemmai.
Ë. Oua rerouen chaîna idhen manis adderem " ?
Ne pas chez vous une chose autre. d*oii vous vives ?
I. R'erner midden imek*k*aren ikhoaadjain^* didehav'
Chez nous des gens grands riches possess^irs
ntezemmoarin et-tarlioain^^ et-tekirza nimenâi et-teni-
d'oliviers et palmiers et culture des grains et des ien-
prennent le poisson, les uns en jetant des paniers, d'autres
en tendant la ligne , d'autres les prennent avec des filets.
E. Que faites-vous de ce poisson P Le mangez-vous ou le
vendez-vous ?
I. Nous en transportons une partie au grand marche, et
une partie au quartier juif; le reste nous Tapportons chez
es Ath Alemmai.
E. N'avez-vous pas d'autre moyen d'existence P
I. 11 y a chez nous des gens notables et riches qui pos-
sèdent des oliviers et des palmiers, et se livrent à la cahtire
DIALOGUE ET TEXTES EN BERBERE DE DJERBA. 381
fin. ladhidhnin didehav n teh'ouna^^ i iemoaraouin zen-
tilles. D'autres possesseurs de boutiques aux pays ils
zan ellefeth^^ et-tebet*t'aniin^° d' ckara idhen,
vendent les habillements et les couvertures et chose autre.
Ouilin ious ed al tamourtliis , iz'ot't* ner idhenni itarliouin
Celui qui vient au pays de lui, tisse ou tire aux palmiers
et'-l*amzin ner itemiel i teniot*chin et-tezourin,
et à l'orge ou laboure aux figuiers et aux vignes.
E. Aman ennouen dmatta? Ettit'aoain*^ ner d anouiin?
L'eau de vous c'est quoi ? Des sources ou des puits ?
I. Oaa r'ernekh ch aman ecjgouren aj oudem
Ne pas chez nous des eaux elles marchent sur la surface
n temoarth, Tissi nner seg lessoaar, Nek*-
de la terre. La boisson de nous de les citernes. Nous creu-
k'az ** in ettefesk*iin ** tcharan
sons habituellement à des galeries couvertes elles remplissent
inouh soaaman nouanzer*^, TeraK-
celles-ci (les citernes) d'eau de pluie. Vont habituelle-
aneth tisednan et-temchkanin*^ et-tarneth id siisneth
ment les femmes et les petites filles elles apportent d'elles
des grains et des lentilles. D'autres ont des boutiques dans
divers pays, et vendent des vêtements, des couvertures et
autres objets. Ceux qui restent dans leur pays tissent ou
tirent de l'eau pour leurs palmiers et leur orge , ou labourent
les champs de figuiers et les vignes.
E. Quelles eaux avez-vous ? Sont-ce des sources ou des
puits?
I. Nous n'avons pas d'eaux courantes à ia • surface du soi.
Nous tirons notre boisson de citemes.Nous creusons des gale-
ries couvertes qui remplissent les citernes d'eau de pluie.
Les femmes et les petites filles vont la chercher dans des
382 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1897.
gelâbarath*^ eddjedoaa, marer aman ntiina*^
dans les craches et les pots, parce que les eaux des puits de
îiner ou ah*lin *^, am aman n ilel. Aman
nous ne pas sont bonnes , comme les eaux de la mer. Les eaux
n tiina tesessin ten r'ir tarla
des puits boivent elles habituellement si ce n*est le pidmier
d'imendi.
et les céréales.
£. Keroaen cha midden eggeth g eUtoumeth
Chez vous chose de gens beaucoup dans le quartier de
ennouen ?
vous?
l, R'erner eggeth, it'er nelh'oumath nDjerba.
Chez nous beaucoup , plus que les cpartiers de Djerba.
Nechchin, midden enner* a^ ijjmi ouh'ades g otan-
Nous, les gens de nous chaque un unité de hn dans le
ezdaris^^, ou nelli g oam^an ijjen,
jardin de lui, ne pas nous sommes dans endroit unique,
am temdinin, Bav n oamezdar, elh'oach is **
comme les villes. Le possesseur de jardin, la maison de kd
g oaammas is , netla d'ilerman is d'ifoanasen is '^.
au milieu de lui , lui et les chameaux de lui et les bœufs de hd.
cruches et des pots. Car Teau de nos puits est mauraiie
comme l'eau de la mer. Cette eau ne sert qu'à abreuver les
palmiers et les céréales.
E. Avez-vous de nombreux habitants dans votre quartier ?
I. Nous en avons beaucoup , plus que les autres quardert
de Djerba. Chez nous chacun est à part dans son jardin ; nous
ne sommes pas réunis en un seid endroit comme dans les
villes. Le propriétaire d'un jardin a sa maison au milieu; il
est là avec ses chameaux et ses bœufs. Nous mettons au miUea
DIALOGUE ET TEXTES EN BERBERE DE DJERBA. 383
Netegg it't'an ammas noamezdar
Nous faisons habituellement des chiens au milieu du jardin
ou taddjin ** oui illan aiadef^^
ne pas ils laissent habituellement celui étant il entrera
diis rir hav'is. Tisednan tek*or-
dans lui si ce n'est le maître de lui. Les femmes cardent
chelneth, telemneth, teggeneth
habituellement , filent habituellem\ elles font habituellement
tiourdiin; nechchin nouggai^^ nezenza ges-
des pelotes; nous nous transportons nous vendons au
souk' , nesar' ilisan **.
marche , nous achetons des toisons.
E. Tarliouin ennouen assougassou âhaneth^*
Les palmiers de vous cette année ont été abondants
ner d cferrou ?
ou bien c'est peu ?
I. Tez'red' al ousili^'' eggeth; nelhthath
Vous voyez à la poussée beaucoup; elle (le palmier)
tezelz^^ tiriouin; mag dik'imen diis al-
a secoué les petites dattes; ce qui là étant resté dans lui jus-
du jardin des chiens qui ne laissent entrer personne que le
propriétaire. Les femmes cardent , fdent et font des pelotes
que nous emportons pour vendre au marché et acheter des
toisons.
Ë. Vos palmiers ont-ils donné beaucoup cette année, ou
peu?
I. Vous voyez que la poussée a été abondante ; mais les
palmiers ont laissé tomber les jeunes dattes. Ce qui restait,
384 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1897.
didhab^^ iouet fellas anzer, ioudha^^
qu*à ce qu'il mûrisse a frappé sur lui la pluie, il est tombé
d elmakhmakh *\
dans la fermentation.
E. Tiini^* enuoaen dmatta? NethÛiath taçehihet am
La datte de vous c'est quoi P Elle bonne comme
tiini nEldjerid ner mamme/^ temmoadt^*}
la datte du Djerid ou bien comment elle est ?
I. Anémier: nechchin, tiini nner\ dellemsi
Je vous dirai : nous la datte de nous c'est le lemsi
et-tâkiout, R'erner siisnetli eggeth; rerner ma-
et la tâk-iout. Chez nous d'elles beaucoup; cliez nous le ma-
tat'ma et-tenafzaonii et-tarart aferrou. Eddegletk^^,
tat'ma et la tenafzaouit et la tar'art un peu. La deg^,
ani neththath, ou llich.
comme elle , ne pas il est chose.
E. Taçebih'et i tiini ennouen dmatta?
La bonne, parmi les dattes de vous c'est quoi ?
I. Ellemsi, marer itouatcha^* tiriouin
Le lemsi, parce que il se mange en petites dattes
avant d'arriver a maturité , a été touché par la pluie et s^est
gâté par la fermentation.
E. Quelles sont vos dattes ? Sont-elles bonnes comme celles
du Djerid, ou quelle est leur qualité ?
I. Je vais vous dire : Nos dattes sont le lemsi, la tâk*iout;
nous avons de ces espèces en abondance. Nous avons aussi le
mat'atma , la tenafezaouit et la tar'art , mais en petite quantité.
Il n'y a pas de dattes comme la degla.
E. Quelle est la meilleure de vos dattes ?
[. C'est le lemsi, parce qu'on mange ses jeunes dattes
DIALOGUE ET TEXTES EN BERBERE DE DJERBA. 385
tioarar'in; ternid' izoaggaren is am tamemi
jaunes ; tu ajoutes les dattes fraîches de lui comme le miel
d* elâlik*is^^, almi ik'k'oar^ netta daçehihnmag
et le régime de lui , lorsque il est sec , lui le bon de ce
ellan.
qu'étant.
E. Toaouid'id" azemmour r'eroaen eggeth. Te-
Tu as dit à moi l'espèce olivier chez vous beaucoup. Vous
teggem siis oud'i ?
faites habituellement d'elle de l'huile ?
I. Netteg siis oud'i eggeth ét-
ions faisons habituellement avec elle de l'huile beaucoup et
tjitourt nesetchai th *® ai ilerman
le résidu ( des olives ) nous faisons manger lui aux chameaux
ed'ounierdjin^* ennarelt^^ itemourth, idoageP^
et la lie (de l'huile) nous versons elle à terre, elle devient
tajenjourt.
fuinier.
E. Ezzouail eggeth ellan rerouen ?
Les bestiaux beaucoup sont chez vous ?
encore jaunes ; de plus , ses dattes fraîches sont comme du
miel, et son régime, quand il est sec, est tout ce qu'il y a de
meilleur.
E. Vous m'avez dit que vous aviez beaucoup d'oliviers.
Faites-vous de l'huile avec leurs fruits ?
I. Nous en faisons de l'huile en quantité; nous faisons
manger le résidu des olives aux chameaux; quant à la lie de
l'huile , nous la versons à terre où elle se transforme en fu-
mier.
E. Avez-vous beaucoup de bétail ?
380 NOVEMBRE-DECEMBRE 1897.
I. Remer irial eâ* elbral neggour fettasen
Chez nous des ânes et des mulets nous allons sur eux
al essouk* d' elk'areth ed' elmers, nesaouadh
vers le marché et le quartier juif et le port, nous faisons ar*
asen elfelah'et enner\ tifelfelt cT oaafçol "
river à eux la cidture de nous, des piments et des oignons
d^imofchan et-tezourin d^elbifer*^ t mag ellan
et des figues et des raisins et des figues-fleur et ce qui étant
nezenza diisen, Erni ndhenni i^ elbral
nous vendons dans eux. Ajoute nous tirons par les mulets
d'ifoanasen ed'ilerman aman seg oaanoaim . Mse-
et les bœufs et les chameaux les eaux des puits nous {jûsons
soua siisen imendi. Tesestoan id <j^oaH£'^,
boire avec elles le grain. Vous interrogez moi sur les brebis,
oua r'ernekh ch, Aisoum enner ite-
ne pas chez nous chose. La viande de nous vient habituelle-
sed stehaialt^^, ettaouintid ibiaten**^
ment du pays arabe , apportent habituellement elle les Arabes ,
tili d'izmer d'ouberkous et-terat' d'irid^ mar'er
brebis et agneau et mouton et chèvre et agneau parce que
I. Nous avons des ânes, des midets sur lesquels nous aUons
au marché et au quartier juif; nous y transportons les pro«
duits de notre culture : piments, oignons, figues sèches,
raisins , figues fraîches et tout ce qu*il y a , pour le vendre
en ces endroits. De plus, avec les midets, les bceufs et les
chameaux, nous tirons Teau des puits pour en arroser les
céréales. Si vous m*interrogez au sujet des brebis, nous n*en
avons pas. Notre viande vient du pays arabe; les Arabes
l'apportent sous forme de brebis, d'agneau, de mouton^
de chèvre et de chevreau, car nous n*avons pas d*endroit où
DIALOGUE ET TEXTES EN BERBERE DE DJERBA. 387
nechchin oaa vernehh ch mani efrejdneth oalU, a;^
nous ne pas chez nous où paissent les brebis chaque
amezdar elh'ouch is gouammas is, tamoarth enner'
jardin la maison de lui au milieu de lui , la terre de nous
tezzou sonzemmour et-tarla, oui
est plantée de Tespèce olivier et de Tespèce palmier, ne pas
diis ch elkhela,
dans elle le vide.
E. Egg fella elmeroaeth^^ ^ se^n id amezdar
Fais sur moi le service, montre à moi un jardin
seg imezdaren aisP^ daçehih*, azrer mag diis
d'entre les jardins il sera beau , je verrai ce que dans lui
d' mammex^ temmoud'im diis.
et comment vous êtes dans lui.
I. Touroa, chekkin , d arnaou iou ; as ed , ay^esadfev^*
Maintenant toi ami de moi; viens toi je ferai entrer
•
amezdar'iou, az'red* mag diis stit'aouine^;
le jardin de moi , tu verras ce que dans lui avec les yeux de toi ;
in tedholhed' ai (tfed',
ce que tu demandes lui tu trouveras.
les brebis puissent paître. Chaque jardin a sa maison au mi-
lieu ; notre terre est plantée d*oliviers et de palmiers , et ne
contient pas de terrains vagues.
E. Faites-moi un plaisir; montrez-moi un de vos beaux
jardins, afin que je voie ce qui s*y trouve et comment vous
y êtes.
I. Vous êtes maintenant mon ami : venez, je vous ferai
entrer dans mon jardin ; vous verrez de vos yeux ce qu'il en
est , et vous trouverez ce que vous demandez.
388 NOVEMBRE-DECEMBRE 1897.
E. Ihi, chekkin dargaz daçehih. Eiiour** ezzathioa.
Bien, toi un homme bon. Marche devant moi,
netch eUir deffer e^,
moi je suis derrière toi.
\. Nella niouodh; ebbed, amirer*^
Nous sommes nous arrivons; arrête toi, j ouvrirai
imi anadef. K'a mirer ^^. Adef eizath ioa,
J a porte nous entrerons. Voici j'ai ouvert. Entre devant moi,
anadil sii imi al d moaodR
nous commencerons de la porte jusqu'à ce que nous arrivions
anoii nerr ed al elKouch; anas ed
au puits nous reviendrons vers la maison; noms irons
s eldjiht ouh d azelmat'.
de ce côté le gauche.
E. Anémier, aiarnaou; eddj ied ak'imer' aferroa
A toi je dirai, ô ami; laisse moi je m'assieds on peu
addoug temofchin ouh , diis netli edhdholl eggeth , tamoarth
sous ces figuiers , sous eux l'ombre beaucoup, la terre
en sneth tesemodh, ekkeser* addoag en sneth eMia on.
d'elle est froide, j'ôterai sous eux la fatigiie de moi.
Ë. C'est parfait, vous êtes un brave homme. Marches de-
vant moi , je vous suis.
I. Nous voici arrivés; arrêtez-vous, je vais ouvrir la porte
pour que nous entrions. C'est fait, j'ai ouvert. Entrez devant
moi ; nous commencerons à partir de la porte jusqu*à ce que
nous arrivions au puits , ensuite nous reviendrons à la mai-
son; allons de ce côté , à gauche.
E. Un mot , mon ami ; laissez-moi m'asseoir un peu sons
ces figuiers qui donnent beaucoup d'ombre et sous lesquds
la terre est fraîche. Ma fatigue se dissipera sons ces aiinte.
DIALOGUE ET TEXTES EN BERBERE DE DJERBA. 389
I. Egg mammex^ tekhsed'; amezdar d amezdar ey^.
Fais comme lu veux ; le jardin c'est le jardin de loi.
K*iem dah toaroa, netch arah'a^^ al elKoacli
Reste ici maintenant, moi j'irai à la maison,
adarer aferrou oaaman n essour sk'âan^^, asoaed*.
j'apporterai un peu d'eau delà citerne fraîche, tu boiras.
(Seg d ioara aman, isoaa, iououa ias.)
(Lorsque il a apporté l'eau, il boit, il dit à lui.)
Amune/^ ou ten ez*rir g ijj ououmxjun
Les eaux de toi ne pas elles j'ai vu dans un seul endroit
am niihenin, Tourou , ertàh'er*, Tatchioat oah elU
comme elles. Maintenant, je suis reposé. Cette négresse que
z'iir diis r'ar ex amechkan g ouarill is tezoïizoun
je vois dans elle chez elle un petit dans bras d'elle elle berce
diis, enney^ ner'aha?
dans lui de toi ou non P
I. Teddin ennou, ouddin dmemmi.
Celle-ci de moi , celui-ci est mon fils.
E. Ma s tetini^^ i oumechkan?
Quoi à lui elle chante au petit ?
I. Faites comme il vous plaira; le jardin est à vous. Res-
tez ici maintenant, pendant que j'irai à la maison vous cher-
cher un peu d'eau fraîche de la citerne , pour que vous bu-
viez.
(L'homme ayant apporté l'eau, l'étranger boit et dit :)
Je n'ai jamais vu nulle part d'eau comme celle-ci. Je suis
maintenant reposé. Cette négresse que je vois ayant dans
ses bras un enfant qu'elle berce , est-elle à vous ou non ?
L La négresse est à moi et l'enfant est mon fils.
E. Que chanle-t-elle à Tenfant?
390 NOVEMBRË-DEGEMBRE 1807.
I. Teml as :
Elle dit à lui :
aidder memmi, aimrer,
vivra mon fils , il grandira,
aiarah* al ouidder,
il ira au rivage ,
adiar siis izmer.
il apportera de lui un agneau.
E, Aioah darmzdar c)(^ zrikht; ekkerêr adaiXkK
Ceci le jardin et toi j*ai vu lui je me lève j*inii
al rerner. A brid'iou d azirar eg iêdh
vers chez vous. Le chemin de moi est long dans la nuit
ioased.Chekkin, matta nedder, a^errm*'
arrive. Toi ce que nous vivrons, à toi je rendrai
elkefa^^,
la récompense de toi.
J. Oarouh! adafed* elkheir d'ouarrezg.
Va ! tu trouveras le bien et la fortune.
1. Elle lui dit:
Mon fils vivra et grandira ,
11 ira au rivage ,
Et en rapportera un agneau.
Ë. J ai bien vu votre jardin. Je vais me lever pour m*en
aller chez moi. Ma route est longue et la nuit arrive. Tant
que nous vivrons je resterai votre obligé.
I. Allez. Puissîez-vous trouver le bien et la fortune I
DIALOGUE ET TEXTES EN BERBERE DE DJERBA. 391
NOTES DU DIALOGUE.
^ Elh'onmeth , arabe SUy^ .
^ Les pronoms personnels sont : netch « moi » , chekkin • toi »
(masc), chemmin «toi» (fém.); netta «lui», neththath «elle», nech-
nin « nous » , kenniin « vous » ( masc. ) , chemniitin « vous » (fém. ) ,
nithnin «eux», nithenthin «elles».
^ Elh'oumeth iou. Les pronoms suffixes du nom sont : iou «de
moi » c;^ « de toi » ( masc. ) , im* de toi » ( fém. ) , is « de lui , d'elle »,
enner « de nous » , ennouen « de vous » ( masc. ) , enij^metk « de vous »
( fém. ) , ensen « d'eux » , ensneth « d'elles ».
* Touz'ra, forme passive du primitif «'^r «voir».
* Açebih' , arabe ^^.
® La négation s'exprime par oua. , ,ch, ou. , .ch, oui. . . , ow\„,
ouar, . . .
^ Gomme dans les autres dialectes, l'idée de possession s'ex-
prime généralement par la particule r'er « chez » , suivi des pronoms
afïixes : reri « chez moi , j'ai » , r'ere^ « tu as » ( masc. ) , r'ercm « tu
as» (fém.), rares «il ou elle a», r'erner «nous avons», r'eronen
«vous avez» (masc), rer^meth «vous avez» (fém.), r'ersen «ils
ont » , rersneth « elles ont ».
' Le r formatif de la i" personne du pluriel se change en kh
devant ch, Gette particularité phonétique se produit également
après le r de la i" personne du singulier dans les verbes, lors-
qu'il est suivi du pronom complément : zrikht pour trir't,
* Tedder, forme d'habitude de la racine edder, commune à tous
les dialectes. La forme d'habitude s'exprime dans le dialecte de
Djerba : i" en préfixant t; a* en préfixant at: 3° en préfixant ett;
4* en intercalant a avant la dernière radicale : emel; emal; 5* en re-
doublant la radicale qui précède la dernière ou la dernière radicale :
emmel , t'err « voir » ; 6° en combinant ces deux dernières formes :
emmal; 7** en ajoutant la désinence ai : oaggai, setchai.
'° Inebber, racine arabe *-J « fouiller, chercher au fond »•
" Imeddi, racine arabe %x* •
^^ On retrouve ce vocable dans le dialecte des Nefousa sous la
forme plus dure ireggen. Peu -être de la racine arabe ^. .
^^ Cette forme d'habitude du verbe etch* « manger » se retrouve
dans plusieurs dialectes.
392 NOVEMBRE-DECEMBRE 1897.
^* Tar', forme d'habitude de ar', aoriste ionra, • prendre, em-
porter ». On trouve également la forme ettar',
^^ Adderem. La lettre formative t de la a* personne disparait au
futur : a-sou-er «je boirai » ; a-sou-ed « tu boiras »; cd-sou « il boira » ;
at-son « elle boira » ; an-son « nous boirons » ; a-son^em c vous boirez »
a-soue-meth «vous boirez» (fém.); a-sou-en lils boiront»; a-son-eneth
« elles boiront ».
^'^ C'est le pluriel berberisé du mot ^)>â«.
^' Et-tarliouin pour d!tarliouin, Et-tekii'za pour éttekirza.
^^ Teh'ouna, pluriel à forme berbère du mot arabe o^jl^..
^^ Peut être de la racine arabe Jj •
^'^ Tabet*t'ant, pluriel tibet't'aniin , arabe i^lLkj.
^^ Ettit'aouin pour d tit'aouin.
** Ek'k*az , forme intensive de er'z , pour erraz,
^ Ettefesk'iin, arabe S^L^ti,
*^ Le mot anzer existe égsdement dans le dialecte des Nefousa.
^ Tameckkant plur. temeckkanin signifie • petite» et par ex-
tension «petite fille».
^^ Elâbarath eddjedona. Ces noms d'ustensiles sont empruntés à
l'arabe vulgaire.
^ Tanout, plur. tima^ diminutif de anou.
^ Ah'lin, emprunté à la racine arabe ^Va^. létre doux».
^* Amezdar' de ezder «demeurer» a le sens général d'chtbita-
tion». À Djerba il signifie «jardin habité».
^ Elh'ouch, arabe J^y^ «maison entourée de clôtures , maison
de campagne».
*^ Alr'em, plur. i/erWn; afournu, plur. ifonnasen,
^^ Taddj , forme dhabitude de eddj « laisser ».
^ Adef a entrer » ; atef chez les Nefousa.
^ Taourdii, plur. tiourdiin,
^ Ilis, plur. Uisan.
^ Mot emprunté à la racine arabe ^^^ « remplir ».
^^ Ousili y peut-être de la racine ali « monter » ou encore da mot
arabe Juo! .
^ Zelzy en arabe JJk «secouer».
^'^ Idhab dhaby arabe v^*
*' Oudha, arabe Us»j.
*^ Le verbe gLss a, dans Tarabe vulgaire du magfareb, le sens de
«manger goulûment». Le mot tnakhmakk du texte psjnut plntôt
DIALOGUE ET TEXTES EN BERBERE DE DJERBA. 393
provenir de la racine arabe ^«â* , avec le sens de « mêler, brouiller,
gâter ».
^ Tiini, singulier employé comme collectif.
^ Emmoad* « se comporter, être » , comme en tamach'ek* 0 ^
amous.
^^ Tout le monde connaît la datte fameuse , deglet nour, que les
Arabes du sud appellent « la datte des sultans »,
*^ Touatch, forme passive de etch «manger».
*• Elalik' de l'arabe y^Jlc «accrocher». C'est le régime coupé que
l'on suspend pour le faire sécher.
*' Oaoua, iououa «dire ». On emploie aussi emel.
** Setchai, forme factitive et d'habitude de etch,
*' Amerdjin , c'est le liquide noirâtre qui reste au fond de la cuve
quand on presse les olives.
^^ Ënnar'el pour nenar'el, de nar'el « verser ».
*^ Dou^eZ pour dououel, arabe JJ.3.
^* Tifelfelt d'ouafçol, arabe JUUi et Juoj.
^ Elbit'er, probablement du mot arabe ^«>L^ «qui se hâte, hâ"
tif».
^* Oulli est un collectif.
^ Tbaialu D'après Brahim Chemmakhi , ce mot viendrait de JljI
«chameaux», et signifierait «terre abondante en chameaux».
^^ Ibiaten « les gens de la tente » , arabe u»w^ .
" De la racine arabe |^, avec le sens de «tirer proût».
** Aisi est le futur de isi qui exprime Tidée d'existence à l'im-
parfait; nisi correspond à l'arabe [j^.
*• Sadef, forme factitive de adef «entrer».
*° Eiiour, aoriste, iggour «marcher».
®^ Mir paraît être la forme passive du primitif ar^ iouron « ouvrir » ,
que l'on trouve dans le dialecte des Nefousa.
"^ La particule k'a exprime le passée indique que l'action a été
faite, comme 0s3 en arabe.
^ La lettre formative r' de la première personne est supprimée
en raison du h' de la dernière syllabe. AraJia pour arah'cu'*,
^ De l'arabe ^La « être g^acé •.
^ Tini, semble être une forme fréquentative de in «dire».
X. 27
laiRIHMII ■HTIVIlil.l.
394 NOVEMBRE-DÉCEMBRE IS07.
II
LA SCIENCE DUAH'MED OU SLIMANN IMILADEN.
Isi ijjen oaargaz, ammalen as Iak'med
Était un homme, ils disent habituellement à lui lah'med
ou Sliman n Imiladen i Djirba g Addjim
fds de Sliman des Miloud à Djerba dans Addjim
seg elh'oumeth n Sifaoa. Kares aithmas^ ed'
du quartier de Sifaou. Chez lui les frères de lui et
ied' âmm is diisen tnammoa
les fils de Tonde de lui dans eux celui qui
iiedJen*, diisen mammou
faisait habituellement Tappel à la prière « dans eux celui qui
iâzcm^ ed' middm seg Ramdhan al Ramdhan
lisait et les gens du Ramadhan au Ramadhan
ettetten amessi et-lesekkirt^
mangeaient habituellement le souper et le repas du lever
g eldjamâ n Ath Limes; an iefasia^
à la mosquée des Ath Limes; à TAid
rerresen izmaren, dzoanan
ils égorgeaient habituellement des agneaux , ib partageaient
il y avait à Djerba un homme appelé lah'med ou Sliman
n Imiladen, habitant Sifaou, un des quartiers d*Add|iin. 11
avait des frères et des cousins dont les ims étaient moued-
dens et les autres récitaient (le Koran). D*un ramadhan à
Tautre , les gens mangeaient à la mosquée des Ath Limes le
souper et le repas de laurore. A TAïd, on égorgeait des
agneaux dont on partageait la viande entre ceux qui lisaient.
DIALOGUE ET TEXTES EN BERBÈRE DE DJERBA. 395
aisoum af oui iâzmen, Argaz ouh lah'med
la viande sur ceux lisant. Cet homme lahmed
itrima^ addoug iaddjis,
il reste habituellement sous la mère de lui
g elh'ouch ensen Utett
dans la maison deux il mange habituellement
si iaddjis, neththath tamettouth ettaousert,
de la mère de lui, elle une femme vieille,
netta ou issin iouâzam. Tenchek' fell as
lui ne pas il sait la lecture. Se fâcha contre lui
iaddjis^ ass seg ououssan, tonoua ias :
la mère de lui , un jour d'entre les jours Elle dit à lui :
V A lah'med, amemmi, aithmax^ d* ie^
« 0 lah'med ô mon fils , les frères de toi et les fils
âmm e^^ teraKan al eldjamâ
de ronde de toi vont habituellement à la mosquée
n Ath Limes âzemen, tezallan,
des Ath Limes ils lisent, ils prient habituellement,
ettetten ay^ iedh amessi
ils mangent habituellement chaque nuit le souper
et-tesekkirt ; chekkin, tek'imed' addoug iou
et le repas de l'aurore; toi, tu restes sous moi
Notre homme lah'med restait à la charge de sa mère dans
la maison de la famille et était nourri par elle. C'était une
vieille femme et lui ne savait pas lire.
Un cei'tain jom\ sa mère se fâcha contre lui et lui dit :
« lah'med , mon fils , tes frères et tes cousins vont toujours à
la mosquée des Ath Limes lire et prier ; ils mangent chaque
nuit le souper et le repas du lever. Quant à toi, tu restes
27.
396 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1807.
tetekked"' erriheth ouourdaniou. Ouroah',
tu sens habituellement Todeur des vents de moi. Va,
sedder^ iman i;^ mani toufid^ tameddoart. »
fais vivre la personne de toi où tu trouves la subsistance. »
Ikker g iedh iarah' al eldjamâ, ik'im deffer
11 se leva dans la nuit il alla à la mosquée , il s^assit derrière
midden al imal : « Tououa id : Oarouh '
les gens jusqu*à ce qu*il dit : « £31e a dit à moi : Va
al eldjamâ , atched* hazin * ^oud'L »
à la mosquée , tu mangeras de la bouillie et de Thuile. »
Imal irenni g eddoni ^^ ioali am oui illan iàzemen.
Il récite «il répète dans ce bruit comme ceux étant lisant.
Asen as d midden, sellen mag imnudi
Vinrent à lui les gens, ils écoutèrent ce que il récitait,
(ifent immal^^ taitfoutt is
ils trouvèrent lui il récite Thistoire de lui
al dheçen. Si in al ioarou, alem
jusqu'à ce qu'ils rient. De là jusqu'à présent, lorsque
az'ren ijjen ou issin • chant
ils voient un ne pas il sait une chose
avec moi à sentir Todeur de mes vents. Va , cherche ta vie
où tu la trouveras. »
11 se leva dans la nuit et alla à la mosquée. 11 s'assit der-
rière les gens et se mit à dire à plusieurs reprisés t « Elle m*a
dit : Va à la mosquée, tu mangeras de la bôuiliie et dé
l'huile. » 11 continuait à répéter ces mots faisant comme cenl
qui récitaient les prières. Les gens vinrent à lui et ayant
écouté ce qu'il disait, ils trouvèrent qu'il répétait ton his-
toire et se mirent à rire.
Depuis lors jusqu'à présent, lorsque Ton roit qadqa'tm
DIALOGUE ET TEXTES EN BERBERE DE DJERBA. 3«7
al iterra " iman is issen,
jusqu'à ce qu'il rende la personne de lui il sait,
emnialeii midden : « Ououh am lah'med
disent habituellement les gens : « Celui-ci comme lah med
ou, Sliman n Imiladen ^^, »
ou Sliman u Imiladen. »
qui ne sait rien et qui fait le savant , on dit : « Celui-ci est
comme lah'med ou Sliman n Imiladen. »
NOTES DU TEXTE IL
* Oaaona, piur. aitAma «frère».
^ Tedden, forme d'habitude de edden, arabe {jS\.
^ Âzem, racine arabe ^yt.
* Tesekkirt, nom d'action de la forme factitive sekker • faire
lever » , primitif ekker c se lever ».
* Tefaska, plur. tifaskionin iféte», et en particulier tTaîd
El Kebir et l'aïd Eç-Çr'ir. 11 s'agit ici de la fête de la rupture du
jeûne.
^ Trima, forme d'hahitude de kHm • rester», arabe pU.
^ Tekk, forme d'habitude de ekk « sentir».
* Sedder, forme factitive de edder t vivre».
' Bazin, c'est ïâçida des Arabes.
^® C'est le mot arabe (^^ù « bruit du vent , bourdonnement » , qui
est employé avec le sens de «parole, mot. . . ».
^' Primitif cwieZ, formes d'habitude emal et emmal,
" Terra, forme d'habitude de err.
^^ Imiladen est le pluriel de Miloud. Il signifie là « de la famille
des Miioud»;on dirait en zouaoua : À h' med ou Sliman n Aith Mi-
loud,
308 NOVEMBRE.DÉCEMBRE 1807.
III
CE QUE DEVIENNENT LES VIEILLES LUNES.
Ijj ouoaass, IaKmed ou, Sliman n Imiladan iggour
Un jour, Iah*med ou Sliman des Miloud allait
douhrid', ioufa anilti isefre^ oaîli;
par le chemin , il trouva un berger il fait paître les brebis ;
iz'ra rares taouarO ououri afoa/eroum* is,
il vit chez lui une outre de lait aigre sur le dos de lui,
icheffed rares, loaoua ias anilti : « Chek d irou'
il s*approcha vers lui. Dit à lui le berger ; « Toi savant
ner' aha ? » lououa ias : « A / » mar'er ilta iffoa^,
ou non?»Il dit à lui :« Oui ?» parce que il était il a soif,
ikhs aisou ari louoaa ias anilli : « Tourou,
il veut il boira du lait aigre. Dit a lui le berger: « Ifaintenant,
aix, sestener af touihlait^. Kan terrid' foUa,
toi j'interrogerai sur une parole. Si tu réponds sur moi,
ax^oucher izmer; kan ou terrid^ foU^**
à toi je donnerai un agneau; si ne pas tu réponds sur moi ,
Un jour, lah med ou Sliman n Imiladen snlYait le chemin,
quand il rencontra un berger qui faisait paître des binebis.
Voyant qu'il avait une outre de lait aigre sur ses épaides,
il s'approcha de lui. « Es-tu t'deb ou non ?» lui dit le bei^ger.
11 répondit « oui » parce qu*il avait soif et voulait boire du lait.
« Eh bien ! lui dit le berger, je vais t'interroger sur une ques-
tion. Si tu me réponds, je te donnerai un agneau; si ta ne
DIALOGUE ET TEXTES EN BERBERE DE DJERBA. 399
ay^enrer s terot't'a^ iouh am inouh^^ tezerreâ!^
toi je tuerai avec ce bâton comme ceux-ci tu vois bien
diisen emmoun ia*. »
dans eux ils sont morts déjà. »
lououa ias lah'med: « Eml id^° , ai^^ eiTer, » loua ias :
Dit à lui Iah*med : « Dis à moi ^ à toi je rendrai. » Il dit à lui :
0 Eml id iioar, iedh amezoaar, iteffered
M Dis à moi la lune , la nuit première , sort habituellement
am azzaou al irenni^^
comme un cheveu jusqu*à ce qu*elle augmente habituellement
a;^ iedh al d imr'er am tassirt
chaque nuit jusqu'à ce qu*elle grandisse comme une meule
tamek'Wart al itemez'iin^*
grande jusqu'à ce qu'elle devienne petite
al d iouodh am mammey^ isi, irouel
jusqu'à ce qu'elle arrive comme comment elle était , elle fuit
fellaner, oal tnez'ar al dias ijjen
sur nous , ne pas elle nous voyons jusqu'à ce que vienne une
idhen. Mani itérait iioar ouh amezouar? »
autre. Où va habituellement cette lune ancienne ? »
me réponds pas , je te tuerai avec ce bâton comme ces gens
que tu vois et qui sont déjà morts. »
« Paiie-moi, répliqua lah'med, je te répondrai. » Le berger
lui dit : «Dis-moi comment il se fait que la lune, la pre-
mière nuit, apparaît comme un cheveu, puis augmente
chaque nuit jusqu'à devenir grande comme une grosse meule
de moulin , puis diminue et après être redevenue telle qu'elle
était, s'enfuit loin de nous, si bien que nous ne la voyons
plus jusqu'à ce qu il en vienne une autre. Où va cette an-
cienne lune P »
400 NOVEMBRE-DÉGEMBRE 1897.
Seg isla touroa eddoais^
Lorsque il entendit maintenant les paroles de lui,
iououa ias IaKmed : « A ouar iamesnioat ^', oa tessineét
dit à lui lah'med : O ne pas de connaissance , ne pas tu sais
ettediin siis aferrou aferroa
ils pilent habituellement avec elle un peu un peu
al teggen siis ithran, »
jusqu^à ce qu*ils fassent habituellement avec elle des étoiles. »
Iououa ias anilti : « Eddoui d ououh ! » loach tu
Dil à lui le berger : « La parole est celle-là » H donna lui
mag iououa, iznier d'ouari.
ce que il a dit, un agneau et du lait aigre.
Lorsque lah'med «ntendit les paroles du berger, il lui
dit : « O ignorant , tu ne sais donc pas qu*on la pile en pe-
tits morceaux pour en faire des. étoiles? — Bien parlé 1»
répliqua le berger, et il lui donna ce qu*il avait promis: un
agneau et du lait aigre.
NOTES DU TEXTE IIL
* Taouart, piur. tioxiarin «petite outre pour le lait». C'est le
iib^>ji.a des Arabes.
' Ay^eroum, Dans le dialecte des Nefousa, oiàkrhn,
^ Irou, plur. irouan. TaJeh «écrivain». Ce mot semble venir
de la racine ari c écrira ». On le retrouve dans les dialectes des Béni
Mzab et des Nefousa. Au Mzab, les t'olha sont dassés en trois caté-
gories : les ironan «clercs écrivains»; les imsorda, plurid de am-
sired « laveurs de morts » ; les iâzzahen « reclus ».
* Le mot touthlait « parole » , parait être le nom d'action d*une
forme d'habitude dérivée du thème oul, qui a doimé amud «pa-
role», siouel «appeler».
' Comme dans les autres dialectes, on emploie les afBies à la
DIALOGUE ET TEXTES EN BERBERE DE DJERBA. 401
suite de certaines particules : fell a « sur moi » , feîl a^ « sur toi »
[msisc] y fell am «sur toi» (fém.), fell as «sur lui, sur elle», /ci/
aner' «sur nous ï»^ fell aouen «sur vous» (masc), fell a^meth «sur
vous» (fém.), fell asen «sur eux», fell asneth «sur elles».
® Le mot terot't'a, malgré son allure berbère, n'est, je crois,
qu'une corruption du mot arabe ii&yè « maillet« , racine ^^ « briser,
meurtrir ».
^ Les pronoms démonstratifs de cette forme sont :
Ouanouh «celui-ci», tanouh «celle-ci», inouh «ceux-ci», tinonk
« celles-ci ».
On emploie également :
Ouddin (masc. sing.), teddin (fém. oniddin et indin (masc. pL),
sing.), tiddin (fém. pi.).
* Z'è/T, forme intensive de la racine z'er « voir». Gomme en arabe
vulgaire, ce verbe s'emploie avec un complément direct ou avec la
particule dii «dans».
* la, G'est l'équivalent du mot Jol^ employé avec le même sens
dans l'arabe vulgaire du Maghreb.
^® Eml a également, comme dans d'autres dialectes, le sens plus
particulier de « indiquer ».
" Renni, forma d'habitude de erni «ajouter».
" Teniez Ht forme d'habitude de mez'ii «être petit». L'adjectif
amezian ou amezzan des autres dialectes devient à Djerba et au
Dj. Nefousa, amechhan, en passant de la forme mez'ii à la forme
MeCHeKqui a dû être Me CHe G ^ Me Ze G = Mez'ii. Cf., dans \e
dialecte des Zenaga, maizzoug «être petit».
'* Tamesniout « science, savoir», de la racine sen ou essen.
402 NOVEMBRB.DÉCEMBRE 1807.
DE L'ACCENT EN ARABE',
PAU
M. MAYËR LAMBERT.
De Sacy, dans sa Grammaire, p. 86, donne les
règles suivantes pour Taocentuation de Tarabe :
i" On ne doit jamais placer Tacceat sur la der-
nière syllabe ;
2** On doit toujours élever la voix sur la pénul-
tième syllabe quand cette syllabe est longue, soit
parce quelle renferme une des lettres I, ^ et ^,
faisant fonction de lettres de prolongation, soit
parce qu'elle renferme une syllabe artificielle , c'est-
à-dire deux consonnes séparées par une voydle,
comme sont les s^abes du mot JuJut;
S"" Hors ces cas-là, Taccent est toujours sur Tante-
pénultième syllabe.
Gaspari [Arabische Grammatik, 5* édition, p. a i-
22) donne des règles un peu différentes que nous
résumons ainsi :
i"" Les mots polysyllabiques nont pas Tapcent
sur la dernière syllabe , mais les dissyllabes dont la
^ Ce travail a été lu en partie au Congrès des OrieatdUites de
1897.
DE L'ACCENT EN ARABE. 403
première syllabe est un préfixe gardent laccent sur
la dernière (sauf exception), par exemple iJo
2** Les polysyllabes dont favant - dernière est
longue par nature ou par position ont faccent sur
la pénultième ;
3° Les motspolysyllabiques dont lavant-dernière
syllabe est brève , ont faccent sur fantépénultième ,
ex. : UUxi, si celle-ci est brève, et que la troisième
avant -dernière soit longue, celle-ci aura l'accent,
ex. : iUiliti; sî celle-ci est brève et que la quatrième
avant-dernière soit longue, celle-ci aura le ton»
ex. : L^joIm^.
Sans insister sur les divergences entre de Sacy et
Caspari, on peut se demander sur quelle autorité
reposent les règles qu'ils donnent. Cette autorité
n'est pas, comme on pourrait le croire, les grammai-
riens arabes, car ceux-ci se taisent absolument sur
la question de laccent, tout comme s'il n'y avait pas
d'accent en arabe. En fait, toutes les règles d'accen-
tuation que nous trouvons dans les grammaires eu-
ropéennes remontent directement ou indirectement
à la grammaire d'Erpenius, deuxième édition de
1628, p. 18, où nous lisons ce qui suit :
Accentus hic nuila est nota : sed quae dictionis syllaba
attoUenda sit facile cognoscitur. Nam dissyllaba attoilunt pen-
ultimam, ut o4? beiton, y^^ 6ns nr. Polys^aba antepenul-
timam ut ttaJCt mektehon, y^aJ^ jansnro, Nisi pçnultima pro-
ducatur per c^^t quiescens, tune enim ea accentum habet,
ut »^1 ïlahon, 5>i^ gafouron, <o^J rahimon.
404 NOVEMBRE. DÉCEMBRE 1897.
Les grammairiens européens antérieurs à Erpe-
nius ne disent rien sur Taccent. Ni Pedro de Âlcala
(vers 1620), ni Postei (i538), ni Christnaann
(1582), ni Erpenius lui-même , dans la première édi-
tion de 1 6 1 3 , ni Marteiotto ( 1 6 2 o ) ne s^occupent de
la question du ton. Toutefois Kirsten (1608-1610),
dans le premier livre de sa grammaire (p. 100), qui
parut avant la première édition d'Erpenius, contient
les lignes suivantes :
Plerumque in Yerborum tertia persona accento^ in syllaba
média ponitur, ut Jji3 , nisi adsit aliqua ex literis )^ Med-
detun, ociosa, vel aliph breviatum, tune enim. accentua erit
in syllaba praecedente, quod si fuerit Gizmu[n] et litera
ociosa , in eadem dictione , tune multo magb illa erit ociosa.
La première règle donnée par Kirsten est très re-
marquable. Kirsten admet, avec raison selon nous,
que dans Juu l'accent est sur la deuxième syllabe.
Ce qa'û dit ensuite est beaucoup moins clair. Je
suppose qu'il veut dire que si la deuxième avant-
dernière syllabe est longue par nature ou par posi-
tion, cest elle qui a le ton. Quoi qu'il en soit,
Kirsten est le premier grammairien , à ma connais-
sance , qui ait écrit quelque chose sur Taccent arabe.
Erpenius, en tout cas, na pas suivi Kirsten. Sa
source est certainement la grammaire .des Maro-
nites , qui parut à Paris en 1616, donc entre les
deux éditions de la grammaire d'Erpenius. Voici ce
que les Maronites Gab. Sionita et Joannes Horonita
disent (p. ^2) de Taccent en arabe :
DE L'ACCENT EN ARABE. 405
Notandum tenendumque est . . . nullum esse apud Arabes
in ultima syllaba accentum. Secundo syllabam penuitimam
esse semper producendam si adsit in ipsa una ex literis in-
firrnis «531 quiescens quiète duplici : ljL|c' ^-^'Ul [sic) ^>^ . . .
Tertio penuitimam semper esse corripiendam, cum nulla inter-
venit litera infirma dupliciter quiescens : ^i^^ Ulacl LxJj . . .
Quarto , haec eadem ratio brevitatis atque longitudinis obser-
vanda est etiam diligenter in vocibus dissyllabis ad plures
ambiguitates evitandas. Nam prima syllaba erit producenda,
si adsit litera infirma quiescens quiète duplici ; sin minus ,
erit corripienda , ut mox dictum est. Exempli gratia ^ . . .
^U . . . Quincto , quia débet apud Arabes observari numerus
syllabarum non solum in penultima, sed etiam in antepe-
nultima et aliis praecedentibus , propterea adverte omnem
syllabam, in qua est una ex literis infirmis quiescens quiète
duplici (excepta syllaba ultima, in qua nullus est accentus,
ut diximus) protrahendam e^se ; ^>I3U "j^^-Uî . Sexto, semper
est pronunciandus accentus acutus in syllaba antepenultima
quando penultima brevis est. Verbi gratia ^^^| . . . quod
idem fit apud Latinos , ut in procidit et similibus. Septîmo ,
omnis vocalis, postquam sequitur litera quiescens quiète
simplici (ullima excepta) proferenda est cum accentu acuto ,
ut osa^j^S^J .
Comme on voit, les Maronites confondent Tac-
cent des syllabes avec laccent du mot. Ils admet-
tent que toutes les syllabes longues sont accentuées
et que les syllabes longues par position ont un accent
aigu. La dernière syllabe seule n est jamais accen-
tuée. De plus, quand Tavant- dernière syllabe est
brève, lantépénultième a un accent aigu. Erpenius
semble avoir adopté les trois premières règles des
Maronites et avoir laissé le reste de côté. Chez lui il
406 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1807.
n'est pas question daccentuer la troisième avant-
dernière syllabe.
Les grammairiens postérieurs ont re{m>duit les
règles d'Erpenius en y faisant parfois des modifica-
tions. Wriemoet (i ySS) dans son Arabismas, (p. 8)»
ajoute la singulière règle que lorsque deux mots sont
joints par lelif wesla le dernier seul a le ton. Hirt^
(i 770) répète cette règle, qui fait penser à la règle
du trait d'union [nuiqqéf) en hébreu. Kallius^ (1 760)
ajoute à la dernière règle d'Erpenius que la pénul-
tième a également le ton lorsqu'elle est terminée par
ledjezm ou le teschdid. Michaelis^ (^7^^) rapporte
une assertion du professeur Nordberg, qui avait
appris à Constantinople l'arabe auprès d'un natif de
la Mecque , et d'après qui la dernière syllabe , lors-
qu'elle est longue par nature, a le ton, ex. : katald,
katalatày katalnd. Dans certaiins mots comme lyh-k
il lui semblait entendre deux fois le ton. Cette as<
sertion va absolument à l'encontre des règles des
Maronites.
Tout cela nous prouve que les Arabes modernes
n'ont pas la notion du ton véritable, quand ils réci-
tent de l'arabe classique, et qu'Us se contentent d'ac-
centuer les syllabes longues par nature ou par posi-
tion. Nous-même, en nous faisant lire du Coi*an
par un musulman, n'avons pu remarquer un accent
^ Institutiones arabicœ linguœ, p. 42*
* Fundtmienta linguœ arabicœ, p .5.
^ Arabische Grammatik, a* édition, p. 75.
DE L'ACCENT EN ARABE. 407
des mots. De temps en temps on appuie sur une
syllabe, généralement lavant-dernière.
A défaut de renseignements sur larabe classique,
on est obligé de se rabattre sur Tarabe vulgaire.
Mais, outre qu*il est risqué de juger de la langue
classique d après les dialectes vulgaires, larabe ne
se prononce pas avec le même accent dans tous les
pays musulmans. On s'en convaincra en comparant
les règles de Tarabe égyptien données parM. Vollers
[Lehrbuch der aegypto-arabischen Umgangssprache ,
1 890, p. 1 o- 1 3 ) avec celles de M. Mouliéras [Manuel
algérien, p. iSg) pour l'algérien. Voici comment,
d'après M. Vollers, on accentue en Egypte :
1° Si la dernière syllabe est longue (c'est-à-dire
qu'elle a une voyelle longue suivie de deux con-
sonnes) , elle a le ton ;
2° Si l'avant -dernière syllabe est demi-longue
(c'est-à-dire qu'elle a une voyelle longue suivie d'une
seule consonne), elle a le ton. Elle l'a également si
elle est brève et que l'antépénultième ne soit pas
brève ;
3° Si la pénultième et l'antépénultième sont
brèves, c'est l'antépénultième qui a le tonK
^ On pourrait s'étonner que l'antépénultième ait plutôt le ton
quand elle est brève que lorsqu'elle est longue. La chose s'explique
cependant. Quand l'antépénultième et l'avant-dernière sont toutes
les deux brèves, la voyeile de l'avant-dernière est, en réalité,
étouffée entre celles de l'antépénultième et de la dernière syllabe et
Ion prononce dàrabû. Au contraire, si l'antépénultième a une
voyeïle longue ou est fermée, on est obligé de prononcer nette-
ment la Yoydle qui se trouve entre cette syllabe et la dernière,
autrement il y aurait une voyelle longue suivie de deux consonnes
408 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1807.
Spitta [Grammatik des arabischen Vulgàrdialektes ,
Leipzig, 1 880) a donné les mêmes règles , sauf qu*ii
les a formulées en d autres termes.
Lane avait déjà exposé (Z. D. M. G. , FV, p. 1 83-
186) laccenluation égyptienne. Au premier abord,
il semble donner des règles différant beaucoup de
celles qui se trouvent dans les grammaires de Spitta
et de VoUers. En réalité, toute la différence provient
de ce que Lane admet plusieurs tons pour un même
mot. Toute syllabe longue ou fermée a chez lui un
ton. Ainsi darabû a un ton sur dà et un autre sur
bâ. De plus, Lane à eu le tort, comme Spitta
la remarqué , d'appliquer laccentuation de Tarabc
\iilgaire aux mots . transcrits d après Tarabe clas-
sique. En somme, les règles de Lane ne contre-
disent pas celles de Spitta et VoUers; cependant on
doit noter que là où ces derniers grammairiens ne
percevaient quune seule élévation de la voix» Lane
en entendait plusieurs.
Voyons maintenant les règles de laccent dans
larabe algérien :
i** On doit prolonger le son de toute syllabe
simple suivie d une lettre de prolongation , ex. : JflU
qâtel, J^fil Les lettres de prolongation n allongent
pas le son quand elles appartiennent à la dernière
syllabe, ex. : Loi doânyâ, jU^ Idtàbî;
ou une voydle brève suivie de trois consonnes ; on ne peut ptf pn^
noncer mdghrbi. Il faut donc donner une certaine forée à ia pén-
ultième; c'est pourquoi on prononce maghràby.
0
DE L'\CCENT EN ARABE. 409
2° La syliable simple non suivie d'une lettre de
prolongation est toujours brève j*#ji/<?r(w, jh qëtèl;
y Dans les mots contenant deux syllabes com-
posées, laccent frappera sur la première syllabe :
Lf^ôl édhrëb, ^ bâller;
li° Dans les mots contenant trois syllabes com-
posées , Taccent doit se faire sentir sur la deuxième
syllabe MsisJ!L\ estàhjidh, etc. ;
5** La syllabe simple (?) suivie d'une lettre de pro-
longation recevra Taccent de préférence aux syllabes
composées , ex. : ^Joy^ dhërbàn , etc. ;
6** Si la première et la seconde syllabe, d un mot
sont toutes deux sui\âes d'une lettre de prolongation ,
lapreriiière syllabe est accentuée, ex. : \yila qàlou.
M
Sans vouloir examiner en détail les règles ci-
dessus énoncées, nous voyons que dans Talgérien
on accentue une syllabe longue de préférence à une
brève. Là où il y a égalité entre deux syllaibes , c'est
la première qu'on accentue. Dans le dialecte égyp-
tien la tendance à mettre le ton au commencement
du mot est encore plus marquée qu'en algérien.
Là où l'Algérien prononce kteb , l'Egyptien dit kâtab.
Il ne semble pas douteux que, si les voyelles se sont
mieux conservées en Egypte , le ton , par contre , s'y
éloigne davantage de la prononciation classique. On
comprendrait difficilement que kàtab soit devenu
kteb; au contraire katàb a pu devenir aisément kàtab.
Ce recul de l'accent se voit même en français : les
X. 28
410 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1897.
grammairiens disent bien que les mots à terminai-
son masculine ont laccent sur la dernière syllabe.
Au point de vue étymologique, cest très exact; mais
en fait, dans la plus grande partie de la France,
raccent a une tendance à se porter vers le commen-
cement du mot. On prononce « maison * plutôt que
« maison ».
Nous devons faire aussi remarquer que larabe
algérien ne parait pas connaître Taocentsur Tante-
pénultième.
De tout ce qui précède il ressort que Tarabe vul-
gaire ne semble pas posséder d'accent tçl qu*il existe
■
par exemple dans les langues germaniques ou même
en hébreu, car Taccent dépend uniquiement, en
arabe vulgaire , des syllabes. D*autre part , nous avons
consulté des Algériens et des Syriens, dont Tarabe
était la langue maternelle, sur l-importance de lac-
cent. Tous étaient d accord qu'on ne fait guère atten-'
tion au ton des mots. Aussi, croyons-nous, en dépit
des grammairiens, qu'un Arabe ooinprendbra' tooi
aussi bien si Ton prononce eihréb que si Ton dit
édhreb. Il ne verra pas grande différence entré imis-
teqbel ou mostéqbel ou mostetibéL U fiiut seulement
avoir soin de distinguer les voydles brèves des
voyelles longues. En Egypte seulement, i accent pa-
rait être observé plus soigneusement. C'est aussi on
des pays où les voyelles brèves ont été en grande
partie maintenues.
En tout cas, l'arabe vulgaire ne peat servir à jus^
tifier les règles de l'accent en arabe classique que
DE L ACCENT EN ARABi:. Ali
nous trouvons dans les grammaires arabes rédigées
par les Occidentaux. Nous sommes donc obligés ou
bien de ray;er complètement de la grammaire arab^
la question du ton, ou bien de nous en référer A
Tanalogie' des autres langues sémitiques.
Dans son remarquable travail, sur laccent en
éthiopien^, M. Trumpp a montré que le ton, d^uis
cette langue, était toujours sur lavant-dernière ou
la dernière syllabe, et jamais sur l'antépénultiènia,
comme on Tavait crii auparavant. L*hébreu et
Téthiopien . étant d'accord quant aux lois générales
de Faceexit^: nous pouvons légitim^sment admettre
quen arabe, ^t qu on a prononcé distinctement les
voyelles brèves, le ton était sur lavant -dernière ou
la dernière syllabe. Déjà M. Koch^ ^ émis lopinion
que, k Torigine, l'arabe n'avait pas l'accent sur l'an-
tépénultième. M. Nôldeke* est du même avis. On
peut donc soutenir que tant que Tarabe a maiiitenu
sa prononciation classique l'accent n'a jamais dé-
passé l'avant'dernière syllabe.
L'analogie de l'hébreu peut servir à préciser da-
vantage la position de l'accent en arabe. En hébreu ,
avant la chute des voyelles brèves , tout mot accom-
pagné d'un suffixe avait le ton sur la pénultième ^.
Il est probable qu'il en était de même en arabe. On
1 Z, A jJf. G,, XXVIII, p. 5i5 et suiv.
* Der semitische Infinitif, p. 38. ;^
» Z. D,M.G., t. XXIX, p. 235.
* Voir Revue des Etudes juives , t. XX', p. 73 et^suiv.; cf. Prae-
torius, Z. A. TV,, i8S3, p. 211 et4uiy;r » ".
28.
412 NOYEMBRË-DECËMBRE 1807.
accentuait donc qatàla, qatàlat , qatàlta, qatàUiy
qaiàlta , qatàlâ , qatàlna , qatàltûm[ûj, qàtaltànna,
qatàlnâ. De même à Timparfait ycuftàlu, etc., taqta'
Jina, ycuftuluna, etc. Dans les noms avec 8u£fixes on
mettait laccent de la même façon : 7niilikiy[a) , nuLU-
kdka , etc. L'accçnt se place ainsi de la façon la plus
simple et il ne peut y avoir de doute que pour quel-
ques cas spéciaux : le conditionnel yaqtal avait sans
doute le ton sur la dernière syllabe. Dans les mots
avec nimation Taccent était-il sur lavant-dernière ou
la dernière? La seconde supposition nous parait
devoir être adoptée. En efiFet , on sait que 1^ de la
nunation est pour un ancien m, abrégé de la parti-.
cule ma « quoi ». Donc radjalun est pour màjalama^
et suivant la règle énoncée ci-dessus c est la syllabe
la qui était accentuée. Le ton a dû rester sur la sylr
labe lun après que la de ma a disparu et que Tm 8*est
changé en n. Ce raisonnement est confirmé par les
faits suivants : félif, qui marque la nunation à Tac-
cusatif, nest pas un signe conventionné; il doit in-
diquer qu'à im certain moment lanciènne termi-
naison an se prononçait d chez le vulgaire ^ Cette
transformation de an en â n était guère possible
que si an était accentué. En arabe algérien la syllabe
an accentuée et allongée s est conservée dans iaymân
(Bfb) « toujours ». Enfm, en hébreu, les mots avec
mimation tels que op/^, D|n, Dfcnç etc., ont l'ac-
cent sur la dernière syllabe et ont allongé par suite
^ Voir Journal asiatique, IX* série , t. 5, p. 3 3 4.
DE L'ACCENT EN ARABE. 413
la voyelle de la désinence. On peut en conclure que
la désinence avec nunation avait aussi le ton en
arabe.
Dans les dissyllabes formés de deux particules
comme lil, tli, le ton était sur la première syllabe,
car u s'est abrégé en ^b, et Ul en 11.
Si les règles que nous avons supposées pour le
ton en arabe sont exactes, Tarabe est d accord avec
les autres langues sémitiques. Il est naturel que dans
la période d'affaiblissement des voyelles, les divers
dialectes aient modifié chacxm à sa façon laccent
des mots; mais les divergences secondaires ne doi-
vent pas faire méconnaître Tidentité originelle des lois
de 1 accent dans des langues appartenant à la même
famille.
414 NOVEMBREDÉCEMBBE 1807.
TRANSCRIPTION
DE MOTS GRECS ET LATINS EN BÉBREU,
AUX PREMIERS SIECLES DE i.HC.,
PAR
M. M. SCHWAB.
I
Par leur» migrations forcées, les Hébreux 4Kint de-
venus polyglottes. Ce caractère, propre à la branche
la plus nomade des Sémites, est bien dessiné dans
la légende suivante [Sifré, sect. Berakha, $ 343) :
« Lorsque la Providence se révéla aux Israélites en
leur donnant la Torah, elle ne la promulgua pas en
une seule langue, mais en quatre langues, ainsi que
cela résulte aliégoriquement de ces mots du Deuté-
ronome (XXXIII, 2): L'Étemel est vena da Sinai,
c'est-à-dire en langue hébraïque; de Séir, ou, en
langue romaine (grecque et latine); du mont Paran,
en arabe; par myriades saintes, en araméen. »
Quelle que soit la date de ce texte, il est curieux.
Il constate, en une image pittoresque, les relations
entre des langues de souches différentes, entre les
Ariens et les Sémites. Beaucoup de mots étrangers à
rhébreu et au chaldéen , se sont conservés dans les
MOTS GRECS ET LA-TINS EN HÉBREU. 415
livres rabbiniqueiS^ sous une forme qui s'éloigne un
peu! de l'original, tout en gardant leur caractère es-
sentiel quant au fond, offrant l'indice dune prove-
nance indo-européenne. Soit dans l'antiquité classique
poiir le grec et le latin, soit -au* moyen âge tant
pour les langues romanes que pour les langues ger-
maniques et slaves, soit même dans les temps mo-
dernes et jusqii^à nosjôurs, le Juif s'est assimilé plus
ou moins la langue du pays où il a vécu; car, par
elle, il se tenait en relation avec ses concitoyens et
compatriotes. Pour y arriver aisément, reconnais-
sons-le, il s^est longtemps servi des caractères- q^i
lui étaient le plus familiers ,' tantôt carrés, tantôt
cursifs, comme nous l'avons exposé ailleurs K
Or le Talmud contient un grand nombre de mots
étrangeï's, qui ont dû subir certaines altérartions
pour pénétrer dans la langue des Juifs, puis recevoir
la forme et la couleur sémitiques. Dans la plupart
des familles juives, la connaissance de la langue
grecque faisait partie de la bonne éducation v et
c'était un ornement pour les jeunes fdles de parier
le grec ^, quoique le parti des fanatiques de la Judée
désapprouvât cette culture des sciences profanes , par
crainte de voir s'amoitidrii* le sentiment du ^ patrio-
tisme^. Cette langue était appréciée â sa valeur,
^ Journal asiati(fue, 1894, t. Il, n** 6; nov.-^léc, p;'5<r-4-568;
Mélanges Havet (1896), p. 3 17-3 2 4. "
2 Talmud jér., P^a, I, 1, f. 12 "; Schabbat , WrU f. vNXVI,
f. i55. Cf. Jos. Simon, L'éducation et rinstruction\ etc., p.' 55 -59.
^ Renan, Vie de Jésus ^ p. 32. Voir aussi Bâcher, Agada der
Tanaitén, t. II, p. 32 4* '
MOTS GRECS ET LATINS EN HÉBREU. 417
jfiÏÏa, I, 8), «entre les rouleaux 'de la Loi et les sec-
tions bibliques inscrites dans les Tefilin ou dans les
'Mezoazot, il y a cette différence que les rouleaux de
•ia Loi . peuvent être transcrits en n'importe quelle
langue, tandis que les Tefilin et les Mezoazot dewont
être exclusivement écrits en caractères carrés. » R. Si-
mon b. Gamaliel dit : « Pour la Loi, la seule langue
étrangère permise est le grec ».. Pourquoi ce sage le
permet-il? C est que, selon la tradition rabbinique,
Bar-Kappara interprète le verset de la Genèse (ix,
27)5 Dieu étendra les possessions de Jafeth, et celui-
ci demeurera dans les tentes de Sem » , en ce sens :
Les paroles de Sem devront pouvoir être dites dans
les diverses langues de Jafeth; voilà pourquoi il a
été permis d'écrire la Loi dans la langue grecque.
Toutefois , on notera avec surprise la différence
d'instruction entre des docteurs dont les paroles
sont rapportées dans les mêmes textes rabbiniques :
tandis qu'un talniudiste avoue ignorer le sens d'un
mot (pD'»nK'»^=^lafef£a)^ un autre talmudiste con-
seille de recom*ir au système de numération des
Grecs pour reconstituer et en quelque sorte deviner
un nombre effacé sur im contrat^. Une autre fois,
pour désigner la figure géométrique de deux lignes
perpendiculaires , le Talmud dit qu'elle est en forme
deF^, et un R. Ismael dit* que des armoires au
' Jer. Baba bathra, IX, 8.
» /fcii.. VII.3.
=» Jer. Pea, VI. 4.
* Miflchna, Sckekalim, III, 2.
/4l8 FfOVfiMBRE-DÉGEMBRfi 1807.
Temple étaient marquées non en hébreu, mais en
grec : A, B, r.
Combien est curieuse lexplication du mot ILinhrar
Sonia « Cappadoce », donnée par les rabbins : selon
le Talmud B. [Berakhoth; f. 56*), icp (la première
moitié de ce mot) signifie « poutre », et KpT=^^wf,
1 o ; tandis que, selon le Midrascli [Ëkha rabba, s. v.
••rai), KDD (écrit avec d) signifie bien iO, et iripn«=
Soxoi c poutres ». Il est à peine nécessaire d'ajouter
qu au moyen âge les confiisions sont nombreuses.
Pourtant, dès lors, les glossateurs opèrent avec
plus ou moins de méthode. Sans remonter jusqu^au
'Arach de Nathan, au xi* siècle, ni même à ses suc-
cesseurs , on sait combien le présent sîède a été fé-*
cond en lexicographies de ce genre, sur lesquelles il
est inutile de revenir ^
Sous quelle forme les mots latins et grecs patôaient-
ils en hébreu ou en araméen? Ne subissaient-ils
aucune altération dans cette inig^^on, et ces alté-
rations, s*ily en a eu, n obéissaient-eile^. pàf à oer-
taineâ lois, ou tout au moins lie peuvent-elles être
classées dune manière méthodique? C'eut ce que
nous allons rechercher dans les pages qu'on va lire,
nous référant aux susdits lexiques pour les dtations.
— Et , d abord , comment sont transcrites en hébreu
ou en araméen les lettres grecques?
Le Tainiud lui-même parle de l'alphabet grec,
j''n'»3D^N, et il cite des lettres isolées, soit pour re-
' Elles sont mentionncc.s à Tari, précité du Jounud aâmiiqme.
Nous ne prétendons p.is rectifier leurs conjectures parfois kâMrdées.
MOTS GRECS ET LATINS EN HÉBREU. 419
présenter des figures (cr/y|xa**= oïDao, savoir le demi-
cercle C), ou des signes (Bfl'rA=^KtDi3, Tûff/jùta = D3 ,
Si==y3), soit pour former un nombre ou exprimer
une idée: Zijfra = Kûn , HTa = KW"»X, Kûfn-Tra^MDD.
Or, il est à peine nécessaire de le rappeler, les
lexiques donnent bien, pour origine des lettres
grecques, les racines hébraïques ou phéniciennes.
Sans considérer à part chaque lettre de 1 alphabet ,
lorsque l'équivalence est manifeste, il suffira de no-
ter les écarts. Ainsi, a = parfois ^x : dTrô^oLŒis =
d"»did'»k; ou n t ddrfp); =«= nwn ; ou i : xdXafio^^D'irfnp ;
ou même '»'» : (TxAXa=>^^^0- — jS^^ii : i6p<5^«=DimK;
ou ••'• : ôUêripa. «=^ ]"»'T»'»^1K. — y «« D : yapitxfxrj = i^DT'îS ;
ou p: aùytf=i^^Ym^ — ^ =« T : jU(rfya^if :*« KP30. —
6 =*= "»n ; iPPeûU *- yrn ; ime fois v : ivotkiÀàt ^ ]Dpiy . — *-
Ç **« X : ^(pi^St -=* ••nKDS. — V**^ rr» : 'Gfiv -=^ n^fix;
ou m*' : îiôt(5bx»/***n^''3in* — ^:t=n ou ©r— i>««^i :
àOavcurlcK. == K^^D^NriK. *— ;i =*= 3 î Katàppebcniç «•*=
K"»'»îDnw;K (pL). — |=DD: luXa^^n'jDOK, OU 3 seulî
3i/u|*^ K3:iK V OU t: x>/pt/|=«n'^D; Otï 3î 9^pa^^
tOlKt); ou 0 : dpd^'^ D'^'^n. — 6 =^ v : b^yàpOP «**
ini3DpK; ou r : rô|<5t»f^***^tt")'»opw; ôù;">i \ &6^oê-^
i-ïôtj^. .^ e^^i î iSaXA<(rf*<5^=«:KmV3; ou t : à(/lpoké'
yoi^^ïà\imrK. — U=- i : é-ri(Tavp6$-=- p30t3; ou r :
a : d(iftxoiv(a = Ma-iaDH. — à) = f< : ^èépfitrU =^ î^K^tt.
On peut se passer de signaler par dés exemples
les mutations .prévenant d*Une même famille de
lettres < où produites par euphonie.
Quant au digamma éôliqué, ou la lettre wàa, F^
420 NOVEMBRE-DÉGEMBRE 1807.
dont Jacob Lévy et après lui Julius Fûrst ont cru
retrouver la présence dans des mots tels que ppiD,
pour SipdyiSva = FaLpéx^^oL , ou l^ianon = bpOoyaivtop,
où. le 3 serait un F prosthétique, cette observation
pèche par la base, au moins par suite de ia date,
puisque lusage de cette lettre a disparu du grec dès
Tépoque d* Alexandre le Grand , par conséquent bien
avant Imtroduction de cette langue en Palestine,
comme nous le fait observer M. Théodore Reinach.
Voyelles, — Les voyelles en général sont fort mal-
traitées, et ce n est pas étonnant puisqu'il s'agit de
leur transmission dans une langue d'un génie tout à
fait différent, surtout si Ion songe que dans une
même langue ces migrations sont capricieuses. Voici
ce que déjà le Talmud de Jérusalem dit à ce sujet
[Berakhoth, ii, f. li*): « Les habitants de Khaïfa ne
peuvent pas officier, car ils énoncent le n comme le
n , et le y comme N ».
A côté de ce passage se place cette phrase de la
Mischna [Eduyoth , i , 3 ) : « on est tenu d'emjdoyer la
manière de parier du maître». Ainsi, Hillel disait
]>n , tel que ce mot se trouve dans la Bible, parce que
ses maîtres Schemaya et Abtalion s'étaient exprimés
par ce terme, bien que les rabbins eussent pris l'ha-
bitude d*énoncer cette mesure par les mots rh a"'*.
( 1 2 log=i Hin). Maïmonide, dans son commentaire
à ce sujet, précise mieux et dit : 3on père savait par
tradition que Hillel disait \^H au lieu de pn,.pour.
avoir entendu énoncer ainsi ce mot par ses midtres,
MOTS GRECS ET LATINS EN HÉBREU. 421
qxii , nés païens et devenus plus tard prosélytes , ne
savaient pas prononcer le n ^.
Le plus souvent , les voyelles sont éliminées dans
la transcription ; mais il arrive presque autant qu'elles
sont figurées, et même on remarque, quoique assez
rarement , des cas où il y a profusion de mater lec-
lionis. C'est ce qxii a lieu pour le mot [lapyapU =
maxTiD. Pour les diphtongues, Torthographe variait.
Pour un grand nombre d'entre elles, il y aurait
tant de réserves à faire qu'il serait oiseux d'en
dresser le tableau détaillé.
Esprits. — L'esprit doux (*), en général, n'est pas
exprimé; cependant il figure maintes fois, et de di-
verses façons. Ainsi, il est transcrit n : iipvyyos =
Wi:nn, ou bien ix : Jvef = p'iN; ou bien in : 6vo§==
DJin; ou bien \t : héïvos=^'>^^'*n. Parfois même il
est=n: àX(p6s='2bn. Une fois enfin cet esprit ==D:
L'esprit rude (*), tantôt est omis : éXXfivi(7li[v] =
pnD''jVN, tantôt est exprimé: âX|Exetîa) = |^D^^nD; tantôt
il est exprimé par n : fltXijùto^^mD^n. Une fois, il est
déplacé, dans aXaj = SnN, et une fois = D : éXfiitf-
.ôioi; = p"»OjO'jD. Cet esprit, qui a toujours sa place
* Cf. un passage de Schabbath , f . 77*, qui doute s'il faut éciâre
]^i''K*)3 ouj^J^yi;, avec N ou V, ainsi qu'un Midra:sch (fVàyikra
rabba , S 19, f. 162") qui note la gravité de la confusion possible
entre le 1 et le T des mots IflN et IflK dans les versets de
l'Eiode, xxxlv, 4» et du Deutéronome, y, 4.
M2 NOV£MBRE*D£CEIfBRE 1807.
sur le second de deux p successifs, est représenté en
ce cas par n : xakh(i^ti=^nibp; en tête il est figuré
par 11 ou n : (W/tivof =-DmnK, DU"»aK; ou par n : po-
Enfin il arrive parfois que fesprit doux a pris,
dans le radical grec, la place dun esprit rode, jus-
tifié par son étymologie sémitique; ainsi dans i(ijû>
jEAoycsDOn, la première lettre répond à une lettre
gutturale, n , et devrait porter un resprit rude (^)«
Accents, — L'influence de faccentuation n est pas
certaine, ni toujours visible dans les transcriptions;
pourtant elle se manifeste parfois. Ainsi, sur la
(inale ce, laccent est deveni]^ l'équivalent de jt : Toê-
SaOd^^ï ancien nom biblique jins^a; tantôt il est ex-
primé réciproquement par nv i'â^p^-ain'^nn; taùtât
â{ = ^: éXdrfi :» Kt9^^M, tandis que sur lïmtide:i'0Q
trouve une fois laccent rendu par 9 i d^T^ ^* fPÙ9 ,
si Ton veut bien accorder une place à cette équîvar
lence hypothétique.
En général, nous faut^il observer, l'accent a
pour effet de maintenir la voyelle qui en «st pourvue ,
quelquefois même de la renforcer ou de ro)>sèiireir,
tandis que la voyelle qui la suit devieâtfâiaiiuiBj^nt
atone. On le verra par des exemples, bien qqie;-pour
être strictement scientifique, il conviendrait d'op-
poser de nombreuses exx^eptions à cette règle; il
faudrait distinguer des mots dyssyllabigues , qui d*or-
dinaii^c échappent à cette loi« la voyelle finale 0e
maintenant malgré la présence de racoent.mr'là
MOTS GRECS ET LATINS EN HÉBREU. 423
pénultienne. 11 faudrait aussi tenir compte de cette
particularité que les diphtongues ou groupes de
voyelles finales sont: traitées comme, n en formant
qu'une.
Ainsi laccent &e manifeste pour /=='»m dôavacria
= n'»''DJnî< * L accent sur 6 est rendu soit par Kl , soit
par n dan^ un même mot : iX(5);==Kl^K et m^K, Oo
pourrait sans doute trouver autant d*équivalences
pour les voyeUes secondaires, e et w; (ït/véSp^ov^^
]mnjD, iîJfit^p = ")1TN . Enfin on peut constater que
le substantif iSot/X??'' = "h^:l diSere du verbe ^ovkri
(pour jSouXe* = ]^")n), par la variante dans la tran-
scription comme il y en a une dans f accent. Mais
tirer une règle de ce fait assez rare serait imprudent.
On peut en dire autant de Tassonnance. Par elle
il arrive que la prononciation des voyelles (et, par
suite; la transcription) se modifie. Ainsi ifXfti; est
prononcé )}'X|:jtw=''DV'»n; le mot Wpofi'T);^ est pro-
noncé comme s'il y avait>co(îpixvWv^== OXûiVTip, Pour
une cause semblable, Tune des deu3t mêmes con-
sonnes dans un seul mot, ou Tune des deux syllabes
pareilles, sera élidée : i° iieuchpoTtoç ^= KDDniDD;
2°a:/T0TeX>/j — D''^îO''K. G est ainsi, observent H. Weil
et Benlœw\ quen latin la voyelle radicale est mo-
difiée dans les mots composés avec des prépositions
et des préfixes.
C'est qtie la prononciation vulgaire, soit pour
cause d'euphonie ,iàoit par suite de la rapidité d'énon-
^ i Théorie âèl^accchiuàtionlatine,.}^, .12%. >.
424 NOVEMBRE-DÉGEMBRE 1807.
ciation, élide et déplace des voyelles. Toutes ces
modifications, que la langue vulgaire a faites
d'abord spontanément , Tout emporté finalemeiit sur
le langage classique. Par conséquent, ces change-
ments, qui au premier abord pourraient paraître
capricieux , ont pour cause les divers c modes de
diction», savoir : laphérèse, l'apocope, la méta-
thèse, la prosthèse, Tépenthèse, laparagoge el Téli-
sion , dont nous allons donner Ténumération.
II
Au commencement des mots Vaphérèse a lieu, soit
de la première lettre, soit de la première syUabe.
Voici quelques cas :
Aphérèse de la leltre x ; xctrcCku^tç «• t^SoK ou
rbûy (2* forme, douteuse).
Aphérèse de la lettre X ; XeSnTciptov*=^y^tù^12^.
— de la lettre «r ; «rlio'ofrfi^'^iD^D.
— de la syllabe ai : A/yv7r7iw=n^îDD'»3.
— de la syllabe aX : aX|ùti;p/f =• O^niD .
— de la syllabe av : dtv^poXf;4//a == K'^blOl'^Tn .
— d e la syllabe dpxi : àpyt&lpdtiryù$ =» Diana^BDK .
— de la syUabe Si : Sn^Xcû|JLa^àlplov^^\>11ù1D^ht.
— de la syllabe Çi ; Ki^dviov = ]^in .
— de la syllabe Xv : xuvfl&ôpwTro^ = KDnwp,pour
XvxavOpcon^a. (Gomp. la même remarque
^ Comp. Jac. Lcvy, Ntuhebr. H^ôrlerbnck, t. II, p. 4o6a : «fifi»
est pour XelSiù, et iySri pour Xiyios;
MOTS GRECS ET LATINS EN HEBREU. 425
par M. Rubens Duval , Journal asiatique de
1892, t. I, janv. , p. iSy.)
Aphérèse de la syllabe ov : ovptjv6v = ]}n'i.
Apocope, ou retranchement à la fin du mot, soit
de la voyelle ou de la désinence, a, e, Sy ns, i$, os^
soit de la dernière consonne ou de la dernière syl-
labe. La question des désinences sera traitée à part,
plus loin. Des apocopes fréquentes de syllabes peu-
vent être considérées comme survenant. par la même
cause.
La métathèse se produit de diverses façons, autre-
ment dit, les voyelles et les consonnes se déplacent
facilement. De là des renversements ou transposi-
tions infinies, trop nombreuses pour être énumérées.
Prosthèse^ ou addition dune lettre à la tête d'un
mot. — La prosthèse d un K ou d un "»K est presque
constante devant les mots commençant par tr suivi
d'une autre consonne. On trouve, en outre, un ^e
devant dWtres mots, par ex. : jSo^o-aaov = pDDlDK ;
ou bien in : \f/cifle = J^DSIK; ou bien ^K : (xripia =
Q'»")'iD"»K. La voyelle prosthétique n , ajoutée au sin-
gulier, ne reparaît pas toujours au pluriel : Sé^pi$ =
xmK, pluriel |''DTTn. Il y a aussi prosthèse du '» :
xdpLi^os == ]'^12p'> . En tête du mot eUcSp, on trouve
ajouté un 1 = KipVT. La première syllabe, selon
M. D. Kaufmann ^ est peut-être une extension du
^ Bevne des Etudes juives, i. \IV, p. 46, note.
\. 29
ltll«!«ia:K MtXU lill
MOTS GRECS ET LATINS EN HÉBREU. 427
Parfois , à la suite de la prosthèse d'un D don-
nant, pour ainsi dire, une forme safel, la première
lettre radicale tombe si elle est gutturale. Ainsi il se
peut que le mot piD «prince» dérive de p3iK =
(xpxojv ; cf. mJlpD , tiré de yàvSpoi. La prosthèse d une
sifflante se retrouve aussi, comme on sait, dans les
langues classiques, par ex. : £Xs = sal; ihtos^^salcus;
de plus, fxdfyyaSos devient <T(iapaySos; (/léyca =«
teçjOy etc. ^
Epenthèse, ou insertion de lettres au milieu dun
mot; d\m i : xhvTvptov^=]'>l^y2bp; dun 1 : àyopa-
vofxos = jlt:T)3X; dun 1 : Sek^iKtl = -«pDlb"!; dun T:
Xa^iç = ^ivb ou ^l^lh ; d'un tD : yXaiixivov = Jl J"'îOp^: ;
d'un "»: aA/xevey=)"'D''^nD;d'un 0 :xoXk(iptov = l'>^bo^O',
d'un b : KakXaïvos = J^^N^p ; d'un D : Kkivtriptov =
îniû^D^p (cra7r(pe/pii;0ï; = p:n'»DDDrou îlin^^DiD est tiré
de n^DD « saphir », comme à l'inverse dans lafinas
-ol'^os , de "l'^D^ « flambeau », on a ajouté un /tx); dun
: : ^7rAoyo5=D'l3'lb''D:K; d'unD : ^7ri|ueX);T)/? =01000^0 ;
d'un y : avp7ts=^'^'^:û:fbv (outre la mutation de p en
^); d'un D: xaxonatSevToi = ^lOD^DIpp; d'un p : x>/-
ptvat (plur.) = m:pn")p; d'un 1 ; ^7ri^/Ç<05=D''DD"nDN.
ParagogCf ou allongement à la fin d'un mot. —
La plus fréquente paragoge est l'addition de l'em-
phatique chaldéen N : ipavov = HlM^i<, ou d'un n:
a0ap>7^nn»n. Celle d'uni: ^XX)ji;i(r7/= j''nD''i^N,
et dans les exemples de l'aoriste à la 3® personne :
' Jac. Levy, Neuh, TV,, t. lïl, p. 46 1 a.
29.
428 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1897.
jddVw; dun p : «raTAXioi;=p"»^'»»D (toutefois ce p est
peut-être là pour p, par corruption). Puis vient
i'épenthèse de la syllabe finale m : icrj(dpiOv =
mJipD'»K; celle de ]a syllabe m : (TaXû6«û>v=nnapte;
de la syllabe HD : (x6\oç'= nDTlfe; de la syllabe ^i :
(/](£kayyLOL = "»J''D^t!;; enfin de '♦p['»:] : ptakalx*^ '^
'»P'»jdSd.
On ne peut pas considérer comme une paragoge
faddition finale dun ") (r) : c'est findice servant à
désigner l'individu qui met un état en acte. Ce signe
de la profession est un fait linguistique, commun à
un grand nombre de langues : èviokeiç de ivTokil=
")blDiN, ou aravSaXdpiov, de a-dvSaXov, devient iSliD.
11 en est de même de Taddition d une syllabe tor au
mot B-SpiraO, d'origine punique (?), = linaiin ^,
comme à la suite du mot xei^aXix^f = iiiD*7p^Dp, an
retrouve la même addition niB .
Élisions f ou absorption de lettres; cdle des
voyelles donne des exemples trop fréquents pour
être cités ici. Voici pour les consonnes :
Klision du y : dyyoOrfxv ou éyyoOffxti (?) =» ^D^WK.
— du ^ : Ix'^*'* = Ki'»Dn .
— du & : Baiôo-ûfr^itr^a (bien entendu, ce der-
nier mot , araméen , est lui-même contracté
de riiébreu ]HV n^a).
^ C'est une hypothèse émise par Jost , dans sa traduction de 11
Mischna avec commentaire.
MOTS GRECS KT LATINS EN HÉBREU. 429
Elision du x : ya(xix6s = plur. nVDDia , outre le x
élidé devant ^ • ^cUxoLpis = KnD3 .
— du X : ^pàiroXis = ND1D1D .
— du fx : èfiSoXv = ià^2i< .
-7- du i; : â€darxavTa = KûponN .
— du «r : SidfietTTlov = ptDDXn .
— du p : ap;^/aTpo5 = D'lîOK''3")K.
— du (7 : i^'SvcTfÂa = HD'^nn .
— du T : kvtiTKnpU = D*)D"»03K .
— du X • <T(ui)(aptx6v = pp'^'^p^D ,
et de maintes diphtongues.
— de la syllabe Sa : (5o&^ût(pj;)7=>3DTin.
— de la syllabe Sv^ : x/6^iyXo^==nDn"»p.
— de la syllabe vO : XuirtiOeis = ^''DD'lbN .
— de la syllabe fxa : <jvyL&x{ia = îOilD .
— de la syllabe yLrjx : é€So(ÂifKOv7a = j"»oanDK .
— de la syllabe tar* : iJ^p&wix^r = jpmn .
— de la syllabe pt : yspopiTixôp = ^pm3 .
— de la syllabe pov ; ëfi^povpos == K1D"»3 .
— de la syllabe Te : dxpa7é<Tlepov== jn^oonK.
— de la syllabe t< : SlÇL6e^lxàs=D^0'>^^'^'^l .
— de la syllabe to : /a'7oxepa/a = KnpD^K.
— de la syllabe ^co : a1po^<ii(Juna = n^'*Vini^H.
La plus forte élision, ou plutôt contraction, se
trouve dans la transformation du verbe iyvvfit , pro-
noncé vidgairement dfy<i; = j^aK, de même que l'ab-
sorption de l'adverbe eiOéojs a donné om . De même
encore , une double syllabe initiale est contractée :
430 NOVEMBRE-DECEMBRE 1807.
Une autre sorle de contraction consiste en ce que
des lettres doubles du terme grec sont exprimées
par une seule lettre (redoublée, il est vrai) dans la
transcription hébraïque, sauf une exception : Botao-a
= c?C?3 . Ainsi : €6=3: xpa^chiov «»■ i^o^anp ; 60 =
n : Biôô);pa = -)n'»3 ; xjc==p : A(yfl6MM0i»"=*'»pD^n; AX =
h : acrtXXa = ifhDH; |UjUi=tD : y ûff*f£a «=- KD3 ; w=» : :
yevvaios = D'»:a ; tttt = D : lintiarpot *=» Ono^^DK ; pp — 1 :
Kara^paKTvs = lllOpIlSp ; o-cr = 0 : Opiatra = KftntD ; tt
= o ou n : à7ioKor1tL€ii$iv ==* ]'»r»i©p'»DK ; igitltUtov =
Npn''D . — Le mot «pocméwfiMt a été transcrit en
deux mots araméens : pD:iK pifi , cotnme s il existait
un « chapitre de ceux qui sont contraints » I
Parfois , l'inverse se présente , et la lettre grecque
simple est figurée dans la transcription par deux
lettres hébraïques. Ainsi ^ = dd : ndp^oç = ^Lip ; ou
bien la désinence, soit ts, soit os, est exprimée par
un redoublement: cïcji^ = nrDDi^; Te?xûî=D'»DpO, ou
la syllabe est redoublée : (Tép^oi= n^amî.
Mots composés. — Ils constituent trois catégories.
La première, qxii forme la majorité de ces mots,
comprend les composés de deux mots grecs; la se-
conde catégorie comprend ceux qui sont composés
dun mot chaldéen et dun mot grec; enfin la troi-
sième catégorie comprend ceux qui sont composés
d un mot grec et dun mot latin.
Première catégorie : dyopaSaf((Âà^'^u^m^2n, dtyfh-
MOTS GRECS ET LATINS EN HÉBREU. 431
3nta = "«DniK , àvSpoXotfiia = «'•OlD^'niK ^ yaX^ Képi
== ]'IJ"»DpK^3 , yapia-fJLaTa^ nPDTna , Slyovov = pim ♦
SiTsXrj cj7oûf=pBD'I^Dri, <îi7rXo7roTj/piOJ/==pTB1DlSDn,
^i^epv)/=}mD'n, i>ai6yapov = jnriK , xal ^trû^io'e[y]
= pe?'''?''Dp s '^tiyos SU = Diait , xaicrapos KOtroi» ==
pwpnD^p, xax^ tirpacrif =* ponaiaKp , xaxowai^et;Tor=
"'»D''nO'ipp, xàkjj vvfi<pn =^ MD'>2^bp , xoatroTp^iloi =-
prDiWD'ip , jùiaxpà Aa^p(î^ =» onD^npD ♦ fJiearôc/lvXov
^N^iûDlDD, jùti;X<5|ùteX< = n^'»D"i^'»D, |ii?X<wre7rûw»«]1DD^D,
/t/OfOToX|:x>7p^s = pDniDJD, Çeuowrfpox^^^^*'^ ^WOSK»
Ô;XaX(5>7==j'iK'iVK^'»DpK, o/i^os |5«î|3(i<vof =»p:-)D31«, ôXo-
fiafyyapkvs = pO-^^^nDI^IK , bXoatipixd = KpnClVlK ,
Ôy05 xûtT* ûJjùtOr = pDWpJIK , tffevTOXOxrftf «= nppB:D,
tsr£i;Ta(7;^it'(xToi == ^w>doW3D, ittpo&litou xaitraplov =«
p^Dipûons, vSpSfxn'^ov = pb'»Dmt(, x^'P^^*^*®*' =*
n^DDnD , xp^^^^^py^P^^ =" K")^a-ïK ions .
Deuxième catégorie, ou composés semi-grecs et
semi-araméens : i<Dnolypiov, ^ucwTiDy, 2ti6vos, Tpbp,
/x/Xi^'»'» '^, Tpap^ul^D. Troisième catégorie , gréco-latine :
âX>/ôûi;vera , 6X(5vera, -orapûÉfunda , uroTi/piadupla , Wt-
Tape^muli, 6'^porosatum.
Fieischer dit du reste [Nachtrage zum Neahebn
W.y t. IV, p. 479 Et) : «Les Juifs orientaux n'ont
pas formé eux-mêmes ou essayé de former de nou*
veaux mots composés grecs; ils se sont seulement
approprié ceux qui se trouvaient être d usage général,
^ C'est peut-être ia transcription de àvèpohi^ia^ comme il est 'lit
ci-dessus à propos des aphérèses.
' * A vrai dire , c'est plutôt Téquivalent de bM^th.
432 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1807.
pour les faire passer dans la langue courante. » Une
telle affirmation nous parait exagérée, en présence
non seulement du grand nombre de mots composés,
mais de leur mode de composition grecque, tantôt
aussi semi-latins , tantôt même semi-hébreux.
En somme, toutes modifications des acceptions
classic[ues, des tournures tenues pour correctes au
point de vue grammatical, ne doivent pas être le ré-
sultat unique d une n^ligence de langue : elles ont
pu être provoquées, c*est-à-dire avoir eu lieu de plein
gré, par ce besoin d'sdiitération qui a fÎBdt naître jus-
qu*à des jeux de mots ou des t à peu près ■ égale-
ment semi-hébreux et semi-grecs, ce qu aujourd'hui
on nommerait des concetti. La conclusion essentielle
à tirer de là , c est qae lauditçire devait comprendre
les jeux de mots faits devant lui , teb que les suivants :
/3/a=î<''3, n'»'»3, par allusion à ^3 (Genèse, xliv, i8).
j8/o^ = K^3, n'3, jeu de mots entre le terme grec et
rhomonyme hébreu, signifiant «par Dieu». jSXu-
Çûi = D^3 ; jeu de mots entre le terme grec et lliébreu
^13D , de la racine ^3 , « excéder ». slptfpii =» ^inn ; jeu
de mots entre le terme grec et le mot biblique mn ,
à peu près du même sens. Iv = {n, allusion au finsd
de lexpression biblique |nnKi (Lévitique, xx, i &) , en
ce sens spécial que, msdgré la forme du pluriel en
hébreu, il s'agit là dune seule femme, â^ponrcia-*
iT'Dnn, terme comparé à l'hébreu nonn, à la fois
homonyme et synonyme. ;tXe>(^^pa=mTO »|bn. Le
hasard de la décomposition de ce mot, ainsi tran-
scrit, lui donne un double sens, noté par Jos. Peries
MOTS GRECS ET LATINS EN HÉBREU. 433
et d autres : « Si la clepsydre est écoulée , rallocution
est terminée. » (Le ^ est coupé en deux); ovyxioL^=
^pi^N, terme à la fois d'origine latine [ancia),et de
l'hébreu « non innocent » ; liScûp = ")n'»n , jeu de mots
avec la racine hébraïque homonyme «orner», afin
de trouver une corrélation entre l'idée d'ornement
religieux et le voisinage de l'eau.
C'est évidemment une réminiscence de cette na-
ture qui a guidé certains grammairiens juifs du
moyen âge dans leur procédé peu philologique pour
expliquer les termes étrangers. Ibn-Koreisch admet
aussi des éléments de langues indo-germaniques dans
le cercle de ses comparaisons, comme après lui
Saadia ^ compare l'expression biblique cir '•NaS
(Ps. cxxni, 4) au mot legiones; il est singidier qu'au
lieu d'attribuer ce dernier mot au latin ou au grec ,
il lui donne pour souche la langue de la Mischna ^.
III
On a vu plus haut que les lettres grecques sont
toutes exprimées de diverses façons, et ce n'est pas
étonnant, puisque déjà en hébreu les lettres d'une
même famille linguistique permutent souvent entre
elles; plus tard, les talmudistes, témoins des confu-
sions fâcheuses qui peuvent résulter de ces permuta-
tions, se contentent de les déplorer, sans offrir de
^ Selon la critique de Saadia par Dunasch. V. Ëwaid , Bdiràge , I ,
p. 69; II, p. 32 2.
' Ign. Golziher, Studien ûber Tanchnm, p. 18.
/i34 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1897.
remède à cette situation, comme il a été rapporté
ci-dessus (p. 4a i ). On peut les diviser ainsi :
Labiales : /3 permute avec 7r = D : ^£k<TayLOv =
pCDlDN. D autre part w se change en j8 : Ar7flc =
N^3K. — Liquides : X permute avec p = n : y^cChifa-
|ua=XDlDiD; par contre, p devient X = b : Kdpra-
Xoj=iûDip. X se change en i; = : : xij!iâiX/(x=»KU1D^p.
fjL devient i : dalvvôfÀOs (peut-être à cause du premier
i;) devient D^iinDW. v devient X= b : iSéPivos ==hÇi^V3K.
V devient fz = D : Fepfjtav/a = n^DDia. H y a même un
exemple où p devient tantôt h , tantôt : , pour le même
mot : ;^apaxT>/p = |mtDp^D ou jnTiS^D. — Dentales :
S devient p = i : o-^e^/a=miDN (peut-être par con-
fusion graphique avec l). S devient souvent t = » :
^a7Ses = nwVB^. Par contre fl et t se changent aussi
en ^= T : àvr^ âhra = '»DniN. — Sifflantes : o* permute
avec Z ' xvpva'a'Cû = ]')2, De même, à l'inverse, Ç per-
mute avec a = D : Çiêui/); = paiD. — En fait de gut-
turales, 7 (3) pernmte avec x = D : ^payéXXioP =
b'»DiD [c(, Jlagellum) , comme les lettres D et p changent
réciproquement de valeur entre elles.
Après ces diverses mutations cia8sifiée3, qui se
retrouvent en général dans la plupart des langues,
arrivent les changements qui proviennent soit du
fait de leuphonie, soit dune cause plus bamde, de
Terreur des copistes, en raison de la ressemblance
graphique des caractères. Pour cause de prononcia-
tion, lorsque deux 7 se suivent, le premier y équi-
vaut à un r = : : dyyapBia, ainsi c[ue dans les mots
MOTS GRECS ET LATINS EN HÉBREU. 435
avec yx : ivdyxrj =« "«p::» , ou bien avec y;^ : Xeiy;^!? **
N3:"i^, ou encore devant un ê : d-flfXwiyS= Daa^C^D.
Dans àyopav6(jLOit ^ en raison de ia rencontre de 1
et : , i; devient parfois T ou ID = pD"Ti3X ou poODK.
Pour ia même cause, cr7 est devenu (p dans iypa(poSy
de mênie que Ton constate une éiision du tar et une
mutation du \(/ en "«rtp^itD, dans kd^a devenu
KilûDp. De même aussi tBr^ = DD, aâLit^$ipivov *^
p:n''DDD ou p:'»l''DaD, et, par voisinage, un X (b) est
devenue : ^iXoXoycyv^^pi^^D.
La plus singulière mutation par euphonie s'est
produite dans la transcription du mot âpSpoXti^iâL **=
«'»DlD'i'?m:fc<, où \f/ est figuré par d, après fépenthèse
de cette dernière lettre au lieu d un d.
Ensuite viennent les confusions de lettres par
erreur des copistes. Les plus fréquentes sont celles
des voyelles i (o) et "^ (tfoxit): Ayopavéfioig^^ 010^:113»,
et même '» pour w : ^(jlôs «» DlD^a , ou i pour T :
9ofo-|uata = NiûDlD>t» Le groupe ^K (=<) est employé
pour Kt=i : Avakoyètoy^^ ]^2bl^t<. En outre, il y a des
confusions par analogie; } pour i : xfltTATratj&dtJi^cy «=*
laKnDûp , ou : pour 3 : v6iûtpyo$ == n'^^ms ; ou i pour
1 : (TX«A'dt = i<^'^3DK ; ou n pour: : oi3piyv(îi^«pmi1;
ou C pour ; : bOôvtov =«= n'»û'»t3:K ; ou tt pour D i cnîcr-
o')7|ùta=*î<lOD'»D;ouiDpourD : ô/i;oô^Xf/vioi^=n''r^DttrK;
ou D pour D : Ti{x>t = '•^''0 ; ou □ final pour D : xp6-
xos = n^DiD; OU n pour û : bSovjùmf = ]'*\û"Mli^ \ ou y
pour p : xa'tdXvo'is ^ vhiûy ^ ou t^ pour n : TojUwûf-
^ Ceci soit dit, sans préjudice de l'observation émise plus haut,
en tête des aphérèses.
436 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1897.
Çûw= pnDDitt;; OU n pour : : ô0(5viv); = n^n^aniK ; ou
^^ pour D : (lavTrjXa, (ÂavSffXlov = ]^h^^^D; ou D pour
D : ^avri(pôpos = ^Dj^, et 1 pour D : (^uXioamipeç -=
Désinences. — Par leur terminologie, les mots
d'emprunt affectent le plus souvent le mode de for-
mation des termes indigènes. Pour la dernière lettre
radicale des mots, les Grecs avaient déjà corrompu
la forme du nominatif, et ils déclinaient le mot selon
la forme de 1 accusatif. Par exemple : au lieu de
dvSpioLSy ils disaient àvipidvra, ou plus erroné-
ment ây^piû&roj = DllD^Km^N. Pourtant, ni dans
jùtoi;^aV, -a'^o j = ^nD, ni dans tsrXûfvw j, -jfjo^ = D^3^D , le
transcripteur n'a tenu compte de la dernière lettre
radicale, S ou t. C'est qu'en général les désinences
sont exprimées soit par le final chaldéen K : atXoi^^ =
N^ip , soit par le n emphaticpie : yovpvoL = n^ma , soit
(même au singulier) par p : Tpûf7r«^a = pî^Dno.
Cependant, la forme grecque se terminant en a
est transcrite , soit '»'» : axCKka = ^^S^D , soit 01 : cr/y-
fjta = DIDao , soit C : jxa/et;|ùta=D^D^'»D, soit K^ : âba-
(popcÉ=KmD:K, soit rr» : yLeXh(ûiia=r\^VAth^\ soit n*»"» :
9ai;epû^=n'»n:'iD, soit > : ;tapûf=n^D, soit n : mp<-
^opd= n")D")D, soit I : S6&i = ]L2l, sans compter une
transcription d'un mot singulier à la forme du pluriel :
ôupa = pDnn.
Il arrive aussi qu'au singulier, à la désinence
grecque os , le transcripteur joint la finsde chaldéenne
N : y^pt;^ = î<D'T»a, et même p (au singulier) :..Tpiî
MOTS GRECS ET LATINS EN HÉBREU. 437
^0^= pDpntD, comme après la désinence ts H ajoute
un n emphatique : etfeX7ri^ = nD'»Dl'7"iX, et après la
finale x6v (ip), la désinence chaldéenne n^ : hlpi-
x(}r = n'»:pnnDî<, ou encore, après la finale ri, la dé-
sinence chaldaïque Nn : crcCkitt) = xn'»D^D . Toutefois
on trouve de nombreux cas isolés où la finale a été
reproduite intacte. Tels sont pour le singulier, au
nominatif, des mots à désinence en suj, en os, en
a, en )7, en )7?, en la, et en is, La fidélité scrupuleuse
avec laquelle le transcripteur a fait figurer en chal-
déen ces terminaisons grecques dispense de repro-
duire ici les équivalents en caractères hébreux.
Il en est de même dans d'autres cas de la décli-
naison des noms. Au vocatif : xupie = mp. Au génitif:
xe(pàktSGs = DT'^NDp'. A laccusatif : NsottoX^v^ ]'»VlD^3.
L'on peut ajouter à cette catégorie les deux adverbes
evOécûs = DlNTinx , et x(xX6Js^= Dl'JNp. On trouve encore
la désinence de l'accusatif ov dans des mots comme
iptalov, rj'fjLspov, etc. , peut-être aussi la désinence tiv
dans d7ret\rjv =- ^^^dx et avOévTrjv = p^^miN. On trouve
peut-être même un accusatif irrégulier : A/a = ikn
(? accusatif de Zevs),
La transcription au pluriel donne le plus souvent
pour désinence la forme chaldéenne pure p : à\6€v-
pa = |n'»'»VlX, ou bien m : i57rsuôt;i;a=nr:ilDDK, ou les
formes emphatiques n*» et X'»'», ou les deux formes
pour le même mot : xdmriXos=^ N'»'»V'»Dp et nii<^'»Dp. —
On trouve aussi la désinence ai, quoiqu'il s'agisse
d'un mot masculin , exprimée par le pluriel féminin
enaraméen, m : TsrpawvXai = nr^^D^û^lD. Une autre
438 NOVEMBRE-DKCEMBRE 1807.
fois , il est tenu compte du genre féminin d'un mot
grec, malgré sa désinence d'apparence masculine :
/3(yXoi = ni^n» et parfois il est dérogé à ce genre, en
raison de ce que le singulier exprimé par le chaldéen
a donné lieu à un pluriel terminé en ni ; âma'œupés^^
K")3D'»n, plur. nin3D'»n. Enfin il arrive qu'un même
mot est mis au pluriel de trois façons différentes ;
apXeîov=»D^''DnK, mKDiK, niKDnsT, de même que la
finale chaldaïque io est suivie du pluriel m : X^dpa^-
axotf=K''3")D, plur. nWD'JD.
D'autres fois , le pluriel chaldéen est joint à la dé-
sinence grecque , telle que le nominatif singidier la
comporte, sans que celle-ci soit modifiée, mais avec
addition de la fmale ni , ou D\ ou |\ dans les mots
fiolartS , lioXëéf , Hpdkos = D'»D'»lD-)p , ^D^Vd , nVD^Oa , etc. ,
OU même p joint à l'accusatif ov : 'mvpyov^^\>^2iy29
comme à la désinence ii' (p) du singulier on joint les
mêmes lettres (ou syllabe redoublée) pour former le
pluriel de ^«X^/v = p^B*?! ; de même aleyav&s.'ép^m
Dans d'autres cas , la désinence grecque a résisté
à une équivalence , aussi bien au pluriel comme on
l'a vu pour le singulier, et elle a été transcrite fidMe-
ment. Ainsi, au nominatif pluriel, ÂAo^vpMui «-«
xpn^Di^l»; au génitif, /SowXwtûw «« pîDllVia, ftwpM^
^aw = |nKnD, outre l'adjectif «rapTûîv=*pe3D; à l'ac-
cusatif'Atfn'va^ == D3'»nN ; ^v/ùto<7/ots=«nK^Dio^i. U y a
aussi une désinence d'accusatif qui a le sens du no-
minatif : xaxa^opflf = D^Dop.
En dehors des substantifs, qui forcément occupent
MOTS GRECS ET LATINS EN HEBREU. 439
la plus grande place dans les observations précé-
dentes, on trouve la trace des diverses parties du
discours.
Articles. — ô = 1K. L'article féminin i} se trouve
dans le radical de )7VlOx,o^==P^V^i^.
Un grand nombre d'adjectifs sont pris substanti-
vement, tels sont : 'ASpla$,(biOifXfirOVy âkrjOcoëiipa, iv-
Oivd, l3dp€apo$, S-ïjptoKtf, Icrlpixévy xrfpivaty xovS^roVy
KvxXds, fÀapyapiTïjs , fxdpfÂapoSy vdpStvov, imyaivvl^ tffep-
Kpnn, n'^apnnDK, nupnp, p»n:ip, n^33, n^^ano,
NiDiD, jun^i:, "«iDiD, ppDns5i<. — Au superlatif, on a
evyevéalaTOs et fxéytalos, plur. [léyt&loi. Du compa-
ratif tsrpeÎTepo^ , les rabbins ont tiré le superlatif tirp^-
Tajos , au lieu du terme habituel tsrpûros, qui en dérive
par abréviation. Cependant on trouve aussi cette
dernière forme, écrite DiûnDN, ayant par extension
un sens spécial : proprement « le premier, le plus
important », par suite aussi « l'ange en chef »^.
Beaucoup de nombres sont figurés dans les livres
rabbiniques : iv, $vù), rp/a, Téjlaptf, énld, èxTûJ, iv-
veds, Séxa, Tpidxovra, é€SofJLy(KOvroL , bySotfxovra, X'^^*»
on trouve les fractions HyntrM, jphov, Téraprovj et il
y a des mots composés avec les nombres i, a, 3,
4,5.
En fait de pronoms , nous n'avons trouvé que ce-
lui de la seconde personne : o-u=»'»tî;.
^ Voir Vocabulawe de Vangélologie , etc., s. v.
440 NOVEMBRE-DÉCEMBRE J897.
Les verbes sont représentés sous divers modes et
temps. — De certains substantifs on a fait des verbes
dénominatifs : les mots tsrapdcTrifÂOS, rpvràlvii, irifXo^fÂa^
rd^tSy rrjyavi%ûj, (^OxoSy ont donné ; DDIB, pono,
KOl^"»© , DDID , piD , DpD , comme arepi^pélov vient de
'aept(popéù) , ou rprirés de rtrpàlù^.
Ni les adverbes , ni les prépositions , ne font défaut.
On a même un souvenir de la préposition torp^, ré-
vélé par le t intercalé dans nntnD , de fgpiOvpov»
En fait de conjonction, on trouve ef w^riD^K, en
un mot, et cl)s=vH- La conjonction xa/est en tête du
mot composé xa\ ^ûftaio-e[v] = pc^^^Dp. Voici enfin
les interjections : af, al, i, ela, eha^ 6(/ltf, otJâf=^K,
Ml, iiDDKn, Kû^N, m.
En raison des causes multiples et variées qui ont
influé sur la manière de transcrire en chaldéen les
mots étrangers, il ne faut pas s'étonner que la cor-
ruption des mots soit peu rare et rende souvent les
étymologies méconnaissables. On trouve aussi des
termes populaires qui ont échappé aux rédacteurs
des dictionnaires grecs usuels , et se voient à peine
sur des inscriptions non classic[ues , sans compter des
termes en néo-grec.
L'origine de certaines racines grecques, inconnue
avant les résultats de la grammaire comparée, est
désormais fixée par la provenance orientale. Tels
sont dfxûjfxov, B-6p7ra6, x6vSu, (Â^niray ftoiyjak, pAaj^ùs^
iffolXXa^, ^apdSetcros^'^xxo, HDD , n:i3 , iirann , oon,
D"îiD, oa^c, yD^^.
Les dérivations de sens, ou extensions et déve-
MOTS GRECS ET LATINS EN HEBREU. 441
loppements , sont trop fréquentes pour qu'il y ait lieu
de citer des exemples. Mais on peut tirer de là des
conclusions pour Thistoire de la langue grecque.
Voici un cas entre autres ; le sens primitif du mot
bvv^iorlrfp est « fissure du sabot des animaux à pied
fourchu». De là dérive bvvyjLalilpiov «instrumrnt
pour couper les ongles » , qui est transcrit en langage
talmudique par le mot ( transposé) miDD^aaK, plur.
niDDl^a; on le trouve au Talmudavec le sens généra-
lisé de « couteau » , donné par extension.
De même, le sens est parfois détourné, appliqué
par euphémisme à une idée sous entendue; ainsi «
Q-àpv^os = DDmn « tumulte » est mis pour « temple
d'idole ». Parfois il est appliqué au contenant pour
le contenu t Kr)p6s=^my^ «cire» et, par extension,
« ruche » ; \oitds == «D"»©^ « poêle » , dans le sens de
« mets cuit », «légume». r ,
11 arrive également de rencontrer un terme dé-
signant une personne au lieu de l'objet dont elle est
chargée. C'est sans doute le cas pour le mol oi^ap
pour Hvèepvrfrtjf « percepteur » (au lieu d'« impôt»),
comme on dirait préfet pour préfecture, ministre
pour ministère ^
Enfin , pour les noms propres , il faut tenir compte
des provenances» Certains noms sont d'origine sémi-
tique : alors , le grec n'est qu'une transcription , re
prise à son tour par les rabbins ; d'autres noms sont
de source grecque ou latine. A ce propos, voici un
^ V. Fleischer, Nachiràge zwn FKôrterbnch 4e Jac. Lévy, t. TV,
p. 48oa.
X. 3o
■■I
44i NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1897.
singulier exemple d^homoByinie, où la confusion est
possible : au sujet du noih Hippoi, dans la province
d*Hippène, on a confondu le terme grec tmos
«cheval», avec le mot de langue sémitique ipn
« port », etc. ^.
IV
La plupart des observations précédentes sont ap-
plicables aux mots d'emprunt tirés du latin , qui , du
reste, entrent à peine pour un cinquième dans ie to-
tal des mots de source étrangère. Toutefois ils ofiGrent
quelques remarques spéciales de morphologie, à
résumer ainsi :
L'A, soumis aux mêmes règles que ¥d grec, dis-
parait le plus souvent dans la tranÂsription ; d'autres
fois, il est figuré par k, ou par ik, ou par i, oii par
1^, ou par n fmal, une fois par n : AUca^ H^hrij ou
par ^*t : decamani^= u^^Dipn , ou même par y : -avlas^*
Le G = tantôt k sifflante d , tantôt la guttnraie p ,
et même ; : ca5ifra =inD^;; ou encore— s : eibaria^
iTny», et même=«D (par dérivation de z): UeU
nins = DU'»'»iD'ib. — Le D est une fois converti en G—
; : bandilla = jva^^a. — ; La lettre L permute avec
la liquide R dans la transcription dé claretmi^
pton*ip , et avec N dans laconica =Kp^jpu. — ^ Le Q-» p
est aussi=3: ^^a^5ter = |mD3^aDK- — Les lettres se
{=sk) sont disjointes dans la lecture: damascena^^
^ V. Ignaz Goldziher, der Mytkot bei den Hêhrâmn, p. 396.
MOTS GRECS ET LATINS EN HÉBREU. 443
N:^pDD"n; /a5cia^=K''p'»DD. — La lettre X = Dp :
eœercitas = piD'»p")Dp , ou les mêmes lettres renversées :
excepter =-ntDD'«pD. N. B. dans dux, on na transcrit
que le radical dac=yi , comme dans ilia5tw;='»D'»0DD.
L'Y n'est pas exprimé dans Lyhisca.
Dans les voyelles composées et diphtongues, le
désordre est grand. En voici le tableau méthodique :
ép='» : Anûcœsar = ^TQ>^^^^^ , ou bîem : qaœ$tor=^
lûDlp; ou bien ''"i : ca7icfeifip='»i^n:p; ou >^ : vée = '»'»t.
— i4a=x, ou 1, ou n. — £a = '»'», ou r. — Eo,
comme ea=^, — 7a = '»•», ou {<•»•», ou v, ou même i.
— 7o=i\ — Les six modes de diction, savoir:
laphérèse, lapocope, la métathèse, la prosthèse,
Tépenthèse et la paragoge, présentent les mêmes
caractères que pour la transcription du grec; il en
est de même des élisions, ainsi que des mutations
entre les lettres d'une même famille.
Les corruptions de mots transcrits, parles raisons
susdites , sont presque inévitables : i<Dnp^m^K pour
apothecarias , etc. Il en est de même du mot composé
Palati 7iotonï(?)==}niDaD^D; Cajus Caligida est con-
tracté en D3!?3Dp , tandis que semicerica est bien rendu
pp''")DD''D. Faut-il rappeler (avec Fûrst, 5. v.) Tétymo-
logie rabbinique du nom de Carthage? Selon ces
«sages», N:''3nnp viendrait de i<nnp (ville) et yvvvl
Sans nous arrêter aux modifications de désinences,
pourquoi biiccina = D"i:'»p'i3 a-t-il D^ à la fin? C'est
aussi peu logique que le pluriel en Dl de castren-
.«*am = D"i:mûDlp.
On voit des traces de la déclinaison latine. Vocatif:
3o.
444 NOVEMBRE-DECEMBRE 1807.
domine = >:^Dn ; génitif: locamtenentis = Dloa^i^Olp^ ;
accusatif : campant = psDp , gradam = oma. H y a
sans doute trace de i accusatif pluriel as dans Calent
da5=Di:^p et dans 5ofeée=D^'»^1D. — Maintes fois,
à la suite du nominatif singulier, vient le pluriel
hébreu ou chaldéen ; d"», p. Le neutre a=nv : ccw-
tra = H^^D}y plur. nniDDJ. — La désinence mu*»
n^"» : ajfnma5 = n>^3aK. Une fois, us redoublé est aug-
menté de n"» pour former un nom concret : de gib-
6tt5 = N33a vient n>c;ic;33 (gibbosité). — Les parties
du discours autres que le nom et ladjectif figurent
à peine. On a le verbe marmwro et les formes yô^^aiis»
fossata; puis les interjections i4ve=^3, vae=^^M;
i;ii;^ = «»3>3.
Donc, sur une échelle restreinte; les mots de
source latine offrent le même intérêt philologique
que ceux d'étymologie grecque, et Ton voit, en
somme , combien lassemblage et la juxtaposition de
ces séries de notes grammaticales , classées par caté-
gories, font naître d*observations d'intérêt varié.
MUSULMANS ET MANICHÉENS CHINOIS. 445
MUSULMANS
ET MANICHÉENS CHINOIS,
PAR
M. G. DEVÉRIA.
LES MUSULMANS.
En lySy, la aa® année du règne de Tempereur
K'ien-long, après la pacification de Tlli, de nouvelles
difficultés s'élevèrent dans le Turkestan chinois.
Bourhân-uddin et Rhodjo-Djân, tous deux fils de
Mohammed, chef des musulmans de Kachgar et de
Yarkend, se révoltèrent ouvertement contre la
Chine ; une première bataille eut lieu à Khorkos au
printemps de 1768, dans laquelle Khodjo-Djân fut
vaincu; deux mois plus tard, poursuivant leurs- suc-
cès, les troupes impériales étaient rentrées en pos-
session des villes de R'ou-tche, Chayar et Sairim;
Khotan fut repris dans le huitième mois ainsi que
Aksou et Ouché.
Chassés ainsi de place en place, Khodjo-Djân et
Bourhân-uddin, avec huit mille fantassins et sept
mille cavaliers, se défendirent en 1 769 dans la ville
fortifiée de Yarkend; après deux batailles livrées
près de Toungkouslouk et à Khoiu*man, lannéç
440 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1807.
chinoise dut battre en retraite sur Âksou, mais ce-
pendant Yarkend tomba entre les mains des Impé-
riaux en juillet de la même année, et Kachgar leur
ouvrit ses portes.
Les deux chefs rebelles, Bourhân-uddin et Kho-
djo-Djàn, à la tête des dix mille hommes qui leur
restaient, s'étaient retranchés sur les collines à l'ouest
du lac Yechil-Koul; délogés de cette position, les
deux chefs de la révolte s'enfuirent au Badakchan
dont le khan , Sultan Chah , déférant aux injonctions
de l'état -major chinois, les fit arrêter et mettre à
mort. Le corps de Bourhân-uddin disparut, on ne
sait comment , et ne fut retrouvé qu'après trois ans ;
la tête de Khodjo-Djân fut portée à Péking et pré-
sentée à l'empereur ^
Deux Turks musulmans jouèrent dans cette
guerre un rôle particulièrement actif en faveur de la
cour de Chine; ils s'appelaient Aschek et Khodjis;
le premier était originaire de Khotan et le second
dé Ouché; ils avaient séparé leur cause de celle des
révoltés; tous deux, en récompense de leur fidélité
et de leurs services fiirent anoblis par la cour de
Chine. Aschek fut fait duc, et Khodjis prince; ils
durent venir s établir à Péking où il leur fiit donné
des palais.
C'est le maréchal cliinois Tchao-Hoei qui avait
mené cette campagne de trois ans dans le Tiirkes-
^ Cf. C. Imbault Huart, Récit officiel de la conquête du Turkeg-
tan par les Chinois , 1758-1760 , dans le Bulletin de géographie hù-
toriqne et descriptive de l'Instruction pubiitpM, .1895.
MUSULMAiNS ET MANICHÉENS CHINOIS. 447
tan : il rentra triomphalement dans la capitale; l'em-
pereur alla le recevoir à dix lieues de la ville, Tchao-
Hoei amenait avec lui des prisonniers et aussi,
paraît-il, des prisonnières , parmi celles-ci ime jeune
Kachgarienne qui entra dans le sérail du Fils du
Ciel. Ce serait, dit la légende, par amour pour cette
concubine que T empereur, après avoir d'abord fait
construire un casernement de 1^7 chambres pour
les Turks soumis, y fit élever une mosquée en face
de laquelle, de l'autre côté de la rue, est un pavil-
lon faisant partie de la résidence impériale , et du-
quel la favorite pouvait assister à certaines prières
et voir circuler ses compatriotes. Ce pavillon est
encore appelé «le pavillon d'où l'on voit sa patrie^ ».
L'empereur K'ien-long fit en outre venir du Tur-
^ Dansic tome Y de ia China Review, sous te titre de The captive
maiden, M. G.-C. Steut donne ia traduction (?) de quatre strophes de
vers chinois (?) attribuées à ia jeune prisonnière; il ne npus dit mal-
heureusement pas quel est l'ouvrage qui lui en a fourni le texte ori-
ginal.
En voici les première et dernière strophe :
«Ceci ressembie beaucoup à ma patrie; oui, je vois devant moi, 1^
semblant autant que i*art peut faire, ies balustrades, le portail, le mur
massif et ia tour qui domine ie tout. Je puis, de temps à autre , surprendre
dans ia cour que j^aperçoîs , les signes de quelques figures familières ; les
femmes et ies filies de ces bommes de Kachgar portant ies costumes de
ma patrie I
Ceci ressemble l)eancoup à ma patrie , mais pourtant ces murailles me
rappellent trop et trop souvent mon autre demeiire. Remplissant raon
cœur de vaios regrets et de souvenirs, je préférerais oublier. Cette mos-
quée fut construite par bonté pour moi , et ne me parait pourtant qu'une
moquerie. Cela me fait soupirer quand II me voudrait gaie. Pourquoi
est-ce que je regarde? Obi faut-il que ma patrie soit à la fois si près et si
loin !
448 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1897.
kestan des artisans, des danseurs et des musiciens
turks^ pour les divertissements de la cour. C est en
lyôA que se termina la construction de cette mos-
quée située dans la rue Tchang-ngan qui longe à
l'ouest le mur du palais impérial ; dans la cour inté-
rieure deux stèles de marbre rappellent la consécra-
tion du monument : Tune porte une inscription chi-
noise traduite en mandchou, l'autre une inscription
en turk oriental traduite en mongol.
Voici la traduction de l'inscription chinoise qu'a
tracée de sa main l'empereur K'ien-long et qu'il a
recouverte de ses cachets :
( l'aligne :) Stèh commémorative de la mosquée de$
Twrks construite par ordre de l'empereur.
(a' ligne.) Maître. suzerain de rUnivers,ie8 contrées dW
cès difficile et lointaines s'en remettent toutes à Nos com^
mandements, et ceux qui se trouvent dans les limites de
Notre domination n*oseront plus, comme dans le passé , pré-
tendre à leur indépendance I C'est le principal.
Dans Tantiquité il était du devoir des administrateurs des
affaires extérieures de tenir compte des goûts des étrangers,
de prévenir leurs désirs et , pour ce qui est de leurs pratiques
religieuses, de ne pas modifier leurs coutumes.
Peut-on ne pas approuver une telle ligne de conduite
^ La musique des pays musulmans accompagnait des danses;
elle comprenait : un tambour de basque, un tambourin, un violon,
un psaltérion à 18 cordes, une guitare à 9 cordes, une mandoline,
un 'bautbois, un autre bautbois. C'est le Houéi-tze-ing qui, sous
le contrôle de la suritttendaiice Nei-won-fon, devait préparer cette
musique. — Cf. Ta-tùng-hoei-tien, k. xxxiii, p. 19 et xxxiv, p. 31.
450 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1897.
croire (jue c'est parce qu'ils nous auraient donné de leurs
territoires et auraient été Nos sujets et Nos serviteurs.
Grâce aux g^randes faveurs que Nous avons respectueuse-
ment reçues du Ciel , ( 5" ligne ) de la Terre , de Nos Aïeux
(6* ligne) et de Nos Dieux- tutélaires, nous avons pu pacifier
la Dzoungarie et nous assurer ensuite de toutes les villes du
Turkestan : leurs begs, Khodjis, Aschek^ et autres, ont reçu
de Nous l'investiture princière et ducale ; Nous leur avons ac-
cordé des palais ; le reste de ceux auxquels il n'a pas été per-
mis de rentrer dans leur patrie, demeure à Touest de la
porte Tchang-ngan; les uns sont fonctionnaires, les autres
serviteurs; le quartier où il leur est accordé de demeurer,
est désigné par les habitants de la capitale sous le nom de
Houei-tze (7' ligne) fng (campement des Musulmans)*.
Là ils se midtiplient de jour en jour. Des distinctions de
race ne pourraient se faire qu'au détriment de l'amitië
mutuelle : aussi désirons-nous que , pour harmoniser les dif-
férences qu'il y a entre les uns et les autres , on se traite
avec égards et qu'on s'abstienne d'étonnements déplacés.
Tout d'abord il y a d'autanl moins à les froisser à prc^pos de
leur religion que , les quatre Ouirates de la Dzoungarie ayant
été annexés à l'empire , la pagode de Kouldja et le temple
^ Nous avons parié de ces deux personnages^ dans notre intro-
duction. Khodjis fut appelé à quitter Oaché pour demeurer à Pé-
king en 1766 et y mourut en 1781. C'est en 1760 que Aidb^
vint s'établir dans la capitale chinoise où il resta plusieurs années;
il obtint ensuite de l'empereur l'autorisation d*àUer gérer les terres
dont il était propriétaire à Khotan , Kara-kach , Yarkend et Cha*
koutseii; il mourut lai aussi en 1781. — 'Cf. Hauêi-Kumif t'ong-
tçhi, k. VI, manuscrit sans pagination.
* Q Honeî, terme qui désigne les musulmans ; j*ai expliqué ce
nom dans mon mémoire sur V Origine de V Islamisme en Chine, dans
le Centenaire de l'Ecole des langues orientales, p. 3 10.
En 1760 un certain Pai-Khodja fat nommé capitaine, chargé de
l'administration des Turks soumis demeurant à Péktnjç. Ils rde-
vaient de la surintendance da pidais (Nei-won-fou), Ct, Teken-yvem"
tehi'lio.
MUSULMANS ET MANICHEENS CHINOIS. 451
de Pou-ning\ successivement bâtis par Nous, sont là pour
attester que la sollicitude est Notre moyen de pacification ; les
Houei-tze (Turks) (8" ligne) sont de nos sujets et, puisqu'il
en est ainsi , pourquoi seraient-ils moins favorisés ?
Nous avons donc ordonné à la Direction des Travaux du
Palais de construire au centre du terrain qu'ils occupent , et
aux frais de Notre cassette particulière , ce temple-ci ; son por-
tail spacieux (comme la voûte du Ciel), sa grande nef haute
et lumineuse , les bâtiments latéraux , tout enfin est conçu
selon les règles; sa construction* commencée dans la 4' lune
heureuse (Tsing-ho) de Tannée Koei-Wei, (28' année) de
K'ien-long (1763) a été terminée au bout dun an.
La foule des Houei-tze s*y assemble périodiquement : les
(9* ligne) begs et autres qui viennent annuellement à la
Cour, aiment tous sans exception faire leurs dévotions dans
cet édifice qu'ils admirent car ils n'ont pas vu le pareil en
Occident.
Nous leur avons demandé : « Aviez-vous jamais eu l'hon-
neur tel que celui-ci de pouvoir, en vous approchant aussi
près du Soleil (moi), jouir en même temps de l'agrément
des choses de votre pays ? »
Se prosternant humblement en battant des mains avec
•
^ La pagode de Kouldja était située au nord de la rivière Di.
Ce temple bouddhiste fut brûlé lors de la révolte d'Amour Sana.
En 1765, l'empereur K'ien-long fit rebâtir à Je-ho-1 , an nord-est
de la montagne et sur le modèle de celui de Koulcya, un monas-
tère appelé Ngan-iuan miao • monastère de la pacification des pays
lointains » ; il était desservi par des lamas de la secte jaune. Quant
au premier temple de Kouldja, ii ne fut pas reconstruit. —
Cf. Kin-ting si-yu t'on-tchi, k. xxxxvn, p. 24.
Pour ce qui est du temple appelé P'ou-ning ou de P'ou-ning, je
n'ai rien pu trouver qui puisse nous renseigner sur son origine et
son emplacement. Un district de ce nom existe dans la préfecture
de Tch'ao-tcheou de la province de Canton; un autre P'ou-ning
existait là où est aujourd'hui le district de Jen-cheou de la pro-
vince de Sse-tchouen.
452 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1897.
enthousiasme, ils ont unanimement répondu: «(Non) en
effet I».
Nous avons ajouté :
Vos coutumes à vous, Turks, ne vous avaient appris qae
Texistence du Rouz Nameh\ (lo' iigne) tandis qu'aujour-
d'hui vous recevez le calendrier de la Cour; Vous ne con-
naissiez jusqu'à ce jour que l'existence des Tengas*, tandis
qu'aujourd'hui on fond des monnaies pour votre usage.
Bien plus, les institutions qui vous régissent, le prélève-
ment contrôlé des taxes, l'admission à la Cour, les ban-
quets , etc. , sont autant de grandes innovations grâce aux-
quelles 'û n'y a plus rien chez vous qui ne soit en harmonie
avec Notre verbe et Nos enseignements ; Notre gouvernement
met ainsi en évidence la manière dont il convient que des
hommes dirigent des hommes, et surtout comment il faut
s'y prendre pour traiter tout le monde selon la religion de
chacun.
« Vous remarquerez que parmi Nos divertissements choré-
graphiques Nous avons réservé une place au talent de vos
danseurs de corde ^, ( 1 1' ligne) car ceux qui portent le tur-
* Le livre des jours , journal.
* Monnaie turke; 5o pouiç font un tenga. Le poul est une
monnaie de cuivre assez épaisse non percée de trou. En 1769, le
général Tchao-Hoei demanda à l'emperear qu*il fût établi à Yar-
kend une fonderie de monnaie pouvant fournir jusqu'à cent mille
tengas. Sur l'avers était écrit en chinois K'ien-long t'ong pao et sur
le revers le nom en mandchou et en persan de Yarkend. Ces pièces
étaient rondes , percées d'un trou carré comme les monnaies chi-
noises. Dans la suite on demanda à l'empereur que les pièces à
Tusage d'Aksou, Ouché, K'outche, Kharachar, Sairim et Bai soieiit
fondues à Aksou; la fonderie fut transportée de là à Ouché en 1766
et revint à Aksou en 1798. — Cf. Houei-kiang t'ong-teki, L Tli et
Kin ting Houei-Kiang tchi lio, k. m, p. 54; Si-ya Choei tao .ki,
k. n, p. 4; San tckeou ki /io^ k. vn, p. 94; deMeyendorff, Voyage
d*Orenhowrg à Boukkara, p. 212, 2,1 4*
^ Le Tcki-i sin-pien, ^ ^ ^ |g , k. i, p. 3o, nous esplique
que certaines femmes de Yarkend dansent sur. une corde de ciiiyre
MUSULMANS ET MANICHEENS CHINOIS. 453
ban ont leur rang marqué parmi les dijfférents hôtes (que
daigne entretenir la Cour). Toutes ces choses témoignent
de Nos bonnes intentions. Qui dira que non? C'est pour-
quoi Nous avons rédigé cette inscription commémorative à
laquelle nous ajoutons cet éloge :
(12" ligne :) Qu'est-ce que la Ka'abahP Qu'est-ce que le
Beit-Oullah? C'est le temple mystérieux de la secte des
Khoua qui s'appuie contre Notre palais. Cette ville c'est
Mekkah. Votre ancêtre est le Païghember * de la Mecque;
il a prêché les livres sacrés de l'Ekilieh' ^ ^ ^ ^^ 1®^
akhoun' qui en conservent les trente sommes, qu'ils se
tournent vers l'occident ou vers le septentrion *, ont pour eux
un même respect.
Ces marches de marbre , ces madriers de bois précieux ,
ce sont les ouvriers de l'Etat qui les ont façonnés , afin qu'en
voyant cette parfaite magnificence dix mille nations y
viennent à leur gré. »
(i3" ligne :) Rédigé et écrit pai* l'empereur, dans le bon-
heur du 2" mois de l'été de l'année Kia-chen, 29* de K'ien-
long(i764).
Cette inscription chinoise, comme nous lavons
dit, est traduite en mandchou,- turk et mongol; le
texte chinois en est l'original écrit de la main de l'em-
cl'une dizaine de pieds, tendue à 8 ou 9 pieds de hauteur. —
Cf. Timkowski , Voyage à Pékin , t. I , p; 4o6 et suiv. ; d'Herbelot ,
Bibl. orient, s. v. Kenchen.
^ Le prophète.
^ De la justice, des justes.
^ Après le Cheik-ul-Islam , le second emploi est celui d'Alain ,
le troisième celui de mufti ; viennent ensuite les moUa ou prêtres
savants , enfin les akhoun ou simples prêtres. Le titre de molla ou
de membre du clergé se donne à quiconque sait lire. — Cf. Meyen-
dorflf. Voyage d'Orenbourg à Boukhara, p. 263.
^ Le Nord est la qiblé de l'empereur de la Chine.
454 NOVEMBRE-DECEMBRE 1897.
pereur K'ien-long; il porte deux sceaux; sur le pre-
mier se lit la légende So pao wei hien SF !lf Ift K »
c est-à-dire : « N'estimez que les sages » ; c'est le
fragment d'un passage du Chou-king (part. IV, chap. v,
$ 8) ainsi conçu : a N'estimez pas les choses des
pays lointains , alors les habitants des pays lointains
viendront à vous. N'estimez que les sages, alors la
paix régnera auprès de vous. »
Le second sceau a comme légende K'ien-long ya
P^ % lil lâl ^ > c'est-à-dire « du pinceau impérial de
K'ien-long » (écrit de sa main).
LES MANICHÉENS ^
Que l'on me permette maintenant quelques obser-
vations à propos du passage suivant qui , dans l'in-
scription que nous venons de traduire, viserait Kn-
troduction de l'islamisme en Chine :
' Dans la notice que je donne ici sur les Mo-ni, j'ai eu princi-
palement recours aux documents chinois déjà publiés par BL Cha-
vannes dans le Jovurnal asiatique de janv. et févr. 1897; c'est à
M. Ghavannes seul que revient le mérite de les avoir déooavarts
dans le Tripitaka, Timmense encyclopédie bouddhique de Bonya
Namjio.
M. Ghavannes avait été frappé de lassertion de Tempereiir K'ieoh
long, selon laquelle les Mo-ni auraient introduit Usiamisme en
Chine au ix' siècle , assertion qui se trouve reprodoite sur une st^
musulmane-chinoise postérieure à i836, qui se trouvait à Canton*
En recherchant , pour nous les présenter, les textes qui étaient de
nature à éclairer cette question, M. Ghavannes a voulu, dit-ii,
mettre chacun de nous à même de se former une opinion person-
nelle. Nous len remercions.
MUSULMANS ET MANICHÉENS CEilNOlS. 455
Dans les premières années Yuan-ho de la. dynastie
T'ang (806-820), dit K'ien-long, les Ouïgoars Houei-he
vinrent avec des Mo -ni apporter tribut; ils sollicitèrent la
construction d*un lieu d'assemblée à T^aï-yuan. . . etc.
Le fait, sinon la citation, est exact; cest en 807,
lors de l'arrivée de cette mission ouïgoure, que la
cour de Chine reçut délie la demande d'établir à
Ho-nan fou et à T'ai-yuan fou un lieu d'assemblée
qualifié de Mo-ni sse, ou temple de Mo-ni.
Comment l'empereur K'ien-long a-t-il vu des mu-
sulmans dans les Mo-ni'^ La chose est plus simple
qu'on ne peut l'imaginer : en examinant les textes
mandchou , turk et mongol de la même inscription ,
on constate que , se basant sur une très lointaine ana-
logie phonétique, l'empereur chinois a considéré le
mot Mo-ni comme une transcription du mot MoUa ^
et voilà comme du même coup les Ouïgours Houei-
he, venus en 807 avec des Mo-ni , sont devenus des
Houei-Hoaei musulmans venus avec des Mollas.
Le procédé impérial est aussi expéditif que peu
scientifique, et donne à l'histoire une des plus fortes
entorses qu'elle ait jamais subies.
I
Le premier passage du Fo-tsou-fong-ki, qui nous
parie des Mo-ni ^ nous dit ;
^ M. Chavannes, lorsqu'il cita Topinion de l'empereur K'ien-
long, ignorait cette particularité qui l'eût fait hésiter d'avantage à
nous présenter les Mo-ni comme pouvant être des musulmans.
456 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1897.
Pour ce qui est de la religion de Mo-ni de l'Esprit céleste
du feu ( ^ (5c )' ^^*refois en Perse, il y eut Zoroastre qui
mit en vigueur la religion de VEsprit céleste du feu ; ses dis-
ciples vinrent faire des conversions en Chine ; en 63 1 un de
ses disciples , le mage Ha-lou vint apporter au palais la reli-
gion du Ciel Esprit ; un décret impérial ordonna d'étaUir à
la capitale un temple de Ta-ts'in ^ ^ ' <
Le mot Ta-t'sin désigne ici la Chaldée comme
dans i*inscription syro-nestorienne de Si-ngan fou.
C'est donc de là que serait venu un prêtre Mo-ni
en 63 1 ; or, Mahomet étant mort en 632 , cette date
de 63 1 ne convient pas à la venue des musidmans
en Chine; donc les Mo-ni ne pouvaient être des
Moiias.
II
Le Fo-isou-t'ong-kV^ dit encore :
Le Persan Fou-to-yen ' présenta les livres sacrés des Deux
Principes; après cela en 766-779, on construisit des temples
de Mo-ni à Ping, à Yang, à Hong et a Yue.
L auteur chinois n établit-il pas ici une corrélation
entre cette présentation des Uvres des Deux Prin-
cipes et la construction des temples de Mo-ni ? « C'est
^ D après le Fo-tjoii-t'on^Ai '^ jj^ ^ |Ë*(<^^Ap* ^^* P* i^^)«
à la leltre ^ (35) du Tripitaka de Bimyu Namjio cité par M. Cha-
vannes (Journ. asiat., janv.-févr. 1897, p. 61). A la même page on
autre texte dit que c'est Zoroastre qui institua la rdigion de rEsprit-
Célestc du feu de Mo-ni,
* Chap. Liv, p. i5i, cité par M. Chavannes , Jonrn. osîot. > janv.-
févr. 1897, p. 63.
^ $1 ^ m Bou-do-icu = Bûdh Ââin ?
MUSULMANS ET MANICHEENS CHINOIS. 457
en 694, dit-il ailleurs^, que le Persan Fou-to-ien
(qui était du royaume de Ta-ts 'in de la mer de louest),
apportant les livres sacrés des Deux Principes ^, vint
à la cour. »
Or quelles sont, au vu' siècle, les religions ayant
pu importer de Perse ou de Chaldée en Chine de
tels livres ?
Je n*en vois que deux :
1° Le culte de Zoroastre, c/est-à-dire le Mazdé-
isme, la religion persane d'Ahura Mazda;
2"* Le Manichéisme dont le Chaldéen Mânî ou
Manès, mort vers 27^ de notre ère, est le fonda-
teur, et dont le système religieux a, comme source
principale, la religion des Perses^. Les Manichéens,
* Chap. XXXIX, p. 75» cité par M. Chavannes, Jonrn. osiat. > janv.-
févr. 1897, p. 63.
* Ces livres , apportés par Fou-to-ien , sont désignés par les mots
eurl tsong king ^ ^ l|E î j^ traduis tsong ^ par « Principe jMPÎ-
mordial, facteur ou Etre primitif», parce que, d*après le grah^
dictionnaire P'ei-wen-yun-fou, Yang-tsong ^ ^, signifie ie prin-
cipe actif, et In-tsong |^ ^ « le principe passif (la lumière et les
ténèbres) î exemples : i« B J5 IH ^ o MMfSk^^^ «o^l
est principe actif, la lune est principe passif; 2** On appelle Je ^
principes célestes, le soleil, la lune et les étoiles; et ^ ^ , prin-
cipes terrestres , les fleuves , les mers et les montagnes. L'expression
des Deax Tsong exprime donc le dualisme,
^ Le système religieux de M âni a comme sources principales : la
rdigion chaldéenne, celle des Perses et celle des Mandéens; .l*in-
fluence du christianisme est à peu près nulle. — (Essai snr Mànt
et sa doctrine , par £. Rochât. ) — Les textes chinois font au con-
traire sortir le Manichéisme exclusivement du Mazdéisme, et
donnent en cela raison à M. J. Darmesteter : «les vieilles et libres
croyances encore mal endiguées par ime orthodoxie unitaire, conti-
X. 3i
imilItlrBII IATIOBAI.B.
458 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1897.
dit Aboul-Farage, avaient sept livres dont sLx en
syriaque et un en persan ^.
Ce sont les prescriptions contenues dans ces Livres
des Deux Principes qui, seules, peuvent décidejr de
cette question de savoir à laquelle de ces deux reli-
gions appartenait le Persan Fou-to-yen ; ces prescrip-
tions , les considérations de Leang-tchou g j|f in-
sérées dans le Fo-tsou-fong-ki nous les fait connaître ;
en voici le texte et la traduction :
nuaient à se ramifier en hérésies indépendantes; une d*entre eliet,
la plus puissante qui soit sortie du Zoroastrisme, cdile de Manès,
s*empara même de l'esprit du roi Shâhpûhri. — (J. DaroMt-
teter, Zendavesta, t. III, p. xxxiv.)
Mâni était un maître consommé dans l'industrie de dessinateur;
il se produisit sous le règne de Châpour |ben Ardechir, du miliMi
des Mages. — Cf. Kitaè bélan il édiân, dans ià Chrestomatkù pênmnê
de M. Ch. Schefer.
^ D après le Ketab alfihritt d'Aboul Farage, cité par Reinand dans
sa Géographie ^Àhonl Féda, p. cgclxt.
MUSULMANS ET MANICHEENS CHINOIS. 458
f* ;P # «fe ^o i ië ;t 4o iD Jlfc Jl fCo JS ^ -t
^ f^ ^ ^ m^mo K m »mo \ii M '^ a z-
Leang-tchou ^ dit : Selon les ordres de la Cour, ceux qui
se servent des Livres des Deux Principes et d'écrits qui,
s'écartant de (nos) textes sacrés, ne font pas partie du Pitaka,
se livrent à une propagande trompant le peuple, sont con-
sidérés comme hérétiques et punissables comme tels.
Pour ce qui est des Deux Principes : il est dit que les hommes
et les femmes ne doivent pas se marier; qu'ils ne doivent pas
converser ensemble ; que , quand on est malade , on ne doit
pas prendre de remèdes * , que , quand on est mort , on doit
être enterré nu *, etc.
Les (écrits) qui s'écartent de nos textes sacrés sont :
i" Le guide des passions rejetées par les Bouddhas;
2° Les discours d.e Foh sur les larmes;
3° Le livre sacré de la venue au monde du Roi de la grande
et de la petite Lumière;
4" Dissertations sur le commencement du Ciel et de la
Terre ;
5" Les considérations sur le Ciel régulateur ;
^ Fo-tsoU't'ong-ki, chap. xxxix, p. 76 du 9* cahier de la lettre ^
da Tripitaka,
^ Le bouddhiste Leang-tchou vivait sous la dynastie des Song;
on trouve de lui, dans le Fo-tsou-t'ong-ki, des observations sur des
faits ayant eu lieu entre les années ii3i-ii63.
^ Ceci indiquerait qu'il faut considérer à la fois au sens propre
et figuré la phrase : «Mâni est le souverain remède». — Cf. £. Ro-
chat, Essai sur Mâni et sa doctrine, p. 182.
^ On revêtait le mort du Rastâ dans lequel il était enseveli ; mais
il devait sans doute en être dépouillé lors de la mise en terre, tout
comme les Mazdéens étaient dépouillés du Kosti et de leurs vête-
ments rituels , avant d'être livrés aux oiseaux de proie.
3i.
460 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1897.
6" Les chants des Cinq Laei tze (Wou laei tze^).
Leur règle est de ne pas manger de chair * et de ne pas boire
de vin;
Ils donnent le jour et se lèvent la nuit.
Ils s*adonnent aux parfums '.
Ils appellent bons coreligionnaires ceux avec lesquels ils
nouent des relations secrètes, et un beau matin, si la ville
en fournit la moindre occasion, violant alors les droits et
(devenus] agressifs*, ils commettent des troubles comme
Fang-la , Lu-Ngang * et consorts.
^ On pourrait peut-être également traduire : « Cinq espèces en-
viron de fausseté philosophique » , en récapitulant les cinq ouvrages
qui viennent d'être énoncés.
* Je traduis ici Jou-houn ^ ^ par « manger de la chair ». En
effet y on appelle Houn ts'ai ^ ||^ « les plats de chair » , par oppo*
sition à Sou ts'ai ^ ||^ désignant « les plats de l^[umes ». Les hors-
d'œuvre froids composés de poulet , mouton , œufs et poisson que
Ton sert au commencement des repas chinois sont appelés leng houn
i^ ^ ou houn froids; i" exemple : on lit dans le P^e-lwen-yun-
fou. k. XII. p.io5,Amz,K^^vijt:^1S:f6'^M^
^ j^ ^ ^ ; cette phrase tirée de Tchoang-tie a été fort bien
traduite par M. H. Giles : la famille Hoei est pauvre et, pendant
plusieurs mois, n'a pas bu de vin ni mangé de chair, a* exemple : jf^
t^îffiffi$#H+^^i|lf## ">" abstinenc, de
boire du vin et de manger de la chair dura trente ans, pour obtenir du
ciel la longévité de sa mère. Que Ton remplace le mot cAoir par ail
et oignon, et l'on aura quelque chose de tout à fait inadmissiUe.
W. Williams traduit correctement ^ ^ par eat méat. — Cf. aussi
Boucher, Boussole du langage mandarin , part, ir, p. 42 et 3o4.
' Manès ne permettait aux Parfaits et, en particulier, auxEcdé-
siastiqnes que les plaisirs les plus spiritualisés , tds que sont par
exemple ceux de la musique et des parfums. (Beausobre, Histoire
critique de Manichee, p. xxxi.)
* Fang-ia, natif de Tsing-ki dans le Tchi-kiang, se prétendait ma-
gicien. En 1130, il se mit à la tête d'une émeute avec le titre de
Cheng-kong ^ ^ ; Yong-lo ^ ^ devint le nom de ses années
de règne : après avoir commis maintes atrocités , il devint si formi-*
MUSULMANS ET MANICHEENS CHINOIS. 461
A leur dire, les Douze Ecoles des gens du Dliyana de
l'Ejnpire , qui se bornent à répandre un culte extérieur \ sont
dans le faux , tandis que leurs adeptes, à eux , sont vraiment
orthodoxes.
Il y en a qui disent que le Dharma (loi) , né de la Bodhi
(intelligence), plantant sa semence sur le terrain du cœur,
pénètre le cœur *.
dable que l'empereur Wei-tsong dul envoyer contre lui des forces
considérables qui s'emparèrent de sa personne. — Communication
de M. H. Giles, professeur à Cambridge, d'après la biographie de
T'ong-koan -^ ^ dans le Song-che.
^ A V^^^ iS fr ^^^ pratiques de hrûle-patfnm, vase où lés
fidèles vont piquer des bâtonnets d*encens.
* Les presbytres manichéens étaient fils de l'Intelligence. L'Intel-
ligence était un des cinq membres de Dieu, Roi du Paradis de Lu-
mière.
Ou bien le bouddhiste Leang-tchou traduit dans ia terminologie
bouddhique ce que lui dit son interiocuteur manichéen, ou bien
cdui-ci et ses coreligionnaires avaient-ils trouvé avantageux d'adopter
ia terminologie bouddhique; ce qui rend vraisemblable cette der-
nière hypothèse, c'est que par deux fois, à la date de 733 et posté-
rieurement à l'année 11 63, le Fo-tson-t'ong-ki nous dit que les
Manichéens se prétendaient bouddhistes :
f^mmo^m^Bo^l^m^^o {Fo.Uou-t'ong.ki.
chap. Liv, p. i5i).
«Décret : Le Manichéisme est une croyance hérétique, il s'inti-
tule indûment Bouddhisme. Du moment qu'il est une doctrine des
maîtres étrangers d'Occident, ses adeptes agissent librement; il n'est
pas nécessaire de leur infliger de punition (pour ce fait). 1
Vong-ki, chap. liv, p. i5i).
«Pour ce qui est du Manichéisme (delà secte du Nuage Blanc
et de celle du Nénuphar blanc) , Leang-tchou, dit que ces trois sectes
se qualifient faussement de Bouddhisme pour tromper le vulgaire
stupide. »
C'est ainsi que nous voyons l'Esprit céleste ^ jp||i chez les Maz-
462 NOVEMBRE-DECEMBRE 1897.
Si on leur demande : « Finalement que deviendrez-vous ? »
Alors ils répondent : « Nous ne vivrons pas dans le céleste ,
et nous n'entrerons pas dans le terrestre; n'implorant pas
Bouddha, nous n'effectuons pas le reste du chemin; nous
allons directement au delà ^ ».
déens , et probablement aussi chez les Manichéens , désigné sons le
nom bouddhique dcMahesvara signifiant «le Grand et Indépendant t
ou le «Roi du ciel, des dcvas».
«L'Esprit céleste des étrangers est ce que les livres sacrés ap-
pellent Mahosvara ».
(Leang-king-sin-ki, cité par le pcre Havrel, La stèle chrétienne
de Si-ngan-fou , part. II, p. 260.)
«Yao-Koan des Song dit : les caractères jll( |^ désigneot
l'Esprit étranger du ciel; |^ se prononce hien; son coite est cdiai
que les livres sacrés bouddhiques appellent le culte de Mahesvara ;
c'est dans la grande Perse qu'il prit naissance; on Vy nomme (cidte
de) Zoroastre; celui-ci eut un disciple appelé Hiuan-tchen (Céleste
vérité ou Véridique céleste), qui étudia la religion du miâtre;
il descendait de Jou-bouo-chan (Joukhshan ou Soukhshan oa
Djoukhshan ?) . grand gouverneur général de la Perse; sa propagande
s'exerça en Chine.
(Si-ki-tsong-ju de Yao-Koan, k. J^ » ^<^1« 2* à a3, cité par le
Père Havret, dans La stèle chrétienne de Si-ngan-fou, t II, p. 38t.)
Certains textes modernes portent luan-tchen yQ ^ au lieu de
Hiuan-tctien ^ [ , avec le sens de vérité première; cela refaite
simplement de ce que le caractère j^ est taboue depuis ]e règne
de K'ang-hi, et remplacé par yQ\ c'est donc ^ hiaan • céleste •
qu'il faut lire.
* Cette phrase me semble devoir signifier : • Après la mert, nous
MUSULMANS ET MANICHÉENS CHINOIS. 463
Des gens stupides se font volontiers les adeptes d une re-
ligion démoniaque connne celle-ci; ils ne tuent pas j [ne boivent]
pas de vin , ne mangent ni chair ni végétaux à odeur forte \ c'est
on ne peut plus sévère.
Les S'ramanas pratiquent le respect de Bouddha; ils sont
cependant en butte à la raillerie de ces gens (qui) n'ont pas
à exercer de contrainte sur eux-mêmes en quittant leur famille
pour observer la loi de Bouddha.
Les défenses formulées dans ce texte ne sont cer-
tainement pa$ celles du Mazdéisme: Zoroastre, en
effet, permettait le mariage; û s'ensuit que les livres
des Deux Principes apportés par Fou-to-yen en 69 4,
n'appartenant pas au Mazdéisme, sont ceux du Ma-
nichéisme.
Un autre texte tiré du Tang-choa^ et attribuable
à l'année 807 ajoute: -■
Entre les années 806 et 8ao, les Ouïgours rendirent hom-
mage à la Cour et présentèrent un tribut; pour la première
fois ils employèrent des Moni pour cette venue (mission); la
règle de ces gens est , pour ce qui concerne le manger et le
boire aux repas quotidiens , de ne pas manger de chair, et de
proscrire le kit fermenté (le vin).
Ces deux textes nous fournissent donc les princi-
pales caractéristiques de la religion de Mâni :
ne parcourons pas le cercle des transmigrations célestes ou ter-
restres. N'implorant pas Bouddha, nous ne suivons pas le cours de
ces transmigrations , nous allons tout droit au delà.
^ -^, des plantes telles que ToignoA, l'ail, le poireau,^ mou-
tarde.
^ Chap. ccxvii, i'* partie, p. 7, cité par M. Chavannes dans
le Journ. asiat. de janv.-févr. 1897, p. 68.
464 NOVEMBRE-DECEMBRE 1807.
1 ° L'interdiction du mariage qui sépare nettement
le Manichéisme du Mazdéisme;
2** La défense de boire du vin ;
3** La prohibition de manger de la chair.
Les Mo-ni sont donc des Manichéens ou disciples
de Mâni ; c est ainsi que nous les désignerons doré-
navant.
IV
Un des textes que nous avons déjà cités ^ nous dit
que les Mânî professent le culte du T'ien, |5Ç , terme
que nous avons traduit jusqu'ici , faute de mieux, par
Esprit Céleste, Divinité Céleste, ou Ciel-Esprit; or
un passage du Tch'ang-ngan tcki « Description de ia
ville de Tch'ang-ngan » dit ceci :
C*est en 621 que le temple étranger du Tien |^ (at
établi à Tangle sud-ouest de la Trésorerie , c*est la divinitë
étrangère du Tien des contrées occidentales. Dans ce temple
il y a le fonctionnaire du bureau des Sa-pao qui préside an
culte de TEsprit Tien ' ; ce sont aussi des prieurs étrangers
qui remplissent ces fonctions (de Sa-pao).
* Vid. sup,, p. 456.
* Tch'ang-ngan'tcki ^ ^ ^ clc Song Min-kleoa , k. X, f* 1,
cité dans Havret, La stèle chrétienne de Si-nganfou, L II, p, s 59*
' Ces fonctionnaires portaient peut-être aussi le titre de 7*Keii
tcheng ou directeurs du Tien ^ ^ ^ W 13? JE-
MUSULMANS ET MANICHEENS CHINOIS. 465
Pour l'histoire de la divinité étrangère par Yuan-ngan(?) ,
voir le Livre des Wei septentrionaux; c'est du temps de
l'impératrice Ling-tai-heou que ce temple aurait été érigé
(en 5oo-5i6) \
Puisque nous savons maintenant que les Mo-ni
qui pratiquent le culte de Tien |3Ç , sont des Ma-
nichéens dont la langue syro-chaldaïque devait être
la langue liturgique ^, il devient dès lors facile d'iden-
tifier ce titre de Sa-pao, dans lequel nous voyons la
transcription du mot syriaque Sâbâ, qui signifie
vieillard , ancien , et répond au grec tirpscTëvTepos d'où
presbytre, prêtre. Ainsi quen témoigne la pierre
nestorienne de Si-ngan-fou, les chrétiens chaldéens-
syriens désignaient leurs prêtres par le mot syriaque
Kasis qui, quoique de forme différente, avait ce
même sens de ^peaSvrepos, Il allait de soi que les
ministres des deux sectes adversaires ne fussent pas
^ Dans le Wei-chou, k. xiii, fol. 12, il est dit que la princesse
Ling t'ai-heou, épouse de Hiuan-Wou-ti (5oo-5i6), protégea le
culte rendu par les Occidentaux à l'Esprit céleste étranger ]^ J^
jpÉ. Cf. Havret, La stèle chrétienne de Si-ngan^ou, t, II, p. 259.
* Âboul Farage dit dans le Ketab al Fihrist que les caractères
dont se servit Manès pour la transcription de ses livres étaient
empruntés au syriaque et au persan. «Manès, dit-il, est l'auteur
de sept traités religieux, dont l'un est en persan, et les six autres
en syriaque; il appela à sa religion les Indiens, les Chinois et les
habitants du Khorassan, et il établit dans chacun de ces pays un
homme qui exerçait l'autorité en son nom ... Le chef de la secte
résidait à Babylone, mais deux partis se formèrent, et l'un des
deux s'étahlit au nord de l'Oxus. . . Ce ^t, ajoute-t-il, après la
mort de Manès, que persécutés par le roi de Perse, les Mani-
chéens s'enfuirent au delà de l'Oxus où ils furent accueillis par le
roi des Turcks qui porte le titre de khan. Néanmoins qudques-
466 NOVEMBaE-DÉCEMBRK 1807.
désignés de la même manière ^ Ches les Manichéens
tes presbytres (en persan TcuTmda) occupaient le
troisième des cinq degrés de la hiérarchie ecclésias-
tique •^.
Quant au mot Hien ou Tien %Ji , nous le trou-
vons employé au moins dès le premier siècle de
notre ère : en effet, le dictionnaire Chouâ-^noen ^ ^ ,
qui date de iO!2 de J.-G., le mentionne :
Dans le Koan-tchong (la province de Chen-û, Ran-sou)«
on désigne le ciel ^ par le mot j^ *.
Nous inclinons à penser qu'il faut voir dans ce
signe Tien |3^, un symbole du dualisme adopté
d'abord par les Mazdéens et ensuite par les Mani-
chéens qui le leur auraient emprunté, tm effet, Tien
3^ , signifie à lui seul en chinois : Ciel^fimuunent ou
Ciel-Esprit [% J/lf esprit céleste) selon les contextes;
quant à Chi jjf qui lui est adjoint, il ne serait pas
là pour spiritualiser le ciel qui n en a pas besoin ,
mais pour le duaUser; il garderait sa signification de
uns revinrent en Perse à l'époque des trooMes qui amenèrent la
chute des rois sassanides et lors de rinvasûm arabe.» (Bcinand,
Géographie dAbonl-Féda, p. cgclx.)
^ Lettre de M. Rubens Duvd.
* E. Rochat, Essai sur Mâni et sa doctrine, p.. 178^
' Mf^MXMïXo' La préMmee du mot 13^ dans le
Chouô'wen détruit Tassertion du Tch'ang'ngan-teki de SongHiB-
k'ieou, suivant laqudle, d après le fVei-^u, ce caradèfe a'annit
pas existé sous les Wei s^tentrionaox (386-535). j{|[ ^ f^ J^
%^ Mo 'Ù M Î3Ç ^ î ^® *«**® scmUe devoir ioqilîqDlBr qne
15^ se prononçait comme ^l^ t*ien, — Cf. Havret, Im itèUdiFé-
tienne de Si-ngan fou , t. II, p. a 60.)
MUSULMANS ET MANICHÉENS CfflNOIS. 467
Esprit terrestre f^ îf/jf, qui lui est essentiellement
propre ^ ; nous avons donc ainsi , dans fien J^ et chi
jjf , un équivalent de Yang p^ et de /n f^ , qui sont
les deux termes du dualisme chinois, mais je pro-
noncerai fien (et non pas Ai^n) le caractère |^ ,
diaprés le nom du principe actif t'ien ^ , que seul
adoraient les Mazdéens et les Manichéens à l'exclu-
sion du principe adverse. Cette prononciation est du
reste autorisée par le dictionnaire Tsiyun H ]|| , pu-
blié sous les Song'^.
Ou bien encore les Mazdéens et les Manichéens
ont-ils jugé prudent d'altérer par ladj onction de
chi jïf le caractère Tien 5Ç « Ciel » , objet de leur ado-
ration, afin de ne pas contrevenir aux lois chinoises
qui réservent exclusivement à l'empereur le culte du
Ciel ( Tien 5c ) , et défendent à tout autre qu'à lui
d'en pratiquer ou d'en faire pratiquer le ministère.
Dans certains textes où se trouve le caractère
Tien j^, on le fait parfois précéder du mot^a
[Houô (f^)\ \\ me paraît tout à fait impossible que
le Manichéisme, s'étant inspiré du Mazdéisme, ait
totalement négligé le culte du feu au moins comme
Lumière , image de la divinité et de sa force. Mânî
/ ;^ ^ fé ^ 5C It A A tt Tir JS^ H. Le grand supé-
rieur des cérémonies sacrées s'occupait des rites attribués aux es-
prits ou intelligences (des trois ordres) céleste, humain et terrestre.
— Chi J^ y le troisième ordre, comprend les esprits qui président
aux montagnes, aux rivières, aux lacs, et en générid aux localités
terrestres. (Biot, Tcheou-li, vol. I, p. 419.) — Cf. aussi Kang-hi
Tze-t'ien aux mots ^ et Jff .
408 NOVËMBREDEGKMBRK 1807.
commandait la foi en Dieu, paradis de Lumière;
en sa Lumière qui est le Soleil et la Lune ; en sa force
qui est le souffle léger, le vent, la lumière, Teau et
le fea^.
D'autre part, il faut le remarquer, les altérations
que le Manichéisme devait subir dans un sens chré-
tien en s avançant vers l'occident de son berceau,
devaient sur place se produire dans un sens mazdéen,
vX puis dans un sens bouddhiste en se propageant à
rOrient. Vers Tan 5oo de J.-C., pendant ia dixième
année du règne de Qobad, Mazdek, le Manichéen,
comme le qualifie Maçoudi^, révolutionna la Perse
en y faisant adopter des doctrines communistes qu'il
dégagea de la religion de Mâni. Mazdek d'Estakhar^
(Persépolis), fds de Bamdad, avait pris ie titre de
Mobed des Mobed *.
Il permettait indiQ'éremment toute union libre
entre les deux sexes et à tous degrés de parenté^; il
^ E. Rochat, Essai sur Mâni et sa doctrine , p. i^o.
* Maçoudi, Les prairies <Jtor, t II, p. 195-196, trad. de Barbier
de Meynard.
^ Le Kitab béïân il-édiân fait de Mazdek ao homme de Néia (Kbo-
rassan). Cf. — Ch. Srliefer, Ckrestomatie penane, 1. 1, 1897.
* Hirbed désigne un prêtre du culte du feu. Sdon les anteora
orientaux un prêtre des anciens Persans était en génénd appdé au-
trefois magh ou mogh, ce qui est excellent, de là magUM ou mage;
une classe de prêtres supérieure à celle-ci était les wiùgk M ou mo-
bed, un préfet ou juge des mages, des prêtres iiutraitt oa dei adora-
teurs du soleil, dans un sens générd, un honune sage. Une troisième
classe de prêtres persans était appelée dastar on tunatenduU, —
Cf. David Sliea et Anthony Troyer, Le Dahistan, t. I, p« 17.
^ On lit une tradition concernant Torigine de Tinoeste dans le
Mazd<^isme. «Les Persans, est-il dit, attribaent aux fifanichéens
MUSULMANS ET MANICHEENS CHINOIS. 469
défendait de tuer les animaux et d'en manger la chair
et la graisse; il disait que les hommes devaient se
contenter pour leur nourriture de végétaux, d œufs,
de lait, de fromage et autres choses semblables.
Mazdek prétendait rajeunir ainsi la religion de Zo-
roastre dont les livres, selon lui, auraient été mal
interprétés; il devait donc prescrire Tadoration du
feu afin d'attirer les Mazdéens dans son partie Le
roi Qobad fut un des premiers convertis vers Tan
5oo. Quant à la population, elle adopta le Mani-
chéisme mazdékite, soit pour donner libre cours à
ses appétits et à ses passions , soit pour être d accord
avec le roi. Mazdek réussit si bien dans son entre-
treprise, que, admis à trôner à côté du roi, il put
dépouiller la plupart des grands, et se voir bientôt à
la tête d'une grande populace à laquelle il faisait
part de son butin. Cet état de chose dura à peu près
trente ans, jusqu'au jour où Kesra, fils et successeur
de Qobad, fit massacrer Mazdek, le Manichéen, et
80,000 de ses disciples en 533. Il est très possible
qu'après cet acte de vigueur, de nombreux sectateurs
de cette hérésie manichéenne soient sortis de Perse
pour se répandre dans le Turkestan, dans l'Oui-
gourie, jusqu'en Chine^. Cette migration dut se
rinceste avec la mère, et n'admettent pas qu'il leur soit antérieur i.
— Cf. Baron Carra de Vaux , Note sur un ouvrage attribué à Ma-
çoudi (Journ, osiat., janv.-févr. 1896].
* Mazdek prescrivait d'adorer le feu. — Cf. Ch. Schefer , le Siasiet
Nanieh ou Traité du Gouvernement, par le vizir Nizam oul-Moulk
abou Aly Hassan, 1063-1092, p. 253.
* Sur Mazdek, cf. Maçoudi, Les prairies d'or, t. II, p.]^i 95-196,
470 NOVEMBRE-DECEMBRE 18Q7.
produire surtout en ySS -809, lors des persécutions
des khalifes Mahdi et Hadi.
Dans la phrase :
Parmi les divers étrangers qui sont venus de Chine , il y a
les sectateurs de Mânî, ceux de Ta-t'sin (la Chaldée) et ceux
du (culte) Tien J5Ç».
Cette dernière expression désigne évidemment ici
le Mazdéisme puisque le Manichéisme est désigné
sous le nom de son fondateur. C'est pour la même
raison que l'expression de « Ta-ts in • ou de la Chal-
dée qui s'applique au Manichéisme et au Nestoria-
nisme , indique ici cette dernière religion.
Nous avons donc vu les temples de Mâni désignés
sous le nom : 1° de Tien tse %% |^ en 62 1 d après
l'objet de leur culte qui est le dualisme; a° de 7a-
ts'in sse ^ |^ -^ ou temple de la Chaldée en 63i
d'après l'origine de leur croyance et de leur langue
liturgique; 3" de Mâni sse f^ f& ^ ou temple de
Mânî en 7 68 d'après le nom du premier chef spiri-
traduction de Barbier de Meynard. — Mirkhond, Hittoin en
Samanides, trad. de S. de Sacy, p. 353-355; Darmesteter, Zend
avesta, t. II, p. 62. — David Shea et Anthony Troyer, Le Dth-
bistan, t. I", p. 372 , 375, 377. — Le Siasset Ncanek, du viiir Ni-
zam oul-Moulk Aly Hassan, trad. de Ch. Schef(^, p. 345*985.
^ Ed. Chavannes, Le Nestoriamsme , dans le Journal luiatkfUê ée
janvier-février 1897, p. 72.
MUSULMANS ET MANICHEENS CHINOIS. 471
tuel de ia secte ; on désigne cependant sous un qua-
trième nom ces temples deMânî en 768 et 771 :
Un décret, dit le Fo-tsoa-t'ongki^ , ordonna à ceux des
Ouïgours (Hoei-he) qui pratiquaient le culte de Mânî qu*ils
élevassent des temples de la Lumière Resplendissante dans les
Grands Nuages (-^ S % W ^ Ta-ja/i koang-ming sse).
Autre texte du même auteur ^ :
Les Ouïgours demandèrent à établir dans les arrondisse-
ments de King ^ , Yang & , Hong fit , et Yue j^ , des
temples de la Lumière Resplendissante dans les Grands
Nuages ; les adeptes de cette religion portent des vêtements
blancs et des coifFures blanches^.
Le cuite manichéen est surtout consacré au Dieu
de Lumière , au Père de la Lumière , au Paradis de
Lumière; or, dans un pays comme la Chine, qui ne
croit pas à l'immortalité de Tâme , q[uelle expression
meilleure que la Lumière Resplendissante dans les
Grands Nuages les Manichéens pouvaient-ils employer
^ Ubi sup., p. 67.
* Vhi sup., p. 67.
^ Le blanc était la couleur adoptée par les prêtres mazdéens et
mandéens; peut-être est-ce à eux que les Manichéens en avaient
emprunté l'usage; peut-être aussi faut-il rappder quen Taimée
760-751 les habitants de la Mésopotamie avaient pris le blanc et
déclaré la déchéance d'Aboul-Abbas Saifah; le blanc était un in-
signe de deuil et en même temps une manifestation contre le noir,
couleur officielle des Abbassides. Prendre le blanc était se déclarer
en révolte ouverte et se préparer à lutter jusqu'à la mort. — Cf. Ru-
bens Du val, Histoire d'Edesse, dans le Jovwnal asiatique de janvier-
février 1892 , p. 81.
472 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1897.v
pour exprimer en chinois leur Paradis de Lumière,
le temple du Paradis de Lumière?
Les caractères Ta yun koang ming 55^ :^ H ^ W
"^ figurent dans Finscription de Temperenr K'ien-
long; ses traductions turkes, mongoles et mand-
choues les considèrent comme ne formant quun
seul nom dun même temple; on ne peut donc le
couper en deux pour en faire les temples nommés
Ta-yun et Koang-ming.
VI
Les villes dont il est question dans la citation
précédente, sont :
1° La préfecture de King-tcheou sur le Yang-
tze Kiang dans la province du Hou-pe;
2° La préfecture de Yang-tcheou sur le Yang-tee
Kiang dans la province du Kiang-sou;
3° La préfecture de Nan-tchang sur un affluent
du Yang-tze kiang dans la province du Kiang si;
4** La préfecture de Chao-hing (avec Nîng-po)
sur le bord de la mer dans la province du Tchi-
kiang.
C'est là, dit le Fo-isou-t'ong-ki^, que des Ouï-
gours construisirent en 768 des temples du Paradis
de Lumière, c'est là, dit le même ouvrage^, qaen
771 ils demandèrent à en construire.
^ Éd. Cbavannes, Le Nestorianisme , dans le Journal asiatitfue de
janvier-février 1897, p. 67.
* Ubi sup,, p. 67.
MUSULMANS ET MANICHEENS CHINOIS. 473
11 y a là une contradiction flagrante, et je préfé-
rerais sur ce point m'en rapporter au texte historique
chinois qui a permis à Gaubil de dire :
Le prince Houei-he (Ouïgour) avait demandé à l'empereur
de laisser à la Chine les Moni;, ils habitaient plusieurs pro-
vinces et à la Cour. L'empereur lui répondit qu'il ne voulait
pas pour le moment que dans les provinces il y eût des reli-
gieux étrangers, mais qu'il en laisserait quelques-uns à Lo-
y ang ( au Ho-nan ) , à T'ai-yuan fou ( au Chan-si ) , à Si-ngan
fou (au Chen-si)\
On trouve en effet dans le Tang-choa la mention
de cette autorisation de construire des temples de
Mânî à Ho-nan fou et à T'ai-yuan fou^.
Au surplus , qu*y aurait-il d'étonnant à ce que Jes
Ouïgours aient établi ou fait établir des temples de
Mâni dans les localités maritimes précitées : les
meilleures relations n existaient-elles pas alors entre
leur khakan et la cour de Chine? Leur puissance
n'était-elle pas à son apogée? En ySy le fils du
khakan ouïgour n'avait-il pas amené à l'empereur
de la Chine un corps d'armée considérable pour
combattre victorieusement la révolte de Ngan-Lou-
chan? En 788, le khakan des Ouïgours n'épousait-il
pas une princesse impériale chinoise? En 762, le
khakan des Ouïgours ne venait-il pas en personne
^ Gauhil, Histoire des Tang , Mémoires sur les Chinois, t. XVI,
p. 228.
* Lbi snp., p. 71. — En 799, dans le 4* mois, après une longue
sécheresse les Maîtres Mâni ^ J^ ^ furent invités à prier pour
avoir de la pluie. — Cf. Havret, La Pierre chrétienne de Singanfou,
t. II, p. 269.
X. 32
IMmilIliBIK BATtOIALS.
474 NOVEMBRE-DEGËMBRE 1897.
en Chine à la tête de 1 00,000 de ses gens pour ai-
der 1 empereur à reprendre ses deux capitales tom-
bées entre les mains des rebelles? Dans de tdles
conditions politiques qu y aurait-il d'impossible à ce
que le khakan ouïgour, ce voisin puissant sur l'as-
sistance duquel il était bon de pouvoir encore comp-
ter, ait pu obtenir pour ses M âni ou pour d'autres
de Bassorah ou de Siraf venus du golfe Persîque par
mer, l'établissement d'vm lieu d'assemblée sur trois
marchés des bords du Yang-tze et d un quatrième
sur la côte? A qui mieux quau khakan desOuïgours
les Manichéens qui se trouvaient près de lui, et parmi
lesquels devaient figurer des Ghaldéens et des Per-
sans, pouvaient-ils s adresser pour obtenirde tels avan-
tages dont jouissaient déjà les moines bouddhistes?
Nous dirons, enfin, que les Ouïgours, Tartares,
Arabes, Persans et gens du Khorassan au service du
Céleste Empire dans les circonstances que nous ve-
nons de relater, ne devaient pas retourner chez eux
sans laisser en Chine quelques-uns des leurs; c'est
ainsi quen 78/^ on comptait encore i5o,ooo de oes
étrangers dans les armées de lempire, et à Si*ngtn
fou seulement il y ayait A, 000 Êimilles étrangères
qui devaient évidemment se livrer au commerce et
tendre à s établir dans les provinces du littc^rai qui
produisent le thé et la soie.
MUSULMANS ET MANICHEENS CHINOIS. 4^5
VII
Le texte qui nous parle, en 806 , de la venue des
Manichéens avec une ambassade des Ou'igours cpp^
tient la phi^ase suivante ^ :
Le kkakan ordinairement avec (eux) a en commun le gou-
vernement "q'fF^H^Hif.ifc'-
C'est-à-dire :
Le khakcm (des Ouïgowf) associe d'm^ rïwnière constat^
[les Manichéens) au gouvernement [de ses Etats) ^
C'est cette phrase tirée du T'ang-ehon, qui a
permis au père Gaubii de nous dire :
Les Ouîgours avaient des religieux appelés Moni qui avaient
beaucoup de crédit sur eux et étaient fort consultés par le Kha-
kan dans les affaires de la nation*.
Somme toute, aucun texte chinois ne nous dit
que , d une manière générale , les Ouîgours fussent
manichéens; les auteurs chinois nous rapportent
simplement qu'il y avait des Ouîgours manichéens,
que des Mânî (qui étaient sans doute d'origine
* Kieon Tang-choa, chap. xiv, p. 7, cité par M. Chavannes,
Journal asiatique de janvier-février 1897, p. 71.
^ D'après le texte de l'édition ja(x>naise di| Tting-ahou qui m'es
obligeamment communiqué par Mf Courant, ^ eft ufi yerbe
comme dans la phrase Hft^^îl^^^A^E f^^ PIM^
M. Couvreur.
^ Gaubii, Histoire dss Tang, Mémoiireji sur les Ç^bi^oi^, t. ^VI,
p. 100.
33.
4*76 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1897.
chaldéenne ou persane) avaient faciiement accès
auprès de ieur khakan , et qu ils avaient la confiance
de celui-ci au point de lui servir habituellement de
conseillers. Ce n'est sans doute pas assez pour confir-
mer d une manière absolue et dans leur ensemble
les dires de Maçoudi et d'Aboul Farage quand ils
écrivaient au x'' siècle que le khakan des Togouz
Ogouz'et son peuple étaient manichéens, mais cela
suffit à nous faire voir les Manichéens occuper tout
au commencement du ix* siècle, depuis quelque
temps déjà, auprès des Khakans ouïgours, une situa-
tion privilégiée et prépondérante dont il n a jamais
été question pour les Chrétiens nestoriens, situa-
tion qui a pu mettre les Manichéens à même de
communiquer les premiers aux Ouïgours lusage de
J'alphabet syro-chaldéen d'où dérive leur écriture ^
Nous n'avons aucune preuve indiscutable que, au
IX* siècle, le Nestorianisme ait déjà pénétré chez les
Ouïgours^.
VIII
Les Manichéens étaient désignés en syriaque et
en arabe comme Jils de Mânî; en Chine leur appella-
tion fut peut-être la même; ils se seraient donc appelés
Mo-ni tze JIji ^ "^ « fils de Mânî », mais les écrivains
' Reinaud, dans sa Géographie dAhonl Féda, p. cccLxy, tire
les mêmes conclusions d'un passage du Kitab Alfihrist d'Abool Fa-
rage.
^ Les cimetières de Pishpek et de Tokmak ne comptent aacune
stèle funéraire nestoricnne antérieure au xiii* siècle.
MUSULMANS ET MANICHÉENS CHINOIS. 477
chinois, ne considérant sans doute le mot tze ^ fils
que comme une désinence substantive de la langue
orale, l'auront supprimé dans la langue écrite de
leurs textes.
Toujours est-il que les deux caractères chinois
dont est formé le nom de Mo-ni, doivent être pro-
noncés Mâni; nous en avons un exemple frappant
dans la phrase suivante où Ton voit les deux carac-
tères Mo JS^ et ni ^ employés pour rendre les deux
syllabes mânî dans la transcription du nom arabe
Samâni :
Les (Arabes) Tazi envoyèrent Balkin Samâni et autres
offrir en tribut (à la cour de Chine) des produits de leur
sor.
^ Oa mieux Balkin-es-Samâni avec la même transcription chi-
noise. Balkin est le nom d*une tribu arabe.
Si San-mO'jii _^ & J^ devait signifier • trois Mânî t il faudrait
entre Po-lo-k*in ^ jj|| |^ et San-mo-ni ^ J^ ^ une copola-
Uve telle que ^ , ^ ou ^ signifiant «en compagnie de, avec, et»
comme dans la phrase chinoise citée au commencement de la page 53
du même artide de M. Chavannes ; pour que Po-lo-Kin soit un
Mânî , il faudrait déplacer le mot ^ et écrire |^ j||| |^ ^ ^
m /g ou biea ^ H i>: ^ JH ;B H ;5 . Le San-mo-ni de la
phrase originale n'a donc qu'une valeur purement transcriptive
pour rendre le mot Samâni. Le caractère Mo J^ dans les tran-
scriptions de l'époque s'employait pour Ma comme dans Samâpatti
^ jS^ §k. |£ et dans Samâdhi ^ |^ ^ .
La citation chinoise précédente se continue ainsi :
478 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1897.
IX
En 8/io, les Qirgliiz détruisaient la puissance
des Ouïgours septentrionaux et se substituaient à
eux dans le khanat de TOrkhon. Un grand nombre
de Ouïgours, ainsi chassés vers le sud, se rabat-
tirent sur la frontière du Chan-si à 1 est du fleuve
Jaune, et demandèrent à y vivre sujets de Fempire
du Milieu; en 8/i i le souverain chinois jugea pru-
dent de leur accorder des secours en grains qu*ils
réclamaient, el une partie de ces Ouïgours fut in-
corporée dans Tarmée chinoise; les autres ayant de-
mandé à la cour la permission de demeurer à Kouei-
hoa-tch eng et se Tétant vu refuser, se révoltèrent,
ravagèrent le Chan-si et le Tchi-li. Dans le Chan^si
ils furent défaits le 1 3 février 842 ; dix mille furent
tués, vingt mille se rendirent, et une grande partie
des Ouïgours dispersés se soumirent aux comman-
dants chinois du Tchi-li.
mm B mm i^mmm^mit^^tè m Mo
«Mânî et autres furent introduits dans la salle Tch*ong-tcfaeQg-
tien ; il offî-it des perles ânes et dit que , depuis le jour de leur dé-
part ; il avait le réel désir de contempler la face auguste de Tempe-
reur, et qu*en offrant ces perles , il désirait qu'il ne lui soit rien
donné en retour; Tempereur Tchen-tsong n'y consentit pts et* i^
lant à rencontre du désir de Tenvoyé , il attendit son départ pour
le combler doublement de présents. »
Ici Mâni est l'abréviation à la chinoise du nom propre SamAni,
nom du lieu d'origine de Bslkin i Balkin de Samân.
MUSULMANS ET MANICHÉENS CHINOIS. 479
Quel contrecoup ces événements eurent-ils en
Chine? Les auteurs chinois vont nous ie dire^ :
En 843 un décret ordonna que tous les temples de Mâni
fussent supprimés ; à la capitale , soixante-dix femmes mânf
furent tuées ; ceux des Màni qui se trouvaient parmi les Ouï-
gours furent exilés dans divers districts; il en mourut (ou il
en fut tué) plus de la moitié.
Ainsi voit-on les Mâni qu'avaient jusqu'alors pro-
tégés les Ouïgours, subir les conséquences de la
ruine de leurs protecteurs. Si ce n est là quune
simple coïncidence elle est d autant plus digne de
remarque que la mesure qui atteignait les Mânî en
8/i3 avait un caractère tout spécial, car ce nest que
deux ans plus tard, en 8^5 , que parut le décret qui
frappait indistinctement toutes les religions étran-
gères en Chine, el faisait rentrer dans la vie laïque
260,500 religieux ^et religieuses bouddhistes,
2,000 religieux (seng) de Ta-tsin (nestoriens),
mages (mazdéens) et Tien J3c (manichéens)*
Malgré cette persécution les Manichéens ne dis-
paraissent pas du territoire de lempire; un texte
chinois nous dit en effet quen 920, la 6* année
Tcheng-ming de lempereur Mo-ti des Leang posté-
rieurs, les Mânî de la sous-préfecture de Tcheng-
tcheou^ (dans la province deHo-nan)se révoltèrent
et déclarèrent Fils du Ciel xm certain Mou-i ; on en-
voya des troupes qui le décapitèrent^.
^ Journal asiati<^ue, janvier-février 1897, p. 72,
' "tf Z* Hàî-Kouo-t'on-tchi, k. xxvi, f ig« Le tejite ajoute :
480 NOVEMBREDÉCEMBRE 1897.
Enfin Léang-tchou qui vivait sous la dynastie des
Song et dont nous avons traduit quelques observa-
tions tirées du Fo-tsou-t'ong-ki nous a parlé des Ma-
nichéens de son temps ^.
X
CONCLUSIONS.
1° Le caractère Tien j^ est le symbole du Ciel
daalisé , celui du Ciel et de la Terre, représentant
les Deux Tsong ^, ou Principes primordiaux Yang,
1^ et /n 1^ , la Lumière et les Ténèbres ou bien il
ne résulte que dune défiguration graphique néces-
saire du mot Tien 3Ç signifiant le Ciel sfiritael dont
le culte est réservé à Tempereur seul. Ce symbole,
d'abord adopté par les Mazdéens , laurait été ensuite
par les Manichéens ^.
2° Le culte mazdéen existait au premier siècle de
notre ère sur le territoire formant aujourdliui les
provinces de Chen-si* Kan-sou ^. Le célèbre voyageur
Hiuen-tchoang nous montre le Mazdéisme florissant
chez les Turks Tou-kiou , dans les parages du lac
Issikoul et de Taras entre les années 629 et 6^5. A
cette époque les Ouïgours faisaient partie de la con-
f Leurs disciples ne mangent pas de chair et ne boivent pas de vin;
la nuit ils se réunissent pour se livrer à la débauche; ils rqnré-
sentent le roi des démons accroupi , Bouddha lui lavant les pieds ».
* Vid, sup., p, 458.
* Vid, sup., p. 466.
* Vid, sup,, p. 466.
MUSULMANS ET MANICHÉENS CHINOIS. 481
fédération des Turks ^ Avec le Mazdéisme avait dû
s'introduire l'écriture dont il pouvait être le véhicule.
En 677, le roi de Perse fugitif, Pirouz III, obtint
la construction à Tchang-ngan (Si-ngan fou) d'un
temple mazdéen appelé Temple de la Perse ^, d'après
l'origine du culte ou de ceux qm le pratiquaient.
3" En 62 1 , se trouve une première mention d'un
temple manichéen à Tchang-ngan (Si-ngan fou),
temple qui pouvait avoir été là depuis les années
5 00-5 1 6 ; ses desservants portaient le titre syriaque
de Sâbâ qui signifie ^psd&jrepos, prêtre*; on les dé-
signe également sous le nom de Maîtres (fiH)^; ce
temple s'appelait Ta-tsin sse, temple de la Chaldée
d'après l'origine du culte; on y adorait le Ciel daaUsé
Tien jfj^ ^ ; il y eut quatre sanctuaires de Tien |5Ç î||
dans la ville de Tch'ang-ngan (Si-ngan fou)^. En
694, un Persan ou plutôt un Chaldéen nonuné
Fou-to-ien apporta les livres sacrés des Deux Priîi-
cipes; les défenses qu'ils formulaient sont bien celles
du Manichéisme : interdiction du mariage, de maQger
de la chair et de boire du vin ''. Les localités où fiit
^ St. Julien, Hûtoire de la vie de Hiouen-^uang , p. XLVn et 56.
' Tch'cuig^an tchi, K. x, fôL 4* cité dans Havret, La stHe chré-
tienne de Si-ngan JovL, t. II, p. 38 1.
' Vid. sup»,ip, 456, 464.
^ Vid. sup,, p. 473, note 2.
* Vid, sup., p. 464, 465.
* Tchang-ngan tchi, k.ix, fol. 3, et.k. x, fol. 1, 4. 5,. cité par
le P. Havret, La stèle chrétienne de Si-ngan faa, p, 359, 360.
^ Fi(2. sap.^ p. 456, 45g, 46o, 463, 464. i
482 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1897.
autorisée la construction des temples manichéens
sont : Tch'ang-ngan (Si-ngan fou), Ho-nan fou et Taï*
yuan fou ; peut-être , à la fin du vin* siècle , cette
permission s'était-elle aussi étendue au midi de la
Chine dans des localités accessibles à la navigation,
pour des Manichéens ou fils de Mâni venus de chez
les Ouïgours ou, bien plutôt, du golfe Persique par
mer^ Les prêtres manichéens de la Chine tendaient
à se faire passer comme prédicateurs bouddhistes ^;
ils avaient cependant <lans le Céleste Empire une
existence officielle et indépendante; cest ainsi que
nous les voyons invités par le gouvernement à prier
pour la pluie en temps de sécheresse*.
4** Le Manichéisme, avec récriture dont il peut
être le véhicule, c est-à-dire Técriture syriaque, avait
pénétré chez les Ouïgours de TOrkhon à une époque
qne nous ignorons, antérieure à l'année 768; à cette
date, le gouvernement chinois les autorise à oon«-
struire en Chine des temples manichéens du Paradis
de Limiière*. Parmi les Manichéens qui venaient de
chez les Ouïgours , il y avait des prêtres et des mar-
chands; plusieurs d'entre eux vinrent en 806 à
Tch'ang-ngan avec une ambassade des Ouïgours ^;
à cette époque, le khakan consultait ces Manichéens
^ Vid, sup,, p. 471 à 473.
* Vid, snp., p. 461, n. 2.
* Vid, tup,, p. 473, II. a.
* Vid. snp,, p. 471.
* Vid, snp,, p. 463.
MUSULMANS ET MANICHÉENS CHINOIS. 483
dans les affaires de son gouvernement^ et semble s'être
fait le protecteur de leur religion en Chine; c'est sur sa
demande quen 807 des temples deMâni avaient été
établis à Tai-yuan fou et Ho-nan fou ^ ; cet état de
choses dura jusquen 843, date à laquelle la puis-
sance des Ouïgours était anéantie et remplacée par
celle des Qirghiz ; le gouvernement chinois fit alors
procéder à un inventaire de tous les biens que possé-
daient les temples de Mânî dans l'empire ^, et fit dis-
perser violemment leurs fidèles *.
5^ En 920 nous assistons à une tentative de ré-
volte d'un groupe, sans doute considérable, de Ma-
nichéens dans la province de Ho-nan®; les annales
mentionnent sous la dynastie des Song, en 961,
l'arrivée par Rhotan d'un Maître Mânî qui offrit à
la Cour de Chine deux vases de verre et une pièce
de soie des pays étrangers ^. Nous retrouvons en
981-984 dans le Kao-tch'ang (près de Tourfan)
un temple de Mânî desservi par des rehgieux per-
sans; à cette époque le khakan des Ouïgours de
Kao-tchang s'appelait Arslan [lion, en turk); «le
bouddhisme florissait cependant dans ses Etats qui
s'étendaient depuis la frontière de Chine jusqu'à
^ Vid, sup., 475.
* Vid. sup., 455, 473.
^ Tang-hoei-yao , vol. XLIX, fol. 11, cité dans Havret, La stèle
chrétienne de Si-nganfon, p. 259, n. 3.
* Vid, sup,, p. 479.
Vid. snp., p. 479.
Song-che, k. 490, f° 4.
5
0
484 NOVEMBREDÉCEMBRE 1897.
Khotan ^ Enfin le bouddhiste Leang-tchbu qui vivait
sous cette même dynastie des Song, nous parie
encore des Manichéens de la Chine, postérieurenient
aux années i i3i-i i63 ^.
' St. Julien, Les Ouîgours, Jown, asiat, de janvier 1847» p* 56,
60.
' Vid. sup,, p. 459.
Bibliographie : de Beausobrc , Histoire critique de Manichée
et du Manichéisme , Amsterdam, lySA. — Baur, Dai Mani-
chàische Religionssystem, Tubingen, i83i. — G. Flûgel»
Mani, seine Lehre und seine Schriften, Leipzig, 186 a. —
Kessler, Forschungen àher die Manicliàische Beligion^ Berlin,
1889. — E. Rochat, Essai sur Mâni et sa doctrine, Genève,
1897.
UNE INSCRIPTION PHÉNICIENNE X AVIGNON. 485
UNE INSCRIPTION PHÉNICIENNE
À AVIGNON,
PAB
M. MAYER LAMBERT.
I
En faisant exécuter des travaux de terrassement
dans le quartier Champfleury, près de la gare des
marchandises, M. Henri Meunier, propriétaire à Avi-
gnon, a trouvé un petit bloc de marbre noir, qui
était enfoui à 3 m. 5o au-dessous du niveau du sol.
Ce marbre, qui mesure exactement o m. i4 de
haut sur o m. 1 6 de large, porte une inscription phé-
nicienne. Par Tintermédiaire obligeant de M. Bauer,
rabbin d'Avignon, qui m'a communiqué les détails
qu'on vient de lire, j'ai reçu une photographie du
monument, que M. Meunier m'a autorisé à faire
connaître.
L'inscription se compose de quatre lignes, dont
les trois premières ont 2 5 à 27 lettres , et la qua-
trième 20. La deuxième moitié de la première ligne
a souffert, et quelques lettres de la troisième sont
aussi un peu effacées. Le reste se lit très facilement.
Les caractères ressemblent beaucoup à ceux qui
486 NOVEMBRE-DÉCEMBRE (807.
sont employés dans les inscriptions de Carthage et
de Marseille. L'alef présente cette particularité que
le trait oblique supérieiu* se termine par un crochet
qui rejoint le trait oblique inférieur. Le jambage
vertical ne traverse pas les traits obliques. Il ny a
pas de séparation marquée entre les mots.
Nous donnons le texte de Imscription, d'abord
en fac-similé, daprè$ la photographie, puis tran-
scrit en Cfiractères hébreux carrés, comme nous
avons pu le déchiffrer. Nous surmontons d'un point
les lettres douteuses.
p mp^nny p t3*?>c ùpd «anb»
Nous proposons la traduction suivante :
1 . Tombeau de Zaybaqat, prêtresse delà maltresM de. . .
Elle est ia fille de
2. Abdesckmoun , fils de Baaiyatan, fiUd*Abd^8chiiiani,
lemme de
UNE INSCRIPTION PHÉNICIENNE A AVIGNON. 487
3. Baalbanno, érecteur (1^) d(9 dieux, fils de Abdmelqiirt,
fds de
4. Himilcat, fils d'Abdeschmoun. Ne pa^ ouvrir (ce tom-
beau ).
Nous nous contenterons de quelques, remarques
sur les mots obscurs du tej^te; les lettres ripa"»? ne
peuvent être autre chose que le nom de la personnie
enterrée, et qui est une femme, comme on le vpit
par la suite de Tinscription. On pourrait croire, au
premier gJ)ord, que î est le prpnom démoqstratif,
mais la construction de la phrase s y oppose.
Dans n;non, le d et surtout len ne sont pas sûrs,
mais on ne peut guère supposer ui^ autre mot.
On aperçoit ensuite im reste du trait supérieur
dun ^, qui commence, selon nous, le mot ni^^b. Le
-) est à peu près certain. Du 3 on distingue le jain-
bage inférieur. Le n n est pas tout à fait net.
Le mot suivant est presque illisible. On voit le
trait inférieur d'une lettre qui peut être 3 , ç , j , d , Qtc.
Puis on croit voir le haut dun V A la rigueur, il
pourrait y avoir deux lettres avant le . Puis on aper-
çoit un jambage qui peut provenir dun N, d'un n,
dun p ou dun i.
Le trait oblique qu'on aperçoit ensuite nous
semble appartenir à un n , qui , avpc ïalef très net qui
le suit, donne le pronom personnel xn .
Les caractères qui terminent la ligne sont peu
distincts , mais ils représentent certainemeut Je paot
ns; les traces de lettres s'accordent, d'ailleurs, avec
cette supposition .
488 NOVEMBRE-DÉGEMBRE 1807.
La seconde ligne donne la généalogie de Zaybaqat.
Elle porte clairement: Âbdeschmoun, fils de Baal-
yatan , fils d' Abdeschmoun , et finit par le mot nc^K
« femme ».
La troisième ligne débute par Baalhanno, le nom
du mari. La même malchance que nous avons déjà
eue à la première ligne a fait que les mots importants
qui indiquaient les fonctions du mari de la prétresse
sont difficiles à lire. Il doit y avoir là six lettres dont
la quatrième et la cinquième paraissent être ^k. La
première pourrait être un D ou d , la deuxième un
p ou un 1, la troisième un D, un d, ou un s. Nous
proposons obn DpD, qui élève les dieux, ce qui pour-
rait désigner un fabricant dldoles.
La généalogie de Baalhanno ne présente aucune
difficulté. Les deux époux ont pour bisaïeul Abd-
eschmoun qui pourrait être leur ancêtre commun.
Dans les derniers mots nt\ïh baK, le t seul n'est
pas net. biH est sans doute la n^ation écrite d'ordi-
naire ^3>N, et nriD^ est Tinfinitif du verbe nnD.
Cette formule rappelle les objurgations d'Elschmoun-
azar.
L'inscription d'Avignon est intéressante au point
de vue historique : à l'endroit où ^e a été décou-
verte, se trouvait autrefois, conmie me l'apprend
M. Bauer, un cimetière, et M. Bauer pense que le
plus ancien cimetière juif de la ville se trouvait à
cette place. On doit donc croire que le terrain où
a été trouvé le monument servait depuis fort long-
temps de cliamp de repos. La prêtresse phéniciemie
UNE INSCRIPTION PHÉNICIENNE À AVIGNON. 489
fut 1res vraisemblablement enterrée au lieu où Ton
a découvert le marbre qui a conservé son souvenir.
Les Phéniciens étaient-ils établis à Avignon, et au-
raient-ils élevé un temple dont Zaybaqat fut prê-
tresse? ou bien Zaybaqat serait-elle morte au cours
d'un voyage entrepris par les Phéniciens sur le
Rhône? Nous laissons à de plus compétents le soin de
résoudre ce problème. Dans tous les cas, c est la pre-
mière fois, à notre connaissance, qu'on trouve un
monument phénicien à une aussi grande distance de
la Méditerranée.
II
NOTE SUR LE MÊME SUJET,
PAR
M. PHILIPPE BERGER,
MEMBRE DE L*nfSTITUT.
r
L'inscription si heureusement déchifiFrée par
M. Mayer Lambert n est pas la première inscription
phénicienne qu on ait trouvée en France. Nous possé-
dions déjà le grand tarif des Sacrifices de Marseille
[Corp, inscr, Sem. f i^" partie, t. I, n"" i 65); m^is la
pierre de Marseille est identique à celle de Tunis, et,
comme Tinscription avait été trouvée au bord de la
mer, de fort bons esprits avaient pu se demander si
elle n aurait pas été apportée comme lest de Carthage.
X. 33
490 NOVEMBRE-DEGËMBRË 1607.
Pour une raison analogue, la provenance du vase Al-
bertas(C. /.5. , impartie, t. I, p. 217) était encore
plus contestable : les vases se transportent trop aisé-
ment d un lieu h un autre.
Il y a quelques années enfin, on avait trouvé à
Avignon même un ex-voto dédié à Tanit, encadré
dans le mur d une maison de la rue de la Masse ; mais
Ernest Renan, avec sa grande sagacité, avait sup-
posé, non sans raison, que c'était un ex-voto de Car-
tilage qui était. venu échouer à Avignon; et son
hypothèse semblait confirmée par le fait que la mai-
son où il était encastré avait été occupée par un
officier supérieur qui avait pu faire campagne en
Afrique. En effet, nous l'avons retrouvé parmi les
inscriptions découvertes à Carthage par M. de Sainte-
Marie, de 1875 à 1876. On peut voir son histoire
au Corpus y t. I, n** 261 .
L'inscription découverte par M. Meunier se pré-
sente dans des conditions assez différentes. L'examen
paléographique ne peut laisser aucun doute sur son
authenticité. Les caractères sont très fins et très
élancés, tracés avec une grande sûreté de main, et
ils présentent les traits distinctifs de l'écriture pu-
nique, telle que nous la trouvons employée dans
le bassin occidental de la Méditerranée, à Gauios,
en Sicile et en Sardaigne, comme à Carthage.
D'antre part, les circonstances dans lesquelles
elle a été découverte ne permettent guère de sup-
poser qu'elle ait été apportée récemment à Avignon.
Elle était, en effet, à ce qu'on nous dit, enfouie ù
UNE INSCRIPTION PHÉNICIENNE X AVIGNON. 4Q1
3 m. 5o sous le sol, et les lettres portaient encore,
d'après M. Perdrizet qui Ta vue dès le lendemain de
la découverte , des traces de plâtre qui tendraient à
prouver qu elle n*a pas été trouvée à sa place primi-
tive et qu elle avait été réemployée. Elle a donc dû sé-
journer probablement un temps assez long à Avignon.
Reste à savoir si elle n'y aurait pas été apportée
plus ou moins anciennement par quelque accident,
ou si cest bien Tépitaphe dune prêtresse phéni-
cienne morte à Avignon , et si nous avons là réelle-
ment une inscription phénicienne de Gaule. Il faut
attendre. Quand lenquête scientifique à laquelle on
se livre à ce sujet sera terminée, peut-être serons-
nous à même de résoudre ce problème. 11 faudra
aussi reprendre, à Taide de Texcellent estampage que
M. Homolle a offert au nom de M. Perdrizet à l'Aca-
démie, et qui vaut presque l'original, l'étude des
parties mutilées de l'inscription.
Pour le moment, nous devons nous borner à
joindre quelques notes au commentaire si judicieux
dont M. Mayer Lambert a accompagné sa traduc-
tion.
Ligne 1, Cette ligne, qui est la plus importante
est aussi], par malheur, la plus mutilée. — Le nom
propre npnn que M. Mayer Lambert transcrit Zay-
baqat se trouve déjà comme nom d'homme sur le
lion du Serapeum de Memphis (C. /. S,, n^gy),
La comparaison des formes parallèles pnn (C. /. S.,
n° 569), Npnn (n** 981), Dpn'»! (n~ 182, a5i,
33.
492 NOVEMBRE-DÉCKMBRE 1897.
A 2 3 , etc. ) pix)uve que le taa , de même que le ment et
{'aleff n est qu une désinence et que la racine est py^t.
Peut-être est-ce un nom étranger.
M. Mayer Lambert restitue la première partie du
titre de Zaybaqat de la façon suivante : [^n-]inDn
nnn « la prêtresse de la Grande Dame » , etc. ; on aime-
rait riiieux nanDH seul, ou naib nans s'ans- Tarticle;
mjais'^la lecture s'impose. Pour cet emploi du lamed^
comparer mn*»^ oanD, I Samuel, i, 3. Comparer
aussi le titre mnt:;^ nanD « prêtresse dAstarté » , porté
par la mère dEsmounazar (C. /. S., 3^). Le nom: de
la déesse est en grande partie détruit. Il semble
pourtant que Toriginal donnerait plus que la photo-
graphie. — La ligne se termine par le mot nn pré-
cédé de deux lettres, que M. Mayer Lambert lit :
H[n] « qui est la fille de ». J'inclinerais plutôt à. les
lire H[i\ et à y voir la fin du nom divin.. En général ,
sur les inscriptions phéniciennes , le mot na suit
directement le nom. propre ou les titres qui raccom-
pagnent.
Ligne 3. Après le nom du mari de Zaybaqat,
M. Mayer Lambert a lu très heureusement le titre
assez obscur de D.^N DpD, qui n'est plus guère visible,
et qui se retrouve à deux reprises dans lé Corpus
{n°* 260 et 261). 11 est à noter que Tune des deux
inscriptions où ce titre paraît est précisément cdie
qui a été trouvée à Avignon dans la rue de la. Masse ;
mais il ne faut tirer aucune conclusion de. cette ren-
contre purement fortuite.
UNE INSCRIPTION PHÉNICIENNE À AVIGNON. 493
La quatrième et dernière ligne se termine par le
groupe nriD^ Vnx. La coupure est imposée par Tin-^
scription ^ qui présente entre les deux lamed un in-
tervalle sensible. On pourrait être tenté de rappro^
cher le premier mot de la formule ^an qui termine
les inscriptions funéraires de Palmyre; mais alorà
on ne sait plus que faire de nriD*?. Je crois que
M. Mayer Lambert à eu raison d y voir une forme
parallèle des négations ^n {CL S., n° 3/1. 3, et
n° i65, 1. i5) et Vn'^N (n° i65, 1. i8), et qu il faut
traduire « Ne pas ouvrir » , ou encore plutôt * A ne
pas ouvrir». Cette formule rappelle dans sa conci-
sion, ainsi que le dit fort bien M. Mayer Lambert,
les imprécations portées sur les inscriptions d'Es-
mounazar et de Tabnit contre ceux qui violeraient
leur sépulture.
Il est difficile de se prononcer avec précision sur
la date de Tinscription. Les caractères sont ceux
que nous sommes habitués à rencontrer sur les
monuments du if et du wf siècle avant Tère chré-
tienne. L'écriture ne porte encore aucune des traces
d'altération propres au néo-punique, h'alef est très
élancé et la tête de la lettre partage la hampe en deux
parties. Le tau est surmonté d une aigrette comme
à Carthage.
De toute façon, cette inscription est intéressante
par son contenu, comme par le lieu oii elle a été
trouvée; elle le serait encore plus, s il était dé-
montré quune prêtresse attachée à un temple phé-
nicien est morte à Avignon et a pu y faire graver
404 NOVEMBRE-DËGEMBRE 1897.
sur sa tombe une inscription phénicienne, soit que
ia déesse mentionnée sur Tinscription ait eu son
sanctuaire à Avignon , soit que Zaybaqat ait été prê-
tresse dun temple de Marseille ou même de Car*
thage. Peut-être le nom de la déesse, quand on le
lira , foumira-t-il quelques lumières sur ce point. En
tous cas , la présence de Phéniciens à Avignon ren-
drait plus probable Thypothèse d après laquelle le ta-
rif des Sacrifices serait bien de Marseille elle temple
de Baal Çafôn qui y est mentionné aurait été élevé
sur remplacement même de la cathédrale actuelle.
NOUVELLES ET MÉLANGES. '495
NOUVELLES ET MÉLANGES.
SÉANCE DU 12 NOVEMBRE 1897.
La séance est ouverte à 4 heures et demie. '
Présents : MM. Barbier de Meynard , président ; Maspero,
vice-président.
MM. Hondas, Clêrmont-Ganneau , Le P. Boyer, Duval
Chabot , Perruchon , V. Henri , Halévy , Feer, Devéria , M. Cou-
rant, Cabaton, Pelliot, Boehl, Dumont, Finot, M. Schwab,
Oppert , l'abbé Nau , Foucher, Ferté , Aymonier, Cf, Beaure-
gard, membres, et Drouin, secrétaire adjoint.
Le procès-verbal de la séance de mai est lu , sa rédaction
est adoptée.
Sont reçus membres de la Société ;
MM. le marquis del Valle de Tojo, chevalier de Malte,
demeurant à Nice, avenue Désambrois, n* 2, prt-
senté par MM. E. Leroux et Drouin.
le D' Bushell (Stephen-Wootton), médecin de la
légation britannique en Chine , demeurant à Nor-
wood. Central Hill (Angleterre), présenté par
MM. Chavannes et G. Devéria.
Le Conseil autorise l'échange du Journal asiatique avec les
Analecta BoUandiana^ recueil rédigé par les BoUandiistes
membres de la Société de Jésus. En échange des quinze jpre-
miers volumes des Analecta et de ceux qui suivront, la So»
ciété asiatique remettra les volumes du Journal è' partir du
i" janvier i883. Les fascicules des deux recueils sénront res-
pectivement envoyés à l'avenir, lors de leur publicationf.
4d6 NOVEMBRE-DECEMBRf. 1897.
Le Secrétaire présente à la Société, au nom du pandit
Râii Kumar Dâs qui habite Ailampur, un spécimen de récri-
ture lepcha ou rong contenant en manuscrit et en typogra-
phie une adaptation de la parabole de Tenfanl prodigue en
langue lepcha. M. L. Feer est chargé par M. le Président
de prendre connaissance de ces notes et de faire un rapporti
s'il y a lieu , à la prochaine séance.
M. Maurice Gourant annonce à la Société que M. Inouvc
qui était délégué du Gouvernement japonais au Congrès
des orientalistes vient de publier en français et en allemand
le texte d'une lecture qu'il a faite à la section de TExtréme-
Orient du Congrès, sur l'histoire et la philosophie confu-
cianiste japonaise. M. Courant exprimejle désir que l'au^ur,
qui est professeur à l'Université de Tokyo, puisse développer
dans un ouvrage plus étendu les faits intéressants dont il
n'a doniié qu'un court aperçu dans sa communication au
Congrès.
Sont également offerts à la Société :
Par M. Moyse Schwab , avec éloge , au nom de M. René
Philipon , la traduction française faite , sur l'hébreu , du Com-
rnenUtire de Rabbi Issakhar Baer sur le Cantique des Canti-
qiies ;
Par M. Olivier Beauregard, une pièce de vers composée
par lui à l'occasion du dernier Congrès des orientalistes;
Par M. le Président , au nom de M. Fr. Hirth , une bro-
chure intitulée Ueber aie einheimischcn Qucllen zur Creschickte
der chinesischen Maîei-ei, dont plusieurs exemplaires ont' été
distribués par M. Hirth lui-même à divers membres du Con-
grès.
Le Secrétaire présente au nom de M. Gustave Boiiion-
nade, ancien professeur à l'École de droit de Tokyo, les
années 189a à 1896 de la Bevae française da Japon, Des
remerciements sont adressés par la Société aux donateurs
M. ClermontGanneau communique à la Société une in-
scription phénicienne gravée. sur une tablette de- marbre
NOUVELLES ET MELANGES. 497
trouvée récemment à Tyr. Cette inscription, qui n*est qu'un
fragment , est ainsi conçue :
que M. Glermont-Ganneau , en laissant de côté les deux pre-
mières lettres qui appartiennent peut-être a un mot précé-
dent^ propose de lire « Abdibaal chef des Cent» ç'est-à-dirç
« chef du Conseil des Cent » ce qui laisserait supposer qu*il y
a eu à Tyr, m^me sous la domination séleucide et ptolé-
maïque, un sénat de cent membres, analogue au Conseil
des Cent de Carthage.
M, J. Hsdéyy présente ensuite une série d'observations
sur les points suivants ; i ** les nom^ donnés chez les anciens
Sémites aux armes et aux chars de guerre; 2* un passage
de Job sur Texistence humaine ; 3"* sur le peuple appelé Ma-
tieni ou Mantieni chez les auteurs grecs, et que M. Hsdévy croit
être les Manda du Zagros; 4" 3ur les villes a voisinant Sir-
pourla pu Lagash de la Bab^onie du Sud ; 5* enfin sur
quelques passages de V Ecclésiastique mal compris par le tra-
ducteur grec.
M. Oppert fait quelques remarques au sujet de ces diverses
communications.
M. Tabbé J.-B. Chabot communique une notice sur Técri-
vain syriaque Jean Bar-Kaldoun et sur Touvrage de cet au-
teur mentionné dans le catalogue de 'Ebedjesus de Nisibe
sous le titre de l«irfa»ad} 1»^ . C'est la biographie d^un moine
nommé Joseph Bousnaya, qui vivait au xi* siècle de notre ère
dont Bar-Kaldoun fut le disciple, ce qui permet de fixer
l'époque jusqu'à présent incertaine à laquelle écrivait cet
auteur. La notice de M. Chabot sera publiée ultérieurement
dans le Journal asiatique.
Il est procédé ensuite au renouvellement de la commis-
sion de rédaction du Journal asiatique pour l'année 1 897- 1 898.
Sont nommés meml^res de cette commission : MM. G. De-
véria-, Duval , Maspero , Oppert et Senart.
La séance est levée à six heures.
498 NOVEMBRë-DëGEMBRË 1807.
ANNEXE AU PROCES- VERBAL.
(Séance du 12 novembre.)
1
L usage de donner des noms à certains objets inanimëa
qui ont un intérêt particulier pour leurs possesseurs, est
répandu cbez plusieurs peuples du monde. Parmi les
Sémites , cet usage a été constaté très firéqu^nment ohes les
Sabéens au sujet de toute espèce de constructions. Les Assy-
riens assignaient à leurs armes de guerre des noms très iponor
peux : ainsi le char de Sennachérib s appelait Sâkip fini m
raggi « celui qui abat les bons et les méchants ». Je crms que
le même usage a aussi existé chez les Hébreux. Dans Isale ,
LX, 18, il est dit que les murs de la Jérusalem ftiture por^
teront le nom de n^^t!f^ « victoire » , et leurs portes, cdui de
n^HD «gloire». Plusieurs expressions obscures reçoivent,
grâce à ce principe, une explication satisfaisante. Bln voici
quelques exemples. Jusqu*à présent on traduisait 7313
n2^^t!f'^ (Isaïe, lix, 17) par les mots peu clairs «casque de
victoire » ; désormais il faudra les remplacer par « le casque
(nommé) Victoire; il s agit du casque que Yahvé porte
dans la bataille. De même , le groupe ^^n1aÇ"lD
Dâ^lC^^ (Habacuc, m, 8) ne signifie pas «tes chars de vic-
toire», ce qui est contraire à la grammaire, mais : ttes
chars (nommés) Victoire. » Mais le cas le plus remarqi|aUe
se fait observer au sujet du verset Habacuc, m, g, qui parie
de Tare de Yahwé, et est ainsi conçu : ^f)l(^j2 "ll^O n'^']^
"IDK DltSD nl^Ul^. Les trois derniers mots de cette phrase
ont présenté des difficultés insurmontables aux Septante,
et les exégètes modernes recourent également à des oonec-
tions qui changent entièrement la forme du texte maMoré-
tique. En vérité , les mots IVH DltSÇ nl2^)3tt^ constituent
le nom de Tare qui signifie littéralement : « Les serments
(= alliances ou coalitions conclues sous serments mntada.
NOUVELLES ET MELANGES. 499
cf. Néhémie, vi, 18) des tribus (hostiles) sont une parole
(s^ un vain mot) »; c*est-à-dire « s'évanouissent à son appari-
tion ». La fin du verset s y adapte on ne peut mieux : L'arc
de Yahwé, à peine parait-il, que la terre solide et com-
pacte (y*lK)» se désagrège et se résout encourants d'eau
(ypDn nnna).
II
Dans Job, xiv, i4, les commentateurs modernes ne
savent que faire de la phrase interrogative initiale niD'' DK
rr^n^n ^33 , qui interrompt le contexte et semble être détachée
d'un passage à teneur identique à celle de ce chapitre. Je
crois que ce passage n'est autre que le verset 28 qui clôt le
chapitre xiii, où Job demande à Dieu pourquoi il traite
l'homme en ennemi , tout en sachant qu'il est un être faible et
passager. Ce verset commence par le pronom de la 3* personne
pourvu de la conjonction , K^DI , lequel ne se rattache pas bien
aux pronoms des deux versets précédents qui sont cens, de la
1*^* personne. £u y ajoutant la phrase interrogative en ques-
tion, la construction devient régulière, et le sens de l'en-
semble aussi clair que possible : « Si l'homme meurt , revi-
vra-t-il ? Il tombera plutôt en décomposition comme une
chose pourrie , comme un vêtement dévoré par la teigne. »
III
Sous le titre de : Un peuple oublié, M. Théodore Reinach a
consacré une intéressante étude au peuple nommé par les
géographes classiques « Matieni » ou « Mantieni » , et qui ,
même à l'époque grecque, formait des ilôts particuliers allant
depuis la Susiane jusqu'aux bords de THalys en Asie Mineure.
M. Reinach s'est demandé s'il ne faut pas y voir les Mittani
des inscriptions égyptiennes et babyloniennes , mais la situa-
tion du Mittani, limitée au haut Euphrate, n'y convient
guère. Si je ne me trompe, les Mantieni représentent les
débris de la grande nation guerrière appelée par les Anyro-
500 NOVEMBRE-DEGEMBRE 1807.
Babyloniens Umman (sab) Manda, et qui a joué un rôle impor-
tant dans l'histoire des pays du Zagros. La Babylonie a été
souvent saccagée par des bandes de Manda descendus de la
montagne; Istuvegu (= Astyaga) vaincu par Cyrus est appelé
roi des Manda, et Assurahiddin combattit les Manda dans le
pays de Hubuska, en Arménie septentrionsde. Il est même
permis de poser la question de savoir si Thébreu "''ID ne dé-
signait pas primitivement les Manda au lieu des Mèdes,
peuple frère des Perses que les Assyriens eux-mêmes n*ônt
connu que relativement très tard.
IV
Parmi les textes babyloniens présentés par M. TabbéScheil
au Congrès de Paris, se trouve une liste géographique des
villes oU villages a voisinant Sirpuiia , la célèbre ruiné de la
Babylonie du sud , qui a livré la plus grande partie dés anti-
quités découvertes par M. de Sarzec. M. ScheU ayant bien
voulu me donner la copie de cette hste , je profite de Tocca-
sion pour en présenter à la Société un échantillon suflBsant ,
des noms dont la lecture est absolument certaine ; j'y ajou-
terai les transcriptions sémitiques :
Mulum[ki) = J<7C «plénitude, multitude» (h. ^70 ) •
Plkudanu(ki) = ppD «dépôt» (h. }^1]?p).
Bazum[ki) =>^; «accord, agrément» (h. JIX*)).
Parsum[ki) = D^D « partie ».
IstabaU[ki) lO* forme de la racine ^3K = (^^) «*P"
porter ».
An-zam a^anî= pnx. . ., «le dieu. . . est notre frère».
Ilalîya = "^^^N « grappes » (h. mVViy).
Yakadum[ki) — 1^p^ «brasier, foyer ».
Bana-pê(ki) = ''D"|!î « bon ordre ».
La-hasira(ki) = 1!2^D"7n «annonce pure».
Cette liste, qui date du règne d'Hammarabi (vers ai5o
NOUVELLES ET MELANGES. 501
avant J.-C.) , prouve d une manière tangible que le sud de la
Babylonie était peuplé par des Sémites et non par des
Sumériens allophyles dont on ne- trouve, aucune trace. On
sait que le nom de la capitale, écrit idéographiquement 5ir-
puV'la, se lit réellement la-gas «don pur», ce qui complète
le sémitisme de toute la liste. La plupart de ces noms sont ,
du reste, affectés de mimation, désinence caractéristique
des noms sémitiques très anciens.
Au cours de mes études sur la littérature hébraïque, j*ai
souvent contesté la date tardive que les critiques modernes
assignent au recueil biblique. M. Cornill ^ la fixe à. Tan aoo
avant notre ère , dans lequel aurait eu lieu la composition de
l'Exclésiastique. J'ai prouvé , dans la Revue sémitiqaej que
l'Ecclésiastique remonte à 290, ce qui fait également remonter
de cent ans au moins la compilation du recueil biblique. Ici
je m'occuperai particulièrement de l'autre affirmalion du
savant précité , savoir que ledit recueil n'avait pas encore , à
cette époque, une autorité canonique. Car autrement, dit-il,
Jésus ben Sira , tout en reconnaissant qu'il a été illuminé
et fécondé par la Loi de Moïse , n'aurait pas pu dire : « Je
verse la doctrine comme la prophétie (c&5 'apo^ï)re(av) , et
je la laisse aux générations futures» (xxiv, 32). A celui qui
connaît l'insouciance avec laquelle la traduction grecque a
été exécutée , l'idée vient aussitôt que les mots inadmissibles
à)s "apo^rjreiav tirent leur origine de ce que le traducteur a
faussement lu nK1D3D « comme la prophétie » le mot yiDDD
« comme une source » , que portait Toriginal hébreu. Je pas-
serai rapidement sur son second argument : Ben-Sira, qui
proclame avoir tout emprunté aux livres saints , a le droit de
dire que ses sentences illuminent celui qui agit en confor-
mité avec elles (l, 39). Le troisième argument est beaucoup
' Eiukitung in das Allé Testament, 3* et 4* éditions , p; 869.
502 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1897.
plus curieux. 11 s agit du verset xlvii, 20 6, où Ben-Sira,
s adressant à Salomon, dirait comme les prophètes : Jtai
xaxeviiyrfv M rff àppotyivYf (tov « et je fai châtié à cause de
ta folie. » Malheureusement pour cette conclusion hâtive , le
texte hébreu récemment retrouvé porte en ce lieu nn^MI
*]33t^D b^ «et des gémissements sur ta couchette», ce qui
cadre parfaitement avec le premier hémistiche. Dans mon
commentaire sur ce verset, je me suis contenté de noter
que le mot grec KOLTeviyyrjv semble dériver de nn^KI , malgré
la difiérence du sens; je pensais alors que Htneviiyrjv était
une faute pour xœveviiZiv. Je vois maintenant la vraie cause
de Terreur : le traducteur grec a lu nnjiiCI « et j'ai répri-
mandé», au lieu de HD^Kl «et des gémissements»; de iâ
le verbe à la 1" personne xaxeviyyrjv « et j'ai piqué, châtié. »
Le résidtat de ces considérations est donc l'opposé de celui
auquel le savant critique s'était arrêté. Au temps de l'Ecclé-
siastique, c'est-à-dire en 290 avant l'ère vtdgaire, le recueil
biblique, à quelques exceptions près, non seulement était
clos, mais avait déjà revêtu l'autorité canonique qu'il a con-
servée jusqu'à nos jours.
J. Hal^.
OUVRAGES OFFERTS À LA SOCIETE.
(Séance du 13 novembre 1897.)
Par rindia Office : Epigraphia Indica, December, yoL Ili,
part m, 1897. March 1896, 1897. Calcutta, grand iii-4**
— Journal of the Asiatic Society of Bèngal, vcd. XLV,
part m, 1896; vol. XLVI, part i-ii, n* i. Calcutta, 1897,
in.8'.
— Proceedings, January-April. Calcutta, 1897, in-8*.
— Annaal Administration Report of the Forest DepartmaU
for the Madras Presidency, 1897. in-fol.
— Jadicial and administrative Stalistics for Brilisk InàuL,
for 1895-1896. Calcutta, 1897, in-fol.
— Indian Anliquary, March-May-June. Bombay, in-4*-
NOUVELLES ET MÉLANGES. 503
Par l*India office : Bibliotheca Indica. New séries n*** 886-
89 (j. Calcutta, in-4*.
— Index, voL II, fasc. 11. Calcutta, 1896; in-4*.
— Catalogue oftheLibrary the India Office, vol. 11, part i.
London, 1897; in-8'.
Par le Gouvernement néerlandais : Plakaatsboek , 5 de
Deel 1808-1809. Batavia, 1896; in-8'.
— Notttlen, XXXIV, 3-3. Batavia, 1896; in-8'.
— Tijdschrlft, XXXIX, 4. Batavia, 1896; in-8*.
— W. IVf eyer Ranneflt , Javansche Raadsels in Poëzie , XLIX
et L, 3 Stuk 1896. Batavia; in-8°.
Par le Ministère de Tinstruction publique au Caire :
S. Lane Poole, Calalogae of Arabie coins in the kkedivial Li-
brary, in Cairo, 1897; in-8°.
Par le Ministère de l'instruction publique et des beaux-
art», Mémoires publiés par les membres de la mission archéo-
logique française au Caire, t. VI. P. Casanova, Histoire et
description de la citadelle du Caire, 2' partie. Paris, 1897;
grand in-4*.
— Tome X , Rochemonteix , Le temple d^Edfoa , 4* fasc. ,
publié par E. Chassinat. Paris, 1897; grand in-4°.
— Publications de l'Ecole des langues orientales vivantes
Ch. Schefer, Siasset-Nameh , supplément. Paris, 1897; in-8*.
— Bibliothèque des écoles françaises d'Athènes et de Rome:
Ë. Ardaillon, Les mines de Laurion dans l'antiquité, Paris,
1897; in-8*.
— L. Pélissier, Louis XII et Ludovic Sforza,i, II, 2* par-
tie. Index analytique. Paris, 1897; in-8'*.
— Annuaire des sociétés savantes littéraires et artistiques de
Paris, 1897; în-8*.
— Journal des Savants, juin-octobre 1897, Paris; in -4*.
— J.-L. Dutreuil de Rhins, Mission scientifique dans la
haute Asie, 1890-1895, impartie. Paris, in -4".
J^04 NOVËMBRE-DëGEMBRE 1897.
Par le Ministère de l'instruction publique et des beaux-
avis : Académie des inscriptions et belles-lettres , Comptes rem^
dus, Paris, 1897; in-8°.
Par la Société : Société de géographie, i" et 2' trime&tres
1897; in-8".
— Société de géographie. Comptes rendus, n" 8-1 4. Paris,
1897; in-8°.
— Atti délia Academia dei Lincei, Aprile-Agosto, Roma,
1897; in4".
— Rendiconti délia adunanza del 5 Giagno, 1897* Roma;
in8^
— Rendiconti, séria quinta, vol. VI, fasc. 5 et 6, Roma,
1897; in-8*.
— Mittheilungen in Tokio, Januar-JuU, 1897;
in-4^
— Transactions ofthe Asiatic Society of Japon, December,
i896;in-8V
— Zeitschrifï der deutschen morgenlàndischen Gesellschafi,
Leipzig, 1897; in-8*.
— Revue française du Japon, année 1896, janvier-mai
l896;in-8^
— Bulletin de la Société de géographie d'Alger, 3* tri-
mestre i897;in-8°.
— • Transactions of the American philological Association,
vol. XXVII, i897;in-8\
— Journal ofthe American Oriental Society xyiii***, vol. 111,
second half. Newhaven, 1897 ; in-8**.
— Revue des études juives , avril -juin, juillet -septembre
1897; Paris, in-8'.
— Bulletin de la Société de géographie d'Alger, 1897,
a' trimestre ; in-S".
— Bulletin de la Société des études indo-chino'ues de Saigon,
à* fasc, 1897; in-8**.
— /oonia/afiati'^ue^ mai-juin et juillet -août 1897, Paris;
in-8'.
NOUVELLES ET iMÉLANGES. 505
Par la Société : Journal oj the Boyal Asiatic Society, July-
October 1897; in-S*.
— Société de propagande chrétienne, divers ouvrages en
langues orientales. London * 1 897 ; in-8**.
— Annuaire de l'Ecole des Hautes Etudes, section des
sciences historiques et philologiques, Annuaire. Paris, 1897 ;
in-8".
— The Hansei Zaasshi, vol. Xil, n* 9. London, 1897;
in-8'*.
Par les éditeurs : Bévue cntique, n" 36-45. Paris, 1897;
in-8'.
— Bolletino, n" 2 7 6- à 84. Firenze, 1897; in-8".
— The Sanscrit critical Journal, June-October. Wpking,
1897; in-8°.
' — The Geographical Journal , June - October - November
1897. London; in-8'.
— Die Handschrijïen' Verzeichnisse der kôniglichen Bibiio-
ihekzu Berlin, 111. A. Dillmann.
— Ibid. Verzeichniss der ahissinischen Handschrifien, JX.
Vol. Beriin, 1878; grand in-4*.
— Ibid. //. M. Steinschneider, Verzeichniss der hebrài-
schen Handschriften, Berlin, 1878; grand in-4*.
— Ibid. /. W. Studemund und L. Kohn , Verzeichniss der
griechischen Handschrijïen , 1890 et 1897; grand in-4*.
-:— Ibid. XXL W. Ahlwardt, Verzeichniss der aràbischen
Handschrifien,
— Le Muséoa, août 1897. Louvain; in-8''.
— Polyhihlion, parties techniques et littéraires, juillet-
octobre 1897; in-8''.
— El-Bayân, septembre-octobre 1897; in-8".
— Oriental Stadies. Boston j 189^, in-8".
— Le Globe, v* série, t. VIII, juin et juillet 4897.'
■^— The American Journal of philology, April and July.
Baltimore, 1897; in-8".
— Bévue africaine,^'' et 3* trimestres 1897 A^gei*; in-8".
X. 3^
iii»»i«smis lâiiwkâLs.
506 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1807.
Par les éditeurs : The Jataka, vol. IIL Cambridge» 1897 ;
in-8*. Traduction Cowell.
— ilraraf, juin-octobre. Etchmiadân? i897;îii-8*.
— Becueil de matériaux concernant le Caacase, t. XXIV
(en russe). Tiflis, 1897; in-8'*.
— Revue de l'histoire des religions , marfr-juih 1897; in-8'.
Par les auteurs : Vincent A. Smith , The remains near Cas-
sia in the Gorakhpur District, Alahabad , 1 896 ; in-fol.
— L. M&eTianti, Etude sur la dialectologie arménienne (en
russe), 1" partie. Moscou, 1897; in-8'.
— Le même, Contributions à l'interprétation des inscrip-
tions de Van (en russe). Moscou, 1896; in-8''.
-— M. Courant , Bibliographie coréenne, t, III. ParÎB » 1 897 ;
in-8^ •
— Drouin, Sur quelques monuments sassanHes (extrait).
Paris, 1897; in-8'.
— Lefèvre Pontalis, Chansons et fêtes du Laos. Paris,
1897; in-8'.
— Le même, L'invasion thaïe en Indo-Chine (extrait).
Leide, 1897; in-8*.
— Bloomûeld , Index de la Religion védique, de A. Ber-
gaigne. Paris, 1897; in-8'*.
— M. Jastrow, The weak and geminate verbs in hebrew,
by Abâ Zakariyya Yahyâ Ibn Dâud of Fez, knovm as Hay*
;^d^. Leide, 1897; in-8*.
— Eug. Clavel, L* union islamique, n* 1. Le Caire, 1897;
in-8'.
— J. Anderson , Catalogue and handbook of the archmoUh
gical Collections in the Indian Muséum, Part 11. Calcutta,
i883;in-8'.
— P. Ëhrmann, Sprichwôrter und bildliche Ausdràcke der
japanischen Spraehe, Supplément. Tokyo, 1897; in-8*.
— Mohanuned ben Cheneb, Notions de pédagogie musul-
mane, Alger, 1897; in-8'*.
— M. C. Lagache, L'alphabet rationnel. Paris, 1897 ; in-S"*.
NOUVELLES ET MÉLANGES. 507
Par les anteon : V. Chauvin, Bibliographie des ouvrages
arabes oa relatifs aaa Arabes. Paris, 1897; in-8% a* fascicule.
— P. Regnaud, Traité de Bharata sar le théâtre, préface
et introduction. Lyon, 1897; in-8*.
— H.-N. Kiliaan, Madœreesche Spraakkunst, I Stnk. Ba-
tavia, 1897; in-8'.
— Van der Tuuk , Kawi-balineesch-nederlandsch Woarden»
bœk, De^I. Batavia, 1897; in-8^
— Esteves Pereira et L. Goldschmid, Vida do Abba Da*
aiel de Mosteire de Scete, Lisboa , 1.897 ; in-8''.
— Mohammed ben Braham , Le pluriel brisé, Paris , 1 897 ;
1n-8'.
— Darab Dastur Peshotan Sanjana, The pahlavi version
oj the Avesta, Vendidad. Bombay, 1896; in-8".
— Washington Serrais, L'arabe moderne étudié dans les
journaux et les pièces officielles, Beyrouth, 1897 ; in-8*.
— Le P. Cheikho, Kitâb ' Ilm-nl-Adab (Le livre de la
science des belles-lettres)', I. Beyrouth, 1897; in-8".
— Le même, Chrestomathia arabica, vol. II. Beyrouth,
1897; in-8".
— F. G. Hilton Price, A Catalogue of the Egyptian anti-
quities, London, grand in-4^.
— R. Sewell, Quelques points de l'archéologie de VInde
méridionale. Paris, 1897; in-8°.
— R. N. Cust, Essai sur les conceptions religieuses mo-
dernes, Paris, 1897; in-8''.
— Savas Pacha , Le droit musulman expliqué, Paris , 1 896 ;
in-8°.
— A. S. Lewis and A. D. Gibson, StudiaSinaitica,Al?s^-
lestinian Syriac Lectionary. London, 1897; in-8'*.
— Max van Berchem, Inscriptions arabes de Syrie, Le
Caire, 1897; in-^**.
— Le même. Les châteaux des croisés en Syrie, Paris,
1897; in-8^
— Le même , A rabische Inschrifïen aus Syrien, 1 897 ; in-8*.
— Epigraphie des Assassins , 1897; in-8*.
34.
508 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1897.
Par les auteurs : P. Casanova, Inventaire sommaire de la col-
lection des monnaies musulmanes de S. A, la princesse Ismaêl,
Paris, 1896; in-8».
— Rev. G. H. Gwilliam, The Peshitto Gospels. London,
1897 ;m-8".
— Paid d'Enjoy, La colonisation de la Cochin-Chine. Paris ,
1898; m-8°.
— L*abbé Raboisson, Les Maspeh, étude de gépgraphie.
Paris, 1897; in-A".
— L. Pélissier, Louis XII et Ludovic iS/brz». Paris, 1897;
m-8°.
— , Eug. Clavel, L'union islamique, n" 1. Le Caire, 1897 i*
in.8».
— Sédir, Les incantations. Paris, 1897; in-8*.
— Clermont-Ganneau , Etudes d'archéologie orientale, t. IJ.
Paris, 1897; in-d**.
SÉANCE DU 10 DÉCEMBRE 1897.
La séance est ouverte à 4 beures i/a sous la présidence
de M. Maspero, vice-président, par suite de Tabsence de
M. Barbier de Meynard, président.
Etaient présents : MM. Senart, Tabbé Nau, Tabbé Cha-
bot, M. Courant, Peliiot, Thureau-Dangin , Halévy, Perm-
chon, Blochet, Ferté, Grenard, A. Régnier, Foucher,
Meillet, V. Henry, Finot, Cabaton, M. Schwab, membres,
et Drouin , secrétaire adjoint.
Le procès-verbal de la séance de novembre est la; la ré-
daction est adoptée.
Le Conseil autorise rechange du Journal asialiqae, à par-
tir du 1" janvier i883, avec l'université W. R. Harper à
Chicago, qui publie The American Journal of Sendtic lan-
guages and literatures depuis i883.
NOUVELLES ET MÉLANGES. 509
Le Conseil autorise également rechange du Journal asia-
tique à dater du i" janvier i883 contre les Mémoires et
Bulletins que publie la Société de linguistique à Paris et
dont le premier volume remonte à 1 868.
Sur la demande et les observations de M. Senart , la So-
ciété décide d'allouer une sonmie de deux cents francs à
titre de subvention à M. le D' Lucien Scherman, privât
docent à luniversité de Munich, éditeur de VOrientalisckfi
Bibliographie, recueil scientihcpie qui a un caractère interna-
tional et mérite d'être encouragé. Cette allocation est accor-
dée à titre exceptionnel et par pure faveur. Cependant Ije
secrétaire demandera en échange, si c'est possible, l'envoi
de tout ce qui a paru jusqu'à ce jour de ce recueil biblio-
graphicpie.
M. le Président donne lecture d'une lettre du Ministère
de l'instruction publique, en date du 6 décembre , annonçant
que le Congrès des sociétés savantes sera ouvert à la Sor-
bonne le 12 avril 1898, et invitant la Société asiatique à
prendre part aux travaux de ce Congrès; et de deux autres
lettres émanant du même département, avisant la Société
de l'ordonnancement d'une somme de mille francs à titre de
subvention ministérielle pour les 3* et 4* trimestres 1897.
Le Secrétaire présente à la Société une brochure de
M. Salomon Reinach (tirage à part du Jahreshericht àher die
Fortschritte der classischen Alterthamswissenschaft 1897) con-
tenant en français une notice biographique et littéraire sur
la vie et les travaux de M. James Darmesteter, notre regretté
confrère. Des remerciements sont adressés à M. Salomon
Reinach.
M. E. W. West , le savant éraniste anglais , fait hommage
à la Société i** au nom du parsi Jijibhaï Dinshahji Petit , d'un
ouvrage intitulé The Zahdi Javit Shêda Dâd (la loi anti-
démoniaque en pehlvi ) or ihe pahlavi version of the Avesta by
Darab Dastur Sanjana de Bombay, contenant le texte pehivi
de trois fargards du Vendidâd , avec une introduction.
2° En son nom personnel, du tome V des Pehlvi-Tex ts
510 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1807.
traduits par lui dans la collection des Saered Books oj the
East (tome XL VII, Oxford). La Société adresse ses remer-
ciements aux donateurs.
M. Tabbé Nau oITre à la Société un exemplaire de la thèse
qu'il vient de soutenir devant la Faculté des sciences de
Paris pour le grade de docteur es sciences mathématiqiies.
Le sujet traite du calcid du mouvement des ondes liquides.
M. le Président fait remarquer à cet égard qu*il serait
intéressant d^étudier les noms que Ton donne dans les
langues anciennes aux mouvements et aux différents états
de la mer.
M. CamiUe Jullian professeur à la Faculté des lettres de
Bordeaux a offert à la Société un exemplaire d^nne lecture,
qu'il a faite devant rAcadémie de Bordeaux, intitulée L'o-
rientalisme à Bordeaux, et dans laquelle , après avoir rapporté
qu'il y a eu à diverses reprises dans cette ville , depuis Fran-
çois I*" en i533 jusqu'en i885, des chaires d'hébreu, d'arabe
et de sanscrit , il exprime le voeu qu'il soit orée une ehaire
de langues et d'archéologie orientales à Bordeaux.
M. le Président et M. Senart font diverses remarques à
ce sujet ; 'ûs sont d'avis d'appuyer le vœu émis par M. Jullian
et de transmettre ensuite cette proposition à l'Académie des
inscriptions et belles-lettres afin d'avoir, si c'est possible , sa
haute intervention auprès de M. le Ministre de l'instruction
publicpie.
La Société consultée a émis le vceu suivant :
« Prenant en considération les conclusion» du mémoire de
M. Jullian auxquelles elle s'associe pleinement, la Société
est d'avis qu'il y a lieu de s'adresser aux autorités compé-
tentes pour comprendre parmi les chaires nouvelles qui
seront créées dans les diverses universités en France» un
certain nombre de chaires de philologie , d'histoire et d'ar *
chéologie orientales, et que le présent vœu soit transmi* à
l'Académie des inscriptions en vue d'obtenir sa haute inter-
vention auprès du Ministre. »
NOUVELLES ET MÉLANGES. 511
M. le Président annonce la mort de deux sinologues dis-
tingués , le révérend J. Legge , le savant traducteur des Su-
credBooks of China, décédé le 29 novembre dernier à Oxford
et M. Camille Imbault-Huart , membre de notre Société,,
consid de France à Canton, auteur de plusieurs ouvrages
sur rhistoire , la géographie et la langue de la Chine , décédé
récenunent à Canton.
M. V. Henry fait une lecture sur le mot hrâdu qui se
trouve dans TAtharva Veda. Ce serait lei« dieu du jaune » et
le nom du génie de la fièvre ; M. Henry pense que rori-
gine de ce mot pourrait être le sémitique *harâdu signifiant
« or » qui a donné le grec )(jpv(TÔs et cpie cet emprunt appar-
tiendrait à la période proéthnicpie (voir ci-après Tannexe au
procès-verbal).
M. Halévy fait remarquer que si ce mot est sémitique et a
le sens de « or « comme le pense M. Henry, il a été emprunté
au grec x^pvaôs qui vient lui-même du phénicien yilfl plu-
tôt qu*il ne remonterait à une époque proéthnique.
M. Maurice Courant lit ensuite un mémoire sur la stèle
chinoise du royaume de Ko-kou-rye , contenant une inscrip-
tion de Tannée 4i4. de J.-C. Ce travail sera iniprimé dans le
Journal asiatique.
La séance est levée à six heures.
ANNEXE AU PROCES-VERBAL.
(Séance du 10 décembre.)
UN MOT SÉMITIQUE DANS LE VEDA, HRUdV.
Le mot bizarre et inexpliqué krida ne se rencontre que
deux fois dans toute l'étendue du Véda et de la littérature
sanscrite ; une seule fois en réalité , puisqu'il figure dans un
refrain répété sans variante, A, V,,!^ 26, a c et 3 c ; hrâ^r
ndmâsl «tu t'appelles Hrûdu ». Les divers manuscrits, portent
512 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1897.
les leçons hrd'Jiir, hâdur, krddrur, radar, et Sâyana glose par
rûdhur qu'il interprète rohakah., G*est assez pctUr faire Yoir
que les Hindous étaient, en face de ce mot, aussi embar-
rassés que nous-mêmes , et nous y faire soupçonner un em-
prunt étranger dont la provenance et la signification pre-
mière leur avaient à jamais échappé.
Rien dans le contexte du morceau ne semble pouvoir nous
guider, sauf peut-être Tinvocation dont cette phrase isolée
s accompagne : Karitasya deva, «ô Dieu du jaune». A titre
de contrôle, toutefois, il peut paraître utile de transcrire
riiymne tout entier, tel que la traduction en est établie par
les plus récents travaux \ C'est une conjuration m^agique
contre la redoutable fièvre maligne désignée sous le nom
de takmàn, L'épithète qu'on lui décerne vise une particula-
rité bien connue et souvent relevée de cette .afiPection et des
similaires : le teint jaune et bilieux du patient , qui semble
coloré d'un reflet d'or bruni *.
« 1. Là ou Agni pénétra les eaux et les brûla, oA les
[Dieux] qui maintiennent l'ordre [lui] firent hommage , là,
dit-on , est ton origine suprême . Aie pitié de nous et épargne-
nous, ô Fièvre 1
« 2. Que tu sois flamme ou que tu sois chaleur, ou que tu
sois née des copeaux enflammés, tu t appelles Hrû^u, ô
Dieu du jaune I Aie pitié de nous !
« 3. Que tu brûles d'un seul coup ou à petit feu, ou que tu
sois l'enfant du roi Varuna, tu t appelles Hrûdu, ô Dieu du
jaune ! Aie pitié de nous !
« 4. A la fièvre froide, au délire ardent, à la fièvre brû-
lante, je fais hommage. A celle qui revient le lendemain, &
celle qui dure deux jours de suite , à celle qui revient le troi-
sième jour, hommage! »
' Bergaigne-Henry, Man, Véd. , p. i36; M. Bloomneld, llymm ùj ikt
Athàrva-Veda , p. 3 et a 70.
' Cf. notamment i4. V., aa; VI, 30,'3, etc.
NOUVELLES ET MELANGES. 513
C'est bien du verbiage , mais , sauf quelques points de dé-
tail nég^geables ici, du verbiage intelligible, au moins en
mot à mot. Seul le nom propre kràda , attribué à la fièvre ,
ou plus exactement au dieu ou génie de la fièvre , se dérobe
à toute interprétation. Tout au plus y entrevoit-on l'intention
d'interpeller ce démon par un nom mystique, ésotérique,
inconnu du vulgaire , et de lui faire comprendre par là qu'on
le tient, qu'on a pénétré sa nature intime. Ici comme dans
nombre de cas le sorcier dit à la puissance surnaturelle qu'il
exorcise : « Je te connais , je sais ton vrai nom , tu t'appelles
un tel, te voilà donc démasqué, tu n'as plus qu'à fuir et à
laisser cet homme en paix. » Ainsi procédaient encore les
exorcistes du moyen âge ^
Mais ce nom intime en lui-même , d'où vient-il et que si-
gnifie t-il ? Nous n'en avons qu'un indice , le rapport qui sans
doute doit l'unir au vocatii haritasya deva du même vers :
rapport d'allitération , cela se présume à première vue et ap-
paraîtra , je pense , tout à l'heure avec plus d'évidence ; rap-
.port de signification, c'est ce qu'il nous appartient de recher-
cher, mais ce qu'en tout cas le lexique sanscrit est impuissant
à nous révéler, car on n'y trouve rien qui ressemble de près
ou de loin à hridu,
m
Cherchons ailleurs. Précisément les langues sémitiques
nous ofirent un trisyllabe à peu près identique dans l'assy-
rien haraçu et l'hébreu harûç, dont la racine, conservée
aussi dans divers emplois en arabe, permet, au témoignage
des sémitisants les plus autorisés et notamment de notre con-
frère M. Halévy, de restituer une forme ancestrale * harà^a si-
gnifiant « or ». Tout coïncide dans ces deux vocables , à la
seule exception de la voyelle initiale , supprimée en sanscrit
peut-être pour la mesure du vers , à tout le moins susceptible
d'être aisément suppléée au point de vue phonétique par la
' C*est pourquoi il y a lieu de repousser a priori toute traduction maté-
rielle et banale du genre de «convulsion», etc. (Weber, Ludwig). 11 ne
vaudrait pas la peine d'avoir percé à jour le nânum de la fièvre, pour n'y
découvrir que ce que le premier venu peut y voir.
514 NOVEMBRË-DECEMBRE 1897.
résonnance de IV sanscrit snbsëquent; et spécialement ia
concordance de l'aspiration initiale et du ^ mëdiid, cérébral
des deux parts, doit, ce semble, peser dW grand poids
en faveur de Tidentification que je propose.
D'autre part, en ce qui concerne la concordance da sens,
on conviendra qu'il semble fort naturel de qualifier d*an
nom mystérieux signifiant « or » un être surnaturel qui « dore »
les hommes et à qui- Ton attribue en même temps le titre
honorifique de « Dieu du jaune ». Tout oda s*enchaine avec
une cohésion quon serait tenté même de juger tn^ rigou-
reuse pour une simple formule magique, si Ton ne savait
que Tesprit humain ne tire jamais rien de son propre fonds
et que ses rêves les plus extravagants ne sont guère que les
postulats d*une logique poussée à outrance. Celui-ci peut se
formuler en syllogisme : «Lia fièvre est jaune; ^» Tor est
jaune ; — donc la fièvre est or. »
Accord de son , accord de sens : est-ce asseï pour fixer
une certitude? Évidemment la démonstration serait ]das
complète, s'il était possible d'alléguer que, dans cette céré-
monie comme dans mainte autre , on fit intervenir un talis-
man d'or ou contenant des parcelles d'or. Mab, soit que Tor,
en effet , ne figure ici qu'à titre de similaire divin de là fièvre ,
soit plutôt encore que le Sûtra ait oublié mie partie des pra-
ticpies homéopathiques qui accompagnaient la récitation de
ces versets, il ne nous donne que celle qui concorda avec
les paroles de la première stance : « On chauffe une hache,
puis on la plonge dans l'eau , et l'on verse sur le mdade
l'eau attiédie par ce contact ^ •. Ailleurs , et au sujet de la
même affection , il est bien question d'un objet en métal :
« On fait un gruau de grain rôti qu'on donne à prendre au
patient ; après quoi on recueille la drèche dans un vase de
cuivre , d'où on la déverse , par-dessus sa tête , dans un feu
provenu d'un incendie de forêt * ». Mais le cuivre n'est pas
de l'or, et il n'est pas même probable qu*il ait jamais pu être
' Kauçika-S., aG, a 5, et Bloomficid , A, V,, p. tyo.
^ knuçika-S,, 39, 18-19, et Bloomfield, X. F., p. 443.
NOUVELLES ET MÉLANGES. 51b
envisagé comme le substitut économique de Tor, puisque
Tun est le métal rouge et Tautre le métal jaune par excel-
lence. Force est donc de s*en tenir à la double concordance ,
4e son entre sémitique *harûdu (d'où l'emprunt grecp^ptJaô^)
et sanscrit hrûdu, de sens entre «or» et • jaune». Pour ma
part, je la crois amplement suffisante. On en jugera.
A ceux, qui connue moi, verraient quelque vraisemblance
dans ces déductions, il n'échappera point que la présence
d'un mot sémitique dans un texte sanscrit ancien, — non
pas, remarquons-le , dans un texte quelconque , ce qui ne dé-
noterait qu'un emprunt isolé , toujours possible et sans con-
séquence, — mais dans une formule magique, d'un carac-
tère nécessairement rituel et très conservateur, pourrait, si
peu qu'on la pressât, amener à des conclusions d'une portée
incalculable :
i"" Comme ils l'ont sûrement transmis aux Grecs, les Sé-
mites auraient transmis aux Aryas de l'Inde , non pas , sans
doute le nom usuel de l'or, ni à plus forte raison la connais-»
sance de ce métal , mais tout au moins le nom de l'or en
tant qu'incorporé dans une phrase toute faite et destiné à
jouer un rôle dans une cérémonie propitiatoire et curative.
On ne pourra ici s'empêcher de penser à l'alchimie , à son
or potable , dont les vertus de panacée universelle remonte-
raient ainsi assez loin , et — puisque l'or est en alchimie le
représentant du soleil — aux fonctions attribuées de toute
antiqidté également au soleil guérisseur d'hommes «t tueur
de monstres \
2° Comme un semblable emprunt en rend d'autres piM)-
bables, on se trouverait autorisé à présumer qu'une partie
au moins du rituel des Atbftrvavedins procéderait de scnirce
sémitique, et par suite une comparaison attentive des for*
midaires de magie assyriens, voire égyptiens, avec ceux du
Kauçika-Sntra et des traités hindous postérieurs, n'apparaî-
' Cf. V. Henry, Vedica, H, p. 3-4 {Mém. Soc, ling., IX, p. 2 33 et
suiv.). •
516 NOVEMBRE-DECEMBRE 1897.
trait nullement oiseuse et serait de nature à dénoncer de
nouveaux et sûrs points de contact entre les deux races.
3" Et toutefois, ce résidtat ne serait pas aussi &voraUe
qu'il semblerait au premier abord à la thèse de ceux qui
contestent Tantiquité du Vëda ou relèvent les emprunts his-
toriques de rinde aux Sémites. Car la forme du mot hrûdu,
on Ta vu , ne nous ramène à aucune langue sémitique liisto-
rique et déterminée, mais à la période proethnique où tous
les Sémites ne formaient encore qu'un seul corps de peuple,
ou tout au moins à une unité ethnique qui conservait dans
toute sa pureté le phonétisme protosémitique : ce qui ferait
encore remonter à une antiquité fort respectable et même
nébuleuse, sinon la composition du Véda, du moins le fonds
de formules où puisèrent plus tard les compilateurs des
hymnes.
Quoi qu'on doive penser de ces suggestions , pent-ètre té-
méraires, je crois avoir justifié pour le refrain A, K. 1 , 35 , 3
et 3 , la simple traduction qui suit :
« Ton vrai nom est Or, ô Dieu du jaune 1 Aie pitié
de nous , épargne-nous , ô génie de la fièvre ! »
V. Hbnrt.
OUVRAGES OFFERTS X LA SOCIETE.
(Séance du lo décembre 1897.)
*
Par rindia Office : Indian Antiqaary, July 1897. Bombay;
in-4*.
Par le Ministère de l'instruction publique, Ec<de française
d* Athènes. Bulletin de correspondance helUniqae, décembre
1 896 , janvier-août 1897; in-8*.
Par la Société : Bibliothèque Rosicarienne , 1" série, n* a;
Rabbi Isachar Baer, Commentaire sur le Cantique des cantiqi
Paris, 1897; in-8".
NOUVELLES ET MÉLANGES. 517
Par la Société : Journal de la Société /inno-ougrienne XV
Helsingissâ, 1897; in-8".
— Atti délia reale Accademia dei Lincei, Ottobre 1897;
in4'.
— The Sacred Books of ihe East, vol. XL VII. Oxford,
i897;in-8\
— Comptes rendus de la Société de géographie , juillet-oc-
tobre 1897. Paris; in-8°.
— Zeitschrifi der deutschen morgenlàndischen Gesellschafï ,
III. Leipzig, 1897; in-8".
— Journal asiatique, septembre-octobre 1897. Paris;
in-8^
— The Geographical Journal , December. London , 1897;
in-8^
Par les éditeurs : El-Bayàn, novembre 1897.
— Bolletino, n" 286-286. Firenze, 1897; in-8".
— jReuaearc^eo/o^i^tte, septembre-octobre 1897; in-8°.
— Revue critique^ n" 47-49. Paris 1897; in-S**.
— Le Muséon, novembre 1897. Louvain; in-8*.
— Alvorada, n"* 10-12. Porto, 1897; in-4.*.
— Polyhihlion, parties technique et littéraire 1897. Paris;
in-8^
Par les auteurs : W. Groff, Notes complémentaires à V étude
sur la sorcellerie. Le Caire, 1897 ; in-8°.
— Etude archéologique (fin). Le Caire, 1897; in-8^
— 0. Beauregard, Congrès international des Orientalistes,
11* session à Paris, 8-12 septembre 1897; in-8°.
— A. Roux , Recueil de morceaux choisis arabes, Constan-
tine, 1897; in-8'*.
— G. Devéria, Inscriptions chinoises de la mission Dutreuil
de Rhiiu, Paris, 1897; in-8°.
— R. O. Besthorn et J.-L. Heiberg Codex Leidensis Euclidis
elementa, partis 1"\ fasc. 2. Haussiae, 1897; in-8*.
518 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1897.
LA STATUE DU DIEU OBODAS, ROI DB NABATBNB.
Lettre à M. Barbier de Meynard, etc.
Mon cher Maître et Confrère ,
Parmi les nouvelles inscriptions nabatéennes publiées par
M. de Vogué, dans le dernier cahier du Journal asiaUquê^^
que je reçois à Tinstant, il en est une qui, à premitee vue,
me paraît présenter un intérêt tout à fait hors ligne« C^est la
première de celles qu*a copiées M. flhni aux environs immé-
diats de Pétra (n" 354 de la planche), et dont notre savant
confrère a si habilement réussi à déchifiBrer jdusieurs paaiages
malgré Timperfection de la copie.
Je lis matériellement à peu près conune lui les trois pre-
mières lignes , si ce n*est que je suis tenté de rétaUîr, entre
KD^X et (?)l2^n "»:3, les mots m:f '•T, dont il me semble
bien reconnaître les traces caractéristiques dans le fec-similé :
« Cette statue -ci est celle àé Obodatallaha (?) ..... qa*ont
faite * les Benê H ... on ... ».
Mais s*agit-il, comme le suppose notre savant confrère,
d'une dédicace funéraire ordinaire, dune statue on d'un
buste , analogues à ceux de Palmyre et représentant un dé^
funt quelconque, qui se serait appelé Obodatallaha? Je ne le
crois pa;» pour diverses raisons que je me bornerai à indiquer
très succinctement aujourd'hui , ayant Tintention d'y revenir
plus en détail, vu l'extrême importance de la question.
n faut remarcpier, en effet , que la dédicace est faite non
pas par un groupe d'individualités composé des descendants
directs du prétendu défunt , mais par un groupe agissant en
nom collectif , par le clan des Benè H ... ou (et peal^tre
d'autres encore). D'autre part, elle est faite «pour le saint»
^ Sept.-oct. 1897, p. 199 etsaiv.
* Le verbe 13^ «faire» peut s^employer aussi bien que Q^pn €t D^pM
«ériger», pour désigner rérection d'une statue. (Voir /fucripCioiu de /*«!-
myre, passim.)
NOUVELLES ET MELANGES. 519
du roi Aretas IV Philopatris; il est impossible, je pense,
d'attribuer un autre sens à l'expression consacrée ^'^Ti 7}f
(littéralement tpour la vie de» = virép (ranrjplaç^ et non
« du vivant de ») ; l'inscription a donc toutes les allures d'une
dédicace religieuse et non celles d'une épitaphe. £n outre,
l'espèce d'excavation taillée dans le roc où elle a été décou-
verte ne contient pas d'aménagements funéraires , comme le
fait remarquer expressément M. Ëhni; et rien, de ce cbef,
ne prouve que cette salle soit un sépidcre plutôt qu'un sanc-
tuaire , ou une sorte de chapelle , analogues à ceux de Me-
dâïn Sàleh ; le remarquable escalier qui y conduit est plutôt
en faveur de cette dernière conclusion , les tombeaux naba-
téens ne présentant pas généralement ces facilités d'accès.
Enfin , et surtout , le nom d'homme Obodatallaha me parait
contraire à toutes les analogies de l'onomastique nabatéenne ,
si bien connue aujourd'hui ; la forme , attendue dans ce cas,
serait nécessairement n^KiaV, Ahdelah, Abdallah, (cf. €S-
àXXas) ou même '•n^Knny, Abdallahi.
Je propose tout simplement de décomposer le groupe en
îCn^K may et de traduire littéralement « Obodat le dieu » \
Nous savons pertinenunent que Obodat ne saurait être
autre chose en nabatéen qu'un simple nom d'homme. Gom-
ment se fait-il , alors , que le personnage qui le porte soit
qualifié de dieu? Quel est donc le mystère de cette surpre-
nante apothéose ? Le mystère disparait pour peu qu'on veuille
bien reconnaître dans l'Obodas ainsi divinisé un des rois na-
batéens de ce nom, vraisemblablement Obodas II, étant
donné que l'inscription est datée du régime d' Aretas IV, son
successeur.
Ce serait la confirmation inespérée et décisive d'une con-
jecture que j'avais émise il y a une douzaine d'années *, et
qui avait été accueillie, du reste, avec quelque faveur, par
» Cf. Kn 7K DU'^lin , Qeàs kSpiavès (l'empereur Hadrien ), dans les
inscriptions bilingues de Palmyre.
* Voir mon Recueil d'archéologie orientale, vol. I, p. Sg. J*ai en plu-
sieurs fois roccasion de revenir incidemment ailleurs sur ce sujet.
520 NOVËMBRE.DÉGEMBRE 1897.
de sérieuses autorités , telles que M. Noeldeke et M. de Vogué
lui-même, mais qui n*ëtait, somme toute, restée jusquld
qu*une conjecture : a savoir que les rois nabatéens, sinon de
leur vivant, du moins après leur mort, recevaient les hon-
neurs d We apothéose en règle et étaient traités comme de
véritables dieux , à teUes enseignes que leurs propres noms
figuraient comme éléments théophores dans la composition
de ceux portés par un bon nombre de leurs sujets^. C'est le
cas , ou jamais , de citer à nouveau le passage dossique d*Ou-
ranios, que j'avais justement invoqué à Tappui de ma thèse
et qui reçoit ici une application singulièrement topique :
ô€àhrfç à^aatXeùg^ 6v d-eoirotovo'f. S*ag^t-il dans ce passage
de notre même roi Obodas, ou d'un de ses prédécesseurs
homonymes * ? La réponse ' demanderait des développements
trop longs pour les limites de cette lettre fordément très
brève; jy reviendrai. Je me bornerai à faire remarquer,
dès aujourd'hui , que la dédicace de la statue du roi Rabel I*",
que j*ai publiée récemment et qui présente avec celle-ci
de scnsi])les analogies *, ne parle pas de la condition divine
' C'est même cette dernière ptrticolantè, jiuq«e-là inexpliquée, qui
m'avait amené à cette induction , et permis de fffédire qa*à oôté des noms propres
d'homme Abdhantat, Abdmalkou, Ab(tobodat, on renocmtfendt qodquc
jour, si ma théorie était juste, le nom *AbdnM, prévinon qui t*ett, en
effet, trouvée vérifiée par une 'découverte ultérieure (cf. C/.'5.« Ara>^
* Le roi-dieu Obodas , d'Ouranios , avait été ensevdi dana Tendimt mémo
(j(j^ptGv) qui portait son nom. Cette localité d'Oboda est-die îdentîqne arec
la vdle du même nom , qui était située à une distance notaUe de Pétia; on
bien faudrait-il y reconnaître le sanctuaire m&nedn'foi-dîeaCUMidasfoà
provient rinscription découverte par M. Ehni?
' Elle pourrait — j ai à peine besoin de le faire remarquer <-> avoir doa
conséquences importantes pour la détenninatîim de Tépoque ilaqodle vivait
Ouranios , au cas où il s'agirait bien d'Obodas II , Tautenr grec i^tnt Tair
de citer lajïothéose du roi de ce nom comme nù fikit récent ffà ravait
particulièremcut frappé, peut-être parce qu'il était ju8qne4à sans |»éoédent
dans Thisloirc nabatéenne.
* Mon Recueil d'archéoi orient, vol. H, p. a ai. — Cf. la reprodnctîon
photol} pique du monument que j'ai donnée dans mon Alkmm (fMlîfnttf #
orientales, pi. XLV, n" i.
NOUVELLES ET MÉLANGES. 521
du roi défunt. Faudrait-il conclure de là que cette habitude
de diviniser le roi ne s'est introduite chez les Nabatëens qu'à
partir d'Aretas III, lequel, comme l'indique son surnom
caractéristique de Philhellèhe , avait un goût marqué pour les
modes helléniques , et aurait pu emprunter celle-là aux
usages ptolémaïques ou séleucides? Cette question, elle
aussi , et d'autres encore que je ne saurais traiter au pied
levé, devront être l'objet d'un sérieux examen.
VeuiUez agréer, mon cher maître et confrère , etc.
Clgrmont-Ganneau.
Paris, 4 décembre 1897. •
NOTICE
SUR LE \r CONGRES DES ORIENTALISTES.
Le XI* Congrès des orientalistes^ a été tenu à Paris, à
l'épocpie qui avait été annoncée, c'est-à-dire du 5 au
11 sepiemljre 1897. Plus de 800 membres avaient envoyé
leur souscription des différents pays d'Europe , d'Amérique ,
d*Afri(jue et d'Asie. Sauf de rares exceptions, les membres
de la Société asiatique de Paris avaient donné leur adliésion.
Les feuilles de présence signées par les membres ont con-
staté la présence à Paris de 45o personnes , parmi lesquelles
environ 80 dames. Un certain nombre avaient négligé de se
faire inscrire, dont la présence a également été constatée
dans les séances du Congrès.
* Le premier Congrès intemationel des orientalistes a été fondé à Paris ,
en 1S73, par M. Léon de Rosny, professeur à TEcole des langues orien-
tales. Les autres sessions ont eu lieu, savoir : la H' à Londres, en 1876 «la
IIP à Saint-Pétersbourg , eu 1876; la IV' à Florence, en 1878; la V à Ber-
lin, en 1881 ; la VI' à Leyde, en i884;laVIP à Vienne, en i8a6;laVIU'
à Stockolm, en 1889; la IX' à Londres, en 1891-1893; la X* à Genève,
en 189^^.
35
IJirBllIKAili •Atlx.-w.l.l..
522 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1807.
Le Congrès a été ouvert le lundi matin 5 septembre, dans
là salle des fôtes du lycée Louis-le-Grand, par M. ie Ministre
de rinstruction publique, assisté de M. Schefer, président
du Congrès, de M. le président du Conseil municipal de
Paris et de différentes hautes personnalités. M. Scbefer a
prononcé le discours d'ouverture et a remercié les savants,
qui , de toutes les parties du monde se sont rendus à Tappel
qui leur avait été adressé. M. le Ministre, le président dn
Conseil municipal, ainsi que les délégués des Gouvernements
et des Sociétés savantes ont successivement prononcé des
paroles de bienvenue et de remerciement.
A la suite de cette séance plénière, les membres se sont
rendus dans leurs sections respectives pour constituer leurs
bureaux et procéder à leurs travaux. Tous les présidents,
vice -présidents et secrétaires ont été choisis parmi les
membres étrangers , assistés d'un membre finançais ponr faci-
liter la rédaction des procès verbaux.
Voici la liste des sections :
Section I. Langues et archéologie des pays aryens :
Inde : président : Lord Reay; vice -présidents * MM. les profes-
seurs G. Bûhler, R. Pischd et Kern; secrétaires : MBL Formichi,
Stickney, Grossel.
Iran : président : M. le professeur Hûbschmann; vice-présîdeQt :
M. le conseiller Esoff; secrétaires : MM. Mseriantz et Meiilet.
Linguistique: président: M. A. de Gubematis; vice-présidents:
MM. Krestchmer et Oulianoff; secrétaires : MM. Max Niedermanii
et N. Chilot.
Section IL Langues et archéologie de rExtréme-Orients
Chine et Japon : président : S.-E. Tching-Tchang : vice-présidents :
MM. Tomii, Schlegd, Doutas; secrétaires: BfM. Hirth, Poid-
néîeff et Maurice Courant.
Indo-Chine, Malaisie.: président : M. Kern; vice-présideats t
MM. H. Browne, délégué de la Birmanie, et ie professeur Aodbraas
SaintJohn; secrétaire: M. Lemire.
NOUVELLES ET MELANGES. 523
Section IIL Langaes et archéologie musulmanes :
Président : M. de Goeje; vice-présidents : MM. Karabaéek et
Radlo£F; secrétaires : MM. Van Berchem et Gaudefroy-Demombynes.
Section IV. Langues et archéologie sémitiques :
Araméen, hébreu, éthiopien: président: M. le professeur L Guidi,
vice-présidents : M. Kautsch et Mgr Lamy; secrétaires: MM. W.
Harper et J.-B. Chabot.
Assjriologie : président î M. Tiele; vice-présidents : MM. Pinches,
Honimel, Haupt; secrétaires : MM. Meissner et le F. Scheil.
Section V. Egypte et langues africaines :
Président : M. Ed. Naville ; vice-présidents : MM. Lieblein et
Erman ; secrétaires : MM. F. von Bissing et E. Chassinat.
Section VI. Grèce-Orient.
Président : M. Bikélas; vice-présidents : MM. Krumbacher et
Stczygowski; secrétaires: MM. F. Cumont et Théodore Reinach.
Section VII. Ethnographie et folk-lore:
Président : M. Vambéry ; vice-présidents : MM. A. de Gubematis,
RadloflF, de Claparède, V. Schmidt; secrétaires : MM. le docteur
Kunos et F. Grenard.
Les séances étaient tenues dans différentes salles du Col-
lège de France et de la nouvelle Sorbonne. De nombreuses
communications ont été faites. Une bonne partie des mé-
moires sera imprimée dans le Recueil des actes da Congrès;
les procès-verbaux des séances étaient imprimés tous les
soirs et des exemplaires étaient distribués dès le lendemain
matin entre tous les membres. Ils figureront égsdement dans
le Recueil, Les sections indienne, égyptienne, musidmane
et sémitique , les plus nombreuses , ont fourni la majeure par
tie des travaux.
Dans une séance générale tenue le jeudi matin 7 septembre
il a été procédé à la re vision des statuts qui doivent régir
les futurs Congrès des orientalistes. Il a été décidé notam-
ment : 1" que les Congrès se tiendront une fois tous le» trois
ans, mais, que par exception et suivant les circonstances,
35.
524 NOVËMBRE-DËCËMBRE 1897.
l'intervalle entre deux Congrès pourra être réduit à deux ans
ou porlé à quatre; 2° que, dans chaque pays, le Comité d'or-
ganisation désignerait la langue ou les langues qui seraient
considérées comme officielles et employées dans les procès-
verbaux; i*usage des autres langues sera facultatif sous la
responsabilité du président de chaque secition; 3** que chaque
Congrès désignerait en séance plénière le pays ou le GoBr
grès suivant devrait se tenir; et 4** qu'il serait créé un Co-
mité organisateur destiné à préparer le Congrès suivant.
Conformément à ces statuts, la séance du samedi 11 sep
tembre a décidé que le prochain Congrès (le douzième) des
orientalistes se tiendrait en Italie, en i8gg, et a réservé le
choix de la ville. Le comité organisateur français, composé
de MM. Schefer, président; Barbier de Meynard et Senart,
vice-présidents; Maspero et Cordier, secrétaires; Âymonier,
Guimet, Oppert, Schlumberger et De Vogué, membres,
conservera ses pouvoirs jusqu'à la constitution officielle du
comité italien chargé de préparer le Congi*ès suivant.
Plusieurs vœux ont été émis par diverses sections, et ont
été adoptés dans la séance générale de clôture , qui a eu lien
le 10 septembre. On trouvera imprimés dans les comptes
rendus du Congrès, ces différents vœux, ainsi que la plupart
des discours qui ont été prononcés par le président- et les
délégués des Gouvernements étrangers. Parmi les décisions
adoptées par le Congrès , nous mentionnerons seulement les
suivantes :
Nomination d un comité composé de MM. Barbier de
Meynard, Brown, Goldziher, de Gocje, Guidi,- Karabaidi,
comte de Landsberg, baron Rosen, Socin et Stoppelaar,.à
l'effet de s'entendre pour la rédaction et la publication. d'uqe
encyclopédie musulmane destinée à remplacer l'ancienne
Bibliothèque orientale de D'Herbelot. M. Goldziher, aulenr
du projet est nommé directeur ;
Publication d'un dictionnaire de tous les mots connus de
l'ancienne langue égyptienne ;
• Une série de remerciements aux divers Gouvernements
NOUVELLES ET MÉLANGES. 525
de rinde , du Népal , du Bengale , de Ceylan et de Birmanie ,
pour les travaux , les fouilles archéologiques , les encourage-
ments et les publications qu'ils ont respectivement patronés
et subventionnés concernant l'histoire , Tépigraphie , la lin-
guistique de rinde; publication dune édition critique des
textes sacrés des Jaïnas , d'une édition critique du Talmud ,
des cartes géographiques qui ont été tracées à différentes
époques sur l'Orient et l'Asie ;
Formation d'une association internationale pour l'explo-
ration archéologique de l'Inde; motion du même genre en
faveur des monuments anciens de l'Indo-Chine.
Enfin d'autres vœux ont été émis par les sections de la
« ( jrèce-Orient » et de l'« Ethnographie ».
Lé Congrès a été terminé par un banquet à l'Hôtel Conti-
nental , auquel 38o personnes ont pris part et au cours du-
quel de nombreuses allocutions ont été prononcées.
On voit par ce rapide aperçu que ces réunions scientifiques
internationales ont, non seulement pour but de rapprocher
dans une communauté de sentiment et de bonne confrater-
nité des savants qui cultivent les mêmes études, mais aussi
et surtout de stimuler le zèle des travailleurs « de fournir de
nouveaux matériaux , et d'assm^er la conservation des monu-
ments dans l'intérêt de la science.
Ed, Drouin.
A26 NOVEMBRE. DECEMBRE 1897.
BIBLIOGRAPHIE.
NOTE ADDITIONNELLE
SUR LES INDO-SCYTHES,
PAR
M. SYLVAIN LÉVl.
Les observations de M. Specht à propos de mes^iVbt«t sur
les IndxhSoythes paraissent appeler une réplique* Je m*en
abstiendrai : à la veille de partir pour un long voyage «j^ n'ai
pas le loisir d*engager une controverse ; des raisons de con-
venance me Imterdisent également. Je n'oublie, pat qae je
dois à M. Specht de m'éti*e initié à Tétude de la langue dû*
noise , et je n*aimerais pas lui avoir demandé des armes pour
les tourner contre lui. Au surplus , je ne me sens pas le goût
de ces vaines parades qui dégénèrent presque toujonrs en
attaques personnelles. M. Specht estime que j'ai tort; je per-
siste à croire que j'ai raison : il est à craindre que nos deux
thèses demeurent irréductibles, fin fait , nous ne discutons pas
sur le même teirain. M. Specht me reproche d'être en dés-
accord avec « la plupart des auteurs catholiques » et de fonder
ma chronologie sur les Actes de saint Thomas «sans avoir
préalablement examiné la valeur historique de cet ouvrage,
qui a été placé par le Concile de Rome de 49 d parmi les
livres apocryphes ». La discussion des textes chinois s'inspire
des mêmes principes. Il me serait facile d opposer aux con-
damnations formelles de M. Specht les approbations que j'ai
reçues de sinologues émincnts, tant français qu'étrangers.
Mais des noms ne sont point des faits, et j'ai la présomption de
croire qu'ici les faits suffisent. Je prie le lecteur impartial
NOUVELLES ET MÉLANGES. 527
d*exaininer avec une égale attention les deux articles, et de
conclure. L'intervention de M. Specht aura véritablement
rendu service à nos études, si elle décide un des sinologues
qui font autorité à reprendre le débat ; il a précisé les points
en litige , j*attends l'arbitre avec trancpiillité ^.
Je profite de la circonstance pour publier un nouveau
conte du cycle de Kaniska *. Je l'ai recueilli dans le Fa-iaen-
* Il serait injuste de ne pas reconnaître que les recherches de M. Specht
ont contribué à éclaircir les di£Scultés. M. Specht a eu Tobligeance de
me signâer la présence de Texpression ts*an k'eou dans le Pei-wen<iiin-foa.
La citation ne laisse pas de doute sur le sens : U'un k'eoa signifie «garder
en sa bouche , conserver ce qui a été communiqué oralement». L'interpréta
tion de la phrase / ts'un k'eou cheou , etc. . . • telle que je la propose gagne
ainsi en vraisemblance. Encadré par deux verbes avec lesquels il peut se
combiner régulièrement, le mot k'éùa exerce pour ainsi dire une double
fonction; il modifie ts*an et dieùu : servavit ore; ore receptoa libros u
Les deux nouvelles versions de Tépisode que j*ai fait connaître suggèrent une
correction fort simple et naturelle au texte du Compendiam des We'u Le ca-
ractère 3E ^^"^3 qui signifie «roi» , y tient lieu sans doute, comme il arrive
fréquemment , de lliomophone ^^ wang, qui signiGe cs^cn aller», et qui pa-
rait dans la phrase du Fa-iuen-tchou-lin et du Ghe-kia-fang-tchi. — Enfin,
je dois aux sincdogues un avertissement. M. Specht, qui dénonce aux india-
nistes mes prétendues «confusions» de caractères chinois me dénonce d autre
part aux sinologues comme un révolutionnaire de Tindianisme. J'ai le tort
de m^insurger contre Texplication de Tère Çaka, «qui a été généralement
adoptée par tous les indianistes conmie la plus probable» , et de passer sons
silence «les recherches des numismatistes et les découvertes des aicl^logaefl».
Par une coïncidence piquante , dans le numéro même où paraissent les ob-
servations de M. Specht, M. Boyer publie un essai qui tend à fixer Torigine
de fère Çaka au sacre d'un roi entièrement étranger à la famille des Kou-
chans, le Ksatrapa Nahap&na. Si le témoignage de M. Boyer ne suffit pas,
je citerai à M. Specht l'opinion d'une autorité considérée comme la plus
haute dans les questions d'ères indiennes. Après un examen minutieux des«
données qui concernent l'ère Çaka, M. Kielhorn conclut la série de ses articles
(Indian Anli^uary, vol. XX.IV-KKVI) en déclarant que rien ne permet d'éta-.
blir^ia moindre relation entre le sacre de Kaniska et l'origine de l'ère Çaka ,
et, comme M. Boyer, il en rapporte l'institution aux Ksatrapas de l'Ouest. La
même opinion était soutenue, dès 1888, par Bhagvânlâl indraji {Journal
of thc Royal Asiatic Society, 1890, p. 642). Si j'ai eu l'audace d'attaquer
un dogme de chronoiogie , j'ai du moins l'beureuse fortune de partager la
faute avec dés complices respectables.
* Un critique bienveillant a exprimé des doutes sur l'identité de Ki-ni-
528 NOVËMBREDÉCEMBRË 1897.
tclwu-Un (chap. 5o; coll. Fujishima, boite xxxvi, vol. 8,
p. i4') qui cite comme sa source le Pi-p'a-cha-lan (Vibhàrà-
castra , composé par Kàtyâyaniputra et traduit en chinois par
Sanghabhûti en 383).
Jadis Kiani-che-kia (Kaniska), roi du Kien-t'oAo ( Gandhàra),
avait à son palais une porte toute jaune \ U passait tout son
temps à surveiller les affaires de Tintérieur et sortait à peine
dans la ville et au dehors. Or il vit un troupeau de cinq cents
têtes de bœufs qui arrivait à Tentrée de la ville. D demanda au
toucheur de bœufs : « Qu'est-ce que ces bœufs ? » Le toucheur
de bœufs répondit : « Ces bœufs dépassent de beaucoup leurs
pareils. Arrivés devant la porte jaune , ils conçurent cette
pensée : Par Teffet des mauvaises actions que nous avoiis
autrefois commises, nous avons reçu un corps sans virilité.
Maintenant il faut qu*à Taide d^un objet de prix nous anéan-
tissions ce mal d*étre des bœufs, de telle sorte qu*en nous
rachetant avec la valeur de Tobjet nous obtenions la déli-
vrance , grâce à la force des bonnes actions. Faisons que cette
porte jaune nous vaille un corps yirii. Au fond de leur être «
ces créatures se réjouissent de rentrer en ville comme eUes
faisaient jadis, et elles restent à la porte du palais et efles
présentent par mon intermédiaire une requête respectueuse
au roi pour obtenir d'entrer et de recevoir directement les
faveurs royales. » Le roi donna Tordi'e de les laisser entrer, et-
s'informa , au comble de la surprise , du motif qui les dirigeait.
Alors, à la porte jaune, ils présentèrent respectueusement
leur requête. Le roi en les entendant s*étonna, se réjouit et
tch'a et de Kaniska. Je me permets de ie renvoyer à Ylimirnn ^0m4i'mi^
[Journal asiatique, iSgS, II, p. 337). Ou-K^ong, ou plot6t ton port»|Hi-
role , y mentionne brièvement un épisode conté en détail par Hionen-Tiaiig;
ii désigne sous le nom de Ki-ni-tcli*a le roi qac Hioiien*Taang appeHe Km-
ni-che-kia. D autre part, le Chean-i-tien {\iv. LXXVII, ftà. 44) rapporte la
conversion miraculeuse de Kaniska de la même manière que Hionen-Tiang
( Mémoires t I, 107), mais il substitue à la forme Kia-ni-chê-kia de Bicoen-
Tsang la forme Ki-ni-tch'a de nos textes.
' Cf. la Porte d'or du palais royal à Ohatgaon , dans OUjfuld «Iwidiw»
from N pal, I, i3i, et Le Bon, Les Monuments de tlndê, fiff. 369.
NOUVELLES ET MELANGES. 529
leur donna libéralement des objets précieux. Et il chargea un
haut fonctionnaire de lui faire connaître désormais les affaires
du dehors.
Le Fa-iuen-tchou-lin permet de compléter et de corriger
une des données fournies par Hiouen*Tsang sur les rapports
de la Chine avec Kaniska. L'information du compilateur chi-
nois est empruntée à un recueil officiel, le Si-ya-tchi "jj ^
J^ Mémoires sur les pays occidentaux , rédigé par ordre de
Tempereur et divisé en deux sections : le texte , en 60 cha-
pitres, et les illustrations (cartes etc.) en 4o chapitres. Le
travail, entrepris l'an 3 de la période Lin-te 1^ ^ (664-666),
n'était pas encore achevé l'an 1 de la période K'ien-feng ^
^ (666-668); il dura donc plus d'une année ^
Le Si-yu-tchi dit : « Dans le royaume de Ki-pin (Kapiça)*
' Fa-iuen-tchou-lin, chap. 5, p. A8a; cf. ibid, chap. 100, p. 102a.
* Voir Journal asiatique , 1895, II, 871 -38 A, et 1896,1, 1 6 1 . Le passage
correspondant des Mémoires de Hioaen-Tsang , I , A 1 et suiy. , atteste par
un témoignage de plus Tidentité de Kapiça et de Ki-pin. D a reste, l'état po-
litique du Kapiça , tel qu'il est décrit par Hiouen-Tsang , subsiste encore au
temps de Ou-K'ong. Au temps de Hiouen-Tsang, le Gandhâra était déjà
«tombé sous la domination du royaume de Kapiça» [Hfémoires, I, loA) et
la capitale du Gandhâra, Ou-la-kia-han-tch*a (Udabhânda) cf. Stein, Zur
Geschichte der Çâhis von Kabul) était une des résidences du roi de Kapiça
( Vie, 2 63). Nagarahara {Me'm», 96), Larapaka {ibid. y 9b) etc. au total une
dizaine de royaumes appartenaient au Kapiça (ibid,, 4i)> La ville de Taksa-
çilâ avait passé récemment du Kapiça au Cachemire {ibid., ibi). Maintenant
que , grâce à une identification solidement établie , le nom du Kapiça prend
une haute importance historique , il est légitime de se demander si les noms
des princes scythiques attestés par les monnaies «Kujula-Kapsa», «Hima-
Kapiça» , ne contiennent pas le nom de la ville qui était leur capitale. — Il
est intéressant de constater que le caractère J^ÏÏ » qui sert à transcrire la pre-
mière syllabe de Kapiça (comme sa variante ^ J^y ), est employé à dési-
gner des tissus de poils qui venaient du ^ ^m Si-hou , c'est-à-dire de chez
les barbares d'Occident. Le nom, au témoignage de M. Couvreur {Diction-
naire, s. V.) est déjà employé avec cette valeur dans V Histoire des premiers
Han. — Une note ajoutée à la suite du Na-sien-king { Milinda-praiçna) ,.dans
l'édition des Ming , dit que le nom Ki-pin est un molfan , c'est-à-dire indien ,
qui signifie : «une race sans valeur» ^| ^^. — Le nom du, Kapiça , mention-
né si rarement chez les auteurs occidentaux , se retrouve d'une manière assez
530 NOVEMBRE-DECEMBRE 1897.
la doctrine du Bouddlia est très répandue. A rintérieur de la
capitale il y a un monastère (vihâra) appelé Hanseug^ ^
(monastère des Han). Jadis un envoyé des Han, cédant à
son inclination propre, éleva un Feou-t'ou (Bouddha, pa-
gode). Il le fit en pieri^s assemblées, haut de cent tdieu
(pieds). Les pratiques du culte y différent de Tordinaire. Dana
le monastère il y a un os du crâne du Bouddha et il y a un
cheveu du Bouddha; la couleur en est Ueu foncé et il est
roulé comme un coquillage. On les a déposé» dans les sept
joyaux et on les a placés dans un coflire d*or. Âa nord-ooert
de la capitale il y a le monastère du roi. Dans le monastère
il y a une dent de lait de Çâkya Bodhisattva enCeuit; die est
longue d*un pouce. En allant de là au sud-ouest, on trouve ie
monastère de la fenmie du roi. Dans le monastère il y a nn
Feou-t'on de cuivre haut de cent tch'eu (pieds) ; dans ce Feoa-
foa il y a des reliques. Tous les six jours , il répand durant
la nuit un éclat lumineux ; la clarté fait tout le tour de la base
à la coupole ; elle rentre à l'intérieur quand l'aurore se lève. •
Hiouen-Tsang (Mémoires ^ I, 53) décrit les monastères men-
tionnés dans ce passage. Il donne au couvent qui possédait
la dent de lait le même nom et le même emplacement; mais,
au témoignage du pèlerin , le couvent où étaient déposés Tos
du crâne et le cheveu s'appelait « le couvent de l'ancien roi ■ \
ioatteDclac dans le Midrasch , Vayikra Rahha , chap. v, où Kapiça est re|Mé-
sente comme le pays le plus Soigné (Neubauer, Géographie du Ttimud),
M. Israël Lévi , que j*ai consulté au sujet de ce passage , a bien voida me
communiquer les observations suivantes : Il s'agit d*un fonctionnaire d^Eiè-
chias nommé Schebna. Un commentaire anonyme d*Isaïe , XXII , i5 et voir, ,
explique au verset i8 [«U te fera rouler comme une boule vers un pays
étendu, là tu mourras I »] l'expression «au pays étendu» , en disant : G*ert
Kapiça riD^SO» Dans le Yalkont (sur Isaïe, daS) qui reproduit exacleniMit
tout le passage , ces mots ne se trouvent pas. Le Yalkout est une compilatioD
du XIII* siède qui a conservé d'excellentes leçons des Midraschlm et dn Tid-
mud. Le texte de Vayikra Rabba est anonyme et ne peut être daté avec pré-
cision; Vayikra Rabba est un ouvrage palestinien du vu* siècle. Enfin dam
le Talmud babylonien ( Sanhédrin , a6 a) l'interprétation des versets d*Inie
est identique; l'expression «au pays étendu» n'y est pa»CKpliqa£e.
' Ou-K'ong {artick cité, p. 357) signale également œ monaatère «qui
NOUVELLES ET MÉLANGES. 531
En outi^ , tandis que le Si-yu-tchi place ce couvent dans l'in-
térieur de la capitale , Hiouen-Tsang paraît le laisser en de-
hors de la ville. Le désaccord des deux textes laisse à penser
que le « monastère des Han » du Si-yu-tchi correspond en réa-
lité au couvent que Hiouen-Tsang désigne sous le nom énig-
matique de Jin-kia-lan A Ih £ * ^^ monastère des honunes »
et qui avait été fondé par des otages chinois (Mémoires ^ I,
4^ ) au temps de Kaniska. La version du Si^yu^tchi rappelle
par un trait frappant Thistoire de King-lou ou King-hien que
j'ai discutée dans mes Notes sur les Indo-Scythes; elle con-
firme la venue dun envoyé, ^^ chea, des Han au pays des
Indo-Scythes; et, puisque la fondation du couvent remonte À
l'époque de Kaniska , l'envoyé chinois qui passe pour l'avoir
fondé a dû se rendre au Ki-pin sous le règne de Kaniska. C'est
une raison de plus pour croire que la mission de King-lou se
rattache au règne de Kaniska , et que le règne de ce prince
se place à Tentour du point de départ de l'ère chrëtieime.
THE BABYLONIAN EXPEDITION OF THE UNIVERSITY OF PENNSYL-
VANIA y Séries A : Cuneiform Texts, edited by H. V. Hilprbcht,
vol. I*', plates i-5o; vol. II, plates 5i-ioo.
Ces deux fascicules nous offrent les prémices d'une riche
moisson d'inscriptions cunéiformes faite dans les ruines de
l'antique cité mésopotamienne de Nippur (actuellement Nuf-
far), sur la rive gauche de l'Ëuphrate, à 70 kilomètres au
sud-est de BAhylone. On sait que ces monuments sont la pro-
priété de l'université de Pensylvanie , à Philadelphie , le grand
a comme relique un os du crâne de Çàkya le Tathàgata » ; il lui donne le nom
de : M monastère de Yen-ti-li du roi Kini-tch'a ». Il est donc certain que le
personnage désigné comme «lancien roi» est Kaniska. Sous le nom énigf
maiique de Yen-ti-U se cache peut-être la solution du problème posé par le
texte du Si-yu-tclii ; peut-être le mot rappelle-t-il de quelque manière TenvoyA
chinois qui vint à la cour de Kaniska.
532 NOVEMBRE-DECEMBRE 1897.
établissement scientifique d*oiJ est partie Texpédition qui les
a remis au jour. Sans parler du reste, 5 3,000 tablettes et
fragments de tablettes babyloniennes et quantités d'autres
objets également pourvus d*inscriptions cunéiformes, ont ré-
compensé le zèle incomparable, les privations et les souf-
frances d une triple campagne de fouilles, au cours des années
1888-1896, dans une des régions les {dus malsaines et les
moins sures de la Babylonie. Et ce n'est là sans doute qu'un
commencement. On a tout lieu d'espérer qu'encouragés par
un si beau succès , les membres du Babylonian Exploration
Fund de Philadelphie tiendront à assurer par de nouvdles
libéralités la continuation des fouilles en Babylonie, et le
développement de la section babylonienne au musée de l'uni-
versité dé Pensylvanie. Ils assureraient ainsi l'avenir des
études assyriennes aux Etats-Unis, qui possèdent des assyiio-
logues conmie M. H. V. Hilprecht, à Philadd.phie , MM: Ed-
ward F. Harper et Robert F. Harper, à Chicago, M. D. G.
Lyon , à Cambridge Mass. , M. Paul Haupt à Baltimore , etc.,
très capables d'exploiter les trésors déjà accpiis et ceux qui
s'y ajouteraient.
En attendant , M. H. V. Hilprecht s'est mis à l'oeuvre avec
beaucoup de résolution. La collection dont le soin lui a été
confié ne reste pas à l'état chaotique; les monuments de
Nippur, qui arrivent à Philadelphie par envois successifs,
sont nettoyés (ceci-méme est l'œuvre du curateur), ils sont
examinés, puis classés suivant leur contenu et leur époque %
certaine ou présumée. Cela va bon train, parait^ii, bien que
M. Hilprecht passe une partie de l'année au musée de Con-
stantinople , où il s'est chargé de mettre en ordre la cdleo-
tion assyro-babylonienne. Nous avons d'ailleurs une preuve '
de cette remarquable activité dans les deux fascicules inscrits
ci-dessus , où sont déjà mis à ^a disposition des savants de
tous les pays plus de 160 inscriptions , textes complets, agen-
cements incomplets de fragments , fragments isolés , apparte-
nant, la plupart à l'université de Pensylvanie (ce qui indique
d'ordinaire Nippur comme lieu de provenance), un
NOUVELLES ET MÉLANGES. 533
grand nombre au musée de Constantinople , quelques-unes
à d'autres établissements publics ou à des particuliers. Un
autre volume « dont la préparation touche à sa fin , et qui
sera le neuvième du recueil projeté , ne tardera pas à paraître.
Pour donner une édition parfaite de ses textes, notam-
ment des vieux documents babyloniens gravés sur des objets
de caractère monumental qui forment la matière de son
premier volume, M. Hilprecht avait, semble-t-il, un beau
modèle sous les yeux. Nous voulons pader du magnifique
ouvrage qui se publie avec le concours du gouvernement
français , par M. de Sarzec , Theureux explorateur des ruines
de Tel-Loh , et M. Léon Heuzey, sous le titre : Découvertes en
Chaldée, Rien de plus soigné ni de mieux i^éussi, rien de plus
satisfaisant au point de vue général de Tarchéologie , que
ces planches luxueuses qui donnent d'ordinaire une idée si
nette des objets, et les reproduisent au besoin sous plusieurs
faces. Mais ]a photographie directe des monuments, em-
ployée pour cette publication, nécessite des frais considé-
rables et fait monter le prix des livres , à moins qu'un gou-
vernement ou quelque Mécène ne se charge 'des frais. Elle
découragerait les assyriologues , pas tous riches , si on y re •
courait trop souvent. De plus les écritures ainsi photogra-
phiées, le fussent- elles avec toute la perfection possible,
peuvent présenter de grandes difficultés de lecture. C'est le
cas pour plusieurs pièces, et pour plusieurs passagçts d'in-
scriptions d'ailleurs clairement rendues , dans la publication
française, ce chef-d'œuvre du genre.
Mù par ces considérations, M. Hilprecht a adopté une
méthode plus pénible pour lui , mais plus économique, et plus
avantageuse pour l'usage des textes. Il copie ceux-ci à la
main , et ses transcriptions sont ensuite photograpliiées. Néan-
moins plusieurs pièces reproduites de cette manière le sont
aussi par la photographie directe des originaux. Cela a lieu
lorsque l'auteur attache une importance spéciale à ce que
l'on puisse vérifier ses copies, ou qu'il juge nécessaire de
donner des monuments une idée plus précise que celle qui
534 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1897.
résulte de ses indications. Mais même dans son procédé ordi-
naire, rintérét paléographiqae n'est jamais sacrifié; il do-
mine au contraire toute Tœuvre.
D après M. Hilprecht, qui se propose de démontrer sa
thèse dans un ouvrage spécial, la grandeur des caractères
cunéiformes, leurs positions relatives, et certaines de leort
combinaisons particidièrement fréquentes, dans les vieux
documents , ont exercé une grande influence sur la genèse
des formes stéréotypées des âges postérieurs. DVm autre
côté , la découverte des textes archaïques de Lagas oa Sii^
purla (Tei-Loh) et de Nippur, qui & tant ajouté an pea qa*oii
possédait en ce genre , pousse plus que jamais à rechercher
les origines de Técriture cunéiforme. M. HUprecht notam-
ment a fait de ces questions lobjet d'un enseignement réga*
lier à Tuniversité de Pens^vanie depuis 1886 , et il compr^id
aussi bien que personne combien il importe , sons ce rapport,
de donner au^ assyriologues, dans des éditions soignées,
Timage- aussi fidèle que possible des écritures originides.
Aussi s*attache-t-il à présenter chaque pièce dans sa grandeur
et sa forme réelle , à rendre dans le dernier détail la manikv
de chacpie scribe , à conserver aux caractères et aux groupes
de caractères , leur grandeur, leur tracé , leor position exacte
et leurs distances mutuelles. 11 est persuadé que, si on a par-
fois différé de 5oo, 1000 et même a 000 ans, sur la date
de certaines inscriptions , c'est qu'on en jugeait sur des oof»es
exécutées sans souci des détails énumérés.
M. Hilprecht a également soin de dessiner exactement la
contour des fragments, et non sans raison. Il arrive en effet
que les fragments d'une même inscription aboutissent s^m-
rément à Paris, à Londres, à Philadelphie, etc., on à des
cases différentes dans le même musée. Or si la castare est
bien marquée dans les éditions, la parenté des firagmenis
dispersés se découvre plus aisément. C'est ainsi qœ M. Hil-
precht lui-même a reconnu après coup, sur ses copies, des
connexions qui lui avaient d'abord échappé, il pousse le
scrupule juscp'à ombrer, dans ses reproductions, jdniieart
NOUVELLES ET MÉLANGES. 535
passages sur la lecture desquels il n'a aucun doute , mais qui
ne sont clairs, sur les originaux, qu'à la condition d'être
considérés , par un œil exercé , sous un certain angle et à un
certain état de lumière solaire. Quand il en est ain^, la pho-
tographie directe ne rend pas les textes avec la netteté suffi-
sante ; on s'en convaincra en comparant les copies de T auteur
pL 23, n. 56-57, ®* ^^^ originaux correspondants reproduits
par la photographie directe sur la pi. X, qui rivalise de per-
fection avec celles de la publication française. Par principe,
lé scrupuleux paléographe , bien qu'il eût pu en «toute certi-
tude combler maintes lacunes de ses textes , ne se l'est pas
permis une seule fois.
Dans les deux fascicules , les planches sont précédées d'une
table donnant sur chacune des pièces divers renseignements ,
savoir : la matière du monument qui porle l'inscription;
ses dimensions, souvent avec celles des parties écrites; sa
date , déterminée par le nom des rois , soit signataires , soit
mentionnés comme contemporains ou , ce qui est moins sou-
vent le cas, déduites de considérations paléographiques et
autres ; son lieu de provenance , précisé , pour la plupart des
documents , par des références à la planche XV ( reproduction
d'un plan en relief des ruines de Nippur); son numéro d'ordre
dans le catalogue de la section babylonienne, dressé pat
l'auteur, au musée de l'université à Philadelphie , etc.
Un exemple fera comprendre l'importance de ces données
au point de vue tant de l'histoire que de la paléographie et de
l'archéologie en général, et mieux apprécier encore le labeur
extraordinaire auquel nous devons cette belle édition de
textes cunéiformes : « Planche 36 , texte 86. Date : Lugal-
kigubnidudu (roi). Fragment d'un grand vase en serpentine ,
centimètres 20,5 X 9,45 x 2,8. Diamètre primitif (plus grand
diamètre du vase entier), environ 25,4. (Plan des ruines de)
Nippur III, en contre-bas des sîdles duT(emple de Bel), au
côté S.-E. du Z(iggurat), un peu plus haut cjue le pavement
d'Ur-Ninib , dans la couche qui a donné à peu près tous les
fragments les plus anciens de vases en pierre exliumés à Nuf-
536 NOVEMBRE-DECEMBRE 1897.
far, par conséquent trouvé approximativement à la même
place que pi. i , n. i . Inscription de i5 lignes, primitivement
3o au mioins, G. M. B. (Catalogue du Musée babylonien),
9826. Portions de ces i5 lignes conservées sur les 31 autres
fragments suivants, de vases en sdbâtre calcaire, au moyen
desquels le texte avait été reconstitué avant la découverte et
Texamen du fragment gSaS : C. M. B. 9667 + 9607 -«-9609
(cf. pi. XVIII, n" 4i-43), 9581 + 9643, 9608 + 9679
+ 9561 (appartenant au même vase que 9900, cf. pi. 87 et
pi. XVII, .n° 47), 9901, 9902, 9903, 9904 (cf. pi. 37),
9906, 9632 (appartenant au même vase que 9635 + 96 30 4-
9627 + 9606, cf. pi. 37) 9605 (cf. pi. XVIII, n* 44)» 9^99 .
9633, 9680, 9703, 10001 (cf. pi. XVUÏ, n' 48). Cf. aussi
9634 (cf. pi. 37 et pL XVIII, n* 46). •
Le travail de la première copie , préparée avec les 2 1 petits
fragments, n*a pas été inutile. Il a fourni les nombreuses va-
riantes gi*aphiques dessinées en marge de la copie photo-
graphiée , toujours marquées du numéro des fragments res-
pectifs. Aucune des variantes graphiques n* était à négliger;
car sans elles, plusieurs signes se reconnaîtraient difficile-
ment , et toutes sont utiles à qui veut se rendre compte des
formes variées des caractères dans les écritures postérieures,
ou remonter à leurs origines. Si j*en juge par ce que je vois
déjà chez notre auteur, notamment fasc. II, pages 33 et
suiv. , ces recherches sur les origines de Técriture conéiforme
commencées par les premiers assyriologues , et reprises par
Amiaud avec grand succès, grâce à ses rares aptitudes et
aux découvertes de M. de Sarzec, seront poussées très loin,
avec des matériaux plus abondants , par le savant professeur
de l'université de Pennsylvanie. D'ailleurs, avec le secours
de ses éditions , plusieurs autres assyriologues pourront éga-
lement s'y appliquer.
Puisque nous en sommes venu là à Toccasion de ces
tables, qui seront pour l'assyriologue un guide précieux,
voyons par un exemple plus frappant encore , ce que petit
coûter dans certains cas la publication d'un document assy-
NOUVELLES ET MÉLANGES. 537
rien, préparée suivant les principes rigoureux du D" Hil-
precht. Nous voulons parler du texte des planches 38-42,
qui repose sur cinq fragments principaux, ayant appartenu au
même vase, et a été complété par 83 débris de 63 vases
diftérents. Le texte est encadré de nombreuses variantes
comme celui de la planche 36; on indique au bas des
planches, pour chaque ligne, les fragments, parfois dix et
plus, sur lesquels on en retrouve les vestiges ou qui se
prêtent à d'utiles rapprochements, et rinscription compte
i32 lignes! 11 est difficile de s'exagérer lé travail que ré-
vèlent ces notations ; on ne peut rien démander de plus pour
le contrôle d'une édition.
D'ailleurs l'inscription cunéiforme la mieux conservée peut
mettre les yeux à rude exercice, et je ne suis pas surpris
que le D' Hilprecht , déjà éprouvé par le typhus à la suite
d'une campagne à Nippur (1889) , ait couru risque de perdre
la vue dans son dur métier de paléographe à Nippur et à Phi-
ladelphie. 11 y est revenu quand même, et tous les assyriô-
logues s'en félicitent.
Le texte dont nous venons de paiier, i32 petites lignes,
représente donc 88 fragments. Ce genre d'indications, qui
ne mancjue jamais dans les tables, doit nous mettre en
garde , à la distance où nous sommes , contre le miroitement
de ces 3 2, 000 inscriptions et fragments d'inscriptions décou-
verts par l'expédition américaine à Nippur. Soit dit ceci dans
l'intérêt de la vérité, nullement pour diminuer la valeur
d'une collection précieuse, ni pour atténuer le mérite de
ceux auxquels elle est due.
Les inscriptions éditées dans les deux premiers fascicules
remontent presque toutes aux anciennes dynasties babylo-
niennes; plusieurs datent du quatrième millénaire avant
notre ère , fort peu descendent au-dessous du second. 11 en
estaitjsi des deux séries publiées jusqu'à présent, quil eût*
mieux valu, absolument parlant, fondre en une seule. Mais
des considérations pratiques s'y opposaient. Il fallait, pour
cela, différer notablement la publication; car les monu-
.\. 36
ijtraiMMLti; •Aiiu.\Ai.t>.
538 NOVEMBRE DÉCEMBRE 1897.
ments ne revenaient pas au jour dans l'ordre chronologique,
et ils se suivaient à de grands intervalles, par suite
d'accidents et de contrariétés de plus d'une sorte, sur le
chemin de Nippur à Philadelphie. Pour pouvoir ranger
tous les textes dans un ordre chronologique approximatif,
on devrait même attendre l'entier achèvement des fouilles à
Nippur, c'est-à-dire peut-être plus de vingt ans. Il reste, je
crois , beaucoup à découvrir à Nippur, et ce que ces ruines
ont rendu à l'expédition envoyée par l'université de Pennsyl-
vanie a coûté huit ans de patience et d'efiorts ( 1888-1896).
Le [y Hilpredit s'intéresse vivement au contenu de ses
textes, et l'usage qu'il en fait dans ses préliminaires, donne
par avance une idée avantageuse des traductions qu'il promet.
Au surplus, quels que soient l'acquis et les aptitudes d'un
assyriologue , il ne découvrira le sens de ses documents, en
dehors des parties qui leur sont communes avec d'autres
textes déjà interprétés, qu'à la suite d'efforts renouvelés
cinquante et cent fois. Or la condition se résdise nécessaire-
ment, et le travail a chance d'aboutir, si les données sont
suffisantes, quand on manipide les originaux avec tant de
sollicitude dans le dessein de les publier et avec Tarrière •
pensée de les interpréter. Ajoutons que si tout essai de tra-
duction suppose établie la valeur des signes phonétiques et
des idéogrammes, chose plus difficile dans le cas de textes
archaïques, sumériens ou accadiens, le même exercice est
aussi indispensable à ce point de vue. Il provoque en effet
les mille rapprochements sans lesquels la valeur de plusieurs
de ces signes, indéterminée ou encore inconnue, ne se révé-
lerait point.
Voilà pourquoi nous verrons avec plaisir ia version de ces
sources nouveUes dont les Introductions du D" Hilprecht
démontrent facilement l'importance pour l'histoire primitive
des Ghaldéo-Babyloniens. Ces Introductions , dont nous nous
sommes encore occupé ailleurs *, complètent et rectifient au
' Voir dans la Htvue des qae$tiont historiques, juillet 1897, notre ar-
tii:^ : Les dernières découvertes aux pays bibliques.
NOUVELLES ET MÉLANGES. 539
besoin , avec le secours non seulement des textes récemment
exhumés mais aussi des découvertes de toutes sortes faites
à Nippur^ les remarquables travaux de MM. Hommcfl, Wihc-
kler et Hcuzey sur le même sujet. Les ruines de Nipptér ont
donné des inscriptions émanant de qtiàrante-cinq rois d'Ur,
[sin , Babylone , etc. , cru datées de leur règne , et remontant
du milieu du V' siècle avant J.-C. jusqu'au quatrième millé-
naire, et même au cinquième, d'après M. Hilprecht. On y
a lu les noms de maints rois inconnus avant le» fotdlles si
heureusement conduites par M. John P. Peter* , et après Itii
par M. J. H. Haynes, qui a été attaché à l'expédition dès le
début et ne tardera pas à nous en donner l'histoire.
A.'J. Delatthb^ &» J.
NOi;VELtB NOTB SUR LA GHHONOIiOGlE CHINOIStB
DE L'AN 238 À L'AN 87 AV. J.^C.
La concordance des dates fourmes par les anciens chroni-
queurs chinois avec les dates exprimées en calendrier Julien
est utile à établir; grâce à elle, nous apercevons mieux
l'ordre de succession des événements , et plus d'un texte his-
torique s'éclaire par la simple substitution de notre nomen-
clature chronologique aux caractères cycliques et aux lu
naisons des Chinois. J'ai essayé ^ de constituer cette concor-
dance pour la période à laquelle principalement se rapportent
les mémoires de Se-ma Ts'ien, à savoir la fin des Ts*in et le
commencement des premiers Han (238-87 *^' J'-Cj. Le
père Havret, recteur du collège de Zïtawei, s'est donné la
peine de contrôler ce travail, et il a trouvé qu'il y avait lieu
d'y apporter une correction^. C'est une bonne fortuné pour
moi d'avoir rencontré un critique d'une si haute comjié-
' Toang-pao , vol. Vlï, p. i-3Ji et 509-S2&.
^ Toang-pao , vol. VIII , p. 578-Ai 1 : «La chroHoiegie de» Uan*^ ptfr le
P. Henri Havret, S. J.
36.
540 NOVEMBRE-DKCEMBRE 1897.
tence ; tout en ne partageant pas entièrement sa manière de
voir, je crois que ses observations sont exactes en partie , et
nous permettront enfin d'arriver à une solution rigoureuse
du problème.
Il s'agit de savoir quelles sont, pour le laps de temps con-
sidéré , les sept années qui sont embolismiques dans chaque
période ichang de 19 ans. Je rappelle que j'ai choisi pour
point de départ des périodes Uhang Tannée 206 av. J.-G.»
première de la dynastie Han; le P. Havret s'est conformé à
cette computation; j'y ramènerai les indications qui nous
sont fournies par d'autres auteurs.
Pour ma part, j'étais arrivé à la conclusion que, pendant
toute la durée de la dynastie des Han antérieurs , les années
embolismiques avaient été celles de rang :
(I*) 2,5,7, *^» *^» *^» *^'
L'application de cette formule à la période comprise de
l'an io4 à l'an 28 av. J.-C. est d'ailleurs confirmée par le ta-
bleau que TcKou Chao-suen interpola dans les mémoires de
Se-ma Ts'ien, à la suite du chapitre xxvi *.
A l'époque des Han postérieurs , la formule devait être la
suivante :
(P) 2, 5,7, 10, i3, i5, 18.
Cette dernière formule avait déjà été indiquée par le P.
Gaubil qui l'avait empruntée à Lieoa Hin '.
D'autre part, le P. Havret (op. cit,, p. Sgô-Sgy) a décou-
^ Cf. Havret, op. cit., p. 4o6, 1. 16.
' Cf. Havret, op. cit., p. Ao3-AoA* Le texte de Lieoa Hin se trouve dans
le Ts'ien Han choa (cliap. xxi , seconde partie, p. 9 r*) : j;^ g^ — * ^J
M + 4:i^7^l9 + Aiâl4:iW-'-®* *^*®* emboliumqaei
sont ainsi celles de rang 3,6,9, 11, 14,17 et 19 ^^* <^^ périodes tchang
dont le point de départ serait calculé à partir de Tannée 96 av. J.-C; cette
formule revient à la formule i** si Ion prend pour point de départ Tannée
20') av. J.-C.
NOUVELLES ET MÉLANGES. 544
vert dans les écrits d'un énidit chinois qui vivait au commen-
cement de notre siècle, Oa Yong - koang , un tableau des
mois intercalaires sous les deux dynasties Han, D'après Ou
Yong-koang , la formule d'intercalation aurait été modifiée
en io4 av. J.-C. , au moment où fut promulgué le calendrier
Cai-tcWou. De 206 à io4 av. J.-C. , cette formule aurait été :
(IT') 3, 5, 8, 10, i3, 16. 1^
Après Tannée io4, elle serait devenue ce qu'elle devait
rester pendant toute la dynastie des Han postérieurs, à sa-
voir:
[IV") 2, 5. 7, 10, i3. i5, 18.
Enfin le P. Havret lui-même, après avoir éprouvé ces
diverses formules sur les textes historiques , est arrivé à la
conclusion suivante : il faut distinguer trois périodes pour
chacune desquelles il existe une méthode différente d'inter-
calation. De 206 à io4 av- J.-C, la formule est:
(IIP) 2, 5, 8, 10. i3. 16, 18.
De io4 à 28 av. J.-C. , elle est :
(III**) 2, 5, 7, 10, i3, 16, 18.
De 28 av. J.-C. à 220 ap. J.-C, elle est:
(IIP) 2,5,7, *<>» ^^^ i5» i^'
Si l'on compare les formules IIP et III** avec les formdles
II' et IP d'une part, et avec la formule P d'autre part, on
verra que le P. Havret donne raison à Oa Yong-koang et me
donne tort pour la période comprise de 206 à io4av. J.-C,
et que , au contraire , il est d'accord avec moi , et non avec
l'auteur chinois, pour la période comprise de io4 à 28 av.
J.-C. La seule question que j'aie à discuter est donc c^e-ci :
Est-ce la 8* ou la 7' année de la période tchang qui est em-
542 NOVKMBRE-DKCEMBRE 1B97.
bolisuiique pendant la période comprise de a 06 à io4 av.
J.-C. ? En d'autres termes, faut-ii dire avec le P. Havret que
les années emboiismiques sont les années 199, 180, 161,
ida, ia3, 10/i, et non les années 200, 181, 163, i43,
1 a 4 et 1 o5 , comme je Tavais proposé ?
Pour Tannée 1 a3 , voici les textes que je relève :
1" Che ki, chap. x\, p. 8 r°: marquisat de Po-wang, 6' année
yuen-cko, 3" mois, jour kia-tch*en, 4i* du cycle = i4 mai i23.
a" CIlê ki, cbap. xx, p. 8 v**: marquisat de Koan-kiun, 6* apnée
ynen-cho, 4' mois, jour j«n-cAen, 9" du cycles 11 juin 12 3.
y Che hi, cbap. x\, p. 9 r°: marquisat de Tchong-li, 6' anm'e
yaen-cho, 5* mois , jour jen-tcA'cn , 29' du cycia= 1" juillet 12 3.
'1° Clie ki, chap. xxi, p. 20 r": marquisat de Tcliong-i, 6" année
yuen-clio, 4" mois, jour ting-tch'cou^ ih' du cycle= 16 juin i23.
Pour l'année 1 4^ > on trouve le témoignage suivant :
5" Che ki, chap. xiu, p. i3 v": a' année Aeoii^)^iitfii de Tempe*
reur King, 6' mois, jour ting-tch'eou, i4' du cycle» a 6 juillet l4a*
Pour Tannée 1 6 1 , on a cçtte date :
6** Che ki, chap. xix, p. 16 y°: marquisat de Kov^ngan, 3* an-
née heou-ynen de l'empereur IVen , i* mois, jour ting-se, 54* du
cvcle= i5 juin 161.
Ces six indications sont confirmées par les textes pfiral-
lèles du Ts'ien Han chou; elles se rapportent à trois années,
distantes respectivement de 1 9 ans Tune dQ Tautre , et font
donc foi pour trois périodes tchang consécutives. Or ces six
dates concordent rigoureusement avec mon lyitèma et de-
viendraient toutes fausses si Ton plaçait le mois intercalaire
conrnie le P. Havret propose de le faire. Je croif donc pou-
voir tenir pour certain que ce sont les années 16a, i43 et
ni qui sont emboiismiques, et non les années 161, 1^3 et
133.
11 me semble en outre nécessaire d'admettre , en Tabsence
de tout texte précis, que Tannée io5, et non Tannée lOii,
NOUVELLES ET MÉLANGES. 543
fut emboUsmique , car on ne voit point pour quelle raison
un système d'intercalation cpii était suivi avant et après cette
date aurait été abandonné dans cette seule occasion.
Quant aux années 199 et 180 av. J.-C., le P. Havret a le
mérite d'en avoir clairement montré le caractère embolis-
mique. Nous sommes amenés ainsi k reconnaître que la mé^
thode d*intercalation n'est pas restée identique pendant
toute la dynastie des premiers Han. Sous le règne de Cm^
Uon , et pendant la régence de sa femme , l'impératrice 'JL»^
c'est la 8* et non la 7' année de la période tchang €fmeê%^è^^
bolismique. Nous pouvons d'ailleurs préciser l'époque k'iÊ^
quelle on modifia le calendrier: Kao-tsoa, tout oc(Mjp4'4B
fonder un nouvel empire, n'eut pas le loisir de dofmét 9»
soins au calcul des temps; le gouvernement saoglaBt de
l'impératrice Lu se porta également vers d'autres objets;
c'est pourquoi ces souverains se contentèrent alors de suivre
les principes qui avaient présidé à la chronologie sous la dy-
nastie des Ts'in^, Mais, à l'époque de l'empereur Wen, un
homme du pays de Lou , Kong-suen Tch*en , proposa un chan-
gement de la doctrine des cinq éléments , et par suite , une
modification du calendrier ; sa requête fiit d'abord repoussée ;
mais , en 1 65 av. J.-C.*, un prodige ayant été interprété en
faveur de ses idées , Kong-suen Tch'en put faire prévaloir soa
opinion ; il rédigea avec les autres maîtres, dit expressément
l'historien , un projet sur les matières concernant le change-
ment du calendrier et la couleur des vêtements ^. C'est sans
doute à la suite de ce rapport que l'empereur interrompit,
en 1 63 av. J.-C. , le calcul des années , et fit de l'année en
cours la première d'une nouvelle période ; en outre , d'après
le calendrier en usage sous les Ts*in et sous les deux premiers
souverains de la dynastie Han, le mois intercalaire aurait dû
tomber deux ans plus tard (161 av. J.-C); mais on décida
d'avancer l'inlercalation d'une année (162 av. J.-C), et c'est
' Che fci, chap. xxvr , p. 2 v« : |5jr g| ^ J£ ^ ^ ^ . '^
^ Se-ma Ts'ien^ Irad. française, l. II, p. 479-480.
' Che ki, chap. xxviii, p. 8 r" : || ^^^îjScMffif^'-
544 NOVEAJBUE-DECEMBRE 1897.
à pailir de ce moment qu'on considéra comme emboHsmique
la 7* année, et non la 8' de la période tckang.
En résumé , le P . Havret a eu raison de signaler le carac-
tère embolismique des années 199 et 180, mais c'est à tort
quil a cru pouvoir en dire autant des années 161, i4^ , 1 ^3
et io4f car ce sont en réalité les années 162, i43) 12/1.
et io5 qui eurent un mois supplémentaire; la réforme intro-
duite dans le calendrier en 1 63 av. J.-G. , sur les conseils de
Kong-suen Tch'en , explique d'ailleurs la modification qui fut
apportée au système d'intercalation. D'autre part, puisque,
dans le début de la dynastie Han, on ne fit que suivre le ca-
lendiîer des Ts'in, on peut étendre à l'époque de cette dy-
nastie la rectification proposée par le P. Havret pour les
années 199 et 180. Dans le tableau chronologique que j'ai
dressé de l'an 338 à l'an 87 av. J.-C, il faut donc marquer
comme embolismiques les années 237, 218, 199 et 180 av.
J.-C, au lieu des années 238, 219, 200 et 181.
Ed. Ch A VAN NES.
DOUZIEME CONGRES INTERNATIONAL
DES ORIENTALISTES.
Lors de la session du Congrès des orientalbtes à Paris ,
en septembre, Rome avait été désigné comme lieu de la
réunion suivante : le Conseil de la Société asiatique italienne
s'est réuni en séance extraordinaire, le samedi 23 octobre , à
Florence; parmi les membres présents se trouvaient les pro-
fesseurs comte Angelo de Gubernatis et comte F. L. Pullé.
Le docteur S. Minocclii, faisant fonctions de secréUiire de \x
réunion, a l'obligeance de m'envoyer les renseignements
suivants : le Congrès aura lieu à Rome en 1899, et S. M. le
roi d' Italie a bien voulu en accepter le liant patronage.
NOUVELLES ET MÉLANGES. 545
Le bureau comprendra les noms de :
Président, M. le comte professeur Angelo de Gubernatis,
président honoraire de la Société asiatique italienne; vice-
présidents: MM. le professeur commandeur Fausto Lasinio,
président de la Société asiatique italienne ; le professeur Ce-
lestino Schiaparelli ; secrétaire général, M. le professeur comte
Francesco Lorenzo Pullé, vice-président de la Société asia-
tique italienne.
Voici le nom des membres du Comité d'organisation :
Section I : Langues et littératures aryennes. — a. Indo-ira-
nienne : MM. les professeurs E. Teza , M. Kerbaker, P. E. Pa-
volini, [. Pizzi, I. de Vincenliis, Tagliabue, G. Donati; —
b. Linguistique (et langues italiennes): MM. les professeurs
Fumi, Ceci, Scerbo, Lattes, Pezzi, Parodi, Ettore Pais et
Milani.
Section II : Langues et littératures sémitiques. — a. Hébraïque-
syriaque : MM. le professeur D. Castelli , le chevalier abbé
Perreau, le professeur A. Ceriani, le docteur S. Minocchi,
le professeur F. Scerbo; — b. -^ra6e; MM. les professeurs
C. Schiaparelli, L. Buonazia, C. A. Nallino; — c. Assyrio-
logie : M. le professeur Bruto Teloni ; — d. Langue et archéo-
logie phéniciennes: MM. les professeurs Astorre Pellegrini,
B. Lagumina.
Section III : Langues et littératures de l'Asie orientale et
centrale; MM. les professeurs A. Severini, Puini, Nocentini,
E. Teza, Bonelli.
Section IV : Égyptologie et langues africaines. — a. Egypte
antique: MM. le professeur E. Schiaparelli, le professeur
Orazio Marucchi, le Rév. P. C. De Cara, S.J. ; — b. Langues
africaines : MM. G. Beltramc, le professeur G. de Gre-
gorio, le docteur C. Conti Rossini, les professeurs Colizza et
Gallina.
Section V : Grèce et Orient, — Le prince Odescalchi ,
546 NOVEMBRE-DÉCRMBRE 1897.
MM. les professeurs Comparetti, Viteliî, Pnntoni, Pesta,
[lalbherr, Ë. Piccolonûni et Giulio Beloch.
Section VI : Géographie et ethnographie de l'Orient, — Le
duc de Sermoneta, MM. les proiesseurs Maategazza, Mari-
nelii, dalla Vedova, Sergi.
Section VH : Histoii^ dei reUgions et da folklore de V Orient,
— MM. le» professeurs Puiui, Castelli, Chiappelli, Vignoli ,
le docteur S. Minocchi.
M. le sénateur Graziadio Ascoli a décliné le titre de Pré-
sident d'honneur du Congrès , mais on espère le faire revenir
sur sa décision.
Henri CoRDiER.
ERRATA
Au numéro de juillet-août 1897, p. i5a-ig3.
[Article de M, Specht :
Les Indo-Scythes et l'époque du règne de Kftnichka. )
Page 167, ligne 1, au lieu de : XXIII, Usez : CXXIII.
— 167, ligne li; au liea de : Nord-Ouest, Usez : Sud-
Ouest.
— i65, ligne 5, au lieu de : Kin-sse, lisez : Klu-ssa.
— i65, ligue 7, au lieu de : So-kia, liiez s So-kio*
-I- 179, à la note, ligues a , 3 et 4i aii lieu de : Ta-tsang
-ki , lisez : Ta-tsang-king.
Le Gérant,
RlJBENS Du VAL.
TABLE DES MATIERES
CONTENUES DANS LE TOME JK, JT SERIE.
MÉMOIRES ET TRADUCTIONS.
P»ges.
Procès-verbal de la séance générale du 3 3 juin 1897 5
Rapport de la Commission des censeurs sur les comptes de
re&ercice 1 896 , lu dans la séance générale du 3 3 juin 1 897 . 8
Rapport de M. Specbt, au nom de la Commi.sion des fonds ,
et comptes de Tannée 1896 , 10
Ouvrages offerts à la Société f séance du 33 juin 1897] i4
Tableau du Conseil d'administration conformément aux no-
minations fiailes dans rassemblée générale du 99 juin 1897 • ^7
Liste des membres seusovipteciF» par ordre alphabéticpie. ... 19
Liste des membres associés étrangers suivant Tordre des nomi-
nations • . ••f.tpt**tt«**vt««t*»i**tftttiif***«*«* "7
Liste des sociétés savantes et des revues avec lesquelles la So-
ciété asiatique échange ses publication!, t * » t » « 1 1 1 » t ■ • • i 37
Liste des ouvrages publiés par la Société asiatique. ...«•... ko
Collection d*auteurs orientaux 42
Statuts de la Société asiatique • 44
Notes sur \% poésie syriaque* (M« R* Duval.) . • • • • • 67
La complainte mimée et le ballet en Corée. ( M. Mf^urioç Cou-
rant.) 74
Mélanges assyriologiques et bibliques. (M. Karppe.) 77
Nabapâna et Tère çaka. (M. A.-M. Boyer) 1 30
l^es Indo-Scythes et Tépoque de Kanichka, d*après les sources
chinoises. (M. Edouard Spkght.) « . . • • iSa
548 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1897.
Pages.
Notes d'épigraphie araméenne. (Suite.) (M. de Vogué.) 198
De la lecture japonaise des textes contenant uniquement ou
principalement des caractères idéographiques. (M. Maurice
Courant. ) ; 218
De la partie commune des pâdas de 1 1 et de 1 2 syllabes dans
le Mandala III du Rgveda. (M. Meillet.) 266
Lettre du R. P. Louis Cheikho, au ^ujet de Tautear de la ver-
sion arabe du Diatessaron 3oi
Notes d'épigrapbie et d'archéologie orientale. (M. J.-B. Cha-
bot.) 3o8
La philosophie du cheikh Senoussi, d'après son Âqida es-
So'ra, (M. G. Delphin.) 356
Dialogue et textes en berbère de Djerba , transcrits et traduits
par M. A.-C. de Motylinski 377
De Taccent en arabe. (M. Mayer-Lambert.) 4o3
Transcription de mots grecs et latins en hébreu, aux premiers
siècles de J.-C. (M. M. Schwab.) 4i4
Musulmans et Manichéens chinois. (M. G. DbyÉria.) 445
Une inscription phénicienne à Avignon. (M. Matbr-Lambbrt. ) 485
Note sur le même sujet. (M. Philippe Berger.) • 489
NOUVELLES ET MÉLANGES.
Numéro de juiUet-août 1 897 194
'Ab!b. Tabari contiouatiu quem edidit, indicibiis et giofiariis in-
struxit M. J. de Goeje. ( B. M. ) 194
Numéro de septembre-octobre 1897 37a
Bibliographie : E. Laune. Manael français-anbe , oa recueil
d'actes administratifs, judiciaires et sous seing privé,. traduits en
arabe. (O. Houdas.) — Nouvelles publications de l'imprimerie ca-
tholique de Beyrouth. ( B. M. ) 378
Numéro de novembre-décembre 1897 ^95
Procès-verbal de la séance du 12 novembre 1897 495
Annexe au procès-verbal 498
Ouvrages offerts à la Société. ...•••••••••••••.•'•• •;• • • • • 5o9
TABLE UES MATIÈRES. i
Procës-terbal de la séance du lo décembre 1S97 ,':
Annexe au procès verbal s
Ouvrages offerts a ia Société 5
La slatDcdudienObod», roi de Nibatène. (M. CiuvoMT-GtniiEtD.j i
NoUcenir teXI'CongrèidetOrieahdigUi. (E. DaoïiiH.) :
Bibliognphic : Noie additionndle inr le> lodo-Scvtli». ( S. Léii.)
— The Bib^oniui eipedition of tbe UoIvenUy of PeanuylvuiB.
(A.-J. DELtTTiiï. S. t.] — Nonidle note tnr U chronologie clû-
ddIk de lu i3S à l'an 87 ■vaalJ.-C. (Éd. Chavasnes.) :
\11* CoDgrn intenialloiial dei OrienUliitei [
JOURNAL ASIATIQUE
01)
RECUEIL DE MlilMOIRES
DEXTKMTS ET DE NOTICES
RELATirS X L'HISTOIRE, X LA PHILOSOPHIE, AïX LANGUES
ET X LA LITTÉHATDRE DES PEUPLES OBIËNTAUX
ET PUBLIÉ P\H LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE
NEUVIÈME SÉRIE
TOME X
N- 3 — NOVEMBIIE DECEMBRE 1897
Tableau des jours de aéance pour l'année 1897,
Lei si^BTH^Fs ont lieu 1k seeond vi^iiilrali du mgis, à /i Tieopcs ut demie,
i>a«ègedol»SariilF.raedc.Si-lnc,ii-' ..
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smiiedia, de a lieures à 6 lieurea.
PARIS
EBNEST LEROU.V, ÉDITEUR
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Journal asiatique, public depuis 1822.
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Maçoudi. Les Prairies d'or, texte arabe et traduction, par M. Barbier de
Meynard (les trois premiers volumes en collaboration avec M. Pavet de
Courteille), 1861-1877, 9 vol. in-S" 67 fr. 5o
Maçoudi. Le Livre de l'avertissement et de la revision, traduction par
H. Carra de Vaux, i vol. in-8° 7 fr. 5o
Chants populaires des Afghans, recueillis, publiés et traduits par James
Darmesteter. Précédés d'une introduction sur la langue , l'histoire et la litté-
rature des Afghans, 1890 , 1 fort vol. in-8° 20 fr.
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tions et un commentaire, par M. Em, Senart,
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Géographie d'Abou'lféda , texte arabe, publié par Reinand et de Slane,
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RAdjataranginî , ou Histoire des rois du Kachmir, publiée en sanscrit et
traduite en français, par M. Troyer, 3 vol. in-8° 20 fr.
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TABLE
TIÉBES CONTENUES DANS CE NtIMillO.
]>i«1ogui' l't («itL» en hi-rLère di; Djerlia. | M. li.-V.. dk MonLiNKki.}.. ■ ïf)
l)r l'arceiit en arabe. (M. Hoyer LmnBnT.) tPt*l
Trantcrlption lie moti p^f i tt latins an bébieu aiu {iremiÉtn iwrie* }
de J.-C. (M. M. Scii»*B.) i\i.
Miuiiimans et Manichéens cliinois. (M. G. DK\iiiii.) ''^filS
Uni; iiiatTÏption pliêiiiciijniii.' ii Avignon. [M. Maver L\uBKHl:.J-t. .•.. US' .
— Note sur In même sujrt. [M. Pliilipjm Beiimn. ) , , 18^ '
Nout^Ifia et mélanges. — vS^B<^ iln i« novembre ifi^. Anncic «a
prut'èB- verbal du lu séance ilu i j nuvtunbru iHy^. Outru^* ufTert* à
ta Snck^. - - Sêuicc iln lo lUcenibrc iKy^. Annexa' nu pnH^n-VHrbal
de la >éHai'« du lu décun^K i6ij7> Oiivmgu* iJTtTl» i U SociAU^.
— La sUttiR du dk-ii Obudas, mi de NsfiaiËne, (M. Cbumum-
Can«hi.) — Notiez siw k m" nongi*» dmi OriimURstai. {H. EJ.
Duubiai) fjS
Bibliosrapliif. — Noie a.Mitiot.-'ll,. .,„■ I,.. i.„1.,-S-.«il.(.., (M. Syiveiu
LRïi.)^ThoBidivloniiini-.ï|i''l'!i' ■ '1 H" ' ■■'>■ l'^ih ori'eiimvivMiU.
[M. A.O. IlBMiTirK.) — NoijM !.. , . Ingii. <.(iinoi«i de
r»n 11.18 i l'ail 87 uïunlJ.':. .M .i'.' i-.: Sali
l)<>u!ti«iije Coiigf^ iul^i'natioiiaLl ii'"i <.irr.'tii»( -< 5U
Ërrnia h\6
Tabln iIrï mnli^reu fonlcaucï ttaos h tome \, IX* sérir 5^7
NoTi. Les personnes cjui dcsireuL devenir iiumima de la Soi-M utiabju*
ifoivroit «trpssiT leur demande au secrâtairu uu ii nn nicmbro Ju Cofweil.
MM. les membres de fai Société s'adressent, poiir rHc<|uitli!ninnt An ItMir
cotisntiou annudla (3o S'orfs par a.a] , pour In cutJwitiiMn à tht (ïoo fironri 1
Dnc faii pnjrif»), pour les l'iVJamaticin* ifu'ilH auntient > Hiii*, |mi(r lu* pcns'i-
guauwula eL cuaugeiiieiilji d'adrf°M. «l p«ur l'adiW dus (iu«rii^i<* piiUiA» fêr I
la Socii^t^. ou pri\ lixiî pour lirs membre;, directcmrat il M. Enii-it LnnuBt, 1
rue RonapaPlr, n" ■»8.
MM, U4 mawbre» revuiuenl k ■harnal asiatiinm dircL-bnuani du U SucidU.
Le» personnel i^ui nn Mint pat membrea itc fa Sncii^lf ni ijuî dlilinmt |
('«biiasM' UA JuomîU uuntifiw, «luivanl »'^dremer 1
A l'art>, il M. Ki'nEil LiinuuK. libraire de la Soci<.'lri. l'ue llonaparti:, xt 3S1
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PARIS. — IMPRIMERIE NATIONALE,